Dans le monde sans en être

Noël : paroles d’origine

Comme toute naissance, Noël nous oblige à nous questionner sur l’origine. L’évangile de la messe du jour de la Nativité est d’ailleurs le prologue du quatrième évangile : « Au commencement était le Verbe… » Origine de Jésus. Origine temporelle à Bethléem ; origine éternelle, en Dieu, en tant que Verbe éternellement proféré par le Père.

Jésus-Christ, origine du monde

Noël constitue également le moment propice de s’interroger sur une autre origine : celle du monde. Pour un croyant, elle se situe en Dieu, le Créateur de toutes choses. Il n’en va pas différemment pour l’origine de Noël. Avant d’être la fête d’une naissance d’un petit d’homme, Noël est d’abord un don du Père au monde, l’accomplissement d’une promesse. Son origine se situe également en Dieu.

Il est un second point commun entre la Création du monde et la Nativité. Il a pour nom Jésus-Christ. Que Noël ait un rapport avec le fils de Marie, c’est l’évidence même ! C’est bien lui qui naît à Bethléem ! En revanche, son lien à l’origine du monde saute plus difficilement aux yeux. Pourtant n’est-il pas le Verbe « par qui tout a été fait », toujours selon le même prologue johannique, la Parole toute-puissante du Père par laquelle Il a façonné le monde ? C’est ainsi que le Verbe incarné est le point de jonction entre Noël et la Genèse.

Toutefois, il est une autre façon d’appréhender cette fonction d’origine du Verbe incarné. En créant, Dieu n’a pas seulement en tête le premier Adam et toute la ménagerie du jardin d’Eden. Il créé surtout en fonction de ce que l’on appelle une cause exemplaire. En fonction d’une perfection. Et celle-ci est Jésus-Christ.

Autrement dit, Dieu a créé le monde en fonction de Jésus-Christ. Mieux : pour lui. Afin d’en faire l’héritier de toutes choses (…le Fils qu’il a établi héritier de toutes choses » He 1,2). C’est pour lui, «premier-né de toute créature » (Col 1,15) que Dieu a fait ce séjour de délices. « La raison de la création est aussi la raison de l’Incarnation » (Grégoire Palamas).

Mieux encore. C’est en lui que la création a vu le jour. En créant, la Trinité avait en vue Jésus-Christ comme modèle, fin, et milieu, humain et divin, du monde et des créatures. Je n’invente rien, c’est Saint Paul qui nous l’assure : « En Lui ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles » (Col 1,16).

Quelqu’un pour goûter la Création filialement

Jésus-Christ a la prééminence en tout. Il vient avant le premier Adam. Si chronologiquement, celui-ci le précède, en revanche le second Adam, Jésus, a la primauté car c’est en lui que le monde a été créé.

Qu’est-ce à dire ? C’est que le Père désirait un homme qui sache pleinement apprécier ses bienfaits, qui sache faire monter vers Lui une action de grâce pure, désintéressée. Un homme qui sache aimer, car l’amour est le couronnement et la raison d’être de la Création. Pour toutes ces raisons, Jésus-Christ devait venir en ce monde. Voilà ce qui relie Noël, que nous fêtons ces jours-ci, et l’origine, la raison de la Création. Il fallait que parût un « parfait adorateur du Père ».

Surtout, Dieu désirait que son Fils pût jouir de ses bienfaits. Voilà pourquoi Il avait si bien préparé la table de la Création ! Ou plutôt Dieu désirait quelqu’un pour les goûter filialement. Or, avant l’apparition de Jésus, personne ne s’était montré à la hauteur sous ce rapport !

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Genèse 2,18)

Il est une autre parole d’origine, fondatrice, que l’on peut appliquer à Jésus en cette fête de Noël. C’est celle que prononce Yahvé-Dieu après la création d’Adam : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Elle était destinée au premier Adam. Elle sera valable également pour le second.

Je devine dans l’assistance des sourcils relevés, en signe de curiosité, ou de réprobation, voire d’incrédulité. Jésus marié ? On nous l’avait caché ! Ou : « Je vous l’avais bien dit ! ». Non, Jésus n’ a pas convolé en justes noces terrestres ! Pourquoi lui appliquer alors cette parole adressée initialement au premier Adam ?

C’est que l’amour n’est pas une affaire qui atteint sa perfection à deux. Il lui faut un troisième. Ainsi le Père et le Fils incarné ne peuvent rester dans leur échange mutuel, entre eux. Leur communion doit s’ouvrir à un tiers afin d’être pleinement divine. Et ce tiers sera « le vis-à-vis qui lui est assortie », selon les terme du premier livre de la Bible. Pour Adam, ce fut Eve, et pour Jésus, ce sera …l’Eglise.

C’est ainsi qu’est appliquée au second Adam cette parole d’origine de la Genèse. Car le Fils n’est pas venu en ce monde, n’est pas né à Bethléem, pour jouir solitairement des oeuvres de la Trinité. S’il a fait le voyage hors de la maison du Père, c’est surtout afin de « se présenter son épouse toute resplendissante, sainte et immaculée (Ep 5,27). Noël est un mystère d’Alliance : le Bien-Aimé vient conquérir le coeur de sa Bien-Aimée. La nuit de Noël, l’Epouse est appelée à sortir à la rencontre de l’Epoux, comme les vierges sages de la parabole. Noces de l’Agneau dont la consommation est décrite dans le dernier livre de la Bible : l’Apocalyspse. Dans cette histoire, comme c’est souvent le cas avec Dieu, Alpha et Oméga de la réalité, l’essentiel est dans le commencement et la fin.

« Un épouse qui t’aime j’aimerais te donner, mon Fils »

Résumons : Jésus est venu, est né, afin de ramener son Epouse qui s’était égarée. Mais on peut aussi voir Noël selon la perspective du Père, non plus vis-à-vis de ses enfants égarés ayant besoin d’un pasteur qui les ramène à la maison, mais vis-à-vis de son Fils fait homme. Dans ce cas de figure, la préoccupation du Père consiste à ne pas laisser son Fils seul, comme tel avait déjà été son dessein avec le premier Adam. C’est ainsi que Saint Jean de la Croix lui fait dire : « Une épouse qui t’aime j’aimerais te donner, mon Fils. »

Mais dans les deux cas de figure, le résultat sera le même. Jésus est né à Bethléem afin de préparer ses Noces ! Avec un Amour si grand que  nul ne peut en avoir idée, un Amour qui peut « au-delà et plus qu’au-delà de ce que nous pouvons désirer ou concevoir. » (Ep 3,20)

Jean-Michel Castaing  

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