Dans le monde sans en être

Le repos dominical : se réjouir ensemble avec Dieu…

Comme dimanche dernier, nous voici de nouveau sur les bords du Lac, mais à Capharnaüm, petite bourgade de Galilée située à l’embouchure du Jourdain. C’est un poste de douane tenu par le publicain Lévi, fils d’Alphée, le futur apôtre saint Matthieu. Au début de sa vie publique, Jésus a choisi d’y demeurer. Il se sent « à la maison » chez Pierre.

« Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue… » Nous retrouvons dans ce passage l’adverbe « aussitôt », qui nous rappelle que  « les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche… ». Nous sommes à la plénitude des temps, c’est à dire au moment prévu de toute éternité pour l’avènement du règne de Dieu. Désormais, les brebis perdues de la Maison d’Israël et les païens qui sont nombreux dans le territoire de la Galilée, dite des nations, vont pouvoir faire l’expérience de la miséricorde de Dieu et avoir part à sa Promesse.

 Le sabbat préfigure notre dimanche

Qu’est-ce que le sabbat ? Le sabbat est le jour où le peuple juif se souvient que Dieu se reposa et se réjouit de sa création. Jusqu’à l’exil, seuls les gros travaux étaient interrompus. Durant l’exil l’importance du sabbat s’accrut, il était interdit de porter des fardeaux et de voyager. Enfin, un peu avant le premier siècle, les docteurs de la loi et les pharisiens édictèrent des prescriptions interdisant de cueillir des épis, de porter un grabat, de faire une longue route… Autant de sujets sur lesquels ils chercheront à mettre Jésus en difficulté et contre lesquels Jésus s’inscrira en faux en rappelant à ses détracteurs le plan initial de Dieu : « Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » Le sabbat préfigure notre dimanche, jour où tous ensemble nous commémorons la Résurrection du Christ et où nous nous réjouissons avec Dieu pour notre recréation.

Mais revenons à l’Evangile : « Il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait ». Au temps de Jésus, les synagogues sont des édifices de forme rectangulaires ; elles sont orientées vers Jérusalem et sont généralement divisées en trois nefs 1Les côtés étaient réservés aux femmes et le centre aux hommes.. Parmi le mobilier, on trouve notamment une niche ou une armoire, fermée par un voile, dans laquelle sont conservés les rouleaux de la Thora, ainsi qu’un pupitre pour la présidence et la lecture. La synagogue est le lieu où les Juifs se réunissent le sabbat, les jours de fêtes et de jeûnes pour prier, pour écouter la Loi et les Prophètes et leurs commentaires. Nos liturgies de la Parole, la première partie de la Messe, s’inspirent beaucoup de l’office synagogal. Jésus qui n’est pas venu abolir mais accomplir la Loi respecte le sabbat ; c’est pourquoi il se rend à la synagogue de Capharnaüm avec ses disciples, pour y prier mais aussi pour y enseigner.

Il est venu renouveler la Loi

Origène nous met en garde contre une certaine tentation : « Prends garde d’estimer heureux seulement les auditeurs de Jésus te jugeant comme privé de son enseignement. Si l’Ecriture est la vérité, le Seigneur n’a pas seulement parlé dans les assemblées juives d’alors ; il parle encore aujourd’hui dans notre assemblée. Jésus enseigne non seulement dans notre réunion, mais encore dans toutes les autres et dans le monde entier, cherchant des instruments qui fassent entendre son enseignement2Commentaire de l’évangile selon saint Luc, XXXII 2-6.…» A bon entendeur…! Pourtant il faut bien admettre qu’ « on était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité et non pas comme les scribes… » Car, comme le dit saint Bède le Vénérable si « Les scribes ou docteurs de la Loi enseignaient ce qu’avaient écrit Moïse et les prophètes, Jésus enseignait comme le maître de Moïse et comme Dieu, ajoutant ou changeant ainsi que cela lui semblait bon… », d’où la jalousie des scribes et des docteurs de la Loi.

Une autre spécificité de Jésus est qu’Il accomplit volontiers des miracles le jour du Sabbat. Pourquoi ? Saint Ambroise répond à cela en disant: « afin de montrer que son œuvre, l’œuvre de la guérison et de la rénovation de sa créature, commençait là où l’autre, celle de la nature de l’homme finissait ; et afin de montrer, dès le commencement, que le Fils de l’homme n’était pas sous la Loi mais au-dessus de la Loi, et qu’il ne venait pas la détruire mais lui donner son couronnement (…) Voulant renouveler la Loi, il commence par ce qu’il y avait en elle de plus élevé, le sabbat3Commentaire de l’évangile selon saint Luc, 4, 59.… »

« Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit mauvais… » Dans la Bible, on remarque que l’homme est parfois envahi par une force étrangère. Dans l’Ancien Testament, cette force peut être néfaste, comme la jalousie, la haine et l’impureté ou bien un « esprit » bienfaisant, un esprit de justice 4Isaïe, 28, 6. ou de supplication 5Zacharie, 12 10. L’abbé Chanut note que tant que la Rédemption n’est pas accomplie, « il est impossible de sonder les profondeurs de Satan, aussi, l’Ancien Testament hésite à attribuer les esprits pervers à un autre qu’à Dieu6Juges, IX 23 ; premier livre de Samuel, 19, 9…, mais il affirme qu’en tout cas les bons esprits viennent directement de Dieu, et il pressent l’existence d’un Esprit saint et sanctifiant, source unique de toutes les transformations intérieures7Isaïe, 11, 2 ; Ezéchiel, 36, 26…. » Jésus montre clairement que les esprits mauvais viennent du démon ; il les expulse, ils ne peuvent résister à sa sainteté.

“Ils ont de la science mais pas d’amour”

« ‘Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? ( le grec dit : qu’y a-t-il entre nous et toi) : Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu’. »  Les démons connaissent l’abime qui existe entre la créature et le Créateur. A leur propos, saint Augustin dit : « Ils ont de la science mais pas d’amour ; ils redoutaient la peine que Jésus pouvait leur infliger, mais ils n’aimaient pas la justice qui était en lui8La cité de Dieu », IX 20. » et saint Athanase nous met en garde au sujet de leur révélations aussi vraies que néfastes : « Jésus repousse leur témoignage, nous apprenant à repousser de tels témoignages, même quand ils sont vrais, et à ne puiser la vérité que dans cette source pure des saintes Ecritures. »

« Silence ! Sors de cet homme. » Nous pouvons remarquer que si Jésus ordonne aux esprits impures comme aux éléments (la mer , le vent…) pour manifester qu’il est Dieu, alors qu’avec l’homme c’est la miséricorde qui prédomine. Beaucoup de nos contemporains cherchent de l’aide du côté des sciences occultes, des révélations privées … pour se débarrasser de leurs entraves psychologiques et parfois spirituelles, mais aussi pour connaître Dieu. Pourtant tout est dans les Saintes Ecritures. Aussi, d’une part pour connaître Dieu et vivre dans son intimité et d’autre part pour combattre avec autorité les démons, rien ne vaut la méditation de sa Parole. L’évangéliste de poursuivre : « L’esprit mauvais le secoua avec violence et sortit de lui en poussant un grand cri.» Saint Grégoire le Grand s’interroge : «  Pourquoi le démon tourmente-t-il cet homme en le quittant ? Sa réponse est la suivante : « Quand une âme se met à aimer les choses célestes, le démon qui l’avait laissée en paix quand il la possédait, la trouble par des tentations terribles[9] » Aussi le combat spirituel ne doit pas être vu de manière négative, il est la preuve que les lignes bougent et que le Diable n’aime pas voir les lignes bouger en faveur de Dieu… L’invocation du saint Nom de Jésus, les bénédictions, l’usage de l’eau bénite, la prière du chapelet, la prière des frères, la fréquentation du sacrement de Pénitence et de Réconciliation, la Communion eucharistique et dans certains cas le recours au prêtre exorciste sont autant d’armes dont nous disposons dans l’Eglise pour combattre le mal et grandir dans la confiance et l’abandon à Dieu.

Enfin avec Saint Ambroise nous comprenons que Jésus a commencé « par la guérison des possédés pour aller du moindre au plus grand. Délivrer du démon, c’est une œuvre que les hommes peuvent faire, mais par la parole de Dieu, tandis que la résurrection des morts est une œuvre propre de la puissance divine[10]. » Vivons le dimanche comme un jour de libération, la libération de la mort et le jour de la résurrection. Avec le psalmiste  nous pouvons dire : « Voici le jour que fit pour moi le Seigneur qu’il soit pour nous jour de fête et de joie[11] ! »

Bon dimanche et bonne semaine à tous.

Pod

NB : Un grand quotidien du soir titrait le 10 décembre dernier : « Le travail dominical est une chance économique et sociale pour la France. » Alors qu’une loi est en passe d’être votée, souvenons-nous des paroles de Benoit XVI : « L’appétit effréné de vie qui ne donne aujourd’hui aucune paix aux hommes finit dans le vide d’une vie perdue». Le pontife reprenait comme en échos les mots de Georges Bernanos : « La civilisation moderne (…) est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure.» A nous chrétiens, il revient d’aider nos contemporains à comprendre que le repos dominical est fait pour l’homme, pour resserrer les liens avec nos proches (famille, amis), pour nous libérer de ce qui nous rend esclaves, notamment l’argent … Mais surtout afin que nous apprenions à prendre soin de tout notre être : corps, intelligence et âme et à nous réjouir avec Dieu pour ce beau don de la vie et de la vie éternelle.

Notes :   [ + ]

1. Les côtés étaient réservés aux femmes et le centre aux hommes.
2. Commentaire de l’évangile selon saint Luc, XXXII 2-6.
3. Commentaire de l’évangile selon saint Luc, 4, 59.
4. Isaïe, 28, 6.
5. Zacharie, 12 10
6. Juges, IX 23 ; premier livre de Samuel, 19, 9…
7. Isaïe, 11, 2 ; Ezéchiel, 36, 26…
8. La cité de Dieu », IX 20.

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