Dans le monde sans en être

Pour guider l’Eglise, François prend le temps de l’écoute

Photo : L'Osservatore Romano

Photo : L’Osservatore Romano

En convoquant un Synode des évêques en session extraordinaire, François a de nouveau marqué les esprits en prenant de court les vaticanistes : voilà près de trente ans que l’on en avait pas vu1Les deux précédentes sessions extraordinaires ont eu lieu en 1969, sur les relations entre le Saint-Siège et les Conférences épiscopales, et en 1985, sur le 20e anniversaire du Concile Vatican II.. Une nouvelle “suprise” dans un pontificat qui n’en manque pas. Pourtant, cette décision est, par certains aspects, révélatrice du “style Bergoglio”…

La gouvernance “Bergoglio” : le Pape n’est plus seul…

Dès le jour de son élection2Pour revoir sa première allocution : https://www.youtube.com/watch?v=NcS44bm70go (à partir de 1h05′) , François s’est d’abord placé comme évêque de Rome, se présentant à ses diocésains romains, demandant leur bénédiction, ignorant presque son rôle pour l’Eglise universelle. En se faisant “simple” évêque de Rome, François conserve sa place d’évêque parmi les évêques : premier d’entre eux, mais premier parmi eux.

François ne veut pas exercer seul son pontificat. Sans doute marqué par l’expérience de son prédécesseur, Benoît, fatigué jusqu’à renoncer, il veut être entouré, il veut pouvoir s’appuyer sur ses frères dans l’épiscopat. Et pour cela, il s’appuie sur des structures déjà en place, ou bien en crée de nouvelles ad hoc.

Ainsi, tout juste un mois après son élection3Créé en avril 2013, le Conseil est officiellement institué et institutionnalisé fin septembre, peu avant sa première réunion début octobre. Une présentation dudit Conseil, dans La Vie : http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/le-g8-des-cardinaux-devient-un-conseil-permanent-30-09-2013-44703_16.php , il s’entoure d’un Conseil des Cardinaux, chargé de l’aider à réformer la Curie romaine mais dont la fonction de conseil a été rapidement élargie à toute question liée au gouvernement de l’Eglise. Ses 9 membres ne sont pas choisis au hasard : ce sont avant tout des représentants de l’Eglise dans le monde, au contact du terrain et des catholiques, sur les 5 continents 4L’Océanie a “perdu” son représentant lorsque le cardinal Pell, auparavant archevêque de Sydney, a été appelé, en février 2014, à présider le nouveau Secrétariat pour l’économie, dont la vocation est également de réformer et assainir les finances ecclésiales.

C’est à l’issue de la première réunion de ce Conseil que le Vatican annonce la tenue du Synode extraordinaire et que la machine synodale se met en branle avec une consultation des fidèles, via les conférences épiscopales. En novembre, dans sa première exhortation apostolique, François mentionne la crise familiale5Evangelii Gaudium, 66. En février 2014, avant le Synode des évêques, c’est le Collège des cardinaux, réuni en consistoire autour du Pape, qui mène une première réflexion sur la famille.
Et enfin, en octobre, les 183 Pères synodaux se rassemblent et remettent au pontife un état des lieux des défis auxquels fait face la famille chrétienne dans leurs Eglises respectives. Dans un an, pour le Synode ordinaire, d’autres Pères synodaux se réuniront, forts de l’état des lieux dressé par leurs prédécesseurs et de la réflexion qu’ils auront eu le temps de développer pendant cette année.

Entouré, conseillé, mais seul maître à bord de la Barque de St Pierre

Le pape François sait donc s’entourer. Il écoute, il consulte, il prend conseil. Et surtout, il prend le temps.
L’annonce du Synode extraordinaire avait fait naître beaucoup d’espoirs; en Occident, beaucoup comptaient sur une possible admission des divorcés-remariés à la communion, sur une reconnaissance des unions homosexuelles… Et autant ont été déçus.
Déception prévisible… Primo parce que le Synode examine les aspects pastoraux et non la doctrine. Or les “évolutions” attendues implique une remise en cause au moins partielle de la doctrine catholique sur la famille. Le Synode est donc, ipso facto, inapte à se prononcer sur ces sujets. Secundo, le Synode n’est pas un organe de décision, mais une instance qui “informe et conseille”6Motu proprio Apostolica sollicitudo de Paul VI, qui institutionnalise le Synode le Pape sur les défis rencontrés sur le terrain. En tout état de cause, seul le Pape est habilité à décider, à la lumière des informations et des suggestions produites par le Synode.
Or François prend son temps. Il veut avoir le temps. C’est pour cela que deux Synodes se réunissent à un an d’intervalle sur le même sujet7Pour être exact, le thème du Synode extraordinaire est “Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation”, et celui du Synode ordinaire “La mission de la famille dans l’Eglise et dans le monde”.. Une année entière pour apprécier les fruits d’une réflexion par des généralistes, avant de faire intervenir les spécialistes. Une année entière avant de donner à l’Eglise une exhortation apostolique post-synodale qui réponde aux attentes de l’Eglise “de terrain”. Une année entière avant de donner à l’Eglise et au monde les moyens de vivre l’Évangile en famille.

Ça peut paraître long, ça peut paraître inutile. Mais c’est ainsi que François entend mener l’Eglise : en prenant le temps de l’écouter, d’entendre le cri de sa détresse, de comprendre le mal qui l’a saisie; en prenant le temps de la collégialité et de la diversité des opinions; en prenant le temps de la réflexion avant la décision.

FPitois

Notes :   [ + ]

1. Les deux précédentes sessions extraordinaires ont eu lieu en 1969, sur les relations entre le Saint-Siège et les Conférences épiscopales, et en 1985, sur le 20e anniversaire du Concile Vatican II.
2. Pour revoir sa première allocution : https://www.youtube.com/watch?v=NcS44bm70go (à partir de 1h05′)
3. Créé en avril 2013, le Conseil est officiellement institué et institutionnalisé fin septembre, peu avant sa première réunion début octobre. Une présentation dudit Conseil, dans La Vie : http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/le-g8-des-cardinaux-devient-un-conseil-permanent-30-09-2013-44703_16.php
4. L’Océanie a “perdu” son représentant lorsque le cardinal Pell, auparavant archevêque de Sydney, a été appelé, en février 2014, à présider le nouveau Secrétariat pour l’économie, dont la vocation est également de réformer et assainir les finances ecclésiales
5. Evangelii Gaudium, 66
6. Motu proprio Apostolica sollicitudo de Paul VI, qui institutionnalise le Synode
7. Pour être exact, le thème du Synode extraordinaire est “Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation”, et celui du Synode ordinaire “La mission de la famille dans l’Eglise et dans le monde”.

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