Pierre Reverdy, injustement méconnu du grand public, fait sans doute partie des plus grands poètes du vingtième siècle, derrière Apollinaire et André Breton, mais égal à Aragon, Rilke ou Octavio Paz, et très supérieur à Cocteau, Césaire, Prévert ou Sylvia Plath. C’est dans l’un de ses premiers recueils (“Quelques vers”, 1916) qu’on trouve ces vers d’une extraordinaire modernité, avec ces métaphores pré-surréalistes et cette émotion poignante qui ont conservé toute leur force :
“La pendule qui bat dans la maison est comme un coeur
Il y a des moments où l’on voudrait être meilleur
Ou tuer quelqu’un”
“Mon doigt saigne
Je t’écris
Avec
Le temps des vieux rois est fini
Le rêve est un jambon
Lourd
Qui pend au plafond
Et la cendre de ton cigare
Contient toute la lumière”