Dans le monde sans en être

Déclaration du scoutisme protestant : Quand six protestants se mettent d’accord

Vendredi 13 mars dernier, 6 mouvements de scoutisme protestants signaient une déclaration commune. Habitués à lire des déclarations en réaction à l’actualité, il nous serait facile de passer à côté de ce texte qui ne dénonce aucun attentat, ni projet de loi, ni dérive sociétale. Au lieu de ça, ce texte se contente de définir ce que sont le scoutisme et le protestantisme aujourd’hui et pourquoi ils ont énormément à apporter.

 Comment s’y retrouver avec les protestants ?

Les catholiques que je rencontre me disent souvent d’emblée qu’ils sont perdus dans tous les courants du protestantisme. Que je leur explique que j’ai grandi chez les baptistes (mais pas ceux de la FBF, moi j’étais à l’AEEBLF), que je trouve aujourd’hui plutôt mon compte chez les mennonites qui non, ne sont pas des amish en roulotte, et que ma dernière Eglise était à la Mission Populaire Evangélique et je les ai perdus pour de bon. Et je n’ai pas encore mentionné les luthéro-reformés, les pentecôtistes, ni même les adventistes.

Pourtant, quand je fréquente les mouvements catholiques, je retrouve la même diversité dans cette belle Église dite universelle. C’est difficile d’imaginer que tout puisse être apaisé tous les jours entre les tradis et charismatiques, les jésuites, dominicains, franciscains, salésiens et autres ordres que vous ne cessez d’inventer ou encore les partisans du catholicisme social et ceux de la messe en latin. Et je n’ai pas non plus mentionné les catholiques de rite oriental.

Là où j’ai grandi, la méfiance a toujours été grande vis-à-vis des autres Églises, protestantes ou non, et je me serais probablement beaucoup moins mélangé si je n’avais pas eu le scoutisme. C’est dans les mouvements de jeunesse que j’avais eu l’occasion de jouer avec des enfants des Églises d’autres dénominations, de découvrir leur façon de prier, d’assister aux cultes et aux baptêmes, et au milieu de tout ça de me forger mes propres convictions. On ne se mélangeait pas tant que ça : le scoutisme protestant se divise en à peu près six associations qui sont souvent liées aux différentes dénominations. Les Eclaireuses et Eclaireurs Unionistes de France par exemple, seul mouvement protestant de scoutisme reconnu par l’Etat et l’Organisation Mondiale du Mouvement Scout, sont de tradition luthéro-réformée, tandis que les Porteurs de Flambeaux sont les scouts de l’Armée du Salut, et les Royal Rangers sont proches des Églises Pentecôtistes.

Pourquoi y a-t-il autant de mouvements scouts ?

Le Scoutisme Français, c’est pas tellement simple non plus. Contrairement à la plupart des pays du monde qui n’ont qu’un seul mouvement de scoutisme reconnu par l’Organisation Mondiale, la France a choisi d’en avoir un par grande religion ainsi qu’un dit « laïc », ce qui a vite monté le nombre à cinq. Ce n’est pas tout le scoutisme en France. Le Ministère de la Ville, de la jeunesse et des Sports en reconnait quatre de plus, dont deux catholiques, et encore une soixantaine d’autres de tailles très diverses revendiquent de pratiquer une pédagogie scoute, sans être reconnus officiellement mouvements de scoutisme.

Rien qu’entre les cinq mouvements du scoutisme français, est-ce déjà simple de s’entendre ? Probablement pas. Mais j’entends de plus en plus le constat que cette mise en avant de la différence religieuse a ses avantages. D’abord elle rappelle qu’il n’y a pas un scoutisme mais plusieurs. Que contrairement aux clichés, ce n’est pas la même pédagogie depuis 100 ans mais des diversités de pratiques en France et à travers le monde qui continuent d’évoluer. Le scoutisme rencontre un concept bien français de l’éducation populaire, complémentaire de l’éducation formelle qu’apporte l’école et éducation informelle prodiguée par la famille. Différente des deux autres aussi, l’occasion de proposer une pédagogie horizontale, dans laquelle celui qui apprend est moteur de son éducation. Le but du scoutisme est de faire grandir les jeunes dans toutes les dimensions de leur personne. On parle de développer cinq relation : relation à soi, à son corps, au monde, aux choses et enfin relation spirituelle (souvent les mouvements religieux parlent alors de relation à Dieu). Dans beaucoup de pays où il n’y a qu’un seul mouvement officiel, cette dernière relation est laissée de côté, de crainte qu’un discours religieux ne prenne le pas sur les autres. Je pense que c’est cette implication des religions dans la pédagogie, proposant quand on voit l’ensemble une véritable diversité de pratiques et de paroles qui permet probablement d’obtenir un véritable exemple de laïcité.

De quoi naît une déclaration ?

Pour vivre cette diversité, encore faut-il se rencontrer. Même au sein d’une seule confession comme les protestants, cela peut prendre du temps. Cela fait une quinzaine d’année seulement que le dialogue a commencé à se nouer entre les six mouvements de scoutisme protestants. Cela a commencé timidement par des rencontres entre cadres associatifs. Ça s’est approfondi durant des weekends, des formations de responsables organisées en commun, ou encore des manifestations nationales ou locales, durant lesquelles plutôt que d’avoir des stands séparés nous choisissions d’avoir un grand espace commun. On a parlé de scoutisme, des scoutismes. De ce que nous partageons et de ce qu’on a de particulier. De la vie spirituelle, de la façon dont on s’y prend pour amener les questions de foi dans nos témoignages, dans les activités, tout en laissant la liberté aux jeunes de faire leurs choix, de savoir si pour ça les encadrant ont eux-mêmes besoin d’avoir la foi ou pas. Il a fallu souvent prendre le temps de s’arrêter, rien que pour se mettre d’accord sur le vocabulaire. On s’est mis aussi à copier, moi le premier, ce qui nous plaisait dans les autres mouvements. Le but n’était pas de se réunir sous une seule bannière pour autant, mais de profiter au mieux de la richesse des autres offerte ainsi. Des rencontres entre protestants, parce qu’il est nécessaire de commencer par ceux qui sont proches de soi, mais cela ne peut pas être une limite. C’est au contraire un tremplin pour pouvoir encore mieux s’ouvrir aux autres.

Tout récemment, parce que nous nous sentions prêts, parce que nous sentions aussi qu’il y avait un besoin d’expliquer à d’autres ce que nous étions, nous avons écrit une déclaration ensemble. Signée publiquement vendredi dernier, elle est là pour exprimer que même des protestants sont parfois d’accord entre eux. Contrairement à la plupart des déclarations, ce n’est pas un texte en réaction, écrit dans l’urgence par un groupe se trouvant un minimum commun pour pointer ce qu’elle ne veut pas. C’est un texte qui prend le temps de se construire, pour être une porte vers encore plus. On a vu la semaine dernière les 5 mouvements officiels du Scoutisme Français s’unir dans un communiqué pour mettre en garde contre une proposition de loi sur la neutralité imposée aux structures privées, on a là une proposition de ce qu’elles peuvent proposer pour la société, la laïcité et la jeunesse. C’est un peu ça du coup pour nous, être scout en 2015.

La déclaration a été publiée sur www.scoutisme-protestant.org où vous pouvez retrouver une présentation des 6 mouvements signataires.

Pierre Collas

 

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