Dans le monde sans en être

La tentation gnostique et ses avatars contemporains

Secrets, ésotérisme, recherches initiatiques, sagesses primordiales, révélations essentielles : demandez le programme !

Le goût du secret

Parmi les maladies qui affectent notre modernité tardive, celle de la curiosité pour les « secrets », les mystères ésotériques, l’occultisme en général, n’est pas la moindre. Alors que la Révélation chrétienne s’adresse à tous, munie d’un langage compréhensible par tous les hommes, il a toujours existé des pseudo-révélations que leurs sectateurs prétendent être réservées à quelques uns. C’est ainsi que des bruits courent selon lesquels l’Eglise dissimulerait des informations au sujet de Jésus, informations susceptibles d’être préjudiciables à son « pouvoir ».

Ces rumeurs peuvent prêter à sourire. Cependant, les croyants auraient tort de ne pas les prendre au sérieux (c’était d’ailleurs le sujet du roman Da Vinci Code de Dan Brown, vendu à des millions d’exemplaires). Non pas quant au contenu, bien sûr, mais relativement à la faveur que de tels délires rencontrent auprès du grand public. Nous retrouvons ici le syndrome de l’horoscope. Personne n’y croit, mais chacun lit le sien ! Tous les hebdos, tous les journaux ont le leur. L’imprimeraient-ils si personne ne les lisait ? On hausse les épaules. Mais quand même, et si Jésus avait eu des enfants ? Et si les caves du Vatican recelaient des secrets compromettants pour la papauté ? Des cadavres exquis ? Ou bien un grimoire secret sur lequel serait consignée une révélation primordiale qui périmerait définitivement le credo de l’Eglise ?

Certainement cette croyance en un évangile secret est liée au goût de l’occulte, de l’étrange, voire à la convoitise spirituelle, qui sont des invariants de la psyché humaine. Cette tendance plonge cependant ses racines dans un mal plus profond. C’est une tentation éternelle : son contenu peut changer, ses lignes directrices restent les mêmes. Ce sont les invariants de cette tentation gnostique qu’il faut interroger afin de mieux souligner, par contraste, l’originalité de la révélation chrétienne.

Une révélation réservée à quelques uns

Pour la gnose, l’absolu ne peut être personnalisé comme il l’est dans le christianisme en la personne de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Selon elle, l’ absolu reste éthéré, perdu au sommet d’une hiérarchie en cascade d’êtres peu ou prou divins. Un monde céleste « à étages », à l’architectonique extrêmement compliquée. Comme un tel système demeure inabordable au tout-venant, la gnose a-t-elle adjoint une initiation à sa divulgation : c’est ce qu’on appelle un ésotérisme.

Plusieurs raisons expliquent l’impossibilité pour l’absolu de s’incarner dans une personne. D’abord la gnose méprise le corps : que Dieu se fasse chair représente pour elle une incongruité. En tant que théorie ésotérique, elle reste du coup assez « intellectualisante ». A la loi du corps incarné, issue du régime de la représentation de la religion (toutes ces histoires, ces récits, ces personnages qui parasitent le sens spirituel…), concession accordée selon elle au sens populaire, doit succéder la loi de l’esprit. L’avant-garde des croyants « éclairés » aura à propager, ou à tenir secrète, c’est selon, cette « loi de l’esprit ». On voit déjà pointer la velléité de l’occultation sélective…

Ensuite la gnose n’aime pas trop le monde non plus. Que Dieu s’y commette, c’est en rajouter dans l’inacceptable. A l’opposé de l’article de foi de l’Incarnation, elle professe un dualisme au sein duquel le monde divin du « Plérôme » est le pendant positif de celui de la matière dont l’homme doit s’évader. Entre ces deux univers, peu de points communs, et de minces passerelles. Ciel et terre ne sont pas près de s’embrasser dans son système. Les « spirituels » ne doivent avoir rien de plus pressé que de quitter le monde de la matière afin de rejoindre le Plérôme, en suivant les instructions qu’elle leur donnera à cet effet. Une sorte de Star Trek spirituel.

A ce dualisme ciel-terre s’ajoutent ceux qui opposent le corps à l’esprit, le profane au sacré, les « pneumatiques » aux « psychiques » et aux « hyliques » (traduisez les « matériels »), les « élus » à tous les autres, « autres » aux destinées assez variables selon la complexité du scénario cosmogonique de l’école gnostique à laquelle le disciple appartient.

« Aux aveux, doucereux ecclésiastiques ! »

Dans ce dualisme, inutile de préciser que la place de l’Eglise-institution n’est guère enviable : elle est la place-forte des « charnels », alors même qu’il s’agit de réintégrer le monde divin pneumatique… Quand elle n’est pas une conjuration qui cache la vérité au sujet des origines du christianisme ! C’est le scénario du complot. Il est assez récent dans l’histoire. A l’ origine, il ne faisait pas partie des théories des courants gnostiques. Pourquoi surgit-il maintenant ? Une hypothèse : le secret a d’abord été cherché dans les méandres du drame cosmique qui serait à l’origine de notre monde, ou bien dans les Eons du Plérôme animés du désir de percer le mystère du « Pro-Père » enfoui dans le sein du « Silence », ou chez Sophia et son désir de réintégrer sa place au sein du Plérôme après décantation de son impureté…

Tout cela était compliqué à souhait. Il fallait incarner ce scénario dans une intrigue plus grand-public, plus mainstream. A cette fin, le complot de la hiérarchie ecclésiale, son pacte de silence, tombait à pic. La ficelle était peut-être un peu grosse, mais enfin…Après tout, à force de ramer à contre-courant, le clergé l’ a bien cherché…Ca cache quoi, au juste, le célibat de cette discipline presbytérale ? On aura du mal à nous faire avaler que c’est pour la bonne cause, ou qu’il constitue un signe eschatologique…Allez, passez donc aux aveux, doucereux ecclésiastiques, trop emplis de componction pour être tout à fait francs…

La Révélation, garde-fou contre le délire gnostique

Si la Révélation peut nous aider à opérer un discernement décisif dans cette affaire, la raison en est que la tentation gnostique naît d’une philosophie des rapports entre l’absolu et l’âme humaine que la foi chrétienne a contesté dès le début avec sa théorie de la Création. En effet, dans le christianisme, l’âme humaine n’est pas une parcelle de la divinité égarée dans l’univers ténébreux de la matière, ni une émanation du Grand Tout ou de l’Un primordial. Elle est une réalité créée, autrement dit radicalement autre que Dieu.

Tout le contraire du schéma la gnose. Les conséquences de la conception gnostique de l’âme sont nombreuses. D’abord, dans un tel système, l’individuation est une chute. Liée à un corps particulier, l’âme en est la prisonnière. S’en détacher afin de rejoindre le grand tout indifférencié de l’Un : en ceci consistera la rédemption du disciple de la Gnose. « Le salut pour l’âme consiste à se libérer des liens du corps, par l’ascèse et l’initiation, à retourner à sa chère patrie, d’où elle procède, à remonter le chemin qu’elle a parcouru dans sa chute, à défaire ce que la procession a fait, ou à refaire ce qu’elle a défait. Ainsi l’âme reconnaîtra qu’elle est d’essence divine, qu’elle est pars divinae substantiae, et que, comme le disent les Upanishad et Plotin, tous nous sommes uns. »

Ce désir de rejoindre l’Un indifférencié explique le succès des religions extrême-orientales dans les pays européens d’ancienne chrétienté.

Par amour, non par nécessité

A rebours d’une telle thèse, la Révélation biblique nous enseigne que l’âme, en tant que distincte de Dieu, est appelée à participer à la vie même de Dieu sans avoir à se fondre dans un Absolu où elle perdrait son individualité. De plus, comme nous ne sommes pas des étincelles de divinité égarées, tombées dans le cosmos matériel, cela signifie également que nous allons pouvoir entrer en dialogue avec Dieu comme avec un Autre différent de nous. Et Dieu, de son côté, va en faire autant à notre endroit. Ainsi, notre union à Dieu sera de l’ordre de la liberté, du dialogue, de l’amour, et ne s’effectuera donc pas selon un mode de retour mythique à une unité originelle.

En différenciant l’ordre naturel du créé et l’ordre surnaturel de l’Incréé, la Révélation judéo-chrétienne fait de la proposition que nous adresse Dieu de partager sa Vie, une offre gracieuse et sans nécessité, marquée au coin de l’amour. Dieu nous attire à Lui sans besoin de sa part. Son offre est toute gratuite.

Paradoxalement, c’est en maintenant la différence entre Lui et nous, que la Révélation respecte le mieux notre dignité d’êtres libres. En étant différents de Dieu, nous sommes aimés pour nous-mêmes, en fonction de ce que nous sommes. En revanche, si nous étions de simples émanations de la divinité, des « prolongements de Dieu », Dieu ne ferait que s’aimer Lui-même en se penchant sur nous. Ou bien Il se « complèterait », rechercherait en nous la part manquante de la divinité qui lui aurait échappée lors d’une improbable « chute » de notre « parcelle divine » dans la matière.

D’après le christianisme, l’union à Dieu s’opère par un long apprentissage, non après abdication de notre être charnel et individuel. Notre divinisation ne se situe pas au commencement, mais au terme du salut opéré par Dieu. « Point de divinité naturelle et originelle de l’âme, mais divinisation ultime et dernière, surnaturelle, de l’homme, dans le Christ, par l’Esprit. »

L’anthropologie véhiculée par la gnose est radicalement différente de celle que porte au jour la Révélation chrétienne. Pour celle-ci, nous ne sommes pas des parcelles éparses de la Substance du Grand Tout. Le christianisme n’est pas un panthéisme qui considère que tout est Dieu, que Dieu est partout. Au contraire, nous sommes créés autres que lui : ainsi nous sommes libres, libres de L’aimer.

De son côté, Dieu, en nous appelant à Le rejoindre, ne désire pas « s’achever », accomplir sa déité, comme Il le ferait si nous faisions ontologiquement partie de Lui. Son appel est au contraire pure grâce de sa part, pure gratuité. A l’inverse, dans le panthéisme, les relations entre la Substance divine et ses émanations individuelles ressortissent à l’ordre de la nécessité. Dans un tel système l’individu n’est pas libre : il est une simple modalité du Tout, une déclinaison particulière de l’Être qui englobe tout.

La Révélation judéo-chrétienne lève le voile sur notre liberté. En soulignant notre altérité par rapport à Dieu, loin de faire déchoir notre dignité, elle la met au contraire en lumière en insistant sur notre liberté d’êtres autonomes.

Scénarios plus ou moins compliqués

A ces gnoses antiques ont succédé des théories plus spéculatives (les premières l’étaient aussi, malgré leur contamination mythique). A l’âge moderne la divulgation du « secret primordial » dont la gnose s’estime être la dépositaire, a été longtemps dévolue au Savoir absolu. Ainsi s’explique la fortune des théories de Hegel et de Marx. La Pensée était en passe de percer les arcanes de l’Histoire. D’instaurer dans le même temps la réconciliation de la nature et de la culture, et ainsi le paradis sur terre. Hélas ! il fallut vite déchanter. Les promesses ne furent pas tenues. Les faits ne tardèrent pas à leur apporter un démenti cinglant. L’Eden de l’Etat absolu et de la société sans classe se transforma vite en enfer.

Afin de conserver foi en l’existence de cette vérité occultée, il ne restait plus que le scénario du complot. L’Eglise, la plus vieille institution de l’ histoire, se prêtait idéalement à ce rôle. L’ Evangile qu’elle prêche n’est-il pas trop simple pour être complet ? Et d’abord, d’où lui vient cette longévité ? A qui fera-t-on croire qu’elle n’en sait pas plus que ce qu’elle baratine chaque dimanche à ses paroissiens ? Et cette hiérarchie ? Ne représente-elle pas le meilleur moyen de concentrer le recel de l’arcane en un faible nombre de mains, d’en préserver ainsi la divulgation au grand public, tout en donnant le change d’une mission universelle et exotérique ? Comme on peut s’en douter, une telle supputation est pain bénit pour un romancier en panne d’imagination…

Le mépris des médiations institutionnelles

Indépendamment de ces fantasmes, il existe encore aujourd’hui une actualité de la gnose dont il serait trop fastidieux de recenser toutes les écoles, souvent très éloignées les unes des autres, voire opposées. Plus instructive est la tâche d’en spécifier les points communs. Nous en avons déjà énuméré quelques uns : allergie à voir l’absolu incarné dans une personne, dualisme – dualisme que la gnose transcrit de nos jours différemment qu’elle ne le faisait dans l’Antiquité bien sûr (par exemple dans la dichotomie entre les croyants qui ont besoin d’une église hiérarchisée et ceux qui entrent en contact directement avec le divin, sans les béquilles du dogme…) -, mépris du monde matériel, goût de l’occulte.

Un point mérite d’ attirer l’attention chez elle : son mépris pour les médiations. Là se situe un enjeu d’importance dans les rapports que le christianisme peut nouer avec ces courants. De quoi s’agit-il ? La gnose ignore à dessein les médiations institutionnelles, ecclésiales, sacramentelles, comme celles du corps. Pour quelles raisons ? Ce qui séduit chez elle, c’est l’expérience directe que son adepte pense pouvoir faire du divin, ou des énergies cosmiques qui s’identifient avec lui. Par cette immédiateté, il escompte une illumination personnelle, subjective, qui le dispensera de tout ce qui relèverait d’une instance hétéronome, c’est à dire d’une loi extérieure à sa propre intériorité : dogme, commandements, sacrements, qui viendraient du dehors perturber le cocon confortable de son épanouissement « spirituel ».

Cependant, en croyant se brancher directement sur le divin, le disciple de la gnose contemporaine ne risque-t-il pas de se perdre dans un grand tout indifférencié ? C’est plus subtil que cela. Les courants ésotériques actuels ne rejoignent pas tous les spiritualités orientales sur ce terrain. Il ne s’agit pas, d’après ces théories, de dissoudre l’illusion de l’individualité dans l’océan cosmique. L’Occidental reste trop attaché à son « moi » pour se risquer sur ce terrain, et y rejoindre les attendus de la sagesse orientale.

Selon cette spiritualité gnostique recyclée (au goût de l’individu-consommateur), nous sommes plutôt des étincelles divines égarées dans un monde mauvais (le dualisme matière-esprit). Conséquemment, il devient nécessaire de rejoindre notre Soi le plus profond, le Soi divin qui parcourt le monde matériel en aspirant à réintégrer le Plérôme. Résultat : la vérité divine de la personne est enfermée en elle, dans son intériorité, sa subjectivité.

Dans ces conditions, l’objectivité des dogmes, de la morale, des institutions, tout cela ressortit à la matière, à l’ « homme hylique » (entendez l’homme « charnel »), non parvenu à l’ « illumination ». Cette déclinaison très libre de la gnose éternelle se trouve en consonance avec l’individualisme postmoderne, ce qui n’est pas le moindre facteur qui explique le succès qu’elle rencontre sur le marché de la spiritualité.

Jean-Michel Castaing

4 réponses à “La tentation gnostique et ses avatars contemporains”

  1. Josette Perottet

    Je Trouve Cher Jean-Michel: Quelle lucidité spirituelle! Quelle richesse , quelles recherches!
    Tu es une fontaine qui abreuve sans fin!
    Très heureuse de découvrir ce qui T’habite!
    Je Te dis Mon admiration! ce courage de dire! de désirer cet éclairage dans le monde d’aujourd’hui où tout est confus!
    Je T’embrasse Affectueusement.
    Fraternellement. Merci!!!
    Josette.

  2. pege

    Moi par contre… je ne vous vois pas spécialement…de lucidité particulièrement spirituelle.
    Je suis chrétien catholique, mes parents m’ont éduqué en me disant dès l’enfance et le catéchisme qu’il y a des vérités à croire et puis un jour de catholiques assidus qu’ils étaient… ils ont basculé eux même dans le protestantisme.
    Ces prêchis -prêchas, ces chants entonnés sans conviction étaient devenus à leurs yeux des idées toutes faites…
    Je ne les ai jamais jugés, je ressentais ce qu’il découvrait ( enfin) dans leur 3e âge avancé.
    Moi ayant toujours plus simple de travailler avec les outils du terroir ( conservant ma religion) je travaillais à la dépasser sans avoir la prétention de la renier.
    J’ai été tenté par les nombreuses théories gnostiques mais je n’y ai jamais cédé (même si comme Moise à la recherche de la terre promise il est parfois permis de se servir des richesses de l’Egypte) même si reconnaissant ce qu’elles pouvaient apporter d’innovants et découvrant que des maîtres évolués y respectaient même à la lettre le précepte de Jésus-Christ “soyez parfait comme le Père Céleste est parfait” ce qui est loin de ceux qui guerroient au nom de la vérité catholique à défendre et qui finalement à leur tour disent quand cela les arrangent que Jésus pouvait parlait symboliquement . J’ai eu la chance d’approcher la voie d’un Henri Lesaux Bénédictin et Prêtre qui a déclaré avoir rencontré le Christ Lui Même à travers l’avatar (parfait cette fois..au delà du mental et donc des seules théories qui ne peuvent être que des compromis et des approximations pour les masses ) Ramana Maharshi…J’ai suivi cette voie (et cette voix) et Jésus-Christ m’a fait la grâce moi aussi un jour de rencontrer un de ses avatars en Inde ( je tairais le nom volontairement…)…car il n’est personne qui, faisant un Miracle en Mon Nom, puisse aussitôt après parler mal de Moi”…
    Chaque jour je m’aperçois comment face au Christ vous comme moi ne sommes que des serviteurs inutiles.
    Passons sur l’autre rive….c’est à dire au delà du mental….
    Quant à savoir si nous sommes individuels, collectifs, relisons un St Jean de la Croix pour comprendre que nous sommes appelés à être des Christ par participation et pour cela ils ne faut pas être paresseux et se réfugier derrière la sécurité toute faite d’un dogme aussi saint soit-il….
    Voyez notre Pape qui aujourd’hui semble défendre des causes insoutenables pour l’Eglise il y a quelques temps et demain enfin la science démontrera la réalité de la résurrection via (la réincarnation…. trop tabou à cause de l’identification du corps lié à notre égo qui selon Jean le Baptiste ( certainement la réincarnation d’Elie) doit diminuer pour que le Christ grandisse…la science forcera le passage….comme toujours….même je ne suis pas scientiste… pas vraiment scientifique.
    Merci de ne pas faire apparaître ce commentaire si cela choque vos conceptions.
    Gloire au Père, au Fils et au Saint Esprit…viens Jésus Fils unique du Père à notre secours….

  3. Benoît

    Merci pour votre témoignage,
    j’ai eu l’occasion de lire des articles sur le frère Lesaux.

    Sur le fond de votre commentaire : Tout dépend ce que vous appelez “avatar”… s’il s’agit d’une “incarnation” c’est clairement problématique par rapport à la foi biblique,
    s’il s’agit d’un homme habité par l’Esprit, vous avez de la chance de l’avoir trouvé, il y en a bien évidemment au delà des frontière visible de l’Église.

    Je suis gêné cependant par votre opposition entre une vérité approximative pour les masses et une vérité par delà le mental. Car là pour le coup j’ai l’impression de lire les gnostiques dont Irénée parle dans son Contre les hérésies. La révélation pleine et unique du Christ se fait dans la simplicité d’une relation d’homme à homme, en cela elle est offerte à TOUS. Il n’y a pas dans l’Évangile l’ombre de l’idée d’une 2e révélation, plus secrète, réservée à des privilégiés. En Jésus, frère des hommes, Dieu est donné pleinement.

  4. A.D.

    Je suis étonné, pour ne pas dire plus, de la lecture plus qu’étroite que vous faite de la gnose. De mes propres recherches, commencée à 8 ans, passant par la révélation du Christ à 26 ans et poursuivie à sa lumière, je peux dire :

    “Pour la gnose, l’absolu ne peut être personnalisé comme il l’est dans le christianisme en la personne de Jésus-Christ, Fils de Dieu.” Faux. Je ne vois pas en quoi l’incarnation de Dieu dans le Christ serait opposer à la gnose. La gnose est la connaissance intérieure des mystères que la religion chrétienne notamment, symbolise à travers ses rites, tentent d’exprimer à travers l’énoncé de sa foi dogmatique et de signifier la présence immédiate par les signes visibles de la grâce que sont les sacrements.

    “A l’opposé de l’article de foi de l’Incarnation, elle professe un dualisme au sein duquel le monde divin du « Plérôme » est le pendant positif de celui de la matière dont l’homme doit s’évader.” Faux. Tout est Esprit : y compris la matière. La gnose est le chemin de l’esprit à l’Esprit : de l’ordre des choses – où tout est réifié, et en premier Dieu qui est réduit à l’idée de Dieu – à l’ordre des personnes ; de la vérité des choses à la vérité de l’amour. Et dans l’Esprit, la dualité (esprit/matière par ex.) prend toute sa signification : les conditions de la prise de conscience du mystère qui nous habite, corps et âme, c’est à dire de Dieu. La création toute entière, c’est Dieu en acte de se donner aux hommes. À nouveau : corps et âme (cf Angèle de Foligno).

    “Dans ce dualisme, inutile de préciser que la place de l’Eglise-institution n’est guère enviable : elle est la place-forte des « charnels », alors même qu’il s’agit de réintégrer le monde divin pneumatique… Quand elle n’est pas une conjuration qui cache la vérité au sujet des origines du christianisme !” Faux. L’Église est le signe visible de l’unité fondamentale de tous les hommes entre eux, et en eux-mêmes, dans l’amour de Dieu lui-même Un tout en étant trine. Mais que voulez-vous, il ne suffit pas d’être baptisé pour vivre l’amour divin, ni de communier tous les dimanches ni d’être évêque. La vérité est qu’hélas, la plupart des chrétiens ne comprennent pas plus Dieu que le monde : la preuve en est que je n’ai jamais rencontré l’amour dans l’Eglise, le vrai qui fait de deux êtres des intimes inexplicablement hormis Dieu, et absolument comme Il est absolu lui-même et le seul à l’être, et cela m’étonne un peu plus chaque jour. Si dans l’Église qui annonce que Dieu est Amour, on ne rencontre pas l’amour, où le trouvera-t-on ? Bonnes oeuvres, belles paroles, grands édifices : rien de tout cela n’est l’amour, mais seulement l’intimité qui existe entre des personnes ouvertes les unes sur les autres, qui s’accueillent mutuellement dans une totale et réciproque liberté d’être, en communion par le plus profond d’elles-mêmes, libres d’être elles-mêmes sans rien cacher, transparentes entre elles. Voilà comme Dieu nous aime, et tant que nous n’aimons pas ainsi, ce n’est pas l’amour tel qu’il est en vérité, Dieu. Cf Jésus qui, à tous ceux à qui il s’est révélé directement, en personne – marguerite marie alacoque, angèle de foligno, thérèse de lisieux, sainte faustine kowalska – s’est plaint d’être maltraité et trahi en premiers par ceux qui font confession de foi chrétienne. Mais l’humilité manque pour reconnaître cette vérité : pourtant, qu’a fait Jésus sur la Croix, sinon souffrir le non-amour de tous les hommes, païens comme chrétiens, puisqu’il a souffert pour tous les hommes de tous les temps ?

    “Ce désir de rejoindre l’Un indifférencié explique le succès des religions extrême-orientales dans les pays européens d’ancienne chrétienté.” Si la tentation de rejoindre l’Un indifférencié est présente dans les religions orientales, que dire de celle qui consiste à réduire Dieu à ce que la pensée humaine peut comprendre, alors que l’idée de Dieu, même la plus haute, ne sera jamais Dieu lui-même ? Cela, je le vois tous les jours, dans l’Eglise. Ma femme qui n’est pas chrétienne mais respecte parfaitement ma foi, et tant d’amis, de collègues, etc… me font souvent la réflexion que les chrétiens qu’ils connaissent ne se conduisent pas différemment des autres hommes. On en arrive ainsi à dire, parmi les athées, qu’il n’y a pas besoin d’être chrétien pour avoir une haute vie morale : ce qui est vrai ! Si les chrétiens aimaient vraiment Dieu, alors ils agiraient comme le font tous les amoureux : et l’amour étant grand lorsqu’il retourne à sa source (divine ; cf St Bernard), ils témoigneraient effectivement d’une vie à laquelle on ne peut accéder sans Dieu, parce que justement, cette vie est divine : fondée sur l’amour de Dieu qui veut partager sa vie, toute sa vie, avec nous, rien de moins !

    “En différenciant l’ordre naturel du créé et l’ordre surnaturel de l’Incréé, la Révélation judéo-chrétienne” : là, vous allez contre la conception des Pères de l’Église pour qui il n’y avait pas la nature d’un côté et la surnature de l’autre – dualisme – mais TOUTE la vie humaine, naturelle, depuis les fonctions les plus triviales de son corps jusqu’à la fine pointe de son esprit, était un pur don de Dieu et donc surnaturel. C’est comme si vous sépariez en deux le même paysage à l’aube et à midi : c’est le même paysage, aucune chose n’y a été remplacé par la lumière du soleil, simplement cette dernière en réveille (autant dire : en révèle) toutes les potentialités de beauté et de vie. Tout est grâce, comme disait Thérèse de Lisieux, et distinguer entre le naturel et le surnaturel, c’est diviser le don de Dieu : or, Dieu est indivisible par nature. Pour les anciens, les Pères de l’Eglise, l’homme rétabli dans la pureté dans sa nature – c’est à dire du don que Dieu lui a fait en le créant – est divinisé. Si la grâce est surnaturelle, c’est que Dieu nous est plus naturel que ce que nous considérons comme naturel habituellement.

    “Un point mérite d’ attirer l’attention chez elle (la gnose) : son mépris pour les médiations.” faux ! Au nom de quoi la connaissance intérieure, vivante, du mystère de Dieu entrainerait le mépris des médiations ? Mais de quelles médiations parlez-vous ? Voulez-vous dire qu’il y a d’autres médiations, puisque vous en parlez au pluriel, que celle du Christ ? Vous me répondrez que nous, alors nous pouvons revenir à l’essentiel : celui pour qui Dieu n’est plus une idée mais une réalité c’est à dire une Personne – mieux : 3 personnes -, ne négligera jamais rien, ne méprisera jamais rien, ni personne d’ailleurs. Ce qui semble très difficile à admettre pour ceux pour qui Dieu est encore une idée, c’est qu’il est d’une part infiniment plus exigeant d’obéir à Dieu que d’obéir à un homme, car rien ne peut être caché à la lumière divine qui fait ce qu’aucune psychanalyse ne pourra faire : elle fait la vérité en celui à qui Dieu se manifeste, manifestation toujours par le plus intérieure car nous ne subsistons qu’en lui et que de lui – si nous n’étions pas en contact direct et permanent avec Dieu, nous cesserions d’exister tout simplement (cf St Thomas) – dont l’extérieur fait signe à chaque instant. Tous les évènements se révèlent alors dans les mains de Dieu, pancréator : si bien qu’il n’y a guère de difficulté à accepter la médiation de l’Eglise car elle est perçue dans sa vérité, Corps du Christ et non institution humaine. A l’inverse, c’est étonnant de voir à quel point sans la révélation intérieure de Dieu (“nul ne peut te connaître Seigneur sans le don de ton Esprit Saint”, Saint Silouane), les chrétiens sont pour la plupart des pharisiens : les reproches de Jésus à ces derniers, sont plus que jamais d’actualité, dans sa propre Église, son propre Corps. Cf St Silouane que je viens de citer, mais tous les autres amis de Dieu qui, tous sans aucune exception, d’Angèle de Foligno à Maurice Zundel, en passant par Jean de la Croix, le Cardinal Newman, etc… ont tous eu à faire sans aucune exception à une véritable persécution de la part de leurs propres frères ! (mais Jésus le premier, exemplairement il y est vrai).

    “Jusqu’à quand devrais-je patienter ?” Ce reproche que Jésus fait aux hommes, tous les hommes et d’abord aux chrétiens en ce qu’ils devraient être exemplaires, est un reproche d’amour : il a hâte que le feu soit allumé en chacun de nous, mais pour cela, il faut l’humilité. “Et le véritable pauvre d’esprit, où le trouver ?” gémissait Thérèse de Lisieux, au pied de la Croix avec le Maître de sa vie et de son coeur.

    C’est justement cette incompréhension fondamentale

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