Dans le monde sans en être

La Toussaint !

« Overseas », comme on dit là-bas, à Washington (DC), s’élève une immense basilique : the National Shrine of the Immaculate Conception. Ce projet gigantesque lancé en 1911 fut achevé en 1999, par la bénédiction de la dernière œuvre ornementale intitulée « l’appel universel à la sainteté », selon les mots mêmes de la Constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium.

Cette sculpture en marbre blanc a été conçue comme un arc de triomphe par lequel passent les pèlerins pour entrer et sortir de la basilique. Au centre de la composition se trouve le Saint-Esprit qui étend ses rayons et illumine les visages et les corps de tous ceux qui regardent et se déplacent vers Lui.

Lisons, si vous le voulez bien, un court extrait de ce document conciliaire : « Dans l’Église, tous, qu’ils appartiennent à la hiérarchie ou qu’ils soient régis par elle, sont appelés à la sainteté (…) Appelés par Dieu, non au titre de leurs œuvres mais au titre de son dessein gracieux, justifiés en Jésus notre Seigneur, les disciples du Christ sont véritablement devenus par le baptême de la foi, fils de Dieu, participants de la nature divine et, par là même, réellement saints. Cette sanctification qu’ils ont reçue, il leur faut donc, avec la grâce de Dieu, la conserver et l’achever par leur vie (…) dans la société terrestre elle-même, cette sainteté contribue à promouvoir plus d’humanité dans les conditions d’existence. »

N’est-ce pas là une sublime illustration de la Toussaint où nous célébrons « dans une même fête la sainteté de tous les élus … », afin que « soutenus par cette foule immense de témoins nous courrions jusqu’au bout l’épreuve qui nous est proposée et recevions avec eux l’impérissable couronne de gloire… », ainsi que le disent la collecte et la préface de la Messe de ce jour ?

“Qu’est ce que l’homme pour que tu penses à lui ?”

Dans l’Evangile, saint Mathieu prend soin de nous dire que : « Quand Jésus vit toute la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s’assit  (…) Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. » Jésus s’assied pour enseigner, afin d’affirmer qu’il enseigne avec l’autorité d’un maître, celle de Dieu.

On pourrait légitimement s’interroger sur le choix du texte des béatitudes pour vanter les mérites de la sainteté ! Est-ce bien là un texte vendeur ? Car il n’est fait référence ici qu’aux pauvres de cœur, aux doux, à ceux qui pleurent, à ceux qui ont faim et soif de la justice, aux miséricordieux, aux cœurs purs, aux artisans de paix et en fin pour couronner le tout, Jésus dit à ceux qui sont persécutés pour la justice : «  Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. » Selon les critères du monde, qui sont parfois aussi un peu (beaucoup ?) les nôtres… voilà une bien belle bande de loosers !

Comment concilier nos désirs de gloire, de reconnaissance et les béatitudes ? Un des psaumes dit : « Qu’est ce que l’homme pour que tu penses à lui, un fils d’homme que tu en prennes souci ? » Qui sommes-nous ? A cela l’Ecriture répond que nous sommes « un peu moindre qu’un Dieu », et que nous avons été « créés à son image et comme à sa ressemblance »  … Comme Lui nous  sommes des êtres de communion, nous sommes faits pour aimer et être aimés. Comme homme et comme baptisés nous portons le souci du bien commun et celui du salut des âmes. Par notre baptême et notre confirmation nous sommes appelés à aimer comme Lui jusqu’au bout et donc à passer par la croix, à vivre la gloire des béatitudes…

En faisant des recherches, j’ai trouvé une très belle méditation de Saint Jean Chrysostome qui nous dit : « Seuls les chrétiens estiment les choses à leur vraie valeur, et ils n’ont pas les mêmes motifs de se réjouir et de s’attrister que le reste des hommes. A la vue d’un athlète blessé, portant sur la tête la couronne du vainqueur, celui qui n’a jamais pratiqué aucun sport considère seulement les blessures qui font souffrir cet homme. Il n’imagine pas le bonheur que lui procure sa couronne. Ainsi font les gens dont nous parlons. Ils savent que nous subissons des épreuves, mais ignorent pourquoi nous les supportons. Ils ne considèrent que nos souffrances ! Ils voient les luttes dans lesquelles nous sommes engagés et les dangers qui nous menacent. Mais les récompenses et les couronnes leur restent cachées, non moins que la raison de nos combats 1Homélies sur l’évangile selon saint Matthieu, XV 8

Ne soyons pas un peuple d’imbéciles malheureux !

Tous les petits ou grands combats que nous menons au nom de notre foi ont un sens et sont connus de notre Père des cieux… Je pense tout particulièrement à nos frères chrétiens d’Orient spécialement à ceux d’Irak et de Syrie… Mais aussi aux combats nous vivons au quotidien pour être : bons, justes, vrais… par amour de Dieu et du prochain. Mais encore aux combats que nous livrons depuis des mois, voire des années, dans une société toujours plus hostile au plan de Dieu sur l’homme… Je pense à ceux qui, plus que jamais en ces temps de crises économique, se battent pour que dans l’entreprise et en politique l’humain prime sur le profit et l’idéologie. Enfin, comment ne pas penser à ceux qui luttent  au collège, au lycée, à la fac, à la maison au travail, dans la rue… pour garder un cœur, un corps, une âme, des paroles, un regard pur…

En conclusion et non sans humour, je vous livre une dernière citation de saint Jean Chrysostome : « Que pourrait-il y avoir de plus étrange que ces préceptes, que les autres, dit-on, doivent fuir et redouter : mendier, pleurer, subir la persécution et l’insulte ? Et pourtant le Christ l’a dit, l’a persuadé, non à deux, à dix, à cent, à mille personnes, mais au monde entier. Et en écoutant des choses si terribles, si contraires aux habitudes du monde, les foules étaient frappées d’étonnement, tant était grande la puissance de celui qui parlait. Mais ne va pas croire qu’il nous suffit de recevoir des injures pour être bienheureux. A cela le Christ a posé deux conditions : que ces injures soient souffertes pour lui et qu’elles soient mensongères. S’il n’en est pas ainsi, celui qui les subit n’est pas heureux, il est même à plaindre 2Idem. »

Ne soyons pas un peuple d’imbéciles malheureux. Faisons le choix de la sainteté, marchons ensemble vers la Jérusalem d’en haut ! Non pas en ordre dispersé, mais ensemble avec l’aide de l’Eglise, le secours des sacrements, de la prière, de l’amitié : « hâtons le pas joyeux de savoir dans la lumière ces enfants de notre Eglise que Dieu nous donne en exemple… »

Bonne fête de Toussaint et à demain, dimanche 2 novembre, pour la commémoration des fidèles défunts !

Pod

Notes :   [ + ]

1. Homélies sur l’évangile selon saint Matthieu, XV 8
2. Idem

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