Dans le monde sans en être

Michel Menu : “continuez à viser haut !”

Michel Menu est parti le lundi 2 mars pour son dernier Raid vers le bivouac éternel. Même si je n’ai pas couru derrière lui en grand jeu, même si je ne l’ai pas accueilli dans mon coin de pat’ en grande pompe pour un concours cuisine, c’était aussi mon Chef. J’ai eu l’honneur de correspondre avec lui et l’immense joie d’aller le rencontrer chez lui pour l’interviewer le 10 décembre 2005, vous trouverez la vidéo de cette rencontre à la fin de l’article.

C’est un Raider Scout qui écrit ces quelques lignes, un de ces jeunes scouts qui, par passion du scoutisme et par envie de se donner toujours plus, a prononcé cet engagement : « Quoi qu’il en coûte, je répondrai toujours prêt ».

Aujourd’hui marié et père de deux enfants, je tâche tous les jours de conserver mon idéal Scout, celui de ma promesse qui s’est raffermi dans mon investiture Raider puis mon Départ Routier Scout. Je n’ai que 25 ans et je sais à quel point je dois au scoutisme, véritable chemin de sainteté, pour m’avoir permis de m’accomplir et surtout de me remettre en question quotidiennement. Je dois au scoutisme et peut-être encore plus à ses Chefs qui ont su me le transmettre, parmi eux, Michel Menu. Le départ de cet homme exceptionnel, qui jusqu’à ses 99 ans, a toujours conservé une âme de jeune telle que Samuel Ullmann la définit si bien dans le texte « Être Jeune », m’impose de ne pas garder pour moi les trésors qu’il a pu me révéler et qui sont l’objet de cet article.

Vous avez dit Raiders ?

DSCF2438« Ce qui avait fait la particularité des Raiders c’était deux choses. La première c’est le Raid, c’était la première fois qu’on lançait des gamins de 15 ans tout seuls avec une boussole pendant 36 heures. La seconde c’était le service, un service utile à la société et reconnu par l’État Français (1600 Raiders intégrés aux services publiques pendant 8 jours par décret du Ministère de l’Education Nationale lors des inondations parisiennes de 1956). »

 « L’important c’est qu’il faut trouver des activités qui parlent au jeune, des activités sur lesquelles il s’engagera au-delà de ce qu’il a envie de faire. Ainsi, après un entrainement avec des pompiers ou des sauveteurs en mer, à 16-17 ans ils étaient reconnus « capables de », on se dit « ben ce type là il n’est pas simplement un petit boy scout à faire des nœuds » c’est un type qui peut faire un sauvetage. »

Quel scoutisme Michel Menu a-t-il vécu ? 

Un scoutisme authentique tel que Baden Powell l’enseignait, directement appris au camp international de Gillwell en tant que Deputy Camp Chief.

« Le scoutisme est fait pour faire du scoutisme, le bivouac est une très bonne école mais on ne cherche pas la souffrance pour la souffrance. »

« Le judo, la chevalerie et l’indianisme ne sont que des accessoires seconds du scoutisme qui correspondaient à une époque »

« La loi scoute ce n’est pas quelque chose à enseigner, c’est pour le garçon, c’est ce que lui doit prendre et comprendre comme chemin pour sa vie. »

Avec du recul, que pensait Michel Menu de son innovation Raider ?

« On a créé une élite pensant que les gens suivraient, mais il ne suffit pas d’avoir une élite pour que les gens suivent. Avec les Raiders le scoutisme d’après-guerre (passé de 32 000 à 65 000 scouts) a repris une allure, une couleur, pour des gars de 15-16 ans les Raiders qui s’entrainaient avec les pompiers, qui partaient en Raid, c’était très fortement attractif. Peut-être faire plus attention entre l’élite et puis la base, il aurait peut-être fallu une étape intermédiaire. Mais bon c’est assez difficile de dire au type qui veut sauter en parachute, tu vas d’abord sauter d’une chaise pour être sûr et puis d’une table, non au final il n’y a qu’un vrai saut c’est quand on saute de l’avion en vol. »

Comment redonner du vent dans les voiles du Scoutisme actuel ?

Avec son humilité authentique Michel avait commencé par répondre « Je ne suis plus du tout dans le coup, je suis déjà au purgatoire, je ne peux donc pas vous donner de conseil et encore moins de consigne. »

« C’est sûr que si le scoutisme veut un futur il faut qu’il trouve de quoi mettre du vent dans ses voiles, il se doit d’innover, trouver les formes d’applications qui vont bien. La France est devenue une terre de mission, à vous de trouver !»

« Une des méthodes les plus importantes du scoutisme doit néanmoins perdurer c’est celle qui consiste à faire confiance à un gars de 15 ans qui n’attends que ça, qui veut être cru pour ce qu’il est, il ne veut pas être simplement le fils de M. Intel ou l’étudiant de telle école. »

La définition des Goums, par… son créateur :

DSCF2441« Au sujet des Goums, l’âge de 22 -28 ans pour les jeunes adultes est un âge important où l’on a besoin de silence pour savoir où on va. Qu’est-ce qu’on va leur proposer pour se sortir du bruit de la ville, de ce monde, et d’une vie active parfois oppressante ? la Nature. Comment la proposer ? avec des raids dans les déserts. Comment les vivre ? avec un esprit de pauvreté. Pendant 8 jours et nuits le jeune à l’occasion de se dire « et moi qu’est-ce que je fais de ma vie ? », c’est un temps de recueillement complet, pas seulement spirituel. Le spirituel marche sur le corps, il faut donc que le corps soit dérouillé aussi, il faut que le mental par le silence soit réactivé. On reprend les buts du scoutisme : santé, caractère, sens de Dieu. Pour nous les goumiers, la Croix de Jérusalem qui constitue la croix des goumiers, c’est l’étoile polaire qui permet de s’orienter dans le désert. »

« Ce qui est important au début de sa vie, ce n’est pas seulement d’avoir une vision spirituelle (la foi du Chrétien) mais que cette foi du chrétien soit portée par la personne toute entière c’est-à-dire par un corps qui est assez entrainé pour dire : ah y a ça à faire ? Bah je le fais ! Et par un mental qui dit « écoutez avant de répondre à votre question j’ai besoin d’un moment de réflexion et si j’ai besoin de m’instruire, de lire un livre, d’assister à une conférence je le ferai ».

« Aujourd’hui malheureusement il y a une question et toutes le monde répond, en discute dans la précipitation sans réfléchir, on s’étripe et finalement ça fait une bonne distraction qui sert d’ailleurs la plupart du temps à cacher les besoin réels du pays. La personnalité aboutie c’est être capable de prendre du temps pour son corps, pour son mental, pour sa relation avec les autres, etc. »

« J’ai arrêté de faire des Raids Goum en 2003 (ndlr soit à 87 ans…), parce ce qu’il y a un moment où quand tu ne peux plus porter le sac de l’autre en plus du tiens il faut savoir s’arrêter. »

Pour conclure…

« Moi ce qui me fait toujours plaisir c’est de trouver un gars qui dit « moi je veux aller plus loin » plus loin que la facilité, plus loin que le confort ».  Michel était un véritable forgeron des âmes, capable de créer par son vécu, par ses écrits et toujours maintenant par ses prières, des âmes fortes et apaisées qui plaisent à Dieu.

Je termine par deux extraits de ses mails :

Mail du 24 mai 2005 :

« Le Raider ne craint pas de partir même sans bagages parce qu’il sait où il va ! Dans le sillage de Celui qui est venu pour révéler aux hommes que leur vie a un sens. Bon raid ! »

Mail du 8 mai 2005 :

« Continuez à viser haut ! C’est de là qu’on voit le mieux Celui qui s’est annoncé à nous comme la Vérité. »

R. N° 5509

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