Dans le monde sans en être

Témoins de la Vérité

Dimanche dernier, nous étions au bord du Jourdain avec Jean-Baptiste et ses disciples. Nous avons évoqué la rencontre et l’appel des trois premiers disciples du Christ ainsi que le rôle du Baptiste. L’Evangile de ce jour se situe « après l’arrestation de Jean-Baptiste », lorsque celui-ci achève sa mission de témoin et de précurseur. Sa gloire fut de désigner Jésus comme étant l’Agneau de Dieu, désormais il faut que, selon ses propres mots, il diminue…

L’ami de l’Epoux va livrer sa vie en rendant témoignage à la Vérité. Comment en sommes-nous arrivés là ? Hérode qui, selon saint Marc, aimait entendre  le Baptiste et savait qu’il « était un homme juste et saint… », l’avait fait arrêter et mettre en prison « à cause d’Hérodiade la femme de Philippe, son frère, qu’il avait épousée. » En effet, Jean-Baptiste répétait à Hérode, autant que cela lui était possible : « Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère.» C’est ainsi qu’Hérodiade fomenta un complot contre le Baptiste… Jean-Baptiste est le précurseur du Christ jusqu’en sa passion, il est l’archétype du disciple du Christ. Son amour de la Vérité, c’est à dire du Christ lui-même, est un exemple pour tous les chrétiens. A chaque génération, aujourd’hui encore, nous avons un « Hérode » à qui nous devons rendre le témoignage de la Vérité. Vérité  que, selon le mot de Benoît XVI, nous ne possédons-pas mais qui nous possède et qui nous anime… Elle est une bonne nouvelle, celle de la délivrance et de la victoire sur le péché et la mort…

« Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu… » Apporter la Bonne Nouvelle est la raison pour laquelle Jésus est venu dans le monde. En grec, Bonne Nouvelle se dit « Evangile ». Ce mot est déjà présent dans l’Ancien Testament en hébreu. Chez le prophète Isaïe, ce mot signifie le salut, la venue du Règne de Dieu, dont le message est une consolation. Dans le texte grec de la Bible, la Septante, le mot « Evangile » désigne l’annonce d’une victoire, notamment dans les livres de Samuel et des Rois. Le mot a d’ailleurs le même sens dans la littérature grecque profane de cette époque. Enfin, au premier siècle, le mot prend une signification religieuse et salvifique dans le culte impérial.

Aussi, lorsque Jésus dit : « Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche… », le monde païen et celui de la Bible peuvent se rencontrer. Nous sommes à la plénitude des temps. Les commentateurs remarquent, qu’à la différence des philosophes grecs, les Juifs s’intéressaient plus au contenu historique du temps qu’à la question philosophique de sa nature. L’élément qualitatif du temps est plus important que le quantitatif. Le temps est le moyen qui est donné à l’homme pour faire l’expérience de Dieu et de ses bienfaits… Avec l’incarnation de Jésus s’ouvre la plénitude des temps, c’est à dire le moment  prévu de toute éternité pour l’avènement du règne de Dieu ; on parle de kairos ou de temps favorable. Désormais, les brebis perdues de la Maison d’Israël et les païens vont eux aussi pouvoir faire l’expérience de la bénédiction de Dieu.

« Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle.» Jésus reprend le message du Baptiste et le réalise. Le deuxième dimanche de l’Avent, nous avons vu que saint Thomas d’Aquin disait que le Baptiste préparait à la réception du baptême de Jésus : « par l’enseignement qui l’accompagnait et qui préparait les hommes à la foi du Christ ; par l’idée qu’il donnait du baptême du Christ ; par la pénitence qui préparait les hommes à recevoir l’effet du baptême du Christ1Somme Théologique, III° partie, question 38. » Comme le souligne saint Hilaire de Poitiers : « Le rôle des prophètes était d’éloigner du péché ; le rôle propre du Christ était de sauver ceux qui croiraient en lui2Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, II 2… » Désormais en Jésus le salut n’est plus seulement annoncé, mais il est rendu possible pour tous. Saint Césaire d’Arles d’ajouter : « Voyez, frères bien-aimés, combien la bonté de notre Dieu est grande envers nous, si grande qu’il veut remettre le péché de celui qui s’en reconnaît coupable et le répare avant le jugement (…) Aussi nous a-t-il appris la voie du repentir par laquelle nous pouvons réparer les dommages que nous avons causés, et nous corriger de nos fautes. Pour être sûrs d’en obtenir le pardon, nous ne devons donc jamais cesser de regretter nos péchés. Si affaiblie que soit la nature humaine par tant de blessures, personne ne doit désespérer. Car le Seigneur est d’une générosité si grande qu’il répand de bon cœur sur tous ceux qui sont à bout de force les dons de sa miséricorde3Sermon CXLIV… »

 

« Passant au bord du lac de Galilée, il vit Simon et son frère André en train de jeter leurs filets c’étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez derrière moi. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes.  » Nous pouvons remarquer que c’est alors que Simon et André, Jacques et Jean accomplissaient convenablement leur devoir d’état, que Jésus les appela. Saint Augustin dit à propos des versets qui suivent : « Les apôtres ont reçu de Jésus-Christ le filet de la parole de Dieu ; ils l’ont jeté dans le monde comme dans une mer profonde, et ils ont conquis cette multitude de chrétiens que nous voyons et qui excite notre admiration4Sermon CCXLVIII. »

Arrêtons-nous quelques instants pour considérer les noms des Apôtres et faire un peu d’étymologie. Zébédée veut dire : cadeau de Dieu ;  Jean : Dieu a fait grâce ; Jacques : Il supplantera ou que Dieu protège. C’est tout un programme : les apôtres, puis les fidèles du Christ, sont envoyés dans le monde pour annoncer que Dieu donne un cadeau, qu’il fait grâce et qu’il protège en supplantant et renversant le mal ? Nous pouvons dire que les disciples du Christ, s’ils lui restent fidèles, sont un cadeau, une grâce, et une protection pour le monde… En sommes-nous conscients et acceptons-nous cette mission ?

Saint Ambroise dit à propos des disciples : « Ils cherchaient dans la mer un gain médiocre et ils ont trouvé celui qui est la vie ; ils ont abandonné une barque et ils ont trouvé Dieu ; ils ont laissé leur avirons et ils ont trouvé le Verbe ; ils ont laissé leurs cordages et ils ont trouvé les liens de la foi ; ils ont laissé reposer leurs filets et ils ont pris des hommes ; ils ont délaissé la mer et ils ont trouvé le ciel ; ils quittent ces flots où ils sont ballottés pour établir sur la pierre inébranlable des âmes agitées jusque-là par l’erreur5De Virginitate. » Je remarque une chose, c’est qu’ils ont répondu « aussitôt » en faisant route avec lui. Dieu attend une réponse rapide et solide de notre part. Aussi, chacun de nous peut demander la grâce de comprendre ici et maintenant « le sens du temps et de l’histoire comme « kairós », comme occasion favorable pour notre salut6Benoît XVI, homélie du 26 novembre 2011», en faisant l’expérience de sa proximité dans la méditation de sa Parole, la prière personnelle et la réception des sacrements. Cette expérience est le temps favorable qui nous permet de répondre à son appel : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes… »

Bonne semaine à tous.

Pod

 

N.B. : Dimanche dernier, le quatrième personnage de l’Etat dans l’ordre protocolaire disait lors d’une interview à propos de la liberté d’expression : “Regardez le temps qu’il a fallu pour faire accepter à la religion Catholique le fait qu’il y a une religion suprême pour chacun d’entre nous : c’est la religion de la République.” A l’aune de l’Evangile de ce jour qui nous invite à jeter les filets et à être des pêcheurs d’hommes et forts de l’enseignement du Pape, souvenons-nous que c’est la « mentalité post-positiviste, de la métaphysique post-positiviste qui finit par conduire à croire que les religions ou les expressions religieuses sont une sorte de sous-culture, qu’elles sont tolérées, mais sont peu de chose (…) C’est un héritage des Lumières. Tant de gens parlent mal des religions, s’en moquent, disons “jouent” avec la religion des autres. » Comme chrétiens nous avons une mission à remplir dans ce monde : être des témoins de la Vérité.

Notes :   [ + ]

1. Somme Théologique, III° partie, question 38
2. Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, II 2
3. Sermon CXLIV
4. Sermon CCXLVIII
5. De Virginitate
6. Benoît XVI, homélie du 26 novembre 2011

Laisser un commentaire

Les balises HTML usuelles sont autorisées. Votre email ne sera pas publié.

Abonnez vous aux fil des commentaires RSS