Dans le monde sans en être

Veillez

C’est précisément lorsque la création s’enfonce dans la nuit et l’hiver et que la nature semble endormie que l’Eglise ouvre le temps de l’Avent en évoquant le thème de la lumière et en nous invitant à veiller…

Cette lumière bien réelle nous permet de répondre à cette exhortation du Seigneur : « Veillez donc car vous ne connaissez pas quand le Seigneur viendra ». En effet, c’est parce que nous avons vu se lever la lumière il y a un peu plus de 2000 ans de cela, que nous pouvons espérer l’aurore des temps nouveaux en veillant avec persévérance.

D’expérience nous savons que la lumière, comme la flamme des bougies, se partage à l’infini sans jamais perdre de son intensité. De même, la lumière du Christ se répand en se communiquant sans jamais s’appauvrir ou s’affaiblir. C’est pourquoi, de par notre baptême, nous avons reçu la mission de diffuser largement cette lumière autour de nous.

Sans cette lumière véritable, comment le monde pourra-t-il veiller ? Sans de véritables chrétiens, comment les hommes de notre temps, aveuglés et stimulés sans cesse par la lumière des guirlandes et par le matraquage des publicités, pourront-ils chercher la source de la vie et de la joie en dehors des magasins où on les pousse à consommer?

 

Vous ne savez pas quand viendra le moment…

C’est par un avertissement que s’ouvre l’Evangile de ce jour : « Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment.» Commentant ce verset, saint Augustin nous rappelle une évidence si mal partagée : « C’est pour cette attente et cette espérance que nous avons été faits chrétiens [1].

De nouveau le Seigneur poursuit son exhortation : « Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra… » Saint Grégoire le Grand nous donne le sens profond de ce verset : « Il veille celui qui tient les yeux ouverts à la venue de la véritable lumière ; il veille celui qui dans ses oeuvres s’inspire toujours de sa foi ; il veille celui qui sans cesse écarte de lui les ténèbres de la torpeur et de la négligence…[2] » Notre vocation chrétienne est d’être des veilleurs, des sentinelles de l’invisible… car comme l’enseigne Tertullien : « Le chrétien ignore et ignorera toujours le jour du jugement, et c’est pourquoi il est fidèle chaque jour ; il craint toujours, parce que toujours il espère[3]… »

Le Seigneur se fait insistant lorsqu’Il dit : « le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin. Il peut arriver à l’improviste… » Ces indications désignent les quatre veilles de la nuit suivant la division romaine. La première veille, le soir de 18 à 21 heures, la deuxième veille, au milieu de la nuit de 21 heures à minuit, la troisième veille au chant du coq de minuit à 3 heures et la quatrième veille, le matin, de 3 à 6 heures. En relisant les Evangiles, nous pourrons voir une véritable concordance avec les veilles dont il est question pendant la Passion. En effet, n’est-Il pas livré le soir par Judas ? Ne comparaît-Il pas dans la nuit devant Caïphe, Pierre ne le renie-t-Il pas au chant du coq ? Enfin, n’est- Il pas livré à Pilate le matin ?

 

…Alors restons sur nos gardes

Quelle leçon en tirer pour nous aujourd’hui ? Je dirais qu’il n’y a pas d’heure pour les braves, au sens où il faut rester sur nos gardes. En effet, chaque heure de notre vie est aussi bien propice à la trahison qu’à la fidélité, il ne tient qu’à nous de choisir et de nous y tenir… A ce stade, nous pouvons nous rappeler la parole de Jésus à ses disciples à Gethsémani : « Veillez pour ne pas entrer en tentation ». Pensons-y aux heures décisives de notre vie et notamment à celle de notre mort. Car comme le dit saint Grégoire le Grand : « Il a laissé incertaine l’heure de notre mort pour que chacun de nous s’y préparât sans cesse[4]… »

L’Evangile poursuit : « Il peut arriver à l’improviste et vous trouver endormis. » Contrairement à ce que semblent vouloir beaucoup de nos contemporains qui ont peur de la mort ou ne veulent pas penser à l’éternité, et qui souhaitent mourir dans leur sommeil, le chrétien veut vivre ses derniers instants avec lucidité, autant que cela lui est donné et autant que la société le permettra dans sa manière de « gérer » la fin de vie… Certes nous avons tout à gagner à être fidèle tous les jours, mais Dieu dans sa miséricorde nous laisse jusqu’à l’heure de notre mort pour nous convertir. Car comme le souligne saint Grégoire le Grand : « Il faut que ceux qui ont été négligents dans les premières époques de leur vie, sachent se réveiller dans les époques qui suivent. En face de la patience de Dieu, quelle excuse pourriez-vous invoquer ? Dieu est délaissé, et il attend ; il se voit méprisé et il appelle à nouveau ; ce mépris a été une offense qui réclamait un châtiment, et cependant il promet une récompense à ceux qui reviennent à lui, quoique tardivement. Mais que l’on sache profiter de cette longanimité, parce que sa justice, au jour du jugement, sera d’autant plus rigoureuse qu’il a, avant le jugement, montré une patience plus grande[5]… »

« Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez! » Je ne résiste pas au fait de citer saint Cyrille qui dit à ce propos : « Ils sont vraiment heureux et proclamés tels par Dieu, ces serviteurs que Dieu trouve veillant, prêts à tout labeur, le cœur rempli de lumière… » Demandons cette grâce à Dieu en ce temps de l’Avent, qu’Il nous trouve toujours le cœur rempli de lumière…

 

Doux est le temps de l’Avent pour qui sait pourquoi et pour qui il veille. Pour moi, le temps de l’Avent est le temps de la mémoire, de l’attente et de l’espérance, selon ce que dit la première préface de ce temps privilégié : « Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant par le Christ, notre Seigneur. Car il est déjà venu, en prenant la condition des hommes, pour accomplir l’éternel dessein de ton amour et nous ouvrir le chemin du salut ; il viendra de nouveau, revêtu de sa gloire, afin que nous possédions dans la pleine lumière les biens que tu nous as promis et que nous attendons en veillant dans la foi. » Alors veillons…

 

Bonne entrée en Avent, bon dimanche et bonne semaine à tous.

 

Pod

 

[1] Sermon CVIII, 1.

[2] Homélie XIII sur les péricopes évangéliques, 3.

[3] De anima, XXXIII.

 

[4] Homélie XIII sur les péricopes évangéliques, 6.

[5] Homélie XIII sur les péricopes évangéliques, 5.

2 réponses à “Veillez”

  1. P. Eric de Kermadec

    Très belle méditation. Merci. Veillons en veillant sur Celui qui est là et qui nous aime et nous attend…

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