Dans le monde sans en être

L’urgence de la Bible. Lire la Bible, oui mais comment ?

Marc Chagall, Dieu donnant sa Parole à Moïse.

Marc Chagall, Dieu donnant sa Parole à Moïse.

“L’ignorance des Saintes Écritures, c’est l’ignorance du Christ !” 1Saint Jérôme, Comm. in Is., Prol. : PL 24, 17 Telle est la mise en garde que nous adresse toute la tradition catholique par la voix de saint Jérôme (Père de l’Église, IVe s.). Et pourtant… Et pourtant, combien d’entre nous savent s’y retrouver dans leur Bible ? Combien savent si les Psaumes sont avant ou après l’Exode ? Combien savent dans quels livres on peut lire le Décalogue ? Pire, combien d’entre nous ont déjà lu un livre biblique dans son intégralité, ne serait-ce qu’une lettre de St Paul ou l’un des quatre Évangiles ?

Il ne s’agit point d’érudition, de briller dans votre groupe de prière en citant Ph 4, 4 ; Jn 10, 10 ou Ex 3, 14 de tête. Il s’agit de connaître intimement, profondément et précisément la Parole que nous adresse notre Dieu. Il l’a promis, la Parole qu’il nous envoie, telle la rosée qui féconde la terre, ne remontera pas avant d’avoir produit son effet (cf. Is 55, 10-11). Le ferons-nous mentir ? Il est urgent de lire, de manger sa Parole, de s’en nourrir afin qu’elle produise, enfin, son effet ! “Ouvre la bouche, moi je l’emplirai” (Ps 81, 10) dit le Seigneur, “Mange ce rouleau et va parler” (Ez 3, 1) nous supplie-t-il. La méthode est simple : lire, lire, lire encore, s’en délecter, s’en rassasier et se laisser transformer par l’aliment véritable, la Parole à la douceur de miel (cf. Ez 3, 3). Devenir ainsi des “foyers de lumière présentant au monde la Parole de vie” ainsi que nous y exhorte l’Apôtre (Ph 2, 15-16).

La Parole de Dieu en dose homéopathique ?

Si nous sommes si gravement ignorant des Écritures, cela s’explique en partie du fait que nos parcours de catéchèses et les homélies de nos curés sont souvent bien pauvres bibliquement.

Heureusement, la liturgie nous sert de béquille. Chaque dimanche, l’Église nous force à entendre un peu de l’Ancien et du Nouveau Testament. Et même si le curé s’obstine à ne jamais citer les Écritures dans ses homélies et ses topos, la liturgie le force à nous la proclamer, au moins un peu. Quelques versets chaque dimanche. Aux plus zélés, Magnificat (et autres mensuels liturgiques) permet de se préparer à la proclamation dominicale en livrant chaque mois une dose homéopathique de Bible.

Mais sérieusement, peut-on se contenter de ça ? C’est un apéritif ! Un très bon apéritif, mais ça ne suffira pas encore à faire de nous de “foyer de lumière présentant au monde la Parole de Vie” (Ph 2, 14-16) ! 2Cf. Le commentaire ci-dessous pour des précisions sur la lecture liturgique.

C’est mieux que rien, oui. Bien sûr. Mais la Parole, pour nous livrer l’infinité de son sens, a besoin de plus.

L’urgence d’une lecture profonde

Ce qu’il nous manque, c’est une lecture profonde de la Bible, dans “sa largeur, sa longueur, sa hauteur et sa profondeur” (Ep 3,18). Évidement, vous y avez déjà pensé… Vous avez même essayé. Vous avez ouvert la Bible de votre profession de foi, lu la Genèse, lu l’Exode, puis arrivé au Lévitique, noyé dans les listes de prescriptions rituelles, vous avez abandonnés et votre Bible est retournée sagement à sa place à côté d’une bougie pleine de poussière.

Nous sommes tous passés par là. Pourquoi ? Parce que personne ne nous a appris à lire la Bible !!! [Ceci est un appel urgent aux prêtres !]

Quelques conseils

Voici quelques conseils :

Pour une première approche des Écritures

Commencez par lire un Évangile (au choix) dans son intégralité. Enchainez avec la première Épitre de Jean (1 Jn) et l’Épitre de Paul aux Éphésiens. Après ça vous serez parés pour parcourir les grands moments de l’histoire du salut :

plan copie

Pour une lecture canonique

Ensuite, et c’est là la méthode de lecture à la fois la plus ignorée et la plus délectable, plongez-vous dans une lecture canonique des Écritures. L’expression de “lecture canonique” désigne le fait de lire chaque verset en lien avec l’ensemble des autres versets du canon biblique 3C’est-à-dire des livres reconnus comme inspirés. Le Canon désigne la liste des livres inspirés.. C’est la méthode de lecture rabbinique, c’est la méthode de lecture patristique, ça devrait être aussi la nôtre.

Un exemple tout simple. Au lieu de lire les lectures du jours avec votre Magnificat (ou autre), prenez une Bible grand format comportant des renvois en marges (type : Bible de Jérusalem grand format). Après avoir lu le texte que la liturgie vous propose, partez à la quête du Bien-Aimé en le suivant de versets en versets à partir des renvois que propose votre Bible.

Ainsi, lisant “L’un des soldats lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau” en Jn 19, 34, vous serez renvoyez vers Za 12,10 “Je répandrai sur la maison de David et sur l’habitant de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication, et ils regardent vers moi au sujet de celui qu’ils ont transpercé, ils se lamenterons sur lui comme on se lamente sur un fils unique“. Vous penserez alors à la conversion du soldat raconté en Mc 15, 39 “Voyant qu’il avait ainsi expiré, le centurion, qui se tenait en face de lui, s’écria : “Vraiment cet homme était fils de Dieu”“. La parole du prophète Zacharie est accomplie, celui qui a transpercé le Fils le regarde et est saisi d’un esprit de grâce. Puis retournant à Za 12, 10 vous prolongerez votre lecture de quelques versets et tomberez sur Za 13, 1 “En ce jour-là, il y aura une fontaine ouverte pour la maison de David et pour les habitants de Jérusalem, pour laver péché et souillure“. Le côté du Christ, voilà donc la fontaine prophétisée ! Passant à Ap 22, 1 vous verrez la fontaine se faire “Fleuve de vie jaillissant du Trône de Dieu et de l’Agneau” au bord duquel pousse des arbres (vous et moi !) dont “les feuilles peuvent guérir les nations“. Fouillant dans les références marginales de votre Bible, vous vous retrouverez enfin en Ez 47, 1-12 : “Voici que l’eau sortait de dessous le seuil du Temple, vers l’orient“, vous verrez l’eau monter et le prophète en avoir “jusqu’au cheville“, puis “jusqu’au genoux” et enfin “jusqu’au rein”, avec lui vous serez entouré dans cette eau de grâce jaillissant du côté du temple, du côté du Christ. Il l’avait promis : “Jésus, debout s’écria : “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et il boira, celui qui croit en moi”. Selon le mot de l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive”. Il parlait de l’Esprit que devait recevoir ceux qui avaient cru en lui.” (Jn 7, 47).

Pour une lecture intégrale

Cette lecture canonique devrait nécessairement vous donner le goût d’aller plus loin et de lire plus précisément chacun des textes parcourus. Viendra alors le moment d’une lecture intégrale et continue de la Bible. Plusieurs parcours existent, mais il y a une règle : pour ne pas s’épuiser, il faut alterner entre lecture du nouveau et de l’ancien testament, une semaine l’une, une semaine l’autre par exemple. Avec un chapitre par jours, vous en aurez pour 3 ans.

Bonne lecture !

 

Benoît

Notes :   [ + ]

1. Saint Jérôme, Comm. in Is., Prol. : PL 24, 17
2. Cf. Le commentaire ci-dessous pour des précisions sur la lecture liturgique.
3. C’est-à-dire des livres reconnus comme inspirés. Le Canon désigne la liste des livres inspirés.

11 réponses à “L’urgence de la Bible. Lire la Bible, oui mais comment ?”

  1. Benoît

    Un ami prêtre me dit être gêné par le passage de mon article sur la liturgie. En effet, mon propos peut prêter à confusion. En aucun cas il ne s’agit de dénigrer la lecture liturgique des Écritures et d’affirmer qu’elle serait secondaire par rapport à la lecture personnelle.
    Au contraire, la liturgie est comme une mère qui nous apprend à lire les Écritures. Elle nous apprend à lire canoniquement – c’est-à-dire à faire résonner les versets entre eux.
    Mon point d’inquiétude est seulement que si l’on prend l’habitude de remplacer sa “Bible” par un “Magnificat” (ou autre revue liturgique), il me semble qu’il y a un gros risque de se retrouver à méconnaître gravement les Écritures.
    L’idéal, il me semble, (surtout maintenant que la traduction liturgique est disponible en librairie 😉 ) sera de se préparer à la messe en lisant les textes du jour dans sa Bible, afin de prendre l’habitude d’aller lire un peu au dessus, un peu au dessous,…

  2. Charles Vaugirard

    Très bon texte qui peut beaucoup aider dans la lecture de la Bible. Merci Benoît !

  3. pepscafe

    Excellent texte, mon cher ! Très incitatif ! Et excellente idée que de suggérer de démarrer une lecture par 1 Jean ! 😉
    J’enchaînerai avec, outre Ephésiens (qui parle de l’unité), les Evangiles de Jean, Marc, puis Galates(qui contient Romains en germe), 1 Pierre, Philippiens(une lettre très personnelle et très affectueuse de Paul) + lire ensemble 1-2 Thes./2 Pierre et Jude….Les livres de la sagesse(Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Cantiques des Cantiques, Job)avec la Genèse, et ces petits textes, pour aborder l’AT : Ruth, Esther, Jonas…

    Bonnes lectures et bon WE !

    En Christ,
    Pep’s

  4. ange vital

    Je crois cet aperci sur la lecture de la Bible dans sens canonnique et integral me permet moi particulierement de trouver le point d’orgue,de briser la barriere d’etre confis de ne pas savoir comment s’impregner de la Parole de Vie.Vivement soyons benis pour la plus grande gloire de Dieu.

  5. Sonia

    Oooh… Le beau plan de lecture… protestant.
    Ceci dit, j’admets qu’il y a des conseils utiles dans cet article.

  6. Benoît

    Bien vu, en effet, le scan vient d’une Bible Louis Segond (l’édition à 1,5€).
    Reste que l’histoire du Salut étant unique et les textes la narrant étant commun aux Catho et aux Prot, je suis très heureux de lire la Bible selon le même plan de lecture qu’eux 😉
    On pourrait dire que c’est un genre d’oecuménisme biblique (fondement de tout oecuménisme).

  7. Sonia

    “Esaïe” ne trompe pas, pour reconnaître une Bible protestante. 😉

  8. Benoît

    Ceci-dit, la TOB (bible oecuménique, mais beaucoup plus utilisées chez les Catho que chez les Prot) traduit aussi par Ésaïe 😉

  9. Béatrice

    “nos parcours de catéchèses sont souvent bien pauvres bibliquement.”
    Je ne suis pas d’accord! J’utilise “Viens Suis-Moi” le parcours de l’institut Notre Dame de Vie, entièrement fondé sur la lecture de la Bible avec les enfants. Le catéchiste prépare cette lecture en commun avec les enfants en travaillant le texte, en allant chercher justement les références dans l’AT et le NT, et en éclairant avec le Catéchisme de l’Eglise Catholique. Au final le 1er touché par la Parole est le catéchiste puis les enfants!!

  10. Benoît

    héhé, d’où mon “bien souvent”. Heureusement qu’il y a des exceptions (qui seront, je l’espère, de plus en plus nombreuses !).
    Le parcours “Viens Suis-Moi” tel que vous le décrivez semble bien être une belle exception.
    (Je vais y jeter un oeil d’ailleurs, car ça m’a l’air vraiment bien 😉 )

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