Dans le monde sans en être

Magic in the moonligt – Quand Woody Allen se tourne vers le Ciel…

Sans égaler l’inégalable Rose pourpre du Caire, Magic in the Moonlight renoue cependant avec le charme désuet d’une comédie romantique pleine de poésie, dans la veine des meilleurs crus proposés par Woody Allen.

Les costumes sont raffinés, les décors sur fond de côte d’azur, splendides. A l’époque du tout numérique, les paysages défilent dans les fenêtres de la voiture comme au bon temps des films d’Hitchcock. Un style rétro qui « colle » bien à la tonalité des années 1920, qui servent d’écrin au film.

Pourtant, il ne faut pas s’y tromper. Sous des apparences légères, pour son 37ème film, Woody Allen aborde des thèmes essentiels et entraine le spectateur à sa suite pour rien de moins qu’un petit détour métaphysique…Stanley Crawford, magnifiquement campé par Colin Firth, est un illusionniste renommé, le grand Wei Ling Soo, insupportable et désabusé. Implacable rationaliste, il fait rêver son public quand lui-même découpe la réalité en explications scientifiques. Chacun de ses tours n’est que le résultat d’un « truc » de magicien.

Un de ses amis, Howard Burkan, le retrouve dans sa loge pour l’inviter à venir débusquer une jeune médium, Sophie Baker (Emma Stone). Celle-ci, issue d’un milieu modeste, abuse sans vergogne de la crédibilité d’une délicieuse veuve. Lui-même avoue ne pas avoir à ce jour réussi à la confondre. Stanley Crawford qui ne manque aucune occasion de démasquer les faux prophètes, s’enflamme contre ces charlatans. Et il n’est pas long à se rendre aux arguments de son ami et à le suivre.

Mais, la jeune femme est… charmante et de plus, terriblement crédible. Elle semble effectivement avoir un don. Lors d’une séance de spiritisme où elle en appelle au défunt mari de la veuve, une bougie s’élève alors que rien ne semble la mouvoir. Plus tard, Sophie révèle à la tante du magicien un passé douloureux et caché. Stanley Crawford en est bouleversé. La jeune femme lui ouvre la porte d’un monde invisible, et lui permet de dépasser le seul point de vue rationnel : il est possible de croire au delà de ce qu’on voit, de ce qu’on touche. Stanley Crawford se met à vivre, à respirer à pleins poumons, comme si le monde avait brusquement été plongé dans la couleur. Comme libéré, il renoue avec ses sens, et découvre le bonheur. Aussi, quand sa tante est conduite à l’hôpital suite à une mauvaise chute qui pourrait lui coûter la vie : il se met à prier !

Et tout en priant,… il se rend compte qu’on lui a tout simplement jouer, c’est bien le cas de le dire, un vilain tour… Pas de spiritisme, la jeune et belle Sophie se moque de lui avec la complicité de son ami, un magicien jaloux et espiègle. Alors, faut-il retourner au néant ? Le monde n’est-il définitivement qu’une œuvre triste condamnée à un destin mécanique ?

Faut-il vous livrer la suite ? Oui, si vous aussi voulez à votre tour entrouvrir la porte… Malgré lui, Stanley Crawford, le rationaliste qui n’a pas manqué de femmes, découvre l’amour, pour la première fois. Et le choix de son cœur n’est absolument pas un choix rationnel. Il ne devrait pas être amoureux d’une jeune femme telle que Sophie Baker. Rien ne le prédisposait à l’aimer elle. Alors ? Alors… peut-être que l’amour est le grain de sable qui ouvre au delà de ce que les lois physiques, mécaniques, scientifiques peuvent nous apprendre du monde qui nous entoure. L’amour est ce qui reste de poésie, de surprise, de surnaturel à la vie, qui lui donne sa saveur et sa consistance. Est-ce que l’amour n’est pas ce qui rompt tout déterminisme et donne les meilleures raisons de croire et d’espérer ? Et finalement, tout cela n’est-il pas très… rationnel ?

 Marie-Anne CHERON

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