Dans le monde sans en être

Puiser la force du témoignage à la source pure des saintes Ecritures

De nouveau, l’Evangile de ce jour fait de nous les témoins d’une rencontre entre Jésus et une personne malade, cette fois-ci un lépreux. Dans la Bible, la lèpre désigne non seulement la maladie qui sévit encore de nos jours, mais d’une manière générale toutes les affections de la peau. Les prêtres devaient savoir la diagnostiquer et prendre les mesures pour protéger la communauté. De par sa gravité, son caractère contagieux et les ravages qu’elle pouvait occasionner, la lèpre, était considérée comme une impureté et un  châtiment de Dieu. Dans le Livre du Deutéronome1Dt 28, 35., elle est la sanction par laquelle Dieu frappe les pécheurs. Dans le Livre de l’Exode2Ex 9, 8-12., elle est le signe de l’impiété. En outre, dans le Livre d’Isaïe3Is 53, 3-12., nous pouvons facilement comprendre que le Serviteur souffrant, malgré son innocence, est frappé de la lèpre, car il porte sur lui les péchés des hommes.

Dans son étude des textes de ce jour, l’abbé Chanut note que « dans l’opinion courante en Israël, le monde dans son rapport à Dieu était divisé en deux… » : le pur et l’impur et toutes ses déclinaisons comme le sacré et le profane, le béni et le maudit… Or, la lèpre, était classée dans la catégorie de l’impur, voilà pourquoi elle rendait impossible tout contact avec le sacré. Symboliquement, plus qu’une souillure physique ou morale, elle signifiait un état dont l’homme devait prendre conscience pour s’en sortir.

Cet ex cursus nous aide à comprendre l’état d’esprit du lépreux qui va à la rencontre de Jésus. L’évangéliste note qu’« il tomba à ses genoux et le supplia. » En tombant à genoux, l’homme fait un acte d’adoration qui manifeste d’emblée sa foi en Jésus. En outre, nous pouvons remarquer la justesse avec laquelle l’homme parle au Seigneur : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Saint Jean Chrysostome constate que le lépreux ne lui dit pas : « Si vous demandez cette grâce à Dieu ; mais : Si vous voulez4Homélie XXV du commentaire de l’évangile selon saint Matthieu.… » Il reconnaît que Jésus a le pouvoir de le guérir. Le saint de poursuivre en disant qu’« Il ne lui dit pas non plus : Seigneur, guérissez-moi ; il s’en remet pleinement à son jugement… » Nous avons là une belle expression de la foi et un bel exemple de prière à imiter. En effet, cet homme ne met pas en doute la volonté du Seigneur, il croit profondément en sa bonté, mais conscient de ses fautes, de son péché et de son indignité, il s’abandonne à la volonté de Dieu. Ce qui fait dire à saint Paschase Radbert, abbé de Corbie, à propos de la prière du juste : « Si le cœur des croyants est purifié par la foi, (…) la foi pure, vécue dans l’amour, maintenue par la persévérance, patiente dans l’attente, humble dans son affirmation, ferme dans sa confiance, pleine de respect dans la prière et de sagesse dans ce qu’elle demande, est certaine d’entendre en toute circonstance cette parole du Seigneur : Je le veux5Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, 5,8.… »

Nos frères malades, icône du Christ

« Saisi de pitié/de compassion » : ce mouvement intérieur est très présent dans les Evangiles, Jésus connaît cela devant l’aveugle de Jéricho6Mt 20, 34., devant les foules qu’Il voit comme des brebis sans Berger7Mc 6, 34-44., devant la mort de Lazare … Qu’est-ce que cela veut dire ? Les entrailles de Dieu sont renversées devant notre misère, nos péchés… Ce n’est pas le signe de la colère, mais de la miséricorde… Si nous avions conscience de son amour et de sa puissance de salut, tous nous courrions nous jeter dans ses bras, nous tomberions à genoux devant Lui, nous remplirions les confessionnaux…

C’est pourquoi, « saisi de pitié, Jésus étendit la main, le toucha… » A l’instant où j’écris ce commentaire, nous célébrons la fête de Notre-Dame de Lourdes. Comment ne pas penser aux sanctuaires où la confession et les guérisons sont les deux faces d’une même réalité : la miséricorde et l’amour infini et inconditionnel de Dieu ? Ce jour est aussi celui de la journée mondiale des malades : comment ne pas penser à eux et pour moi tout spécialement à ceux qui ont reçu le sacrement des malades dimanche dernier dans ma paroisse ? Tous nous sommes appelés à connaître, imiter et vivre les sentiments et la compassion du Christ envers ses frères, nos frères malades… A notre époque ultra aseptisée, il nous faut réapprendre à l’école de Jésus, les gestes simples, plein de délicatesse et de respect infini pour toucher les mourants, les malades et les personnes âgées et s’approcher d’eux : ils sont une icône du Christ pour nous…

« ‘‘Je le veux, sois purifié.’ A l’instant même, sa lèpre le quitta et il fut purifié. » Saint Jean Chrysostome note que « Jésus ne dit pas simplement : ‘Je le veux, sois guéri.’ Mieux encore : Il étendit la main et le toucha. Voilà qui est digne d’attention. Puisqu’il le guérissait par un acte de sa volonté et par une parole, pourquoi l’a-t-il touché de la main ? Pas pour une autre raison, me semble-t-il, que pour montrer qu’il n’est pas inférieur, mais supérieur à la Loi, et que, désormais, rien n’est impur pour quelqu’un de pur (…) La main de Jésus n’est pas devenue impure au contact du lépreux ; au contraire, le corps du lépreux a été purifié par la sainteté de cette main. C’est que le Christ est venu non seulement guérir les corps, mais élever les âmes à la sainteté ; il nous enseigne ici à avoir soin de notre âme, à la purifier, sans nous préoccuper des ablutions extérieures. La seule lèpre à craindre, c’est celle de l’âme, c’est-à-dire le péché8Homélie XXV du commentaire de l’évangile selon saint Matthieu.… »

Le silence du lépreux

« Aussitôt Jésus le renvoya avec cet avertissement sévère : ‘Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre …’ » Pourquoi Jésus fait-il garder le silence au lépreux ? Je pense que Jésus veut deux choses : permettre à cet homme d’être réintégré dans la communauté des croyants et donner une chance aux prêtres du Temple de Le reconnaître comme étant l’auteur de ce miracle et de rendre grâce à Dieu.

 « … donne pour ta purification ce que Moïse prescrit dans la Loi… » Que prévoyait la loi pour la purification d’un lépreux ? Comme la maladie, la guérison devait être constatée par un prêtre. La guérison était considérée comme la preuve du pardon de Dieu. Pour être réintégré dans la communauté, ‘l’ex-lépreux’ devait offrir un sacrifice en réparation de ses péchés, puis un autre dit de purification. Dans le Livre du Lévitique, il est demandé aux prêtres d’accomplir le rite de purification en faisant une double onction qui consiste d’une part à appliquer le sang du sacrifice sur l’oreille, le pouce et le gros orteil droits du lépreux ; et d’autre part à faire une onction d’huile sur les mêmes membres et répandre le reste de l’huile sur la tête du malade.

« Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte qu’il n’était plus possible à Jésus d’entrer ouvertement dans une ville… de partout on venait à lui… » En désobéissant à Jésus, c’est à dire en proclamant la « nouvelle » et non la Bonne Nouvelle, cet homme semble faire le jeu des démons : il empêche Jésus d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut. En effet, dans les évangiles précédants, Jésus avait enjoint aux démons de se taire, car selon le mot de saint Augustin: « Ils ont de la science mais pas d’amour… » En outre, avec saint Athanase nous pouvons dire que Jésus nous apprend à « repousser de tels témoignages, même quand ils sont vrais, et à ne puiser la vérité que dans cette source pure des saintes Ecritures. » Aujourd’hui Jésus nous invite à puiser la force du témoignage que nous devons rendre au monde à la source « pure des saintes Ecritures ». Il nous invite aussi à demeurer obéissant et fidèle à sa Parole, qui est l’unique et nécessaire Bonne Nouvelle dont notre temps à besoin.

Bon dimanche et bonne entrée en carême à tous!

Pod

N.B. : Dans le Figaro en date du 11 février 2015, on peut lire : « Triste bilan pour la France en terme de prise en charge des patients en fin de vie. Les retards dans le domaine des soins palliatifs, relevés par la Cour des comptes dès 2007, ‘sont loin d’être comblés’ , écrit-elle dans son rapport public annuel 2015. » Durant ce temps de Carême qui s’ouvre devant nous, apprenons à l’école du Christ à puiser « à la source des saintes Ecritures » la force de vivre le témoignage chrétien jusqu’au bout, notamment en visitant, aimant, servant et accompagnant les malades nos frères et en promouvant les soins palliatifs…

Notes :   [ + ]

1. Dt 28, 35.
2. Ex 9, 8-12.
3. Is 53, 3-12.
4, 8. Homélie XXV du commentaire de l’évangile selon saint Matthieu.
5. Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, 5,8.
6. Mt 20, 34.
7. Mc 6, 34-44.

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