Dans le monde sans en être

Les voeux de François Hollande

« C’est un message de confiance et de volonté que je vous adresse ce soir. »

Le Huffpost retient des vœux du Président pour la nouvelle année 2015 « la confiance, envers et contre tout ».

Ironiquement, les mots ont du sens, de la mémoire, des racines ; des synapses, même. Profondes. Lointaines. Puissantes et vivantes bien qu’enfouies. Les mots parlent lorsqu’on les mâche un peu, tels des grains de raisin qui donnent leur jus sucré une fois leur peau percée entre les dents.

Confiance, de l’ancien français fiance qui voulait dire « foi », lui-même découlant du latin fides, ei : « confiance, croyance, loyauté » qui a donné entre autre fidélité. Confiance, le fait de croire ; espérance ferme. Le préfixe con- (cum-) exprimant « avec, ensemble », con-fiance semble vouloir dire « avoir foi, ensemble ».

Alors, crise de confiance ou crise de foi ?

L’homme français post-moderne est amputé de la moitié de lui-même : la spiritualité. La bien-pensance du moment dénigre la foi, surtout si elle est chrétienne. Exit ce qui fonde spécifiquement notre humanité : l’aspiration au divin, la religion qui nous relie. Le « capax dei » – l’homme « capable de Dieu » – est nié et ringardisé par la plupart de ceux qui gouvernent, informent et éduquent. Dans son Éducation Nationale, le petit d’homme français n’est plus qu’exposé au bonheur consumériste, ultime horizon de son existence matérielle (« travailler plus pour gagner plus »), individu isolé, amas de cellules biologique réduit à la servitude de son tube digestif et de ses plaisirs immédiats, à qui on doit inculquer des leçons de « vivre ensemble » et de « morale laïque » pour qu’il ne se comporte pas en barbare égoïste.

Toute véritable crise est une crise de foi.

Comment l’homme amputé de la moitié de lui-même peut-il être unifié, en plénitude, en paix, et donc en confiance avec lui-même et avec les autres ?  Rongé par ses peurs existentielles, par sa finitude et ses propres imperfections, taraudé par son absence de sens; démuni par le mal qu’il fait malgré lui, qu’il subit ou qu’il voit autour de lui, en quoi peut-il avoir foi, ensemble ?

Le paradoxe est que pour soigner cette crise de foi collective, nous avons choisi comme « docteurs » des hommes sans foi, in-fidèles à nos racines ; pire, désireux d’éradiquer toute trace de notre civilisation chrétienne, bannissant les crèches de l’espace public, complaisants face aux nombreuses profanations de nos églises, banalisant le dimanche, se moquant de la vie fragile et légiférant contre elle. Au chevet d’une France malade de son impasse consumériste, les blouses blanches que nous avons élues proposent l’hédonisme libéral matérialiste et obligatoire comme seul horizon ;  ils n’ont comme remède au mal que ce même mal lui-même dans lequel nous sommes engagés, syndrome du piège abscons collectif.

Heureusement, une jeunesse s’est levée, est entrée en résistance. Ils veillent, assidument. Encore minoritaires en nombre, ils ont la foi chevillée au corps, celle qui déplace les montagnes. Ils n’ont plus peur, comme leurs ainés muselés. Ils savent l’impasse où l’on s’est collectivement fourré, et sa désespérance violente. Ils dirigeront demain, s’ils y croient. Ils sont la seule et véritable espérance de la France.

Si le Président avait proposé de retrouver la « foi » au lieu d’incanter la « confiance », le message aurait été profondément révolutionnaire, novateur, mobilisateur.

L’ironie des mots est que Fides – ei (Foi, Confiance) est facilement confondu avec Fides – is, qui est la lyre, la cythare, la corde (boyau) de l’instrument de musique.

Le Président en quête de confiance serait-il passé de peu à coté du mot foi pour lui préférer celui de cythare ?

« Aie confiance, Crois en moi …» chante le serpent Kaa du Livre de la Jungle.

Jean-Marc Potdevin

Laisser un commentaire

Les balises HTML usuelles sont autorisées. Votre email ne sera pas publié.

Abonnez vous aux fil des commentaires RSS