Dans le monde sans en être

Oui à la grossesse pour autrui !

Comment ne pas saluer la générosité d’une femme qui serait prête, pour soulager la stérilité d’un couple, à payer de sa personne de la manière la plus intime qui soit, en menant à terme une grossesse et en accouchant d’un enfant qu’elle ne désire pas pour elle-même ? Quel esprit chagrin voudrait faire obstacle à tant d’abnégation ? Quel cynique se permettrait de douter, de juger des motivations en jeu ? Ne devons-nous pas, résolument, favoriser de telles démarches ? L’Etat ne serait-il pas dans son rôle pour accompagner ces femmes et les soutenir, voire, pour susciter de tels dons ?

Il y a peu de souffrances plus déchirantes que celle des couples stériles. L’absence de l’enfant qui viendrait couronner un mariage est un des malheurs les plus injustes et les plus incompréhensibles. Tout 1Tout… ce qui est objectivement légitime doit être mis en œuvre pour leur permettre de devenir parents. Or, aujourd’hui, des cas résistent aux traitements médicaux disponibles. Et les adoptions sont devenues si rares que beaucoup de couples voient leurs espoirs déçus.

Alors, ne faut-il pas appeler de nos vœux un flot de femmes portant des enfants pour d’autres ?  Ne faut-il pas que la puissance publique prenne toutes les mesures pour favoriser la générosité des françaises vis-à-vis de leurs compatriotes frappés de stérilité ? Le lien social ne se trouverait-il pas renforcer par le développement de cette pratique ?

Mais n’allons pas trop vite. Il faut lever une ambiguïté…  Ces grossesses par générosité ne sont pas, et ne peuvent pas être, celles que l’on désigne sous le terme, maintenant illustre, de GPA.

Les tenants de la GPA nous soutiennent que les mères porteuses seront motivées par l’altruisme et la générosité, et non par l’appât du gain ou par des contraintes plus ou moins souterraines. Mais une telle motion de principe, pour séduisante qu’elle soit, ne résiste guère à l’examen des faits.

Le nombre de femmes réalisant un don d’ovocyte (anonyme et gratuit) est d’environ 400 par an, malgré une importante publicité. Il s’agit d’une procédure assez lourde, mais sans commune mesure, en termes de risques et d’investissement, avec une grossesse entière. Sur cette base, on peut estimer que le nombre de femmes qui seraient prêtes à se livrer à une GPA par seule générosité serait peut-être  de…  quelques dizaines par an tout au plus ? Ce serait très insuffisant pour couvrir la « demande ». Comme la procédure ne pourra évidemment pas se faire dans l’anonymat, la compréhension élémentaire des mécanismes de marché nous avertit que les femmes se verront rapidement offrir des paiements, tacites s’ils ne sont pas légaux. Ainsi, au Royaume-Uni, régulièrement présenté en modèle, où la loi de départ prévoyait que la GPA serait obligatoirement gratuite, les commanditaires ont maintenant le droit légal de verser jusqu’à 15.000 livres aux mères porteuses, et la pratique donne lieu régulièrement à de sordides conflits d’intérêts. On est assez loin de l’altruisme.

Les GPA seront des grossesses commerciales, professionnelles, et rémunérées : pas un seul pays ne fournit de contre-exemple crédible. Peut-être veut-on s’engager dans cette voie – mais on ne peut pas prétendre qu’il s’agirait de générosité.

Pendant que le débat sur la GPA occupe les antennes, la France pratique plus de 220.000 avortements par an, tandis que moins de 1.000 bébés sont remis aux services sociaux en vue d’une adoption. Dans une forte proportion des cas, ces bébés à adopter sont issus de situations où l’avortement n’a pas été matériellement possible. Autant dire que, pour le moment, la situation où une femme décide de ne pas avorter, et de mener sa grossesse pour remettre l’enfant à l’adoption, est rarissime. Confrontées à une grossesse non désirée, la quasi-totalité des françaises préfère l’avortement à l’adoption. Il faut dire que tout un contexte social les pousse dans ce sens. Une grossesse non désirée est une aliénation, l’avortement une libération. Etre un enfant non désiré est un drame existentiel de toute la vie (bizarrement, dans ce cas-là, peu importe qu’il ait été ardemment désiré par ses parents adoptifs ?). Et puis, que dire à sa famille, à ses voisins ? « C’est une grossesse pour autrui » ? Ça jetterait un froid…

Il faut donc souhaiter un sursaut national en faveur des grossesses pour autrui, les vraies. Celles qui sont l’accueil d’un évènement, d’un « autre », et pas la planification d’un projet. Celles qui ne seront pas valorisées en monnaie sonnante et trébuchante, qui ne feront pas l’objet de clauses contractuelles. De vraies grossesses 2La triste célébrité de l’accouchement sous X ne doit pas nous faire oublier qu’il est tout à fait possible de confier son enfant à l’adoption à visage découvert, où la femme pourra être entendue et accompagnée dans son ambivalence probable, dans sa détresse peut-être. Pas des « gestations » post-humaines – qui se soldent par, quoi, des mises-bas ? Des vêlages ? Ah non, c’est vrai : des livraisons. Il suffirait que  1% des avortements deviennent des naissances en vue de l’adoption, et les perspectives pour les couples infertiles seraient déjà transformées.   Les slogans sont tout trouvés, déjà fournis par l’Agence de Biomédecine 3Pour la cause plus douteuse du don de gamète : « Enceinte par accident ? Vous pouvez donner le bonheur d’être parents »

Elke

Notes :   [ + ]

1. Tout… ce qui est objectivement légitime
2. La triste célébrité de l’accouchement sous X ne doit pas nous faire oublier qu’il est tout à fait possible de confier son enfant à l’adoption à visage découvert
3. Pour la cause plus douteuse du don de gamète

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