Dans le monde sans en être

Légalisation ! Si ça existe…

L’État a la fâcheuse habitude de légiférer. Il intervient dans tous les domaines, et bien souvent, il interdit. Le fondement de cette interdiction peut-être économique, moral, historique ou bassement politique. Que ce soit interdire la prostitution ou le meurtre, prohiber un acte ou un comportement n’est pas toujours efficace. Alors immanquablement, on se demande si l’interdiction est légitime. Et si on légalisait ?

On se dit qu’en légalisant, on va améliorer la situation.

Par facilité, j’assimile légalisation et dépénalisation, pour une raison simple : si ce n’est pas interdit, en France, c’est permis. Légaliser, c’est aller un peu plus loin en fixant dans la loi des conditions. Mais la logique est la même.

Le raisonnement est simple :

  1. L’interdiction n’empêche pas l’acte de se produire, donc l’interdiction est inutile puis que son but est d’empêcher la survenance d’un évènement. Les sanctions ne semblent pas suffire.
  2. Or, pour passer outre l’interdiction, on est obligé de recourir à des chemins détournés et potentiellement nuisibles.
  3. Puisque l’évènement se produit quoi qu’il arrive, autant limiter les conséquences néfastes en légalisant.

Et on retrouve cet argument avec :

  • La GPA : “1) La GPA existe, 2)  l’interdire c’est priver des enfants de leur filiation et de leurs vrais parents, (et c’est mauvais pour le business) 3) Légalisons”.
  • L’euthanasie : “1) L’euthanasie existe, 2) l’interdire c’est forcer ceux qui souffrent à souffrir encore plus en tentant de se suicider. Et ceux qui les assistent risquent la prison alors qu’ils ne font qu’aider. 3) Légalisons”.
  • L’avortement : “1) L’avortement existe, 2) l’interdire c’est forcer à avorter dans la clandestinité avec toutes les conséquences désatreuses que ça entraine. 3) Légalisons.”
  • Salle de Shoot : “1) La drogue existe, 2) autant permettre aux gens de se droguer sans risque sanitaire supplémentaire. 3) Légalisons.”

Sauf que :

  • La GPA est prohibée car elle est considérée comme une réification du corps humain inacceptable et son autorisation entrainerait l’exploitation de populations défavorisées en plus de transformer la procréation en marché.
  • L’euthanasie est prohibée car elle reste avant tout un homicide. Tuer quelqu’un pour soulager, cela reste tuer. Et puis on constate en Belgique que si à l’origine on autorise de façon restreinte et on en vient à demander l’euthanasie pour les enfants, les dépressifs, etc. Une pente glissante.
  • L’avortement était prohibé car on considérait que la vie humaine commence au moment de la conception depuis le Droit romain. Cela faisait donc de l‘avortement, un meurtre. Mais ce n’était pas pratique alors on a décidé qu’en fait elle commençait à la naissance mais que rétroactivement si on naissait vivant et viable, en fait elle commençait à la conception. Pour les effets de la légalisation, le nombre d’avortements par an parle de lui-même. Une belle pente glissante là aussi, puisque tout est fait pour que l’avortement soit considéré anodin là où il est avant tout le résultat d’une grande détresse.
  • Les salles de shoot seraient un lieu qui contribuerait à perpétuer une addiction néfaste, là où un suivi serait bien plus utile. Mais une salle de Shoot ça coûte moins cher. Une rustine qui risque de faire éclater le dommage plus qu’autre chose.

Et donc, dans cette lignée, je propose, en exclusivité : Légalisons le meurtre.

Car oui :

  1. Le meurtre existe, il n’y a qu’a voir les statistiques du Ministère de l’intérieur
  2. L’interdiction oblige les meurtriers à faire disparaître les preuves et cela leur cause une grande angoisse, qui creuse le trou de la sécu à cause des anti-stress et des risques de Burn-out. De plus, légaliser le meurtre permettrais de retrouver plus facilement les corps, pour permettre aux familles de faire le deuil plus facilement.
  3. Légalisons le meurtre

Stupide, n’est il pas ? C’est le même raisonnement.

Cela peut aussi marcher avec la fraude fiscale, qui génère du stress et occupe des experts qui pourraient être plus utiles ailleurs (pensez à M. Cahuzac, le seul ministre qui comprenait comment gérer son argent).

Des gens prêts, par calcul ou par nécessité, à transgresser la loi, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. La légitimité de l’interdiction ne doit pas donc se retrouver dans l’existence ou non de contrevenants, mais dans son but de protection de la société. Pour la société, le coût de la légalisation est souvent bien supérieur à celui de l’interdiction (repensez au meurtre).

Quand on cherche à légaliser quelque chose, on va d’abord chercher dans le pathos, pour cacher tout ce que notre démarche a d’idéologique.

Une question pour terminer : Qu’est ce qui légitime l’interdiction du cannabis mais pas de l’alcool ?

Fol Bavard

16 réponses à “Légalisation ! Si ça existe…”

  1. Nils

    “Quand on cherche à légaliser quelque chose, on va d’abord chercher dans le pathos, pour cacher tout ce que notre démarche a d’idéologique.”

    On va souvent chercher également ailleurs que dans le pathos. Mais cette conclusion a le mérite de souligner la différence entres les raisons d’un choix et les justifications qu’on en donne. Or cette distinction s’applique aussi bien à la prohibition de la GPA, de l’euthanasie, etc. Elle crève les yeux dans le cas de l’avortement, que beaucoup de gens condamnent “au nom de la vie” tout en suggérant par ailleurs le retour de la peine de mort pour certains criminels. Et c’est bien dans ces contradictions que se “cachent” les vraies raisons (et non plus seulement ce qu’on présente comme telles) de nos positions sur les différentes questions abordées dans ce billet.

  2. Fol Bavard

    Tout à fait ! Cela dit on peut être contre l’avortement ET contre la peine de mort. Et le pathos est plus efficace qu’un raisonnement “rationnel” et froid pour faire virer l’opinion publique de bord.

  3. Alberto Rostat

    Ce billet dit dans sa conclusion que la légitimité de l’interdiction ne doit pas se retrouver dans l’existence ou non des contrevenants, mais dans son but de protection de la société. Il me semble que, concernant les questions traitées (GPA, euthanasie, avortement et salles de shoot), c’est justement de cela qu’il s’agit lorsqu’on discute de leur encadrement ou interdiction. Le fait que, dans la réalité et quoi qu’il arrive, ces pratiques existent, n’est pas la raison pour laquelle la question de leur encadrement par des lois se pose (c’est là que l’analogie avec le meurtre ou la fraude fiscale tombent à plat) mais c’est bel et bien parce qu’elles ont des conséquences pour la société que le législateur doit se pencher dessus, dans un sens (celui de l’interdiction) ou dans l’autre (celui de l’encadrement).

    La question à se poser est la suivante : qu’est-ce qui nuit le moins à autrui ? Tout le débat sur ces questions délicates que sont la GPA, l’euthanasie, l’avortement et les salles de shoot est là. Et c’est là que surgissent les désaccords. L’auteur de ce billet a, semble-t-il, déjà réglé ces questions, mais il doit admettre que son point de vue relève tout autant du pathos, de l’idéologie, que celui qu’il semble dénoncer. Une GPA encadrée n’éviterait-elle pas l’exploitation des femmes des pays pauvres ou la marchandisation du corps des mères porteuses, comme c’est le cas en Angleterre, où la GPA “altruiste” sans rémunération existe ? L’euthanasie ne constitue-t-elle pas, dans certains cas, un soulagement autant pour le malade que pour ses proches ? L’avortement légal n’est-il pas un moindre mal face au problème de santé publique que sont les avortements clandestins ? (C’est d’ailleurs dans ces termes que fut posée la loi Veil). Les salles de shoot n’ont-elles pas une incidence sur un sevrage graduel des toxicos ou sur le trafic de drogues ? Personnellement, je n’ai pas de réponses claires à ces questions même si mon point de vue tend à coïncider avec celui de l’auteur du billet (sauf pour les salles de shoot, question à laquelle je n’ai pas du tout réfléchi). Je sais pourtant qu’elles ne sont pas simples et que je ne peux pas balayer les difficultés d’un revers de main en y appliquant des principes de façon péremptoire (même ceux auxquels je crois profondément, comme le caractère sacré de la vie dès la conception).

    Retour donc à la case départ…

  4. Fol Bavard

    Pas forcément retour à la case départ.

    Ici, comme souvent dans les sujets juridiques, il y a un dialogue entre le fait et le droit.

    Effectivement, si ces sujets reviennent, c’est pour leurs conséquences sur la société. Mais le but de ce billet est de balayer un argument : Les situations existent, donc il faut légaliser. Cet argument est fallacieux, mais très utilisé.

    Sur l’avortement par exemple, le but de la loi était effectivement de réguler une situation dramatique. Mais ce faisant, on en arrive à une situation où on cherche à supprimer la situation de détresse, ce qui entraine une certaine banalisation de l’acte (si ce n’est plus un acte de détresse, mais simplement un acte médical). Or, bien peu sont ceux qui contesteront que l’avortement est une source de douleur. Par un jeu de pente glissante, une loi voulant améliorer la situation en “tolérant” devient le véhicule pour un accroissement encore plus néfaste. Pour la loi Veil, on peut considérer (c’est très discutable, mais admettons) que l’encadrement par la loi a surpassé le prix pour la société des avortements. Or, quand on voit les assauts pour l’accroissement des possibilités d’avortement, cet équilibre (discutable) est complètement rompu.

    Ce qui peut paraitre nuire moins dans un premier temps, n’est que le début d’un mouvement bien plus néfaste. Ce genre de mouvements s’analyse sur le long terme.

    Sur l’euthanaise, je reprends ce que j’ai dit dans mon billet : “n constate en Belgique que si à l’origine on autorise de façon restreinte et on en vient à demander l’euthanasie pour les enfants, les dépressifs, etc. Une pente glissante” Même raisonnement que pour l’avortement. Quelqu’un qui veut mourir le veut il par souffrance physique ou par souffrance morale ? Difficile à dire. Pour les souffrances physiques, les soins palliatifs sont là. Pour les souffrances morales, c’est un accompagnement qui peut aider. Quelle est la corrélation entre le pourcentage de suicidaires et le pourcentage de demande d’euthanasie ?

    Sur la GPA, comment interdire à des parents de recourir à des usines à bébé en Inde quand la transcription est possible en France ? Le fondement “moral” étant tombé, la justification est complexe à trouver. Quand a la GPA “Altruiste”, je n’y crois pas. Qu’on me montre les études montrant que des femmes sont prêtes à sacrifier 9 mois de leur vie à vomir pour le bébé d’un autre, sans compensation, pour le bonheur et l’égalité républicaine. Et même s’il y a compensation, on la calcule comment ? A partir de quand cela n’est-il plus ethique ? L’offre de “ventre” va être très faible, et la demande croissante. Comment empêcher les dessous-de-table quand on voit que des couples sont tout à fait près à se mettre hors la loi pour satisfaire leur désir d’enfant ?

    Les salles de shoot vont simplement créer une bulle de consommation tolérée, sans rien aider sur le sevrage. Depuis quand permettre à quelqu’un de se droguer aide à sevrer ?

  5. Basho

    “Les salles de shoot vont simplement créer une bulle de consommation tolérée, sans rien aider sur le sevrage. Depuis quand permettre à quelqu’un de se droguer aide à sevrer ?”

    Il faut regarder au delà de l’addiction. Les salles de shoot garantit un suivi sanitaire des toxicomanes, et par là, il ne faut pas entendre seulement le sévrage mais aussi les dépistages des IST (en particulier l’hépatite C qui se transmet via les aiguilles infectées) et autres maladies transmissibles par le sang, le suivi psychologique etc. La population toxicomane est particulièrement vulnérable et en général en dehors des radars de la santé publique. La politique des salles de shoot permet de les réintégrer dans la politique de santé publique.

    Bref, le problème dans ce genre de discours comme le tien est la réduction de la toxicomanie au problème de l’addiction alors que ça va bien au delà.

  6. Fol Bavard

    En gros la salle de shoot n’est qu’un gros piège pour attraper les toxicos ?

    Parce que ce qui les soignera c’est surtout un suivi individuel, sur tous les aspects de leur vie si besoin. La communauté du Cénacle est bien plus efficace qu’une salle de Shoot.

  7. Basho

    Sauf que la communauté de cénacle ne s’adresse qu’à une catégorie bien particulière de toxicose : ceux qui veulent changer de vie et qui ont une spiritualité. Autrement dit, elle n’occupe (pour parler le langage du marketing) qu’une toute petite niche.

    Et qu’est-ce qui te dit qu’une salle de shoot ne garantit pas un suivi individuel. Mais dis-moi est-ce que tu t’es vraiment renseigné sur cela ?

  8. Basho

    Tu me permettras d’être dubitatif face à des articles venant du Figaro. C’est comme Libé, en qualité et en fiabilité, mais de l’autre côté du spectre politique.

  9. Khagnine

    Je veux pas vous déranger dans votre discussion mais je trouve ton article bien

    Kiss

    Khagnine

  10. Fol Bavard

    @Khagnine Kiss aussi

    @Basho Ta source dit globalement la même chose que l’article. 🙂

    Et l’un des problèmes principaux est la mise en place du suivi, qui est relatif à la législation du pays.

  11. Maritro

    Merci pour l’article, question au cœur de l’actualité, merci pour le débat! Honnêtement je ne m’y connais pas du tout en salles de shoots et en drogues, donc je laisse tomber. En revanche, je ne suis pas convaincue par la conclusion de l’article, qui, parce qu’elle s’appuie sur des exemples que vous reconnaissez bien sûr stupides (légaliser le meurtre, la fraude fiscale), perd de sa pertinence. Non, on ne peut pas dire que ” [ce soit] le même raisonnement” (les justifications que vous inventez ne sont pas du tout du même ordre!) Mais je vous rejoins sur l’idée que la légalisation en voulant résoudre un mal en attire un plus grand.

  12. Basho

    “ma source” est plus nuancée que le Figaro (pas difficile…). En substance, ça dit que nous manquons de données pour conclure dans un sens ou dans l’autre mais on sait déjà que ce n’est pas une solution miracle.

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