Dans le monde sans en être

Pas de place pour la mort, là où est entré le Prince de la vie

Cette semaine encore nous sommes à Capharnaüm, petite bourgade de Galilée située à l’embouchure du Jourdain, où Jésus, au début de sa vie publique, a choisi de demeurer. Il se sent « à la maison » chez Pierre, plus précisément chez la belle-mère de celui-ci.

« En quittant la synagogue de Capharnaüm, Jésus, accompagné de Jacques et de Jean, alla chez Simon (Pierre) et André ».  Dans l’évangile de saint Marc, la maison est souvent le lieu d’un enseignement particulier que Jésus réserve à ses disciples, comme ce sera le cas dans la maison de Lévi (saint Matthieu) au début du chapitre suivant. Nous retrouvons ici le trio, Pierre, Jacques et Jean. Ils forment le noyau central du collège des Douze et sont les témoins privilégiés de guérisons, comme celle de la belle-mère de Pierre dont il est question aujourd’hui, mais aussi d’événements comme la Transfiguration du Seigneur et la résurrection de Lazare… La préface de la fête de la Transfiguration explique sa pédagogie en disant : “Il préparait ainsi le cœur de ses disciples à surmonter le scandale de la croix”, afin qu’à l’heure de la Passion ils puissent fortifier les autres Apôtres en faisant mémoire de ces événements…

« Or, la belle-mère de Simon était au lit avec de la fièvre… » Après avoir délivré un homme de l’emprise du démon lors de l’office du sabbat à la synagogue, Jésus va opérer un nouveau miracle, cette fois-ci en privé. Saint Ambroise de Milan explique que « l’auteur du salut avait dû s’attaquer d’abord au premier auteur du péché », c’est à dire au démon pour ensuite guérir les corps et les âmes.

Le signe de la communion retrouvée

« Aussitôt, on parla de la malade à Jésus. Jésus s’approcha d’elle, la prit par la main et il la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait. » On retrouve dans cette épisode l’adverbe « aussitôt » qui scande tout ce chapitre. Ce mot nous rappelle la nécessité et l’urgence de la venue du Seigneur et de sa mission. C’est pourquoi, ainsi que le dit saint Pierre Chrysologue : « Dès qu’il fut entré chez Pierre, le Christ vit ce pour quoi il était venu (…) Il écouta les gémissements de la malade et porta son attention à la fièvre qui la consumait. Il vit qu’elle était dans un état désespéré, et aussitôt il étendit les mains pour qu’elles accomplissent leur œuvre divine… » Mais le Christ n’est pas d’abord venu guérir les corps, mais les âmes, afin que nous retrouvions le chemin de la communion avec Dieu et entre nous. C’est pourquoi, saint Pierre Chrysologue dit que « le Christ ne prit pas place à la table des hommes avant que la femme ne se levât de sa couche pour louer Dieu. »  La raison de sa venue est de permettre la pleine communion entre la créature et son Créateur, entre l’humanité et son Dieu. Le signe de la communion retrouvée, c’est la louange et le service. L’homme sauvé loue son Dieu et rend grâce pour les merveilles accomplies par le Christ Sauveur. En outre, ces miracles attestent de la puissance de Jésus qui n’est pas un simple thaumaturge, mais Dieu qui nous sauve. Saint Pierre Chrysologue nous invite à le constater par nous même : « Voyez comment la fièvre quitta celle que le Christ tenait par la main. La maladie ne résiste pas devant l’auteur du salut. Il n’y a pas de place pour la mort, là où est entré le Prince de la vie… »  

« Elle les servait (diekonei/ministrabat).» Cette incise est capitale, elle nous rappelle que sans la charité nos vies sont vaines. Jésus Christ ne rétablit pas seulement la communion entre Dieu et les hommes, mais aussi la communion entre nous. Comment y parvient-il ? En mettant de l’ordre dans le chaos des conséquences du péché, en permettant à chacun de reprendre sa juste place et sa mission dans le monde. Or notre mission, c’est de servir Dieu et nos frères. Le service est le signe de notre appartenance au Christ qui n’est pas « venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie… » Comme la belle-mère de Pierre, par le baptême, la confirmation, le sacrement de Pénitence et de réconciliation, et par dessus tout en recevant l’Eucharistie, nous avons fait et nous faisons l’expérience de la miséricorde et de la puissance infinie du salut en Jésus-Christ,  mais comme elle, louons-nous Dieu en servant le Christ en nos frères ?

La prière, source de l’apostolat

« Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades, et ceux qui étaient possédés par des esprits mauvais.» Saint Bède le Vénérable constate que « Le sabbat est maintenant terminé (…) Ce coucher du soleil nous est la figure d’un autre coucher du soleil, celui dans lequel disparaîtra celui qui est la lumière du monde (…) Celui, en effet, qui dans sa vie temporelle n’avait enseigné qu’un petit nombre de Juifs, après avoir passé par la mort, a envoyé à toutes les nations de la terre les dons de la foi et du salut. » Ces multitudes symbolisent l’Eglise, sa mission de compassion, de guérison, d’accompagnement et  d’enseignement…

« Il chassa beaucoup d’esprits mauvais et il les empêchait de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était. » Tout comme dimanche dernier nous notons que Jésus « ne veut point que les démons fasse ce qu’il réserve à ses apôtres… » Leurs connaissances sont aussi vraies que néfastes.

« Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus se leva. Il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait. » Souvent dans la Bible le désert est le lieu de la rencontre avec Dieu notamment dans la prière. C’est là où Jésus se réfugie pour prier. Ses disciples, sans doute grisés par l’affluence de la foule et par les miracles … ne comprennent pas son attitude. C’est pourquoi, lorsqu’ils lui disent « Tout le monde te cherche », on sent poindre le reproche. Pourtant, Jésus sait ce qu’il fait. Comme nous l’avons dit plus haut, il n’est pas venu uniquement pour faire des miracles, mais pour nous donner la vie en rendant possible la communion avec son Père et entre nous. La communion est rendue possible par la prière et la réception des sacrements. En allant au désert, il nous invite à entrer dans notre chambre, à fermer la porte aux sollicitations extérieures et à ouvrir notre cœur, notre intelligence et notre âme à Dieu pour puiser en lui la force d’accomplir la mission qu’il a confiée à son Eglise, à chacun de nous depuis la Pentecôte. Par delà les disciples, c’est à nous qu’il s’adresse en disant que la prière est la source de l’apostolat et du service des frères. Comprenons-nous vraiment que sans la prière nous serions un peu comme les démons pleins de connaissances et très agités – mais sans charité – des activistes, non des ministres de son amour pour les malades et les pauvres … ?

Bon dimanche et bonne semaine à tous.

Pod

N.B. 1 : Le 12 décembre dernier, le chef de l’Etat recevait le rapport Léonetti-Claeys sur la fin de vie qui reconnaît un droit à la sédation profonde et continue pour accompagner l’arrêt de traitement dans le cas où « le patient en ferait la demande ». Deux hypothèses ont été retenues : « lorsqu’un malade conscient est atteint d’une maladie grave et incurable dont le pronostic vital est engagé à court terme et souffre de symptômes réfractaires au traitement ; lorsque la décision prise par le malade conscient atteint d’une affection grave et incurable, d’arrêter un traitement de maintien en vie et que cet arrêt engage son pronostic vital. Par ailleurs, « ce droit à la sédation est également prévu lorsque le patient est hors d’état d’exprimer sa volonté (…) La sédation sera mise en œuvre selon la procédure collégiale (…) et sa traçabilité devra être effective. » En outre, « ce dispositif tient compte aussi des apports de la décision du Conseil d’Etat du 24 juin 2014, en inscrivant explicitement dans la loi que la nutrition et l’hydratation artificielles constituent un traitement. »

Que pouvons-nous faire à notre niveau ? Comme Jésus  nous faire proches des malades. Comment ? En étant les ministres de son amour pour eux, en priant, en les visitant, en les entourant d’affection, en leur proposant les sacrements, en promouvant une culture de soins palliatifs et en refusant l’acharnement thérapeutique qui est à l’origine de bien des demandes d’euthanasie… En aimant et en servant la vie qui est un don de Dieu. Enfin, lorsque cela devient très difficile à gérer, en nous souvenant qu’ « il n’y a pas de place pour la mort, là où est entré le Prince de la vie… »  

N.B. 2 : en prenant part à cette consultation : 

http://www2.assemblee-nationale.fr/consultations-citoyennes/droits-des-malades-et-fin-de-vie

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