Dans le monde sans en être

Edito : Le symptôme d’une médiocrité sans concession

Pas besoin d’allumer la télévision pour savoir ce qui se disait dimanche soir à la télévision : Indignations, jubilations, interrogations, anathèmes, promesses vides, résolutions prises par des acteurs politiques devenus spectateurs impuissants… Et comme une poussée de fièvre, le vote FN monte encore. On peut faire des calculs savants, à chaque non-défaite électorale, à chaque victoire plus ou moins nuancé, le FN se renforce et la perspective de le voir un jour au pouvoir se clarifie.

Difficile de vraiment savoir de quelle maladie le FN est le symptôme. Il y a trop de choses qui fonctionnent à l’envers ces temps-ci. Pourtant force est de constater que la décrépitude de nos élites politique coïncide avec la montée du FN. Mais la montée du FN n’est pas la maladie, ce n’est que le symptôme. Ce n’est pas le FN qui cause tout le mal en France, mais il s’en nourrit et monte grâce à cela. Et c’est pour ça que s’acharner sur le symptôme c’est facile, mais inefficace, la maladie s’en trouve renforcée.

Etudions le symptôme de plus près : des nationalistes avec un programme économique de gauche, avec un rapport tendu à l’immigration et jouant sur la peur du déclassement. C’est un parti semblable à d’autres, avec ses courants et ses désaccords, ses magouilles et ses népotismes, ses grandes figures et ses électeurs. Mais ce parti a réussi à cristalliser autour de lui tous les mécontents du système. Et se rassemblent dans un même parti la vieille France qui pleure un passé idéalisé et l’ancien syndicaliste CGT qui ne sait plus vers qui se tourner pour conserver son travail. Difficile de savoir comment tout ce beau monde cohabite au sein d’un même parti, tant les visions du monde sont éloignées.

Mais s’ils vont tous au FN, il y a une raison principale : ailleurs, ils ont essayé, mais ça n’a pas marché. Et quand on voit les réactions des politiques « Républicains™ », on comprend pourquoi. Entre Valls qui s’allume un cigare pour fêter la seconde position du FN et l’UMP qui fête sa victoire obtenue en s’alliant avec l’UDI dans un ultime sauvetage de meuble, ce n’est pas glorieux. Le premier ministre fête quand son parti fait moins bien que le FN, mais que ce dernier n’est pas premier, c’est un peu mauvais joueur. L’UMP, qui un jour était l’union pour la majorité présidentielle, en est réduite à s’allier avec le centre pour espérer faire un score correct.

C’est médiocre.

La médiocrité sans concession est le mal qui ronge notre classe politique. On fait des élections sans parler du programme (ou même sans programme), on tolère des candidats repris de justice ou « innocents jusqu’à preuve du contraire » dans plus de procès qu’un citoyen normal pourrait supporter et sans changer tout ça on crie sur le FN en agitant des pins. Et cette médiocrité se reflète par l’absence de concession que manifeste nos élus quand le pays en aurait le plus besoin : s’opposer, systématiquement, à toute loi présentée par le camp d’en face. La loi Macron, par exemple, qui aurait été votée la main sur le coeur si l’UMP l’avait présentée, a été conspuée et a donné lieu aux psychodrames démocratiques dont les médias sont friands.

Et ensuite il y a les électeurs qui votent pour eux. On a tous une part de responsabilité dans cette montée du FN, en laissant s’installer des hommes politiques médiocres au pouvoir et en réduisant notre conscience politique aux quelques jours entourant un vote. Si vraiment le FN est un tel danger, alors il faut s’engager. Sinon, retournons à nos pins et nos commentaires du dimanche soir. Mais apparemment, le pays ne va pas encore assez mal pour qu’on se remette en question.

Fol Bavard

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