Dans le monde sans en être

Don Alvaro : « Le souci de toutes les Églises »

Dans le centenaire de sa naissance, l’évêque Alvaro del Portillo a été béatifié dans sa ville natale, le samedi 27 septembre dernier. Depuis Madrid, plusieurs chaînes d’information ont diffusé la messe en direct. Une présence ecclésiale inhabituelle, en provenance des cinq continents, entourait la cérémonie : 16 cardinaux, 60 évêques, 200 mille fidèles. L’archevêque du lieu ne cachait pas sa fierté ni les autres pèlerins leur liesse, devant le bienheureux à portée universelle. Un dicton local assure que la ville est l’antichambre du ciel ; cette fois-ci, il sonnait juste.

Le jour même, le pape François envoyait une lettre pour gloser les qualités spirituelles du bienheureux ; par la suite le saint père l’a évoqué à deux reprises : à l’angélus du dimanche et dans l’audience du mercredi. Vingt mille fidèles ont vénéré le corps du bienheureux pendant les cérémonies d’action de grâces à Rome. L’ampleur des faits est à la mesure du personnage.

Il avait choisi come devise épiscopale (en 1991) le mot de saint Paul : « nous voulons que le Christ règne ». Le prélat avait en effet un profil paulinien : fidèle à l’appel du Maître et plein de sollicitude pour l’Église entière. Pie XII lui accorda la première audience pendant la guerre (1943), quand le jeune Del Portillo était encore laïc. Docteur ingénieur, il l’était aussi en sciences ecclésiastiques et en histoire : sa formation fut un socle solide pour rendre service et à la société civile et à l’Église. Il fut le créateur de l’Université Pontificale de la Sainte-Croix à Rome.

Ses livres, une référence dans la théologie des laïcs 1Fidèles et laïcs dans l’Église, 2e éd., Wilson & Lafleur 2012. Aussi dans la théologie du sacerdoce : Vocation et mission du prêtre, 2e éd, Le Laurier 1991 (en ligne : http://www.clerus.org/clerus/dati/2000-01/12-6/VOCATIONMISSION.rtf.html). , ont été qualifiés en haut lieu d’« excellents » 2Congrégation pour les causes des saints, Décret, 28/06/2012 (http://prelaturaspersonales.org/decret-sur-les-vertus-du-serviteur-de-dieu-alvaro-del-portillo/).. Dans sa thèse en histoire (1944) sur les explorations en Californie, il repérait l’origine du toponyme dans La Chanson de Roland. Quelques jours après sa mort (1994), un magazine de diffusion nationale publiait son article à l’occasion de l’année de la famille.

Durant 50 ans il a fréquenté les papes, la curie romaine ainsi que les débats de Vatican II et de plusieurs synodes. Il était très apprécié de Paul VI, qui connaîtra bientôt sa propre béatification. Beaucoup d’évêques allaient le voir en demande d’orientation personnelle. Jean-Paul II voulut se recueillir, le 23 mars 1994, devant la dépouille mortelle de l’ami.

Comme prêtre et évêque, il a parcouru les cinq continents, en promouvant des œuvres d’évangélisation et d’assistance gérées par les laïcs. Il avait un faible pour les pays en développement et pour la formation du clergé. Bras droit du fondateur, il a ensuite dirigé l’Opus Dei (1975 – 1994), en lui donnant un élan inattendu : des implantations nouvelles dans une vingtaine de pays, à la demande des évêques locaux, et presque un millier d’ordinations sacerdotales dans une période avare en vocations.

Un cerisier japonais, planté par le prélat dans un jardin de Picardie, reste témoin florissant de son passage en France. En 1988, il était applaudi par une foule de fidèles pendant une réunion informelle, dans le quartier parisien de Grenelle ; même Paris est prête à applaudir un prélat. Pèlerin à Lourdes et dans plusieurs sanctuaires marials du pays, il a fondé son effort sur la prière et la gratuité.

Les témoignages après sa mort ont été un plébiscite d’admiration ; son procès en béatification a parcouru les étapes avec rigueur et sans dissonances. Il est le premier, parmi les évêques ordonnés par Jean-Paul II, à avoir obtenu l’honneur des autels. Sa mémoire sera célébrée le 12 mai, anniversaire de sa première communion : une date à parfum eucharistique, pour un serviteur zélé du Mystère pascal.

Au début du XVe siècle, Jean I, duc de Berry, commanda un livre pour ses prières. Les Très Riches Heures, avec ses dizaines de grandes enluminures et 206 feuilles de vélin, est un joyau bibliophile du musée Condé de Chantilly. Mgr del Portillo, qui a bien rempli sa biographie sans chômer dans le service, laisse ses riches heures à méditer. Un cardinal ami souhaitait que, dans l’Église, il y en ait beaucoup comme lui.

Abbé Antoine Fernandez

Notes :   [ + ]

1. Fidèles et laïcs dans l’Église, 2e éd., Wilson & Lafleur 2012. Aussi dans la théologie du sacerdoce : Vocation et mission du prêtre, 2e éd, Le Laurier 1991 (en ligne : http://www.clerus.org/clerus/dati/2000-01/12-6/VOCATIONMISSION.rtf.html).
2. Congrégation pour les causes des saints, Décret, 28/06/2012 (http://prelaturaspersonales.org/decret-sur-les-vertus-du-serviteur-de-dieu-alvaro-del-portillo/).

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