Dans le monde sans en être

Consolez

St Jean Baptiste

Après avoir été invités à veiller, nous continuons notre marche vers Noël en faisant halte au désert où nous retrouvons Jean le Baptiste qui annonce la consolation d’Israël en citant un extrait d’une prophétie d’Isaïe :

« Consolez, consolez mon peuple. Parlez au cœur de Jérusalem et proclamez que son service est accompli, que son crime est pardonné, et qu’elle a reçu de la main du Seigneur double punition pour toutes ses fautes. Une voix proclame : « Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur. Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits et les escarpements seront changés en plaine. Alors la gloire du Seigneur se révélera et tous en même temps verront que la bouche du Seigneur a parlé [1]… »

 

L’Evangile de ce jour nous dit à propos du Baptiste qu’ « Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés… » En effet, à la plénitude des temps Dieu inspira Jean-Baptiste afin qu’il appelle les hommes à la conversion en vue du salut. C’est pourquoi, il proposa un baptême de conversion afin qu’un grand nombre puisse accueillir le don de Dieu. Car Dieu veut consoler son peuple en le sauvant des ténèbres et de la mort.

 

« Et Jean le Baptiste parut dans le désert… »

Beaucoup se demandent pourquoi il a choisi de demeurer dans le désert ? Saint Grégoire de Nysse répond en disant qu’ « Il [saint Jean-Baptiste] avait dû se former au désert, celui qui devait venir dans la vertu et l’esprit d’Elie ; il avait dû se séparer de tout commerce avec les hommes, afin de se séparer de leurs erreurs et de leurs préjugés, pour être tout entier à la contemplation des choses invisibles. Parce que toutes ses pensées et tous ses désirs étaient tournés vers Dieu, il arriva à posséder la grâce plus que tous les autres prophètes [2]… »

Ceux qui vont au désert, sont invités à vivre un véritable exercice spirituel. Symboliquement en passant de l’autre côté du Jourdain ils reconnaissent qu’ils sont pécheurs et que par conséquent ils ne sont pas dignes du gage que Dieu leur a donné. C’est pourquoi, ils sortent de la Terre Sainte d’Israël précisément là où Josué et le Peuple y étaient entrés. Ils se retrouvent sur l’autre rive, en terre païenne où ils reconnaissent leurs péchés et les confessent de manière publique. Puis prenant la ferme résolution de changer de vie, ils repassent dans les eaux du Jourdain qui les purifient de leurs fautes et choisissent de vivre avec Dieu en adhérant à Loi du Décalogue. Origène dit à propos du Jourdain que ce nom vient de la racine hébraïque « yrd » qui signifie descendre : « Le nom de Jourdain signifie : celui qui descend. Le fleuve de Dieu qui descend avec la puissance d’un flot abondant, c’est le Sauveur, Notre Seigneur, en qui nous sommes baptisés dans l’eau véritable, dans l’eau du salut [3]. »

Cette conversion est nécessaire, mais encore imparfaite. Elle prépare à accueillir une grâce plus grande encore. C’est pourquoi Jean-Baptiste annonce : « celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses scandales. Moi, je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. » La grâce à venir n’est plus une aide extérieure comme la loi mais une transformation intérieure. C’est là la vraie circoncision du cœur, la réalisation de la promesse : « Je changerai vos cœurs de pierre en cœurs de chair.»

 

Saint Thomas d’Aquin nous enseigne que le baptême du Baptiste préparerait ceux qui s’y soumettraient à recevoir le baptême de Jésus: « par l’enseignement qui l’accompagnait et qui préparait les hommes à la foi du Christ ; par l’idée qu’il donnait du baptême du Christ ; par la pénitence qui préparait les hommes à recevoir l’effet du baptême du Christ [4]. » Mais comme le souligne saint Hilaire de Poitiers : « Le rôle des prophètes était d’éloigner du péché ; le rôle propre du Christ était de sauver ceux qui croiraient en lui [5]… »

 

« Voici venir celui qui est plus puissant que moi.  Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales… »

Par ces paroles, Jean le Baptiste nous rappelle combien l’humilité est nécessaire pour recevoir la grâce de Dieu et en vivre au quotidien. Mais laissons saint Augustin nous en convaincre : « Il est si grand qu’il peut passer pour le Christ ; certains le croient (…) Cet humble ami de l’époux, rempli d’amour pour l’époux, ne veut point se substituer à l’époux : il rend témoignage à son ami et il montre à l’épouse le véritable époux. Voulant être aimé de l’époux, il a horreur d’être aimé à la place de l’époux (…) Il préférera rendre témoignage au Christ, s’humilier devant le Christ, que de passer pour le Christ (…) Et, à cause de cela, il est le plus grand des prophètes, parce qu’il reconnut et montra le Christ quand le Christ fit son entrée dans son royaume. Il s’humilia devant celui qui était grand pour être exalté par celui qui était vraiment grand. Prophète, il mérita d’être annoncé par les prophètes… » Cette attitude est celle que nous devrions tous imiter pour laisser Dieu agir à travers nous pour sauver ceux qui vivent dans les ténèbres et ce qui en nous est enténébré. Notre monde attend la consolation non à grands coups de tambour et de trompette, mais dans la douceur et l’humilité…

Quel lien faire avec le temps de l’Avent ? Dieu veut consoler son peuple. Il nous invite à annoncer sa consolation, sa venue parmi nous : « Voici le Seigneur Dieu : il vient avec puissance et son bras est victorieux (…) Comme un berger, il conduit son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, et il prend soin des brebis qui allaitent leurs petits. »

Enfin, si nous chrétiens, nous portions réellement des fruits de conversion, le monde connaîtrait la Consolation de Dieu : son amour pour tous en son Fils Jésus-Christ. Aussi, aidons-nous à veiller les uns sur les autres en vivant les œuvres de miséricorde par le service et l’attention aux plus petits, de la conception à la mort naturelle, des plus pauvres, des malades, des isolés, des prisonniers, des immigrés… Faisons nôtre l’oraison de ce jour : « Dieu tout-puissant et miséricordieux, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton fils ; mais éveille en nous cette intelligence qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie… »

 

Bon dimanche de l’Avent, bonne semaine à tous.

 

Pod

 

[1] Isaïe, XL 3-5.

[2] De Virginitate », VI.

 

[3] Vingt-et-unième homélie sur l’évangile selon saint Luc.

[4] Somme Théologique, III° partie, question 38.

[5] Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, II 2.

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