Dans le monde sans en être

La Rencontre…

Le temps de Noël s’est clos avec la fête du baptême du Seigneur, où notre Dieu se révèle Un et Trine : Père, Fils et Saint-Esprit.  Depuis lundi, nous sommes entrés dans le temps de l’Eglise ou temps ordinaire. Les ministres sacrés revêtent les ornements verts, couleur qui symbolise l’espérance. Cette vertu nous est particulièrement nécessaire pour tenir dans la durée, pour suivre et imiter Jésus-Christ notre chef et notre frère. En ce deuxième dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous donne de méditer un extrait du premier chapitre de l’Evangile selon saint Jean qui relate la rencontre et l’appel des trois premiers disciples.

“Voici l’Agneau de Dieu”

Nous voici de nouveau au bord du Jourdain où nous retrouvons Jean le Baptiste. Nous nous souvenons que  Jean vient de l’hébreu Yohanan qui veut dire : Dieu fait grâce… Tous les jours Dieu fait grâce. Nous sommes invités à le découvrir de plus en plus, afin de vivre nos liturgies unis au Christ qui s’offre à Dieu le Père plein de joie et de reconnaissance… Au passage, nous pouvons noter que Jean-Baptiste se tient debout « stabat » au début de l’Evangile et la Vierge Marie au pied de la croix, à la fin de l’Evangile. Tout l’Evangile de saint Jean se déroule entre ces deux « stabat », entre ces deux témoins qui sont debout tels des vigies guettant l’aurore des temps nouveaux.

Mais venons en à l’Evangile de ce jour. « Jean-Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : ‘Voici l’Agneau de Dieu’. » L’Apocalypse utilise vingt-huit fois le mot agneau pour désigner le Christ. Saint Jean Chrysostome et saint Augustin soulignent que l’agneau est le symbole de l’innocence et de la justice. Origène fait le lien avec les sacrifices quotidiens que l’on pratiquait matin et soir  au  Temple de Jérusalem. Il est fort probable qu’il se référait aussi à l’agneau pascal. Commentant ce texte, saint Jean Chrysostome dit que Jean-Baptiste nous permet de faire le lien entre Jésus, l’agneau pascal et le Serviteur souffrant : « Il avait été annoncé par le prophète Isaïe comme un agneau qui se laisse conduire à la boucherie sans ouvrir la bouche. Il avait été préfiguré par l’agneau pascal ; mais l’agneau pascal n’effaçait aucun péché, et celui-là effacera les péchés du monde entier 1Homélie sur l’évangile selon saint Jean, XVII 1 »

“Et ils suivirent”

« Les deux disciples entendirent cette parole, et ils suivirent… » Dans le Nouveau Testament, notamment dans ce verset, le verbe suivre a un sens très précis que l’on peut traduire par : se faire le disciple de, s’attacher à un rabbi… Au temps de Jésus, les disciples ne pouvaient, lors des sorties en commun, marcher à côté du maître. L’usage voulait qu’ils le suivent à distance respectueuse. André et Jean s’inscrivent dans cette tradition. Cependant, le fait qu’ils suivent quasi instantanément Jésus relève plus d’un événement spirituel, d’une rencontre et d’une élection que d’un compagnonnage intellectuel et spirituel.  L’abbé Chanut note que « le récit ne rapportera pas d’autre étape à leur adhésion au Christ. Leur démarche présente engage déjà leur donation définitive. Ils passent du Précurseur au Messie. »

Dans son  éloge de saint André, saint Basile de Séleucie s’enflamme en disant : « Saint André, le plus illustre des Apôtres, est touché par les paroles du Baptiste. Quittant son maître, il court vers celui qu’il lui désigne (…) Signe évident de son amour, il accourt vers le Seigneur, emmenant avec lui l’évangéliste Jean. Laissant là le flambeau, tous deux s’élancent vers le soleil (…) C’est lui qui ouvrit la porte à l’enseignement du Christ. Le premier, il récolta les fruits de la terre cultivée par les prophètes. Le premier, il embrassa celui que tous attendaient, devançant ainsi l’espérance de tous. Le premier, il montra que les commandements de la Loi étaient arrivés à leur terme… »

« Celui-ci se retourna, vit qu’ils le suivaient, et leur dit : ‘Que cherchez-vous ?’ » Une question s’impose à nous : pourquoi Jésus qui connaît tout et qui « sonde les cœurs et les reins » les interroge-t-il ?  Je pense qu’il provoque leur réponse afin de les amener à prendre conscience de l’objet véritable de leur recherche, de leur quête. En outre, ce sont les  premières paroles du Christ qui nous sont rapportées par saint Jean. Cette question s’adresse à tous. Chacun de nous est invité à connaître la soif profonde de du cœur de Jésus, à Le rencontrer, à se déterminer et à Lui répondre en vérité. Que cherchons-nous ? Qui voulons-nous suivre pour avoir part à la vie éternelle?

« Ils lui répondirent : ‘ Maître, où demeures-tu ?’ » Le verbe demeurer est l’un des mots les plus utilisés chez saint Jean. Ce verbe renvoie à l’intimité ; les disciples désirent, veulent Le connaître en vérité. La réponse peut paraître déconcertante pour nous qui ne sommes pas de culture sémitique : « ‘Venez, et vous verrez.’ Ils l’accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là…» Jésus les invite à vérifier par la vue, par le constat physique, ce qui va fonder la foi. Ils les invite à  prendre contact de manière personnelle et intime avec Lui, afin qu’ils puissent pleinement adhérer à Lui et à l’Evangile.  Chez saint Jean, la vue conduit à la foi et au témoignage. Voilà pourquoi André devient apôtre, il ne garde pas pour lui la bonne nouvelle, il part retrouver son frère Simon pour lui faire part de son expérience : « Nous avons trouvé le Messie…»  Saint Basile de Séleucie lui fait dire : « Oh ! Nous qui avons veillé durant tant de nuits près des eaux du Jourdain, nous venons de trouver celui que nous désirions. »

“Comme une nouvelle naissance”

Touché par le témoignage de son frère André, Simon est prêt à rencontrer le Christ. C’est dans ces conditions  qu’« André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : ‘Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Képha’ (ce qui veut dire : ‘ pierre ’). » Saint Augustin commente cette rencontre en disant : « C’est une grande chose que le changement de nom qui se fait aujourd’hui (…) C’est comme une nouvelle naissance. Ce nom nouveau qu’il lui impose c’est celui de la pierre et la pierre c’est l’Eglise. L’Eglise est donc annoncée aujourd’hui dans ce nom de Pierre. Qui pourra être en sûreté sinon celui qui bâtit et qui bâtit sur la pierre 2« Tractatus in Johannis evangelium », VII 14 ? » Le changement de nom nous renvoie à l’Ancien Testament, mais aussi à la grande tradition de l’Eglise qui préconisait le don d’un nouveau nom pour les baptisés et l’ajout d’un nouveau nom à la confirmation.  Le nouveau nom signifie à la fois la nouveauté de l’état d’une personne et la mission qui lui est confiée.

Saint Léon le Grand d’ajouter : « Etant la pierre inébranlable, la pierre de l’angle qui fait de deux peuples un seul peuple, le fondement en dehors duquel on ne peut en établir aucun autre, je veux que toi aussi, mon serviteur, tu sois une pierre, parce que tu seras fortifié par ma puissance, et par ton union avec moi, tu possèderas les qualités qui m’appartiennent en propre. » Si vous le voulez bien, demandons pour chacun de nous la grâce de demeurer en Lui, afin que nous soyons vraiment chrétiens. C’est à dire, selon le mot de la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité, une humanité de surcroît pour le Christ, des âmes, des cœurs, des bras et des intelligence pour aimer, soigner, enseigner les hommes de notre temps et les conduire à la Rencontre.

Bon dimanche à tous.

Pod

 

NB-1 : En bref, cet Evangile nous indique la démarche du croyant, la vie du chrétien, notre vie quotidienne (ce qu’elle devrait être) : entendre la Parole, suivre, venir, voir, demeurer, témoigner…

NB-2 : Alors que la France peine à cicatriser ses plaies, des voix se lèvent pour renforcer le laïcisme et refuser le dialogue avec les religions. Aussi je vous invite à lire ou relire l’Encyclique Lumen Fideiqui nous dit : « Si nous ôtons la foi en Dieu de nos villes, s’affaiblira la confiance entre nous. » Notre pays a besoin du Christ et des Chrétiens pour exister et progresser. Ce n’est pas en nous cachant, mais en demeurant en Lui et en fondant notre action en Lui que nous pourrons donner le meilleur de nous-mêmes pour le bien commun.

Notes :   [ + ]

1. Homélie sur l’évangile selon saint Jean, XVII 1
2. « Tractatus in Johannis evangelium », VII 14

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