Dans le monde sans en être

Édito : La crise économique du Salut

Crucifixion blanche, Marc Chagall.

On voudrait que je me réjouisse de la vague bleue ou que je me désole de la noyade rose, pourtant ma joie et ma désolation sont tout ailleurs. Lorsque ma cité d’ici-bas semble folle, mon cœur rentre en lui-même et fixe du regard la cité d’en haut. Elle seule décide de mes joies et de mes peines.

La politique est nécessaire et il n’est pas question de la laisser aux autres par soucis de garder nos mains propres. Cependant, toute urgente qu’elle soit, elle est seconde, et peut-être même tierce.

Seconde car la politique doit émaner du commun de nos vies. Il n’y pas de politique sans lien concret entre les hommes – “L’amitié est le lien des cités” écrivait Aristote. La politique suppose toujours avant elle l’amitié et la fraternité : ne pas se dérober aux hommes, vivre livré pour nos prochains.

Tierce car la politique n’accomplira jamais à elle seule cette amitié et cette fraternité. Car l’homme providentiel, ce ne sera jamais Sarkozy, Hollande ou Marine. L’homme de la providence c’est le Messie-Roi, Sauveur et Seigneur, qui seul récapitule en Lui l’humanité entière en un peuple de frères. Le vrai libéral, qui offre à tous la liberté ; le vrai socialiste, offrant à tous l’égalité ; le vrai écologiste, unifiant le cosmos entier : c’est Lui, pas eux.

Oui, notre espérance c’est Lui. La politique, toute urgente qu’elle soit, doit être située en d’humbles limites, entre la vie morale (l’amitié) et la vie eschatologique (l’attente du Messie-Roi)1Sur cette situation limitée mais nécessaire du politique, entre éthique et eschatologie, voir la riche pensée juive d’Emmanuel Levinas..

“Cette espérance, nous la possédons comme une ancre de l’âme, sûre et solide; elle pénètre au delà du voile” (Hb 6, 19)

Notre cœur, tel une ancre, est fixé de l’autre côté du voile, du côté de Dieu et de son Règne qui vient. Ne plongeons en politique qu’à condition que cette ancre soit bien enfoncée. Le voile a commencé de se déchirer (Cf. Mc 15, 38), la poitrine de Dieu est ouverte et la vie en jaillit. Plantons notre ancre en Lui, en son cœur, tirons de son cœur des biens pour le monde, attirons vers son cœur les biens de notre monde.

Cette semaine est sainte, une crise économique bien plus grave et bien plus fondamentale pour nos vies que celle de Wall-Street est en cours. Celle de l’économie du Salut2“L’économie du salut” désigne en théologie la manière dont Dieu se révèle au monde pour le sauver au cours de l’histoire. Étymologiquement économie signifie la gestion de la maison. L’économie de Dieu est donc la manière dont il s’occupe de la maison humaine. : Dieu cherche à nous sauver et l’offre de son amour ne trouve que peu de demande. “L’amour n’est pas aimé !” 3Cri de saint François d’Assise..

C’est du rouge et du blanc du sang et de l’eau jaillissant du côté de Jésus que naissent ma peine et ma joie, pas du rose et du bleu de la carte électorale.

Ce monde passe… le Messie, lui, vient.

Bonne semaine sainte à tous.

Benoît.

Notes :   [ + ]

1. Sur cette situation limitée mais nécessaire du politique, entre éthique et eschatologie, voir la riche pensée juive d’Emmanuel Levinas.
2. “L’économie du salut” désigne en théologie la manière dont Dieu se révèle au monde pour le sauver au cours de l’histoire. Étymologiquement économie signifie la gestion de la maison. L’économie de Dieu est donc la manière dont il s’occupe de la maison humaine.
3. Cri de saint François d’Assise.

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