Dans le monde sans en être

Islamisme, éducation et évangélisation

Rachid Abou Houdeyfa, imam à Brest et prédicateur sur youtube.

Rachid Abou Houdeyfa, imam à Brest et prédicateur sur youtube.

“Islam de France”, voilà la formule magique que l’on trouve dans la bouche de tous les hommes politiques qui cherchent à surfer sur “le problème de l’islam” pour se (re)faire une place. Ce qui pourrait surprendre1enfin, surprendre celui qui cherche naïvement une cohérence dans les discours politiques actuels. cependant, c’est que, le plus souvent, ce sont les mêmes qui critiquent l’immersion des religions dans les débats politiques nationaux et qui souhaitent que l’État s’immisce maintenant dans les débats intra-islamiques.

“Islam de France” – la laïcité renversée

L’idée que l’État puisse exiger un “islam de France” dénote une étrange conception de la laïcité, une sorte de Loi de 1905 inversée2imaginons un instant que la République éxige que nous reformions notre catholicisme pour le rendre plus francais, nous lui répondrions à juste titre : “Nous préférons servir Dieu plutôt que les hommes”, comprenons donc que beaucoup de musulmans en fassent de même.. En 1905, l’État ne reconnaissait ni ne subventionnait aucun culte (art. 2), mais avait pour mission d’assurer la liberté de conscience de chacun et le libre exercice de tous les cultes (art. 1er) – c’est-à-dire ne s’immisçait dans aucune religion, mais protégeait leur libre exercice – ; en 2015, l’État pense avoir son mot à dire sur la foi musulmane (sur son contenu et sa pratique) d’une partie de ses citoyens et aimerait limiter leur liberté de culte en repoussant leur religion dans la sphère privée.

Ne nous voilons pas la face, si nos élites politiques en sont à une telle contradiction c’est qu’ils ne savent plus comment faire. Car oui, il y a un “problème” avec l’islam en France. Évidement une telle formule fera diversement hurler les uns (“Vous stigmatisez les musulmans !”) et les autres (“Enfin un qui voit le problème en face !“). Pour une fois, sur ce sujet, avant d’hurler essayons de prendre le temps de penser. Quel est ce problème ? D’où vient-il ? Et réalisons que, peut-être, l’islam n’est pas le fond du problème.

L’islam intérgriste en France ?

Préférons parler du problème qu’a l’islam en France, plutôt que du problème de l’islam en France pour éviter d’inculper trop vite l’islam en tant que tel. Ce problème, donc, est ce que l’on appelle aujourd’hui : l'”islam radical”, l'”islamisme” ou encore l'”intégrisme musulman”.

Nous ne dresserons pas ici un panorama complet de l’islamo-sphère radicale française, de l’islam politique des frères musulmans à l’islam apolitique de la plupart des salafistes il y a une grande variété de tendances3Retenons un point commun de toutes ces mouvances : le littéralisme. Ce que nous appellerons génériquement “l’islam intégriste” se distingue par un rapport brut au texte – tant au Coran qu’à la Sunna (vie de leur ‘prophète’) et est porté par le vaste mouvement de “purification” de la foi coranique et de retour aux “anciens” (salaf en arabe) initié dans la péninsule arabique à la fin du XIXe s.
Pour une présentation complète de l’islam comme religion et comme communauté – c’est-à-dire tant du point du vue doctrinal que du point de vue historique et politique – consulter Louis Gardet, L’Islam, Religion et communauté, DDB, Paris, 2002. Cet ouvrage est remarquablement complet et précis, il constitue certainement l’une des meilleure porte d’entrée pour comprendre l’islam. Il est cependant daté – fin des années 60 –, aussi, les chapitres consacrés aux reformes modernes de l’Islam s’arrêtent sur les nationalismes arabes, l’arabisme, la modernisation de l’islam, les enjeux socio-économiques au Magreb… Si l’auteur présente clairement les mouvements wahabites, salafistes et les frères musulmans, il n’a cependant pas pu voir venir leur succès mondial à la fin du XXe et au début du XXIe s. Sur l’origine des mouvances que nous appelons aujourd”hui “radicales”, retenons de l’ouvrage de Louis Gardet, qu’il s’agit d’un large mouvement de “purification” de la foi coranique et de retour aux “anciens” (Salaf en arabe) enclenché dans l’islam à la fin du XIXe siècle. Cette “réforme”, selon le projet de ses initiateurs (Jamal al-Din al-Afghani (+ 1897), Muhammad Abduh (+1905), Rashid Rida,(+1935) …), souhaitait retrouver l’islam originel – lecture littérale du coran et imitation du mode de vie des “anciens” – afin de mieux répondre aux défis de la modernité. Ce mouvement “traditionaliste” (on peut tout faire dire à ce terme, entendons-le ici pour désigner un mouvement de retour au passé) s’est donc d’emblée posé d’une une perspective conquérante vis-à-vis de la modernité. Dès le début du XXe siècle les salafistes investissent les champs d’études caractéristiques de la modernité (philosophie matérialiste, sciences, …) pour leur opposer la vérité coranique.
. Choisissons une autre approche, partons de l’islam intégriste tel qu’il est vécu au quotidien en France dans la diversité de ses mouvances : littéraliste dans son interprétation du Coran et de la Sunna et rigoriste dans sa morale. Ayant vécu dans des banlieues dites “sensibles” et ayant côtoyé de très près plusieurs français de tradition chrétienne qui se sont convertis à un islam intégriste, je pense connaître un peu le terrain. Il ne s’agit pas ici de généraliser une expérience particulière, mais plutôt de relever ce qu’il peut y y avoir de typique et de symptomatique.

Avant de parler de l’islam intégriste qui se développe en France, la première chose à faire est de préciser l’enjeu de notre propos. Il ne s’agit en aucun cas de juger l’islam dans son ensemble, de juger par exemple de la compatibilité de l’islam et de la République 4Pour poser un tel jugement, il faudrait qu’il n’y ait qu’un seul islam – une seule manière de le pratiquer –, or c’est justement ce que veulent faire croire les salafistes et ce que nous réfutons. De même, il faudrait que la République soit intangible et susceptible d’aucune évolution, adaptation ou amélioration, ce que nous ne croyons pas non plus., mais simplement de décrire une situation particulière – le développement dans des zones défavorisées de France d’un islam intégriste – afin d’en diagnostiquer les causes et de tenter d’y apporter un remède. Précisons aussi que nous parlons ici du problème de l’islam intégriste et non de celui du terrorisme islamique. La plupart des musulmans intégristes français se désolidarisent totalement du terrorisme. Après avoir distingué islam et islam intégriste, il faut donc distinguer islam intégriste et terrorisme. Rachid Abou Houdeyfa, par exemple, – imam à Brest et prédicateur intégriste ultra-présent sur le web – suite aux attaques de janvier a très vite diffusé sur sa page Facebook une condamnation des attentats 5Voir aussi sa prédication sur les attentats. Voir aussi comment le portail musulman Al-kanz prend ses distances avec le groupe terroriste Boko Haram en expliquant que Boko Haram n’a rien à voir avec le salafisme. Cette exemple est très éclairant, on voit bien que le salafisme – ou plus généralement ce que nous appelons ici l’islam intégriste – est à traiter comme un sujet en soi et non au travers du prisme du terrorisme. Les politiques de lutte contre l’incitation au terrorisme ou au Dijhad, si elles peuvent dissuader certains intégristes de prendre les armes, ne résoudront donc pas le problème précis du développement d’un l’islam intégriste en France. C’est ici à ce dernier problème et seulement à lui que nous voudrions nous confronter dans cet article. Lorsque nous parlerons d’islam intégriste ou salafiste n’entendez donc ni islam-tout-court, ni terrorisme-islamiste.

Présence de l’islam intégriste

Ces précisions posées, il faut constater deux choses au sujet de l’islam dans les quartiers défavorisés 6Il ne s’agit en aucun cas ici d’un refrain stigmatisant visant à faire passer “les banlieues” pour des zones de non-droit, mais simplement de décrire une réalité sociologique particulière. Nous choisissons l’expression “quartiers défavorisés” car il nous semble, nous le verrons, que c’est avant tout la misère sociale, familiale, culturelle et spirituelle de ces quartiers qui y explique le succès d’un islam radical.. Tout d’abord, l’islam radical n’est pas majoritaire chez les musulmans – en proportion à la population musulmane peu de femmes portent le hijab et d’hommes la barbe longue. Cependant, ayant dit cela, il faut aussitôt ajouter que chez beaucoup de jeunes musulmans – même non-pratiquants et baignés de culture postmoderne (web, téléréalités, …) – les “barbus” 7comme ils les appellent eux-mêmes sont une sorte de repère moral et religieux. J’ai souvent entendu des jeunes de tradition musulmane me dire : moi je ne pratique pas, pour le moment je m’amuse, je suis jeune, mais un jour je serai ‘un bon musulman’, la discussion permettant ensuite de comprendre que leur modèle du “bon musulman” était le “barbu”. Ce modèle s’impose car ces “barbus” sont très missionnaires, ils n’hésitent pas à aller à la rencontre des jeunes, ils ont parfois des stands de propagandes (livres, brochures, …) sur les marchés, sont très présents sur internet… Leur “autorité” repose aussi sur leur apparente pureté morale – ils incarnent une sorte de contre-modèle du cliché du délinquant de banlieue : pas de sexe, pas de drogue, pas de recel.

Rhétorique de l’islam intégriste

Nous avons tenté de décrire de l’extérieur la présence et l’influence de l’islam intégriste en France, approchons-nous encore un peu pour l’écouter. Que dit-il ? J’ai eu de nombreuses fois l’occasion d’approfondir la rhétorique de l’islam intégriste, c’est-à-dire l’argumentaire avec lequel il cherche à convaincre. L’un de ses traits caractéristiques est ce que j’appellerai une “rhétorique de l’accomplissement”.

Sous forme de conte, on vous racontera l’histoire d’un Roi qui, cherchant la vraie religion, interrogea successivement un juif, un chrétien et un musulman puis décida de se faire musulman car ainsi il reconnaissait tous les prophètes et avait donc plus de chance d’être dans le vrai. L’islam est la dernière des révélations, donc la plus complète, voilà le raisonnement. 8Non seulement le raisonnement n’est pas très convaincant, mais il est surtout faux de dire que l’Islam reconnaît les prophètes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Alors que le christianisme reçoit l’Ancien Testament ‘tel quel’ dans sa Bible, le Coran n’inclut aucunement les textes bibliques. L’islam traditionnel considère que les textes bibliques ont été corrompus par les hommes et ne sont donc pas fiables. Les histoires bibliques que l’on retrouve dans le Coran sont totalement réécrites et transformées. L’islam n’assume donc absolument pas la tradition biblique..

Adressée à une chrétien, la rhétorique de cet islam – profitant de l’ignorance biblique des chrétiens – cherchera à montrer que le Nouveau Testament a parlé de la venue de Mahomet. Le Paraclet dont Jésus annonce la venue dans l’Évangile de Jean serait en effet Mahomet lui-même 9Les chrétiens lisant Parakletos ont traduit par défenseur et ont cru à une annonce de l’Esprit-Saint, mais il fallait lire Périklytos et traduire par Glorieux – c’est-à-dire Mohamed. Le passage de Parakletos à Périklytos est bien évidement absolument infondé.

Mais la rhétorique de l’accomplissement va plus loin, ce n’est pas seulement l’histoire du salut que l’islam prétend accomplir, mais aussi la science. L’idée selon laquelle l’islam serait une religion scientifique est très présente dans l’apologétique salafiste. Recherchez “miracles scientifiques du Coran” sur Google, vous serez surpris. Pour convaincre la mentalité positiviste de l’occident moderne, l’islam intégriste reprend ces valeurs : Vous croyez en la science ? Nous ferons dire à la science que le Coran est vrai. Les arguments que nous allons rapporter maintenant illustrent cette soit-disant scientificité du Coran, ils vont sûrement vous surprendre, mais il faut bien prendre conscience qu’ils constituent l’argumentaire de base de l’islam intégriste sur internet.

  • Prenons un premier exemple

On lit dans le Coran : “Et c’est Lui qui donne libre cours aux deux mers : l’une douce, rafraîchissante, l’autre salée, amère. Et Il assigne entre les deux une zone intermédiaire et un barrage infranchissable.” (Sourate 25:53 )

Or le commandant Cousteau a écrit : “Entre la fin d’un fleuve et la mer, (…) [il existe] une espèce de zone frontière

Le Coran disait déjà, alors qu’on ne pouvait pas le savoir scientifiquement, ce que Cousteau a découvert au XXe siècle, donc le Coran est vrai (Cf. Ici ou ici par exemple). Et d’ailleurs Cousteau s’est converti à l’Islam.

Évidement il y a ici trois mensonges : 1. le Coran n’est pas un traité d’océanographie, ce serait comme chercher à voir dans Is 55, 10-11 un traité sur le cycle de l’eau10Is 55, 10-11 “La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission.” ; 2. Cousteau a au contraire affirmé qu’il n’y a pas de séparation nette entre eau douce et eau salée 11c’est du moins ce qu’affirment certains détracteurs sur internet, j’avoue n’avoir pas creusé la question qui me semble de faible importance ; 3. Cousteau ne s’est jamais converti à l’Islam.

  • Prenons un deuxième et dernier exemple (vous en trouverez plein d’autres ici ou ici en vidéo)

ch1-1-a-img6-bigLe Coran dit “Nous avons certes créé l’homme d’un extrait d’argile, puis Nous en fîmes une goutte de sperme dans un reposoir solide.  Ensuite, Nous avons fait du sperme une alaqah (sangsue, chose suspendue, caillot de sang), et de la alaqah Nous avons créé une moudghah (substance mâchée)” (Sourate, 23:12-14)

Or, aujourd’hui nous pouvons voir la forme d’un embryon grâce aux microscopes et nous constatons en effet qu’il a la forme d’un chewing-gum, c’est-à-dire d’une substance mâchée – moudghah12Encore faut-il le mâcher de telle façon à ce qu’il ressemble à un embryon….

Le Coran annonçait une vérité scientifique que l’on en pouvait pas connaître alors, le Coran est donc vrai (Cf. ici par exemple)

Très certainement qu’en lisant ces arguments vous avez eu un léger sourire et avez cru à une grosse blague, mais non. Non il ne s’agit pas d’un canular, le chewing-gum et la conversion de Cousteau sont réellement des arguments utilisés en France pour convertir à l’islam. Pire, ces arguments marchent et beaucoup sont persuadés à leur lecture (ou visionnage sur Youtube) d’avoir découvert une grande vérité. Il nous faut absolument prendre conscience que ce type d’argumentaire est extrêmement répandu sur internet (et dans les librairies salafistes).

Misère intellectuelle et spirituelle

Pourquoi évoquer ici cette rhétorique absurde ? Il me semble que prendre conscience du néant de la propagande islamiste peut nous aider à comprendre où se situe le véritable problème. Que des jeunes se laissent convaincre par de tels arguments révèle en effet l’état de misère intellectuelle et spirituelle que nous avons laissé s’installer en France.

Double misère donc. Intellectuelle, d’abord, car les “miracles scientifiques du Coran” sont tous plus farfelus les uns que les autres et car pour en arriver à chercher des théories scientifiques dans un texte religieux il faut n’avoir absolument aucune sensibilité littéraire. Spirituelle, ensuite, car se convertir à cause d’une preuve scientifique de la vérité du Coran c’est le degré zéro de la spiritualité. Une chose est flagrante (aux yeux du chrétien du moins) sur les sites apologétiques islamistes et notamment dans les témoignages vidéos de conversions à l’islam : jamais il n’est fait mention d’une expérience spirituelle, d’une rencontre avec Dieu ou d’une découverte personnelle de son amour. La conversion n’est que l’adhésion à un système de vérités. L’islam intégriste se présente comme une grille de lecture du monde à laquelle rien n’échappe, une solution totale (et donc totalement illusoire) à la misère de l’homme moderne. L’islam intégriste apporte ses solutions toutes faites – pseudo-scientifiques – à tous les problèmes. Le domaine du savoir comme celui de la vie quotidienne est quadrillé de règles intangibles. Partout où l’inquiétude de l’homme (le désir du vrai, le désir de bien agir) pourrait laisser surgir une quête spirituelle authentique, l’islam intégriste s’empresse d’apporter des solutions toutes-faites, étouffant ainsi, à coup de règles et d’interdits, les appels de l’Esprit.

Si nous parlons ici de misère intellectuelle et spirituelle, il ne faudrait pas oublier pour autant la misère sociale et économique très concrète qui les nourrit et les entretient en France. C’est sur fond d’horizon social bouché, d’impossibilité économique d’accès à la culture et de sentiment d’exclusion13Sentiment qui hélas est souvent très fondé ! que se développent les misères intellectuelle et spirituelle. Vous vous sentez exclus de la société française ? Nous aussi, rejoignez-nous. Retournons la situation : la société a voulu nous rejeter, c’est nous qui la rejetterons. Voilà ce que l’islam intégriste siffle à l’oreille de beaucoup de jeunes.

Ne nous laissons pas tromper cependant, le néant intellectuel et spirituel de l’islam intégriste n’est pas extensible à tous les musulmans. L’islam est capable de pensée et de spiritualité, car l’islam c’est avant tout des hommes. Les grands philosophes arabes du moyen-âge et les mystiques soufis14Trouvez ici une sublime prière du mystique musulman Hallaj, ainsi qu’un commentaire du Card. Charles Jounet sur le mysticisme authentique au sein de l’islam. sont les preuves que les plus hautes aspirations de l’homme ont aussi leur place en islam. Certes, les ouvertures philosophiques et mystiques en islam ont, jusqu’à présent, toujours finies par être rabrouées ; elles témoignent cependant du fait que l’islam est pluriel et susceptible d’évolution. Outre même les perles de l’Andalousie médiévale et du soufisme, je ne doute pas un instant que beaucoup de musulmans15La majorité sûrement. – intellectuels ou non, réformistes ou non – sont tout aussi affligés que nous par les soit-disant “savants” salafistes.

Nous voyons bien que le véritable problème de l’islam en France, n’est pas l’islam en tant que tel, mais l’immense misère sociale, économique, intellectuelle et spirituelle dans laquelle sont laissés certains quartiers. Le développement de l’islam intégriste – néant de pensée et de spiritualité – en France n’est pas la cause, mais la conséquence de notre problème. 16Je laisse ouverte la question d’un problème interne à l’islam. En effet, l’échec, jusqu’à présent, des différentes tentatives de réformes philosophiques ou mystiques de l’islam doit sûrement pouvoir s’expliquer aussi par des causes inhérentes à la doctrine et à la tradition de l’islam, notamment en ce qui concerne le rapport au texte coranique – majoritairement considéré comme Incréé –qu’entretient l’islam.

Une mission à relever

Aussi, plutôt que de s’inquiéter de la présence de musulmans en France et de s’effrayer avec des mythes de “Grand Remplacement” ou (à l’inverse) plutôt que de se faire le défenseur naïf d’un islam dont on ignore souvent tout, il faut relever le défi que nous lance le constat d’une telle misère intellectuelle et spirituelle.

Deux chantiers prioritaires s’ouvrent pour nous autres chrétiens : l’éducation et l’évangélisation.

L’éducation, d’abord, car il faut bien se rendre compte que les jeunes qui sont réceptifs aux argumentaires abscons de l’islam intégriste cités ci-dessus ont tous été à l’école ! Quel échec effroyable. Évidement le défi de l’éducation déborde largement les frontières de l’École, les besoins associatifs dans ces quartiers sont immenses171. Les associations croulent sous la paperasse administrative ; 2. Les associations manquent de bénévoles.. Et plus encore que tout cela, c’est une misère affective qui gangrène nos jeunes. D’innombrables jeunes n’ont pas une seule oreille attentive à qui se confier. Comment voulons-nous transmettre quoi que ce soit s’il n’y a pas d’amour ? Comment voulons-nous éveiller un jeune à l’intériorité – et ainsi à la pensée et à la morale – s’il n’expérimente jamais une écoute attentive lui révélant sa valeur profonde ? Nous ne parlons même pas ici d’apprendre à lire et à écrire, le véritable problème est en amont de ça, il s’agit de fonder – enfin – une civilisation de l’amour.

L’évangélisation, ensuite, car nous croyons “qu’il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel ils doivent être sauvés” que celui de Jésus (Cf. Ac 4, 12). Et il faut bien le reconnaître pourtant : tout est à faire ! Les banlieues ne sont pas simplement les délaissées de la République, elles sont souvent aussi les délaissées des diocèses. Nous savons que tout est possible à Jésus. Le témoignage des chrétiens peut bouleverser les vies et mettre en échec toute la rhétorique de l’islam intégriste. Quelle force a une rhétorique faussement scientifique face au témoignage d’un homme affirmant connaître personnellement le Seigneur ? De part de nombreuses expériences d’évangélisation de rue en quartiers à majorité musulmans, je peux vous assurer que lorsque vous dite à un musulman que vous avez une “relation personnelle avec le Seigneur” tout son argumentaire s’écroule. Souvent après un moment à parler avec de jeunes musulmans, le groupe s’éloignant, l’un d’eux revient et discrètement avoue être interrogé par ce dont on a témoigné. Souvent aussi des jeunes musulmans m’ont confié que cette prière personnelle dont je leur parlais était justement ce dont il ressentait le manque. La parole de Jésus, portée par l’évangélisateur, peut percer la rhétorique tout faite de l’islam intégriste et libérer dans le coeur du musulman une soif de Dieu qui pourrait bien le conduire jusqu’au baptême.

Une question demeure : qui témoignera ?

“Qui enverrai-je ?” crie le Seigneur (Cf. Is 6, 8)

PS: Pour tous musulmans qui souhaiteraient s’approcher de Jésus, outre la paroisse catholique la plus proche de chez vous, l’association Notre-Dame de Kabylie est disposée à vous accueillir et vous aider : www.notredamedekabylie.net

Antoine.

Notes :   [ + ]

1. enfin, surprendre celui qui cherche naïvement une cohérence dans les discours politiques actuels.
2. imaginons un instant que la République éxige que nous reformions notre catholicisme pour le rendre plus francais, nous lui répondrions à juste titre : “Nous préférons servir Dieu plutôt que les hommes”, comprenons donc que beaucoup de musulmans en fassent de même.
3. Retenons un point commun de toutes ces mouvances : le littéralisme. Ce que nous appellerons génériquement “l’islam intégriste” se distingue par un rapport brut au texte – tant au Coran qu’à la Sunna (vie de leur ‘prophète’) et est porté par le vaste mouvement de “purification” de la foi coranique et de retour aux “anciens” (salaf en arabe) initié dans la péninsule arabique à la fin du XIXe s.
Pour une présentation complète de l’islam comme religion et comme communauté – c’est-à-dire tant du point du vue doctrinal que du point de vue historique et politique – consulter Louis Gardet, L’Islam, Religion et communauté, DDB, Paris, 2002. Cet ouvrage est remarquablement complet et précis, il constitue certainement l’une des meilleure porte d’entrée pour comprendre l’islam. Il est cependant daté – fin des années 60 –, aussi, les chapitres consacrés aux reformes modernes de l’Islam s’arrêtent sur les nationalismes arabes, l’arabisme, la modernisation de l’islam, les enjeux socio-économiques au Magreb… Si l’auteur présente clairement les mouvements wahabites, salafistes et les frères musulmans, il n’a cependant pas pu voir venir leur succès mondial à la fin du XXe et au début du XXIe s. Sur l’origine des mouvances que nous appelons aujourd”hui “radicales”, retenons de l’ouvrage de Louis Gardet, qu’il s’agit d’un large mouvement de “purification” de la foi coranique et de retour aux “anciens” (Salaf en arabe) enclenché dans l’islam à la fin du XIXe siècle. Cette “réforme”, selon le projet de ses initiateurs (Jamal al-Din al-Afghani (+ 1897), Muhammad Abduh (+1905), Rashid Rida,(+1935) …), souhaitait retrouver l’islam originel – lecture littérale du coran et imitation du mode de vie des “anciens” – afin de mieux répondre aux défis de la modernité. Ce mouvement “traditionaliste” (on peut tout faire dire à ce terme, entendons-le ici pour désigner un mouvement de retour au passé) s’est donc d’emblée posé d’une une perspective conquérante vis-à-vis de la modernité. Dès le début du XXe siècle les salafistes investissent les champs d’études caractéristiques de la modernité (philosophie matérialiste, sciences, …) pour leur opposer la vérité coranique.
4. Pour poser un tel jugement, il faudrait qu’il n’y ait qu’un seul islam – une seule manière de le pratiquer –, or c’est justement ce que veulent faire croire les salafistes et ce que nous réfutons. De même, il faudrait que la République soit intangible et susceptible d’aucune évolution, adaptation ou amélioration, ce que nous ne croyons pas non plus.
5. Voir aussi sa prédication sur les attentats. Voir aussi comment le portail musulman Al-kanz prend ses distances avec le groupe terroriste Boko Haram en expliquant que Boko Haram n’a rien à voir avec le salafisme. Cette exemple est très éclairant, on voit bien que le salafisme – ou plus généralement ce que nous appelons ici l’islam intégriste – est à traiter comme un sujet en soi et non au travers du prisme du terrorisme. Les politiques de lutte contre l’incitation au terrorisme ou au Dijhad, si elles peuvent dissuader certains intégristes de prendre les armes, ne résoudront donc pas le problème précis du développement d’un l’islam intégriste en France. C’est ici à ce dernier problème et seulement à lui que nous voudrions nous confronter dans cet article
6. Il ne s’agit en aucun cas ici d’un refrain stigmatisant visant à faire passer “les banlieues” pour des zones de non-droit, mais simplement de décrire une réalité sociologique particulière. Nous choisissons l’expression “quartiers défavorisés” car il nous semble, nous le verrons, que c’est avant tout la misère sociale, familiale, culturelle et spirituelle de ces quartiers qui y explique le succès d’un islam radical.
7. comme ils les appellent eux-mêmes
8. Non seulement le raisonnement n’est pas très convaincant, mais il est surtout faux de dire que l’Islam reconnaît les prophètes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Alors que le christianisme reçoit l’Ancien Testament ‘tel quel’ dans sa Bible, le Coran n’inclut aucunement les textes bibliques. L’islam traditionnel considère que les textes bibliques ont été corrompus par les hommes et ne sont donc pas fiables. Les histoires bibliques que l’on retrouve dans le Coran sont totalement réécrites et transformées. L’islam n’assume donc absolument pas la tradition biblique.
9. Les chrétiens lisant Parakletos ont traduit par défenseur et ont cru à une annonce de l’Esprit-Saint, mais il fallait lire Périklytos et traduire par Glorieux – c’est-à-dire Mohamed. Le passage de Parakletos à Périklytos est bien évidement absolument infondé.
10. Is 55, 10-11 “La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission.”
11. c’est du moins ce qu’affirment certains détracteurs sur internet, j’avoue n’avoir pas creusé la question qui me semble de faible importance
12. Encore faut-il le mâcher de telle façon à ce qu’il ressemble à un embryon…
13. Sentiment qui hélas est souvent très fondé !
14. Trouvez ici une sublime prière du mystique musulman Hallaj, ainsi qu’un commentaire du Card. Charles Jounet sur le mysticisme authentique au sein de l’islam.
15. La majorité sûrement.
16. Je laisse ouverte la question d’un problème interne à l’islam. En effet, l’échec, jusqu’à présent, des différentes tentatives de réformes philosophiques ou mystiques de l’islam doit sûrement pouvoir s’expliquer aussi par des causes inhérentes à la doctrine et à la tradition de l’islam, notamment en ce qui concerne le rapport au texte coranique – majoritairement considéré comme Incréé –qu’entretient l’islam.
17. 1. Les associations croulent sous la paperasse administrative ; 2. Les associations manquent de bénévoles.

3 réponses à “Islamisme, éducation et évangélisation”

  1. vuillaume

    tout a fait d’accord . cette stratégie concordiste qui est censé prouver la vérité du Coran a été vulgarisée par le fameux livre du Dr Bucaille “la bible , le coran et la science” il y a déjà longtemps. ce livre on le trouve toujours dans toutes les librairies religieuses musulmanes, alors que la Bible est introuvable (surtout dans les pays a dominante musulmane, je suis en Algerie). le Coran n’est plus un livre de spiritualité , ni m^me un livre qui relie à Dieu (= religion), et la relation à Dieu est quasi absente des discours.

  2. Iader

    Merci pour ce témoignage et cette analyse.
    Effectivement il y’a un chantier immense d’évangélisation. A rajouter aussi que pour beaucoup de ces jeunes, on observe une totale méconnaissance de l’histoire (y compris familiale) et des préceptes musulmans. Ainsi mes neveux éduqués en milieu ‘progressiste’ ignoraient que la raison principale de l’installation de notre famille en France fut de trouver un lieu d’éducation – ainsi que la fuite de la politique d’arabisation (et d’islamisation) mené par les autorités algériennes-. Ces mêmes neveux furent totalement abasourdis d’apprendre le sort réservé en milieu musulman a ceux qui se convertissent au christianisme.
    Iader (Baptisé adulte).

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