Dans le monde sans en être

Edito : Aux dernières heures de la nuit

« Veillez, veillez, veillez ! » Tel est le mot d’ordre lancé de nos chaires, il y a déjà quatre semaines. Alors nous avons veillé. Et comme un veilleur attend l’aurore, nous nous sommes assis en tailleur auprès d’un petit feu, couverture sur les épaules et billes de bois glissant de doigts en doigts. De là nous avons vu, un peu inquiets, le monde continuer sa vie de monde. Un Etat oublier ses territoires, des élus se couper encore de leurs électeurs, et ces derniers s’endormir toujours un peu plus profondément, à l’ombre de sapins enguirlandés.

Les rues ont revêtu leur masque de joie. Mais à Noël désormais, les cœurs de durcissent à mesure que s’assouplit le cuir des porte monnaies. Dans la Sarthe la semaine dernière, un goûter municipal offert aux enfants scolarisés de la commune a ridiculement ranimé les vieilles hargnes entre établissements publics et privés, les premiers refusant une activité commune avec les seconds. De La Roche-sur-Yon à Melun, les crèches sont devenues le symbole d’odieuses racines à couper. « Cachez ce Dieu que nous ne saurions voir ! », semblent crier les défenseurs  d’un laïcardisme pervers. Ces mêmes qui ne rechigneront pas à profiter d’un 25 décembre férié. Qu’ils se rassurent quant à leurs weekends, les messes laïques débarquent en France pour leur donner un prétexte aconfessionnel au dimanche chômé. Et si la mort approche ? Ils lui rétorqueront de républicaines funérailles, comme l’ont souhaité récemment des députés socialistes. Une petite tape voltairienne sur l’épaule de la veuve. La coquille vide d’une commisération citoyenne.

Il est une heure, juste avant que l’aube ne pointe, où la nuit se fait pesante. La température chute de quelques degrés. Le froid devient lourd. Comme si l’obscurité s’accrochait à la terre, plantant ses griffes dans les champs et dans les chairs pour lutter contre l’inéluctable arrivée du jour. C’est que celui-ci s’annonce déjà. Il faut alors au veilleur redoubler d’effort pour ne pas succomber au désespoir. Demeurer prophète. Car c’est le moment que Dieu choisi pour s’inviter au siècle. Discret dans le tumulte politique. Silencieux dans la fanfare commerciale. Chaleureux, sans rien craindre de la gelée nocturne.

Noël approche. Voici celui qui vient. Et l’oreille attentive peut entendre ce chant d’antan, comme une réponse à la nuit :

A Bethléem, les cieux chantaient

Que le meilleur de vos bienfaits

C’était le don de votre Paix

Le monde la dédaigne

Partout les cœurs sont divisés

Qu’arrive votre règne

Venez, venez, venez ! 

Joseph Gynt

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