Dans le monde sans en être

‘Théorie du genre’ : un épouvantail… qui pense ?

Théorie du genre

“La théorie du genre n’existe pas”. C’est en tout cas ce que répètent, avec une unanimité quasi-pavlovienne, les promoteurs des études de genre. Ce faisant, ils récusent toute critique de leurs travaux, et particulièrement les analyses qui y discernent des présupposés idéologiques ou des erreurs méthodologiques.

Le principal (et continuel) reproche fait à cette critique est que le terme “théorie du genre”, au singulier, nierait la diversité d’approches des “études de genre”, au pluriel. Au prétexte qu’elles sont pluridisciplinaires (sociologie, linguistique, etc.), on ne saurait établir entre elles une parenté idéologique. Qu’importe que les promoteurs des études de genre identifient eux-mêmes des postulats communs. Notamment une approche constructiviste et une vision des relations hommes-femmes vus, d’emblée, comme des rapports de pouvoir.

Le labo dédié de l’ENS Lyon organisait en octobre une journée sur le thème “Que faire de la ‘théorie du genre’ ?“. Il m’a semblé intéressant d’y assister, pour voir comment les critiques y étaient reçues.

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Théorie du genre ou théorie du complot ?

Dès le début de la journée, le ton est donné : il ne s’agit pas de réfléchir sur les critiques formulées contre les études de genre, encore moins d’y répondre, mais de travailler la “stratégie de com” à adopter contre l’expression ‘théorie du genre’. Dans la salle, l’ambiance est plus celle d’un parti politique que celle d’un événement scientifique1ce qui est surprenant pour un labo financé sur fonds publics. On opine, on ricane à l’évocation du Vatican, on est entre-soi.

La première présentation2A. C. Husson, “‘Théorie du genre’: une formule au centre du discours anti-genre” était consacrée à l’analyse de la formule “théorie du genre”. Bien documentée, elle entendait montrer comment l’opposition aux études de genre avait émergé chez des penseurs catholiques,  avant d’être laïcisée3via l’OSP de Fréjus-Toulon et C. Boutin pour les besoins du combat politique français. De manière symptomatique, la chercheuse semble considérer que souligner l’origine catholique de la critique suffit à la réfuter. Si cela contribue bien à la discréditer dans un contexte politique français laïcard, cela ne l’invalide pas pour autant !

Avec la présentation suivante, la journée prend des allures de Da Vinci Code : le Vatican mènerait « une croisade contre la dénaturalisation de l’ordre sexuel » avec des « moyens internationaux colossaux », et aurait inventé le terme ‘théorie du genre’ pour « reformuler son édifice rhétorique homophobe et sexiste, rendu indicible par les luttes des minorités ». L’utilisation de ‘théorie’ au singulier aurait pour but d’ «occulter l’histoire intellectuelle des études de genre et d’en faire une église ». L’argument des “moyens internationaux” est intéressant, venant de personnes qui prétendent que l’utilisation du terme gender avait précisément pour but d’accuser les études de genre de n’être “pas de chez nous”…

Le débat qui suivra ne porte donc pas sur les critiques adressées aux études de genre mais sur l’approche tactique, la stratégie de com’, à adopter :

  • La première technique évoquée, « refuser la symétrisation », s’appuie sur un argument d’autorité : elle vise à refuser toute légitimité aux critiques, en les confinant dans le religieux, et en se drapant dans sa légitimité scientifique (validée par des titres universitaires et des financements publics).
  • Deuxième technique, promouvoir les critiques caricaturales et ne répondre qu’à elles, afin de faire de l’expression ‘théorie du genre’ un épouvantail : Fikmonskov l’avait analysée ici.
  • D’autres, enfin, souhaitent au contraire opérer « une inversion du stigmate »4vous goûterez le vocabulaire religieux et profiter de la diversification du vocabulaire des “anti” pour se réapproprier le terme ‘théorie du genre’.

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Mais l’épouvantail…  pense et interpelle.

Certains partisans des études de genre sont aussi partisans de la rigueur intellectuelle. C’est le cas d’Odile Fillod, chercheuse indépendante5et blogueuse sur Allodoxia, qui dans une intervention intitulée «‘Théorie du genre’, nature et culture: prendre au sérieux les questions scientifiques et les enjeux politiques », a interpellé vivement ses condisciples, montrant la pertinence de certaines questions des “anti-genre”.

Parmi elles, la question du rapport entre nature et culture, et le rejet hâtif, par les partisans des études de genre, de toute dimension ‘naturelle’ de la féminité et de la masculinité. Fillod reprend à son compte l’affirmation d’une de ses pairs : « la posture résolument anti-essentialiste s’est imposée dans le champ des études sur le genre comme un impératif politique ».

Politique.. et non scientifique. Pour retrouver une scientificité, Fillod préconise de regarder ce rapport nature / culture selon trois approches différentes :

  1. « d’ordre ontogénétique. C’est celle de savoir dans quelle mesure un trait psychologique ou comportemental plus ou moins genré d’une personne donnée est dû à sa « nature » et dans quelle mesure il est dû à sa « culture », c’est-à-dire l’environnement dans lequel elle s’est développée. Cette question est aporétique, car chez une personne donnée tout phénomène psychologique ou comportemental résulte d’une interaction entre les deux et il est impossible de quantifier leurs parts respectives. Pour faire une analogie avec la stature, phénomène bien connu pour être genré, personne ne peut grandir sans programme génétique et personne ne peut grandir sans manger : il faut nécessairement de la nature et de la culture. Mais il n’est pas possible de dire combien de cm de la taille d’une personne sont dus à son génome et combien sont dus à ce qu’elle a mangé. Cette question n’a aucun sens.»
  2. « d’ordre phylogénétique : c’est celle de savoir dans quelle mesure les différences biologiques innées actuelles entre hommes et femmes sont dues à des pressions de sélection “naturelles” versus “culturelles”. Cette question-là a un sens, du moins pour autant qu’on spécifie ce qu’on entend par “nature” et “culture”. Si je poursuis mon analogie, il peut ainsi être intéressant de se demander si la prédisposition biologique actuelle des femmes à être en moyenne plus petites que les hommes est le résultat d’une évolution naturelle ou si elle résulte de pratiques culturelles (pour le dire vite) qui ont créé et maintenu cette différence biologique. Cela étant, les enjeux politiques associés à ce type de question sont assez limités, en tout cas en l’état actuel des choses. Si d’aventure on mettait au jour des prédispositions biologiques sexuées d’ordre cognitif ou comportemental, il en serait sans doute autrement, mais on n’en est pas là.»
  3. « celle de l’origine, ici et maintenant, des différences entre groupes, à savoir : dans quelle mesure les différences entre hommes et femmes observables aujourd’hui dans une société donnée sont-elles dues à des différences “naturelles”, au sens de différences biologiques endogènes, et dans quelle mesure sont-elles dues aux différences de contraintes “culturelles” qu’ils subissent au cours de leur vie ? Cette question-là n’a rien d’aporétique non plus, même si là encore il faut préciser les termes et prendre en compte certaines subtilités. Contrairement à la première, ici non seulement on ne peut décider a priori que la nature (ou la culture) intervient dans le développement d’une différence, mais on dispose en outre d’outils statistiques qui permettent de quantifier, dans un contexte de variation donné, les parts des facteurs naturels ou culturels identifiés dans la production de cette différence. Ainsi, cela fait sens de se demander dans quelle mesure la différence moyenne de stature observable entre hommes et femmes dans une population donnée est due à des prédispositions biologiques et dans quelle mesure elle est due à des différences de pratiques (alimentation, activité physique, etc) elles-mêmes sous influence culturelle. Les enjeux politiques associés à ce type de question sont énormes

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Une conception toujours problématique de la ‘nature’

La critique  de Fillod révèle l’existence d’un débat au sein des études de genre et pointe du doigt leurs angles mort, elle peut cependant elle même être interrogée. Si Fillod reconnaît que la question de la nature se pose, c’est en prenant toujours ce terme en un sens très restreint. L’idée de nature, en effet, n’a été évoquée durant la journée – et n’est évoquée par les études de genre – que sous deux acceptions.

La première, comme simple synonyme de biologie ou de génétique… bref, de matière. En face de laquelle on met, par opposition, tantôt la culture, tantôt la psychologie… pour résumer, l’espritLa seconde, par l’emploi du mot naturalisation, processus destiné à justifier, voire à rendre invisible, un «système de hiérarchisation et d’oppression historiquement construit», en lui donnant les atours de la nature, de ce qui va de soi : la nature est alors une sorte de surmoi social ou un argument d’autorité planqué sous la toute-puissance divine. Ces deux acceptions ont en commun de voir la nature comme l’impensé.

Il faudrait alors, par la pensée, libérer l’homme de sa nature, la réduire comme peau-de-chagrin, et en venir même à considérer que la différence sexuelle elle-même, le fait qu’on identifie un corps comme masculin ou féminin, serait une construction sociale6cf. cet article de Husson.

Cette conception me semble très limitée, à plusieurs égards :

  • Cette représentation, très dualiste, d’un corps réduit à la biologie et d’une psychologie à la merci de la seule culture, me semble fausse. Notre affectivité, par exemple, est éminemment corporelle : nos états affectifs (joie, peine) dépendent largement de notre fatigue, la souffrance physique cause en nous une détresse immédiate, quelques milligrammes d’hormones suffisent à altérer notre tempérament…
    Notre intelligence, de même, n’a d’autre matière que celle qu’offrent nos sens, et la cognition est ainsi un acte profondément corporel autant que spirituel.
    Ces facultés de l’être subissent, de fait, également des influences sociales (par ex. l’expression – voire le ressenti – de la douleur varie selon les cultures…), mais on ne saurait les y réduire, en niant la dimension naturelle de ces facultés.
  • La définition de la nature par opposition, à la culture, à l’histoire, à la pensée, au politique, … est problématique car limitante. La nature pose la question du commun. Notre société valorise, avec raison, la singularité des êtres, mais nous ne sommes pas des pures singularités : nous avons, précisément en raison de notre corps7Pour les amateurs de théologie catholique : c’est précisément la particularité des anges, qui n’ont pas de corps, d’être chacun sa propre espèce et d’épuiser son espèce. Nous nous reconnaissons, au contraire, d’une seule espèce humaine., une nature commune.
    La dimension sexuée de notre nature humaine ne se limite pas8contrairement à la sexualité animale à une question de posture dans l’acte sexuel, à pénétrer ou être pénétrée. Elle nous place dans une perspective immédiatement relationnelle. Il ne s’agit pas tant de définir un commun à l’homme masculin, et un commun à l’humain féminin, distincts, avec des qualités propres et exclusives, que de réaliser que nous avons en commun d’être dans cette altérité : homme face à la femme ou femme face à l’homme.
    Ajoutons que cette binarité n’est pas une pure symétrie. Les expériences qui marquent la féminité et la masculinité ne sont pas strictement identiques, ni ne sont le simple négatif de l’expérience de l’autre sexe : nous vivons différemment l’asynchronisme du développement corporel et affectif, l’expérience du désir de l’autre sexe, la perspective de la génération et son expérience concrète…

Il ne s’agit pas, comme le dit François, de confondre cette altérité « avec l’idée simpliste que tous les rôles et les relations de chaque sexe sont renfermés dans un modèle unique et statique ». Mais de voir que la différence sexuelle n’est pas une qualité secondaire de l’être qu’on aurait surinterprétée pour instituer une domination de la moitié de l’humanité sur l’autre9Nb: il n’est pas dans notre propos de nier l’existence de rapports de domination, et sans doute la sociologie permet de les mettre en évidence et d’en faire la critique, mais ce rapport de domination n’a pas sa source dans la considération de la différence sexuelle, mais dans le péché qui la blesse et teinte le regard qu’on porte sur elle., mais qu’elle a quelque chose de plus fondamental ; qu’on peut appréhender deux sexes sans immédiatement les hiérarchiser ; enfin, que « l’éternelle attirance de la masculinité et de la féminité »10cf. Jean-Paul II, Théologie du Corps n’est pas qu’un instinct animal culturellement sublimé, mais un signe d’une vocation profonde à la communion, au don de soi.

Mais pour les plus radicaux des théoriciens du genre (Delphy, Touraille), les personnes ne « sont pas » sexuées, elles « ont des traits sexués », qu’il serait impossible de rattacher à un sexe autrement que parce que les personnes les portant seraient victimes (ou bénéficiaires) d’une hiérarchisation. 

***

Un projet jacobin ?

La dernière intervenante de la journée, Réjane Sénac, politiste, affirme que la République française est construite sur un « contrat social sexiste et hétérosexiste », puisque la déclaration des droits de 1789 ne prévoit pas l’égalité de droits des femmes (et ne consacre pas, par exemple, leur droit de vote) et considère toujours la famille fondée sur le couple homme-femme comme fondement de la société.

Sénac critique les politiques d’égalité faites au nom de la diversité, conditionnant l’accès des femmes à la sphère publique à l’expression d’une spécificité féminine : les femmes devraient, pour être reconnues, manager autrement, n’être pas des hommes politiques comme les autres, etc. Pour y remédier, elle prône  un « contrat social d’égalité de non-différenciation », une société basée strictement sur des individus. Elle affirme ainsi : « dire qu’on doit analyser particulièrement la distinction hommes-femmes comme culturelle, c’est déjà reconnaître que nous ne sommes pas des singuliers ».

On peut partager avec Sénac (c’est mon cas) le regret que la domination homme-femme n’ait pas cessé avec la révolution (preuve, s’il en fallait, que l’Eglise catholique – avec qui les révolutionnaires n’avaient guère d’affinité – n’est pas cette hydre à l’origine d’un grand complot contre les femmes). On peut partager aussi son souci face au stéréotype du manager féminin-douillet : l’Eglise a canonisé des femmes ayant une grande vertu de force et des hommes ayant une grande vertu de douceur.

On peut partager cela et, cependant, ne pas partager la composante la plus radicale de ses conclusions. Continuer de penser que l’altérité est un bien. Constater que la survenue d’une femme dans une équipe d’ouvriers élève ces messieurs dans leur masculinité-même11preuve en est, la disparition concomitante à leur arrivée des photos grivoises habituellement constatées en milieu strictement masculin. Refuser un projet jacobin qui voudrait supprimer entre l’Etat et l’individu ce dernier corps intermédiaire qu’est la famille et imposer, au nom de l’intérêt général, l’indifférenciation comme modèle de société.

Car, si l’expérience de la sexualité au sein de la famille n’est pas exempte de blessures et d’imperfections, celle-ci reste le meilleur12meilleur, c’est certain, que la “culture hors-sol” qui nous est proposée comme alternative, avec un Etat qui prétend prendre en charge l’éducation affective et sexuelles des jeunes terreau pour se construire, hommes et femmes.

Incarnare
auteur du site théologie du corps.fr

Notes :   [ + ]

1. ce qui est surprenant pour un labo financé sur fonds publics
2. A. C. Husson, “‘Théorie du genre’: une formule au centre du discours anti-genre”
3. via l’OSP de Fréjus-Toulon et C. Boutin
4. vous goûterez le vocabulaire religieux
5. et blogueuse sur Allodoxia
6. cf. cet article de Husson
7. Pour les amateurs de théologie catholique : c’est précisément la particularité des anges, qui n’ont pas de corps, d’être chacun sa propre espèce et d’épuiser son espèce. Nous nous reconnaissons, au contraire, d’une seule espèce humaine.
8. contrairement à la sexualité animale
9. Nb: il n’est pas dans notre propos de nier l’existence de rapports de domination, et sans doute la sociologie permet de les mettre en évidence et d’en faire la critique, mais ce rapport de domination n’a pas sa source dans la considération de la différence sexuelle, mais dans le péché qui la blesse et teinte le regard qu’on porte sur elle.
10. cf. Jean-Paul II, Théologie du Corps
11. preuve en est, la disparition concomitante à leur arrivée des photos grivoises habituellement constatées en milieu strictement masculin
12. meilleur, c’est certain, que la “culture hors-sol” qui nous est proposée comme alternative, avec un Etat qui prétend prendre en charge l’éducation affective et sexuelles des jeunes

5 réponses à “‘Théorie du genre’ : un épouvantail… qui pense ?”

  1. Ajax

    Bonjour,

    ce que vous présentez comme les deux acceptions de la nature n’ont pas en commun de présenter la nature comme l’impensé, la première (la nature comme matière) étant justement celle de la nature comme “impensant” (si j’ose dire) et non impensé.

    Il est évident ensuite que l’interaction entre la biologie ela t la société (ou entre la nature et la culture) est complexe et met en jeu des mécanismes variés y compris à l’échelle de l’individu. Pour autant on ne voit pas que cette complexité interdise toute démarche d’étude, notamment statistique, visant à étudier le degré de détermination biologique relatif de différents phénomènes. Il me semble que votre position consiste à déplorer, sous couvert de leurs limites méthodologiques, que de telles études soient entreprises et poursuivies : mais comment faire évoluer les méthodes si on n’aborde pas le champ, pour commencer, avec les outils dont on dispose aujourd’hui ?

    Au delà des lieux communs sur l’expérience de l’altérité (qui me semble beaucoup plus vaste que celle de la différence sexuelle, mais je pense surtout que ce n’est vraiment pas le sujet), votre remarque sur “le signe d’une vocation profonde au don de soi” est assez étonnante après un développement sur les limites méthodologiques des études de genre. Faut-il entendre par là que vous suggérez d’inclure la “vocation profonde au don de soi” dans le champ de l’étude scientifique ?

    On a l’impression que vous critiquez une question scientifique et les méthodes employées pour y répondre avec des arguments essentiellement sémantiques (le mot “nature” vous paraît mal employé : ce qui n’est absolument pas un frein à l’étude en soi, du moment que les chercheurs savent ce qu’ils y mettent) ou métaphysiques (la question posée ne tient pas compte de la “vocation au don de soi” – ce qui ne lui retire absolument rien de sa pertinence comme question de recherche).

    finalement, où voulez-vous en venir ?

  2. Incarnare

    Bonjour Ajax

    Quelques réponses à vos questions :

    1/ Il me semble que votre position consiste à déplorer, sous couvert de leurs limites méthodologiques, que de telles études soient entreprises et poursuivies : mais comment faire évoluer les méthodes si on n’aborde pas le champ, pour commencer, avec les outils dont on dispose aujourd’hui ?

    J’encourage volontiers les études visant à préciser le rôle de la biologie, celui de la psychologie, celui de la culture, celui de la société, etc. dans la manière dont nous vivons le fait d’être homme ou femme. Mais dire, par exemple, qu’un fait issu de la psychologie sans détermination biologique identifiée n’est donc “évidemment” pas ‘naturel’, me semble une erreur. C’est réduire la nature à la biologie.

    L’homme est “naturellement” un être de culture. Cette culture porte parfois des traces du péché (la domination masculine) mais dire que le rapport des sexes est dans la culture immédiatement hiérarchique et problématique, c’est jeter le bébé avec l’eau du bain.

    2. Faut-il entendre par là que vous suggérez d’inclure la “vocation profonde au don de soi” dans le champ de l’étude scientifique ?

    Non, j’entends qu’on ne réduise pas toute la connaissance à la seule science naturelle et à ses outils formels (statistiques etc.). Cette science a pour objet les qualités mesurables de l’être, non l’être en lui-même. Bref, les statistiques ne vous disent pas ce qu’ “est” une personne. La philosophie n’est pas morte.

    3. e mot “nature” vous paraît mal employé : ce qui n’est absolument pas un frein à l’étude en soi

    Ce n’est pas un frein à l’étude, tant que ces études ne sont pas instrumentalisées dans le champ politique. Ou que les chercheurs eux-mêmes, à force de substituer “nature” pour “biologie”, ne prétendent fonder en science une philosophie bancale.

  3. Elke

    @Ajax,
    Les études de genre telles que vous les décrivez ne dérangeraient pas grand monde, mais votre description passe justement à côté d’un postulat majeur dans le domaine académique du genre, qui est celui qui pose problème, à savoir l’anti-essentialisme en matière de sexe. Les chercheurs et affiliés des études de genre, dans leur vaste majorité, ne cherchent pas à “distinguer” des différences sexuelles biologiques de différences construites, à “faire la part” des choses entre des différences naturelles et des différences culturelles. Ils postulent qu’il n’existe pas de différence sexuelle essentielle – j’ai bien dit essentielle, pas “biologique”, et que par conséquent les différences observables sont soit construites, soit négligeables, parce que biologiques, justement, “strictement-biologiques-et-non-significatives sur le plan personnel”.
    Typiquement, la recherche en “genre” commencera par les observations biologiques qui semblent mettre en évidence des différences sexuelles non culturelles. Pour les différences biologiques qui semblent résister (l’anatomie, par exemple), on argumentera, parfois avec une grande virtuosité, que notre science biologique est elle-même tellement imbibée de hiérarchisation qu’on peut en critiquer les observations comme des sortes de mirages qui seraient dans l’oeil du biologiste et pas dans l’objet. En parallèle, le gros du travail consistera à réfuter que des différences non culturelles soient significatives sur le plan personnel. On voudra bien admettre que le taux de testostérone est différent, en moyenne, selon le sexe, mais on s’attachera à réfuter les conséquences comportementales ou psychologiques, ou à les circonscrire dans l’infra-personnel, entre autre en valorisant les explications culturelles concurrentes.
    L’approche “genre” est donc basée sur un énorme parti pris anti-essentialiste, parti pris qui est philosophique et politique avant d’être scientifique. Voir le blog déjà cité par Incarnare, qui est tout à fait typique : http://allodoxia.blog.lemonde.fr/
    Pourquoi pas, c’est une grille de lecture intéressante, fructueuse, et qu’il n’est surtout pas question de censurer. Mais ça devient abusif quand les tenants du genre font passer leur postulat (philosophique et politique) pour un résultat (scientifique) – et très souvent, c’est le cas. Ils étudient les différences entre les sexes en tant qu’elles sont non essentielles, c’est par choix et par méthode, qu’ils les voient comme telles. Ce n’est pas un résultat objectif devant lequel les vilains obscurantistes essentialistes devraient s’incliner, et sur lequel on peut/doit baser les choix politiques. Si la science pouvait trancher les questions philosophiques, ou les faire périmer, depuis le temps, ça se saurait…

  4. Fikmonskov

    Quand vous dites :

    “Le débat qui suivra ne porte donc pas sur les critiques adressées aux études de genre mais sur l’approche tactique, la stratégie de com’, à adopter :”

    Ça veut dire que les trois stratégies que vous développez ensuite ont été expressément exposées par les intervenants ?

  5. Incarnare

    Bonjour Fik

    La première et la troisième ont été explicitement évoquées comme des stratégies pour l’avenir ; la deuxième est plutôt la stratégie actuelle, pas évoquée en tant que telle (car déjà admise) mais transpirant dans l’ensemble du discours.

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