Dans le monde sans en être

La caricature, genre du moment

Genre“Théorie du genre ! idéologie diabolique” crient les uns, “théorie du complot ! obscurantisme !” rétorquent les autres. De toutes part, l’outrance et la caricature font florès.

Fikmonskov a bien raison de rembarrer ainsi les “anti-genre” : “nous nous sommes enfermés dans un refus catégorique, qui nous oblige à nous réjouir de ce qu’un maire offre des cartables roses aux filles et bleus aux garçons, juste parce que ça fait hurler les féministes. C’est crétin. C’est crétin et c’est du pain-béni pour nos opposants : nous sommes effectivement devenus la caricature qu’ils prétendaient que nous étions“.

Le sujet est sensible, au point qu’il est devenu difficile d’écrire sur ce sujet sans entamer l’article par quelque chose comme “oui, il existe des études très intéressantes analysant les rôles sociaux que jouent femmes et hommes etc.”.

M’abstenant de ces précautions d’usage, je voudrais souligner quelques points qui me posent difficulté dans le concept de genre.

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  1. il faut d’abord dire que, même pour qui fait l’effort de s’y pencher, le contenu des études de genre est loin d’être limpide.
CNRS : le journal

Dans le journal du CNRS, du prêt-à-penser pour un public bac+10

Souhaitant me documenter, j’ai ainsi lu le dossier intitulé “Précieuses études de genre” publié au printemps par “CNRS : le journal”. Je m’attendais à trouver dans ce dossier de 7 pages, publié dans un journal visant des gens intelligents et coordonné par une journaliste qui revendique une certaine expertise (en tout cas, qui ne fait pas mystère de ses affinités), la matière pour aborder la question sérieusement).

Las ! Après avoir fustigé les opposants, la journaliste cite ainsi la directrice du nouvel Institut du genre : “en biologie, [les études de genre] permettent de réinterroger la notion de binarité sexuelle. La biologiste Anne Fausto Sterling a ainsi essayé de montrer qu’il n’y a pas deux sexes mais… cinq“.

Qu’importe que la principale intéressée ait confessé qu’il y avait dans cet expression le désir de provoquer plus qu’un fait scientifique : dans la bouche de la directrice de l’Institut du genre, on ne trouve point de telle nuance. On y trouve en revanche de quoi justifier les peurs des anti-genre : de l’analyse de l’expression sociale des sexes, on passe vite à la remise en cause radicale de la binarité du sexe biologique.

Bref, vous demandez ce qu’est le genre, mêmes les sources autorisées vont directement puiser au queer. Au grand dam, sans doute, des hérauts cathos du genre, qui cherchent à les sauver malgré elles…

Savonnette conceptuelle, le genre est aussi un tiroir-caisse pour chercheurs : le dossier du CNRS nous informe que pas moins de 2000 scientifiques et 180 équipes travaillent sur le genre en France. Wow ! On aimerait que le CNRS mette autant la gomme sur la trisomie 21 !

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  1. on trouve dans la défense du genre une revendication rapide et parfois paradoxale d’avancées scientifiques.

Le dossier du CNRS cite quelques études où le genre jouerait un rôle déterminant. Par exemple, l’étude du tabagisme passif, qui touche davantage les filles – passant plus de temps au foyer – que les garçons – supposés gambader au grand air.

Personne n’a cependant attendu l’avènement du genre pour constater que les maladies ont aussi des causes sociales (c’est par exemple le propre des maladies professionnelles)… si l’apport du genre consiste à dire que le sexe doit figurer parmi les critères d’analyse de ces causes sociales, ça semble peu pour en faire le paradigme de la recherche scientifique !

Le dossier cite aussi le cas de ces médicaments, expérimentés sur des sujets exclusivement masculins (l’absence de cycles menstruels facilitant l’interprétation des résultats) alors même qu’ils sont prescrits ensuite majoritairement aux femmes.

A raison, l’auteur dénonce une erreur scientifique de base. Il est cependant bien prompt à l’attribuer au patriarcat… alors qu’on pourrait objecter que c’est précisément l’idéologie opposée qui a voulu faire de la femme “un homme comme un autre” et qui prône l’indifférenciation sexuelle.

Il est donc paradoxal de présenter le genre comme le concept qui ferait advenir le sexe dans les sciences ! Il est intéressant que les promoteurs du genre, qui ne manquent pas d’affirmer doctement que “sexe et genre ne sont pas interchangeables : le sexe est une qualité biologique, le genre est un processus socio-culturel” sont les premiers à invoquer le genre là où il n’y a… que du sexe.

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  1. pour les promoteurs du genre, la différence sexuelle n’est vue souvent que sous le prisme de l’inégalité.

On voit le monde selon les lunettes que l’on choisit de chausser. Le genre a émergé d’études (et de luttes politiques) visant à traquer les inégalités homme-femme et a du mal à dépasser ce paradigme.

Ces inégalités existent et sont à combattre. Ce constat est aussi vieux… que la Genèse, qui situe précisément le rapport de domination homme / femme comme conséquence du péché, dont la femme est première victime. On connait aussi depuis quelques temps la dimension sociale du péché (cf. “structures de péché“).

L’apport réel des études sur le genre est ici d’identifier certaines de ces structures de péché (rebaptisées “inégalités” par la pensée moderne et laïque).

Un exemple pris dans le dossier du CNRS illustre bien le risque de dérive : on peut certes déplorer que les femmes prennent du poids en prison du fait d’une alimentation pensée pour les hommes ; y voir une inégalité révoltante, en oubliant que 96% des détenus sont des hommes, semble un peu abusif.

Le problème vient quand ce lien entre différence sexuelle et péché est essentialisé : la différence sexuelle serait, par essence, source d’inégalité. Une société, pour viser l’égalité, devrait ainsi viser l’uniformité.

Ce prisme de lecture n’est pas toujours présent, mais il a pris de l’ampleur notamment depuis que le concept de genre a été étendu à l’orientation sexuelle (et aux problématiques d’acceptation de son identité sexuelle), afin de proclamer l’égalité de valeur de toutes les orientations, et de pouvoir taxer de -phobie ceux qui s’y opposeraient. On a quitté ici le champ du scientifique pour rentrer dans celui du politique.

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  1. la réflexion sur le genre souffre d’un défaut de compréhension du concept de nature.

La définition classique du genre l’oppose, comme fait social, au sexe, relégué à la sphère biologique (voire, pour certains, à la génétique). Ce mode de définition est en lui-même problématique.

Il sous-tend en effet un antagonisme nature / culture, la nature étant limitée strictement au biologique. Dès lors, l’on est confronté à des accusations de biologisme chaque fois que l’on fait appel à l’idée de “nature”.

Dans cette opposition, la nature corporelle+spirituelle de l’homme se trouve à l’étroit.

D’une part, parce que nombre d’auteurs la limitent d’ailleurs à la psychologie / à l’affectif, faisant du ressenti et du désir le tout de l’âme humaine.

D’autre part, parce que cette psychologie est souvent perçue comme un objet supposé indifférencié, subissant de la société une violence qui lui imposerait un clivage homme/femme, au prétexte du corps.

On est ici dans une conception foncièrement dualiste (“j’ai un corps – masculin ou féminin – et une psychologie qui existerait indifférenciée, indépendamment de ce corps) qui ne me semble pas juste.

Dans un essai intéressant, Jeanne Larghero a tenté de montrer qu’une bonne compréhension de la nature humaine permet de donner un peu de perspective à la différence sexuelle. On est homme et femme plus que dans son corps.

Incarnare

Auteur du site Théologie du corps

47 réponses à “La caricature, genre du moment”

  1. Scons Dut

    J’espère que tous les scientifiques sauront recevoir vos doctes conseils, eux qui ne savent pas réfléchir.

    D’abord vous décidez de vous abstenir de mentionner qu’il y a des études très intéressantes liées au concept de genre. Admettez alors que votre état des lieux se fondent sur les études inintéressantes liées au genre; ou peut-être celles de ces études qui vous paraissent inintéressantes. (boutade).

    Le contenu des études du genre est loin d’être limpide ? Il faut prendre les choses dans l’ordre. Qu’on définisse le genre comme représentation sociale de la division sexuée, n’est pas tant l’énoncé d’un programme, que d’un problème. Une définition aussi générale cherche à être précisée au travers, justement, des études de genre.

    Pour ma part je trouve très claire la définition générale, mais je sais aussi que son déploiement est loin d’être évident; et si cela est pour vous opacité, ce n’est que l’opacité d’une ignorance.

    Ensuite, vous reprochez aux études de genre d’arriver trop tard; ainsi, le fait de reconnaître que certaines maladies ont des causes liées au genre serait une évidence. Évidence qui ne justifierait pas de prendre le genre comme “nouveau paradigme scientifique”. Je répondrais simplement que c’est vous qui trouvez ça évident, et que c’est vous qui assignez au genre une prétention de révolution scientifique kuhnienne qu’il n’a pas.

    Et si le constat des inégalités sociales, et de la nécessaire lutte contre ceux-ci est vieille comme le monde, il faudra expliquer pourquoi celles qui concernent particulièrement le genre ont mis tant de temps à être prises en compte.

    Vous avez une forte tendance à faire parler votre adversaire: “Une société, pour viser l’égalité, devrait viser l’uniformité”. Vous identifiez ce “problème”, et vous soulignez que ce prisme de lecture n’est pas toujours présent, mais qu’il prend de l'”ampleur”. Catastrophisme.

    Dans votre dernière partie, vous reprochez à la réflexion sur le genre de souffrir d’une incompréhension de la notion de nature.

    Je me demande d’abord à qui vous le reprochez ? S’il s’agit des auteurs de pulications comme au congrès sur le genre à Lyon http://www.mshparisnord.fr/gis-institut-genre/images/stories/pdf-doc/programmegis.web.pdf , je ne crois pas que le reproche soit fondé.

    Si vous le reprochez à certains militants, le reproche est probablement plus avéré. Car la confusion nature/nature biologique est courante; mais Pegobry remarquait qu’elle était aussi courante chez les adversaires.

    Mais soit, ne restreignons pas la notion de nature humaine à la biologie humaine. Il n’empêche que soutenir que la nature humaine est d’emblée différenciée en deux classes, homme et femme, et permettre au passage de viser un certain ordre naturel de la société (naturel en ce qu’il respecterait cette nature humaine ainsi différenciée),

    et bien, ce n’est pas non plus une hypothèse gratuite, quelque chose qu’on constate aisément dans la rue, ni une simple manifestation de ce “bon sens” si bien partagé. Qui plus est, cette anthropologie naturelle que vous proposez n’est pas très limpide non plus.

    Essaierait-on de la soutenir, que je rangerais malgré tout cette réflexion parmi les études de genre. Réflexion qui mérite sans doute qu’on la compare à d’autres réflexions, comme le propose peut-être Jeanne Larghero. Vous n’en voudrez sûrement pas à bon nombre de philosophes et scientifiques tout aussi (voire plus) qualifiés d’avoir peut-être des avis divergents sur ces questions.

    SD

  2. Incarnare

    SD : je ne sais pas si les “scientifiques” du genre savent réfléchir ou pas.. mais la photo qui illustre l’article montre qu’ils prennent les autres scientifiques pour des idiots.

    Le dossier du journal du CNRS a été unanimement loué par les twittos présents au congrès de Lyon : je m’attendais donc à y trouver un résumé des études de genre les plus intéressantes. Force est de constater qu’elles ne cassent pas trois pattes à un canard.

    Sur la porosité du concept de genre, ce qui m’ennuie c’est qu’il semble exclure le queer dès que les amis du genre parlent à la société, et l’inclure dès qu’ils sont dans l’entre-soi. Et je soutiens que, de toute manière, la définition même du concept par une opposition (au sexe, pensé comme réduit à la biologie) est bancale.

    La confusion nature / biologie est, de fait, présente partout. J’ai une pensée émue pour ce pauvre chercheur qui s’évertue à lister les espèces où le mâle couve ses petits.. https://lejournal.cnrs.fr/billets/tous-les-peres-sont-dans-la-nature

  3. Aïkie

    Un truc que je n’ai pas compris… mais probablement parce que je suis une caricature, genre femme, homo, blonde et grosse.

    La critique contenue dans votre article porte sur le demi-siècle foisonnant d’études occidentales sur le genre ou sur la recension de 7 pages ?

    Parce que considérer qu’un demi-siècle foisonnant tienne en 7 pages… c’est accepter d’emblée la caricature. Non ?

  4. Incarnare

    Aïkie : non c’est une critique globale. Si je l’illustre par l’article de “CNRS : le journal”, c’est parce que cet article a été acclamé sur twitter par les copains du genre comme étant d’excellente facture, et permettant d’éclairer leurs camarades du CNRS sur l’intérêt du genre.

    Or je constate une chose : chaque fois qu’une étude a un peu d’intérêt, le concept de genre y est anecdotique et fonctionne comme en substitution du mot sexe, dont ces auteurs semblent avoir peur, puisqu’ils l’ont relégué au biologique.

    Il y a comme des vases communicants entre “genre” et “sexe” : chaque fois que le premier semble avoir de l’épaisseur conceptuelle, c’est qu’on a vidé le second de sa substance. L’épaisseur du “genre” est comme factice.

    Mais je vous invite à me citer des études qui parlent de genre, tout en conservant au sexe toute sa profondeur (pour paraphraser Hadjadj).

    Cordialement

  5. Aïkie

    Le problème c’est que votre critique globale ne fait pas la part des choses entre l’article et le genre.
    Vos exemples et citations ne mentionnent que l’article, d’où l’ambiguïté.
    Au niveau méthodologique, je trouve votre utilisation du procédé de l’extrapolation contestable.

    Quant à votre question sur les sources, je n’ai pas la prétention de connaître le sujet ni d’en parler au fond. Donc, je ne peux vous proposer aucune référence.

    Ceci dit, de manière générale et totalement intuitive, je trouve votre questionnement sur l’articulation du genre et du sexe (je rajouterais la sexualité) pertinente.
    Ceci dit, n’y connaissant pas grand chose, je ne peux pas critiquer votre critique.

  6. Reel (reel) | Pearltrees

    […] ce dossier de CNRS Le journal. Qu’est-ce que le genre ? La construction sociale des individus. La caricature, genre du moment. “Théorie du genre […]

  7. MFolschette

    Après avoir compris que vous ne preniez aucune critique directement sur Twitter, me revoilà dans vos commentaires. Mes réponses sont listées par points, car globalement reprises de mes tweets originaux.

    « Le contenu des études de genre est loin d’être limpide. » → C’est le lot de tout champ scientifique ! On peut regretter un manque de vulgarisation ou de communication de la part des médias, voire des chercheurs, mais ce n’est pas propre au genre. Êtes-vous au point en mécanique quantique ? Il vous faudra probablement lire plusieurs ouvrages pour comprendre ce champ de recherche à fond.

    « Mêmes les sources autorisées vont directement puiser au queer. » → Il n’y a aucun rapport entre le fait biologique que vous citez (l’existence de cinq sexes) et le queer. Je ne retrouve pas ce passage dans le dossier, mais l’argument semblait être avancé principalement pour casser le mythe de la binarité de genre basée sur une « binarité sexuelle naturelle et universelle ».

    « Personne n’a cependant attendu l’avènement du genre pour constater que les maladies ont aussi des causes sociales. » → Cet argument est doublement trompeur. Tout d’abord, on n’a pas non plus attendu la thermodynamique pour inventer les machines à vapeur, et pourtant elles fonctionnaient. De plus, l’étude du genre se concentre sur un ensemble particulier de « causes (et conséquences) sociales », ce que vous balayez du revers de la main avec cette phrase. Il faut savoir que les sciences sociales ont souvent pour but de redire des choses qui semblaient évidentes, afin de les confirmer et de les quantifier, et le genre de fait pas exception.

    « C’est précisément l’idéologie opposée qui a voulu faire de la femme “un homme comme un autre” et qui prône l’indifférenciation sexuelle. » → Quelle « idéologie opposée » ? Le genre ? C’est un objet d’études, non une idéologie, il ne « prône » donc rien. (Par ailleurs, il se fonde sur la notion de sexe pour prendre son sens, donc on ne peut pas lui reprocher non plus de le « nier ».) Les politiques sociales qui s’inspirent de ses résultats ? Leur but est l’égalité, pas l’indifférenciation sexuelle. Je serais curieux de voir une source de votre part.

    « Il est intéressant que les promoteurs du genre, qui ne manquent pas d’affirmer doctement que “sexe et genre ne sont pas interchangeables : le sexe est une qualité biologique, le genre est un processus socio-culturel” sont les premiers à invoquer le genre là où il n’y a… que du sexe. » → De votre côté, vous êtes bien prompt à ne voir que du sexe là où les sciences sociales ont montré qu’il y avait du genre ! Par ailleurs, le concept de genre repose en grande partie sur celui de sexe, pas étonnant donc qu’ils soient complémentaires et s’appellent l’un-l’autre, sans pour autant être équivalents.

    « Ces inégalités existent et sont à combattre. Ce constat est aussi vieux… que la Genèse. » → Mais leur compréhension l’est beaucoup moins ! Grâce à l’étude du genre, on comprend mieux leurs origines et on les décèle là où on n’en voyait pas, car blâmant « la nature » ou, à l’inverse, invoquant un « état normal des choses » qui ne l’était pas. Je ne peux que vous conseiller de vous renseigner davantage, et je regrette autant que vous, sans leur jeter la pierre pour autant, que le dossier CNRS Le Journal ait été un peu maigre ; je vous renvoie à la fin de mon commentaire.

    « La différence sexuelle serait, par essence, source d’inégalité » → Non ! C’est son essentialisation qui l’est. On a cru pendant longtemps que les femmes étaient moins intelligentes que les hommes, en observant la taille de leur cerveau et en observant leur résultats scolaires ; en réalité, un grand nombre de facteurs sociaux entraient en compte, tandis que la taille du cerveau n’influait en rien. C’est un exemple frappant d’essentialisation : cette différence de capacités cognitives était tellement ancrée dans les esprits de l’époque que même les chercheurs se sont fourvoyés.

    « On est ici dans une conception foncièrement dualiste (“j’ai un corps – masculin ou féminin – et une psychologie qui existerait indifférenciée, indépendamment de ce corps”) qui ne me semble pas juste. » → C’est une caricature grossière et fallacieuse. Mais il s’agit là d’une tentative de redorer le blason du concept creux de « nature », ce qui est un tout autre débat, aussi m’arrêterai-je ici.

    J’espère que vous aurez pris le temps de lire cette version enrichie. Je ne suis pas le seul à avoir constaté une tendance soudaine — pour ne pas dire surprenante — à accepter le fait que les études de genre sont un champ scientifique sérieux et intéressant. Je ne sais pas ce qui a créé cette prise de conscience soudaine ; peut-être ce fameux congrès Genre qui a tant fait parler de lui, et fait comprendre qu’il ne s’agit pas là d’une lubie de politiciens pédophiles ou de militantes misandres, mais bien d’un champ de recherche sérieux et respectable. De mon côté, je suis à la fois surpris de ce revirement, et en même temps déçu quand je constate la maigre avancée qu’il traduit au final. Cette science est encore jugée d’un œil mal informé et inquisiteur, limité à un regard partiel et donc partial.

    Dans l’espoir que le sujet vous intéresse encore, je ne peux que vous conseiller d’épancher votre curiosité scientifique sur le sujet. Vous avez trouvé le dossier du Journal du CNRS un peu limité ? Les ressources en ligne sont nombreuses, qu’il s’agisse du fait de journalistes intéressés par la question :
    http://allodoxia.blog.lemonde.fr/2013/10/04/sexes-mensonges-et-video-baron-cohen/
    ou même de chercheurs en sciences sociales ou en genre qui tiennent un blog :
    http://labogenere.fr/2014/01/stop-a-la-rumeur-parlons-de-genre/
    uneheuredepeine.blogspot.fr/2013/08/le-genre-nest-pas-une-theorie-cest-un.html
    On trouve aussi des interventions sur certains sites universitaires :
    http://www.les-ernest.fr/la-theorie-du-genre-nexiste-pas-pas-mais-elle-parle/
    http://www.universcience.tv/video-les-nouveaux-roles-feminins-et-masculins-1700.html
    Enfin, si vous voulez avoir une vision plus globale de ce champ de recherche, des questions qu’il pose et des thèses et réponses qu’il apporte, je ne peux que vous conseiller le très instructif « Introduction aux études sur le genre » écrit pas plusieurs universitaires :
    http://superieur.deboeck.com/titres/121851_2_0/introduction-aux-etudes-sur-le-genre.html

    En espérant que ce commentaire aura suscité de l’intérêt.

  8. Incarnare

    MFloschette : merci pour votre commentaire.

    Quelques réponses :

    “Il n’y a aucun rapport entre le fait biologique que vous citez (l’existence de cinq sexes) et le queer.”
    → mais, justement, même sa propre découvreuse qu’il n’y A PAS de fait biologique qu’on pourrait qualifier d’existence de cinq sexes ; qu’elle a fait un coup de com pour faire connaître son étude de ce qui n’est qu’anomalie génétique. C’est le propre du queer que de s’en saisir et de nier la binarité sexuelle.

    “le concept de genre repose en grande partie sur celui de sexe”
    → cf. mon commentaire précédent sur le genre et le sexe comme ‘vases communicants’.

    “La différence sexuelle serait, par essence, source d’inégalité.. Non ! C’est son essentialisation qui l’est.”
    → vous glissez de l’idée d’essentialisation des inégalités (qui est effectivement coupable) à l’idée d’essentialisation de la différence sexuelle, qui ne fait que montrer votre préjugé, à savoir que le sexe n’a pas de fondement naturel, hors la biologie. Présupposé que je récuse, justement.

    J’ai pris le dossier de “CNRS : le journal” comme exemple, parce que loué par ses sympatisants, et parce que j’avais la version papier sous la main. J’ai repris des exemples de cette version papier sans vérifier qu’ils figuraient aussi sur la version web : de fait, celle-ci reprend pas l’article de Laure Arc, et donc certaines thèses que je cite dans l’article.

    ***

    Voyons maintenant la définition donnée par certains sites que vous proposez comme modèles : http://labogenere.fr/quest-ce-que-le-genre/

    “Les études de genre affirment qu’ils n’existe pas d’essence de la « féminité » ni de la « masculinité »” → et cette affirmation est gratuite et jamais prouvée. Cf. la distinction ci-dessus entre essence des inégalités et essence des sexes.

    “Le genre est un processus relationnel.”
    → On range donc dans le genre un attribut fondamental du sexe. Qui se trouve ainsi dépouillé et relégué à la biologie.

    “Le genre est un rapport de pouvoir.”
    → Quand ça entre dans la définition du concept, il devient difficile de nier le présupposé marxisant de lutte des classes entre les sexes. Les rapports sociaux des sexes, encapsulés dans le genre, ne sont vu que comme des luttes de pouvoir.

    Les autres citations proposées ne marquent pas de grande divergence, notamment sur les points que j’ai évoqués ci-dessus. Quelques extraits encore :

    Mathieu : “Les analyses féministes démontrent que le fonctionnement du genre (…) est hiérarchique.”

    Bourcier : Il ne s’agit pas d’éradiquer les genres mais de les transformer. (…) Pour revenir à zéro » disent les féministes de l’égalité. « Pour aller à ’10′ et plus si nécessaire car ’1′ et ’2′ c’est largement insuffisant », disent les féministes queer.”

    Delphy : “Pourquoi le sexe donnerait-il lieu à une classification quelconque?”

  9. MFolschette

    Merci d’avoir pris le temps de me répondre.

    J’ai cru déceler dans l’intégralité de votre réponse un incompréhension générale relative à la notion de genre. Le genre en tant que concept questionne effectivement le rapport social que nous avons au sexe, c’est son essence même. C’est un outil qui théorise ce rapport sous la forme de ce qu’on pourrait appeler un « sexe social ». Les études de genre, elles, cherchent à comprendre dans quelle mesure ce genre s’observe effectivement dans notre société (ainsi qu’à d’autres périodes ou en d’autres lieux).

    Si le genre est emprunt de marxisme, c’est normal : la relation de hiérarchie théorisée s’observe effectivement à énormément de niveaux. Ainsi, on verra d’un bon œil le fait qu’une femme adopte des comportements d’homme (tant pour son travail que ses loisirs) alors que l’inverse sera beaucoup plus mal vu (c’est le cas d’un homme sage-femme ou qui souhaiterait faire du ballet). Il ne s’agit que d’un exemple parmi bien d’autres (l’opposition travail masculin contre care féminin, par exemple, a entraîné de nombreuses inégalités dans l’accès à certaines professions pour les femmes ou le regard porté sur les hommes au foyer).

    Dans ce cadre, il n’est pas surprenant que des combats militants s’inspirent de ces études pour en déduire qu’une dichotomie aussi stricte entre les sexes n’a pas raison d’être. Évidemment, il y a ici toute une palette de possibles, allant du féminisme essentialiste (qui ne chercherait pas à remettre en cause le genre tel qu’il existe aujourd’hui) à la théorie queer (qui à l’inverse voudrait briser cette binarité, et même toute potentielle séparation future).

    ~~~

    « Cette affirmation est gratuite et jamais prouvée. » → Au contraire, les exemples foisonnent et montrent que le genre est vécu très différemment selon les lieux et les périodes.

    « On range donc dans le genre un attribut fondamental du sexe. Qui se trouve ainsi dépouillé et relégué à la biologie. » → Le sexe est par définition « biologique », je ne comprends pas où est le problème ici. Et encore une fois, les constructions de genre se basent justement sur le sexe (de naissance, souvent) donc pas étonnant qu’on ait essentialisé certaines de ces constructions avec le temps.

    « Il devient difficile de nier le présupposé marxisant de lutte des classes entre les sexes » → Je ne pense pas que les chercheurs dans ce domaine nient cela.

    Je prendrai peut-être plus tard le temps de répondre à tous les points de votre commentaire, mais je reste sur mon impression globale que vous n’avez pas lu les ressources que j’ai envoyées, ce qui ne vous en donne qu’une compréhension partielle.

  10. Manuel Atréide

    Cher Incarnare,

    si je comprends bien, votre propos est de dénoncer le caractère inconsistant voire caricatural des études de genre. Vous vous appuyez, pour ce faire, sur un document du CNRS publié en marge d’un colloque, document qui vous semble être de mauvaise qualité.

    J’ai un peu de mal avec cette méthode qui adopte un comportement, la caricature, tout en le dénonçant chez l’adversaire.

    Vous souhaitez donc faire une critique large des études de genre ? Bienvenue. Le propre de la méthode scientifique est de formuler des hypothèses pour ensuite vérifier, encore et toujours, si elles sont en accord avec le réel. La moindre faille est importante car elle est un indice de l’invalidité de l’hypothèse.

    Las, vous tombez vous même dans la caricature en résumant l’ensemble des études de genre à un texte de 7 pages et le sérieux des scientifiques au travail de résumé – donc d’approximation – que nécessite un tel exercice.

    Vous avez le droit de refuser les conclusions des études de genre. Vous avez le droit aussi d’en dénoncer ce qui vous semble néfaste. Mais pour votre crédibilité, je vous incite à ne pas paraître caricatural, voire totalement ignorant du sujet.

    Commencez donc par lire le travail de Mme Butler et des autres équipes scientifiques. Vous verrez peut être qu’à défaut de vous fournir une vision du monde qui vous agrée, leur travail est infiniment plus sérieux que ce que vous pensez.

  11. Elke

    MFolschette :
    Je reviens sur l”assertion “les études de genre affirment qu’ils n’existe pas d’essence de la « féminité » ni de la « masculinité »”, que l’on trouve dans la page web que vous avez indiquée http://labogenere.fr/quest-ce-que-le-genre/

    Il s’agit là d’un postulat des études de genre, et sûrement pas d’une conclusion qu’elles auraient démontrées. Les études de genre étudient les caractéristiques de genre (dont les sexualités) en tant qu’elles sont des constructions. Le fait que les dites études ne voient que des constructions est méthodologique. Il ne peut pas en être autrrement. Si vous regardez la réalité avec des lunettes polarisées qui ne laissent passer que certaines formes de lumière, vous ne verrez que les formes que vous avez décidé de voir. Un tel biais méthodologique n’est pas un problème en soi; c’est inhérent et nécessaire à l’approche scientifique. Les études de genre sont parfaitement légitimes et fécondes. Mais il faut raison garder quand à ce qu’elles peuvent ou ne peuvent pas prouver. En particulier, elles ne peuvent rien dire d’ordre métaphysique.

    “Les exemples foisonnent et montrent que le genre est vécu très différemment selon les lieux et les périodes”
    Certes… mais en quoi cela démontre-t-il qu’hommes et femmes ne sont pas essentiellement différents ? Qu’une différence essentielle ait trouvé à s’exprimer, dans les contingences historiques et sociales, d’une multitude de manières différentes, cela voudrait dire que cette différence ne peut pas exister ? Cette multiplicité des formes genrées appuieraient plutôt, pour moi, l’idée que la différence des sexes est d’autant plus essentielle, originelle, féconde, créatrice…

  12. Elke

    Manuel Atréide :
    En lien avec mon commentaire précédent, le problème n’est pas tant les conclusions des études de genre que leurs postulats. Et même pas tant les postulats – tous les postulats sont respectables, que la prétention d’inverser, justement, postulat et résultat. Que les études de genre parviennent à construire des savoirs fort développés, cohérents et intéressants, il n’est pas nécessaire de le contester. Même si on a aussi le droit de trouver que les résultats ne sont peut-être pas si boulversants que ça. Mais la prétention d’avoir démontré ce qui est le postulat méthodologique de départ (“il n’existe pas de différence d’essence entre les sexes”) est inacceptable.

  13. Elke

    Juste une dernière chose, par “différence d’essence entre les sexes”, j’entends bien une différence d’ordre métaphysique, impliquant la personne dans son ensemble; une différence qui ne peut se réduire à l’anatomie ou à la biologie. Admettre une différence biologique, mais ranger tout le reste dans l’ordre du socialement-construit, historique et contingent, ou il ne saurait y avoir un féminin et un masculin essentiellement différents, c’est un postulat de type dualiste (corps/esprit) qui est irréconciliable avec une anthropologie chrétienne.

  14. MFolschette

    @Elke,

    Mon propos tout comme celui des études de genre n’est ni la métaphysique ni l’anthropologie chrétienne.

    Oui, le genre en tant qu’outil théorise la part construite de notre identité, et il ne s’agit pas là d’un biais mais bien d’un choix d’outil. Le but des études de genre est alors de comprendre quelle est la part du genre, et quelle est la part biologique (hormonale, chromosomique, etc.).

    Ainsi, les études de genre ne prétendent pas qu’être hétérosexuel est socialement construit. En revanche, le fait que notre société soit hétéronormative (l’hétérosexualité est la norme, les autres sexualités n’ayant jamais voix au chapitre) est bien quelque chose de construit.

    « En quoi cela démontre-t-il qu’hommes et femmes ne sont pas essentiellement différents ? » → Ce n’est pas ce que j’ai dit. En revanche, il est clair que notre façon de vivre la masculinité ou la féminité (ou toute autre identité de genre en dehors de cette binarité) est construite ; cela se comprend bien en observant les variations de cette identité à travers les époques et les lieux. Quant à savoir dans quelles proportions, je ne suis pas assez calé sur le sujet pour répondre de façon assurée.

  15. Manuel Atréide

    Elke,

    sans animosité aucune, le fait qu’une chose vous soit inacceptable ne préjuge en rien de sa réalité ou de sa validité.

    Vous pouvez rejeter un fait – disons la Lune brille – mais vous ne pouvez nier ce fait – car elle brille.

    Vous avez une vision chrétienne de l’humanité. C’est respectable, mais vous ne pouvez pas passer à coté du fait que les deux tiers, au bas mot, de l’humanité, n’a pas cette vision. Pas plus que vous ne pouvez passer à coté que personne, pas même vous, ne peut prouver la supériorité de votre vision par rapport aux autres.

    Une dernière chose : les études de genre ne sont pas là pour créer une “indifférenciation des sexes” mais comprendre comment et pourquoi, en fonction de votre sexe, une société vous assigne un rôle, qui s’appelle “le genre”.

    Après, la manière dont nous acceptons ou rejetons ce rôle est du ressort de chacun, non ?

    Bonne soirée.

    M.

  16. Elke

    @ Manuel Atreide

    Sans animosité non plus, je ne suis pas sûre d’avoir été bien comprise…

    Je prends une comparaison. La biologie évolutionniste est un champ fort intéressant du savoir humain – que j’ai moi-même pratiqué avec beaucoup de bonheur. Les résultats qu’elle a obtenu sont très valables, ils ont des applications concrètes incontournable. Dans un ordre scientifique, il n’est, aujourd’hui pas raisonnable de dire qu’on ne “croit” pas à la théorie de l’évolution. Pour autant, il est inacceptable de dire que les études sur l’évolution auraient prouvé que Dieu n’est pas le créateur de l’homme. Les travaux sur l’évolution peuvent utilement déniaiser nos conceptions sur la création, mais ne l’invalident pas, et ne pourront jamais l’invalider, en tant que métaphysique.
    Il est très acceptable de ne pas croire à la création divine – je me rends bien compte que c’est le cas d’une large partie de nos contemporains. Mais rejeter l’idée métaphysique de création dans l’obscurantisme, au prétexte que la science aurait démontré son invalidité, ce n’est pas acceptable, c’est même faux, et c’est attribuer à la science des capacités qu’elle n’a pas.

    De la même manière, je tiens pour inacceptable qu’on dise que les études de genre auraient démontré l’inexistence de différences essentielles entre l’homme et la femme. On a parfaitement le droit d’être anti-essentialiste, mais il est malhonnête de faire passer l’anti-essentialisme pour un résultat scientifique.

    Enfin, quand à la lune… je vais me permettre une taquinerie ; j’espère qu’elle ne vous fâchera pas. Je trouve assez comique de vous voir invoquer les “faits”, vous qui nous expliquez à longueur de blog – et souvent avec raison, que bien des “évidences” sont fort douteuses, et que le “bon sens” est à géométrie variable. La lune brille, ce n’est pas plus factuel que ce n’est évident. Tout dépend des fréquences lumineuses que l’on considère : une chauve-souris vous dirait que la lune ne brille pas du tout. De plus, la lune ne fait que réfléchir une lumière solaire qui ne vient pas d’elle. La lune brille… dans une certaine architecture de perception et de pensée, qui n’a rien d’obligatoire. Permettez-moi, donc, non pas de nier les faits, mais de les interroger. Vous le faites vous-même si bien.

  17. Incarnare

    Manuel :
    Si je m’appuie sur le dossier du CNRS, c’est pour avoir une matière à donner en exemple (une fois encore : matière louée par les promoteurs du genre), non la seule lecture que j’ai faite. Le procès en méconnaissance est une tactique d’évitement classique. Avec celle qui consiste à lancer 10 liens et dire “tant que vous ne les aurez pas lu, on ne peut discuter”.

    MFolschette :
    Vous opposez sans cesse, dans votre réponse à Elke, le socialement construit et le biologique. Et vous supposez implicitement que la psychologie n’est informée que par le social (et que c’est le plus souvent un rapport de coercition), sans jamais prendre en compte que la psychologie humaine pourrait être informée par le corps. (Je n’ose ici employer le mot “âme” qui vous semblera emprunté à la religion, quand bien même Aristote l’utilisait déjà couramment).

  18. Manuel Atréide

    @Elke : Comment ça la Lune ne brille pas ? Bon, c’est vrai, chaque mois, elle s’arrête. La garce … En plus, c’est la lumière du soleil qu’elle renvoie.

    Cela dit, quand je dis qu’elle brille, c’est pas faux puisqu’en fait, elle réfléchit. Et ne dit-on pas d’un bel esprit qu’il brille ? 🙂

    Plus sérieusement, votre raisonnement est cohérent : prouver que l’univers n’a pas 6000 ans mais 13,7 milliards d’années n’invalide pas la croyance en une création divine. De même, mettre en lumière qu’à coté du sexe, il existe un genre et que ce dernier est construit sur des injonctions sociales ne signifie pas qu’il n’y a pas de différences essentielles entre les femmes et les hommes.

    Le problème là dedans, c’est que les différences essentielles entre les hommes et les femmes ne sont pas démontrées (je les entends en tant que différences non biologiques). Je lis pas mal de papiers ici et là sur ce sujet mais je n’ai jamais lu quoi que ce soit qui me démontre que ces différences essentielles existaient en dehors de tout cadre social et de construction du genre pour les femmes et les hommes. En clair, pour démontrer la validité de l’essentialisme, il est nécessaire de mettre en lumière une ou plusieurs différences existantes et ce, dans toutes les cultures humaines connues de toutes les époques connues. Désolé, mais là, je n’ai rien vu ni lu de tel pour le moment. Donc, je ne nie pas mais je doute.

    Une dernière réflexion : la démonstration de l’essentialisme serait sans doute plus aisée si on pouvait mettre de coté es rôles que la société assigne à chaque sexe. En bref, si on pouvait à un moment, faire le distinguo entre le sexe et le genre. Ce qui justement, vous agace. Paradoxal, non ? 😉

    Dans l’attente de vous lire, car j’apprécie ce début de conversation.

    M.

  19. Manuel Atréide

    @ Incarnare :

    vous partez du constat qu’une bande de twittos s’excitent autour d’un document partiel (ce qui est vrai), voire de mauvaise qualité. Très bien.

    De là, vous en déduisez que puisque ces twittos s’excitent autour de ce document, c’est qu’il n’y a rien d’autre à lire sur les études de genre. C’est déjà osé comme déduction.

    Enfin, vous déduisez que puisqu’il n’y a rien de vraiment sérieux à lire sur les études de genre, c’est que lesdites études ne sont, somme toute, qu’un ramassis de foutaises. La preuve ultime d’ailleurs, c’est “l’illustration du dossier”.

    Désolé, mais ce n’est pas raisonnable comme démonstration.

    Si vous voulez faire une critique des études de genre, ce qui est une bonne idée, vous devez faire partir la discussion sur un substrat plus complet que 7 pages. On ne fait pas la critique de la totalité de la pensée philosophique catholique à partir d’un article du reader’s digest …

    Je ne vous fais donc pas un procès en méconnaissance, je vous dis simplement que pour faire une critique sérieuse des études de genre, vous devez partir d’une base littéraire plus solide.

  20. Incarnare

    Manuel:
    Je n’ai, à aucun moment dans ce billet, contesté que la manière dont on vit son sexe (et la manière dont les autres nous voient sexué) est “aussi” influencé par la culture dans laquelle nous vivons.

    Je récuse en revanche l’approche “100% social” qui est la vôtre (puisque vous ne voyez aucune essence à la masculinité et à la féminité).

    Et je crains (et je crois que c’est la raison profonde de la mobilisation des anti-genre) comme la peste des politiques basées sur une compréhension aussi grossière de la personne.

    Je ne suis pas le seul : même Iacub (loin d’être “ennemie du genre”) a fait une tribune pour dire sa crainte de voir les idéologues arriver avec leurs gros sabots à l’école.

  21. Incarnare

    Manuel :
    1. La tribune de Iacub citée plus haut : http://www.liberation.fr/debats/2014/02/14/enfants-esclaves-du-feminisme_980310

    2. Je ne donnerai pas suite dans ces commentaires au procès en méconnaissance / manque d’analyse.

    Il est juste un cache-sexe (si je puis dire) pour éviter d’aborder mes 6 objections :
    – les quatre de l’article,
    – le côté “vase communicant” mentionné en commentaire ci-dessus
    – le côté “politiques menées à partir d’analyses grossières / très orientées par les convictions idéologiques des ‘scientifiques’ “

  22. Manuel Atréide

    @ Incarnare :

    Pour parler d’essence de la masculinité ou de la féminité, encore faut-il la prouver et la démontrer, ce que vous êtes loin de faire. Juste un indice : affirmer n’est pas prouver.

    De même, Marcela Iacub, qui signe un excellent papier, affirme beaucoup sans rien démontrer. Je ne suis pas un partisan des extrémismes et certaines formes du féminisme sont à classer dans cette catégorie. Ne comptez pas sur moi pour leur apporter le moindre soutien.

    En revanche, laisser croire que le gouvernement est sous la coupe d’associations extrémistes féministes à ce point sectaires que “toutes les théories ou les opinions différentes des leurs sont des trahisons voire des crimes contre leurs sœurs en souffrance”, cela se démontre. Or, dans le papier de M. Iacub, point de démonstration. Vous me permettrez dès lors de prendre du recul et de fouiller plus profondément avant de récuser une initiative qui vise à apprendre un peu plus l’égalité et la liberté aux enfants. Ces deux mots sont au fronton de nos bâtiments publics et ne sont pas des abominations, à mes yeux tout du moins.

    Je vais vous la faire courte sur vos 6 objections :

    – le contenu des études de genre est loin d’être limpide.

    la recherche scientifique, y compris dans les sciences sociales, produit souvent des idées et des concepts complexes. Je veux bien qu’on demande un bon travail de vulgarisation, mais je ne crois pas qu’on fasse un vrai travail scientifique si on base son raisonnement sur de la simplification. “La physique quantique pour les nuls” est aussi proche de la physique quantique qu’un avion en papier est proche d’un A380.

    Argument invalide.

    – On trouve dans la défense du genre une revendication rapide et parfois paradoxale d’avancées scientifiques.

    Toute recherche scientifique s’appuie sur un substrat existant. Imaginer qu’un domaine scientifique doit nécessairement être indépendant des autres et créer la totalité de son domaine de travail est aussi imbécile que d’imaginer qu’un chef d’oeuvre littéraire ne peut être écrit qu’avec des mots créés pour la circonstances.

    Au fait, où avez vous publié – dans un travail sérieux, j’entends – que les études de genre disent que “la femme est un homme comme les autres” ?

    En réalité, là encore, vous prenez deux exemples idiots pour les généraliser et en tirer une objection que vous pensez valide. Désolé, mais ça ne marche pas.

    Argument invalide.

    – Pour les promoteurs du genre, la différence sexuelle n’est vue souvent que sous le prisme de l’inégalité.

    Pour les promoteurs du genre, la différence “de genre” est souvent le prétexte à l’inégalité. par exemple, s’il est permis désormais à une femme de porter des vêtements considérés comme masculins, voir un homme arborer des vêtements considérés comme féminin est encore largement soumis à l’opprobre.

    Faites donc attention à la formulation de vos arguments, vous vous emmêlez rapidement les pinceaux. Mais cela est dû, je me dois de le dire une nouvelle fois, à un raisonnement fondé sur un seul document.

    Argument invalide.

    – la réflexion sur le genre souffre d’un défaut de compréhension du concept de nature.

    Marrant là : la réflexion sur le genre vient se heurter à un concept que VOUS défendez mais que vous n”énoncez jamais clairement si ce n’est qu’en l’illustrant par un lien qui dit que l’homosexualité n’est que “ressenti et désir” et que l’âme (concept improuvable) ne saurait se limiter à cela.

    L’âme existe ? Montrez le, et démontrez ce qui la compose. A ce moment là, nous aurons des bases solides pour discuter.

    En résumé, vous objectez aux études de genre qu’elles viennent contredire vos croyances : quel argument ! Peut-on dire invalide ?

    Incarnare, j’apprécie vous lire, mais ce n’est pas pour la qualité de vos raisonnements. “Ceci est mal parce que ça n’est pas bien” n’a jamais, jamais été une démonstration.

    Maintenant que j’ai largement abordé vos objections, peut-on se concentrer sur une analyse critique des études de genre ? C’est après tout, l’objet premier de votre papier.

    Cordialement, M.

  23. MFolschette

    @Incarnare,

    C’est trop simple de ne pas prendre la critique de la méconnaissance, surtout quand cela vous a été reproché plusieurs fois ; c’est le propre de l’obscurantisme.

    Par ailleurs, il ne s’agit en rien d’esbroufe car les objections que vous donnez à nouveau ont été traités dans nos divers commentaires. Vous n’y répondez d’ailleurs jamais vraiment, sinon pour étayer des thèses dont vous prétendez qu’elles entrent en contradiction avec ce que nous disons, alors que ce n’est pas le cas.

  24. Incarnare

    @Manuel Atréide :
    Disqualifier a priori toute critique, et de le faire ainsi avec véhémence et mépris vous défoule peut-être, mais ça ne sert pas la réflexion.

    “Incarnare, j’apprécie vous lire”
    J’en doute un peu, mais vu que vous semblez considérer mon point de vue au point de passer des heures à essayer – en vain – de le démolir, je vous laisse le bénéfice du doute.

  25. Manuel Atréide

    @ Incarnare :

    mon ton est sans doute vif, mais la forme n’est pas absente. Je soulève des points importants. A votre tour d’y répondre. Promis, je n’objecterai pas si vous le faites avec la même acidité que moi, pourvu qu’il y ait du fond. C’est tout ce que je demande.

    Et que je n’ai pas, pour le moment.

    A vous de jouer donc.

    M.

    PS : oui, j’apprécie vous lire, mais pour des raisons que je ne peux pas expliquer par un écrit sec. Il y a des choses qu’on ne dit que de visu.

  26. Incarnare

    Manuel :
    Il y a quelque chose de paradoxal à exiger de moi des “démonstrations” (sur le mode de la science dure) et d’accepter des études de genre une quantité d’affirmations non démontrées. Présupposés que je mets justement en évidence ici.

    Vous savez pourtant qu’en sciences humaines, on ne démontre pas. Que les pensées de Kant, Descartes, Thomas d’Aquin ou Platon ne sont pas devenues caduques du fait qu’il y a eu des philosophes plus tardifs. Cependant, on peut objecter à ceux-ci de ne pas tenir compte des précédents.

    Le présupposé que je critique, dans les études de genre, est ce découpage de l’homme. Nous sommes plus que des sommes de fonctions ! Un père est plus qu’un “géniteur”+”parent affectif”+”parent social”. Un homme est plus qu’un “sexe masculin”+”genre masculin”.

  27. Manuel Atréide

    @Incarnare

    remettons les choses à leur place : la question n’est pas de savoir si j’accepte – ou pas – les études de genre sans critique. D’ailleurs, je n’ai écrit aucun papier pour clamer mon allégeance. Vous, en revanche, critiquez les études de genre et avez écrit un papier pour le dire.

    Je me situe donc dans le cadre que vous avez vous-même construit : vous critiquez les études de genre ? Très bien, je ne demande qu’à être convaincu.

    Quels sont vos arguments pour me convaincre ? C’est tout ce que je demande. Pour le moment, je ne vois pas poindre grand chose.

  28. Manuel Atréide

    Incarnare,

    vous savez fort bien manier l’art délicat de la rhétorique. En revanche, vous avez tendance à considérer qu’elle peut tenir lieu de fond dans une conversation.

    Je vous invite à abandonner ces habitudes quelque peu jésuitiques (ce n’est pas le meilleur de leur talents) pour mieux vous consacrer aux idées, aux concepts et à la manière d’en démontrer la validité.

    C’est le minimum qu’on attend d’un auteur qui cherche à démontrer l’inanité des études de genre dans la rubrique “philosophie” d’un fanzine par ailleurs intéressant.

  29. Incarnare

    Manuel :
    Ayant mieux à faire, de mon côté la conversation s’arrête là. Ca vous donnera au moins la satisfaction de pouvoir prendre à témoin vos copains sur twitter “voyez, il refuse le dialogue !”. Il faut parfois savoir préférer le silence au dialogue de sourds.

  30. Manuel Atréide

    Je n’ai aucune envie de prendre à témoin mes “copains sur twitter”. Et je regrette cette rupture du dialogue qui n’est qu’un constat d’échec partagé.

    Je regrette tout autant que vous ne puissiez pas, ou ne vouliez pas poursuivre le travail que vous aviez la volonté de faire. mais je persiste : on ne fait pas un travail sérieux de critique d’études scientifiques sans être soi même appliqué et prêt à fouiller ses argumentaires.

    Vous ne voulez pas le faire ? Fort bien, mais ne venez pas me reprocher un dialogue de sourds, car je vous ai attentivement lu et tout aussi attentivement répondu.

  31. Elke

    @ Manuel Atreide

    Qu’on sépare sexe et genre, non, ça ne m’agace pas du tout…. Svp ne pas plaquer sur moi ce que vous croyez savoir en général de mon « camp » 

    « Pour démontrer la validité de l’essentialisme, il est nécessaire de mettre en lumière une ou plusieurs différences existantes et ce, dans toutes les cultures humaines connues de toutes les époques connues »… Non, je ne vois pas pourquoi ce serait nécessaire. Quand bien même, ayant sillonné le globe, ratissé les bibliothèques et les champs de fouille, on ne trouverait pas un seul de ces invariants, ça ne me tracasserait pas le moins du monde. Si vous dites ça, c’est que vous restez dans l’idée que l’essentialité du sexe, ou son antithèse, seraient accessibles à une démarche de type scientifique ; cet impérialisme scientifique, c’est ce à quoi je m’oppose.

    Prenons une autre comparaison. La neurologie étudie le cerveau, elle établit les mécanismes selon lesquels il fonctionne, et elle en a trouvé un paquet. Que devient alors la question de la liberté humaine ? Est-il nécessaire que la neurologie « trouve » la liberté pour que celle-ci vous semble démontrée ? Si, dans le futur, les neurologues estimaient avoir expliqué l’ensemble de la vie psychique humaine en termes mécanistes, faudra-t-il renoncer à croire à notre liberté ?

    Je ne voudrais pas avoir l’air de renvoyer chacun à ses petites croyances, la question du sexe en tant qu’essence à un domaine de l’opinion personnelle dont il serait inutile de discuter. Indémontrable, peut-être, au moins au sens qu’a ordinairement le mot, dans notre contexte rationaliste et scientiste, mais irrationnel, sûrement pas. Vous attendez une -démonstration-, des -preuves-, vous ne les trouverez pas ; il est dommage que cette quête illusoire vous rende imperméable aux -raisons- de tenir l’essentialité du sexe.

  32. Elke

    Une dernière remarque concernant la controverse du genre. Il serait inadmissible d’évoquer les travaux de Darwin à l’école maternelle dans l’objectif avoué d’inciter les enfants à « s’émanciper » du « préjugé » selon lequel ils ont été créés par Dieu – alors qu’il est bien normal de traiter de la théorie de l’évolution dans les classes supérieures, en biologie, et en philosophie. Avec le genre, je crois qu’on a bel et bien affaire à une tentative d’installer une « métaphysique d’Etat » à l’école, selon le mot de Péguy. Je vous laisse me dire ce que vous en pensez.

  33. Elke

    ps: occupée à écrire, je n’ai pas lu les derniers messages. désolée de l’effet cheveu-sur-la-soupe…

  34. Manuel Atréide

    @Elke :

    je ne saurais placer sur le même plan évolutionnisme et créationisme : l’un est une science étayée par les faits qui va beaucoup plus loin que les travaux de Darwin. L’autre est une croyance religieuse ou métaphysique. Je ne sais pas pour vous mais j’ai toujours du mal à comparer des carottes avec des pommes de terre.

    Dès lors, je n’ai aucun souci à ce qu’on enseigne l’évolution dans ses diverses formes théoriques actuelles et non le créationisme, ni même que cette éducation commence à la maternelle. Mais il est vrai que je respecte la démarche scientifique pour son honnêteté intellectuelle et la faculté qu’elle m’offre, si je le souhaite à vérifier ses dires. Si vous voyez là dedans une forme d’impérialisme …

    Mais je confirme : si vous voulez affirmer l’existence de l’essentialisme, vous allez non seulement devoir formuler l’hypothèse de manière précise, mais ensuite aller confronter cette hypothèse sur le terrain. C’est ainsi qu’on fait la différence entre le concret et le fantasme : par la confrontation avec le réel. Si vous tombez sur un ou plusieurs contre-exemples, c’est l’hypothèse qui doit être revue, pas la réalité.

    Maintenant, c’est vrai, il y a des choses indémontrables. On appelle cela des croyances. C’est infiniment respectable, mais on ne peut ni en affirmer la véracité absolue, ni les imposer à celles et ceux qui ont une croyance différente.

  35. Elke

    @ Manuel Atréide

    Tiens, revoilà les « faits » et la « réalité ». Ca tombe bien, j’aime beaucoup le comique de répétition. Mais je me demande encore quels sont ces faits que (vous croyez que) je refuse. A part la brillance de la lune… ?

    Si vous persistez à réclamer que je vous fournisse « une ou plusieurs différences existantes [entre les sexes] et ce, dans toutes les cultures humaines connues de toutes les époques connues », je vais malheureusement refuser de vous suivre, car je sais que cela ne nous mènerait nulle part. D’ailleurs, pour préciser, je suppose qu’il vous faudrait quelque chose qui s’applique à toutes les cultures et à toutes les époques, mais aussi à tous les individus sans exception ?

    J’en reviens à Darwin, puisque j’ai à nouveau l’impression d’avoir été mal comprise. Le créationnisme -est- sur le même plan que l’évolutionnisme, puisque, pour être précis, ce terme désigne la tentative d’établir scientifiquement la fixité des êtres vivants et leur apparition « telle qu’elle ». Tentative qui est, scientifiquement, un échec.

    Mais ça ne change rien au fait que la science ne peut pas se prononcer sur la création comme métaphysique, ni pour l’infirmer ni pour la confirmer. La science s’appuie méthodologiquement sur une vision mécaniste du monde, et ne peut, par construction, rien voir qui ne soit pas mécaniste.

    S’appuyer sur les travaux issus de la théorie de l’évolution pour réfuter, non pas le créationnisme, mais la création en tant que métaphysique, c’est malhonnête. Ou pas très malin.

    S’appuyer sur les études de genre pour prétendre que l’anti-essentialisme est la seule option métaphysique admissible, c’est la même sorte d’erreur.

  36. Manuel Atréide

    @ Elke

    je n’ai cette fois ci pas été très clair, en ce qui me concerne. Je ne sais pas si l’anti-essentialisme est LA seule option métaphysique possible ou admissible, je dis en revanche que les genres, tels que nous les définissons dans notre société française actuelle, insérée dans la vaste civilisation occidentale, n’ont rien d’absolu.

    Prenons le cas de la place de l’épouse dans l’organisation sociale et économique de la famille : elle prend le nom de l’époux, et traditionnellement, le suit dans la vie de couple. (je parle de tradition en étant bien conscient que cette vision a évolué grandement depuis un siècle).

    Ce n’est pas le cas partout. Les sociétés matriarcales ne sont pas une vue de l’esprit. Certaines sociétés sont matrilinéaires, ou matrilocales ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_matrilin%C3%A9aire ). Certaines regroupent des millions de personnes. Excusez du peu.

    Prenons par exemple, en France, les statistiques sur la garde des enfants lors d’un divorce : 80% des jugements privilégient la mère au détriment du père, l’homme étant réputé être un parent moins important pour les enfants. ( http://www.lexpress.fr/tendances-hommes/pourquoi-les-peres-divorces-obtiennent-rarement-la-garde-des-enfants_1125688.html ), ce qui va à l’encontre de la tradition ancienne de la prééminence du père dans la famille.

    Il y a de multiples exemples dans les études sociologiques et ethnologiques qui viennent contredire, voire invalider la vision occidentale actuelle du rôle social des sexes, ce qu’on appelle le genre.

    Dès lors, doit-on passer ce fait sous silence et faire comme si de rien n’était parce que notre société française est organisée ? Doit-on au contraire en tenir compte et réfléchir à ce qui doit être enseigné aux enfants ?

    Le débat sur le genre prend en compte une multiplicité de sujets. Je suis un partisan du dialogue et de la réflexion commune, beaucoup plus que je ne suis partisan d’une solution plutôt que d’une autre. Je suis en revanche un adversaire résolu du silence ou d’un débat bâclé, parasité par des prises de positions dogmatiques qui entrainent un dialogue de sourds.

    C’est une des raisons de la critique que je fais du papier d’Incarnare : faute d’un travail sérieux sur le sujet, il tombe dans une caricature que, paradoxalement, il dénonce chez ses adversaires. Vous admettrez, j’espère, que la question des études de genre mérite mieux que l’échange de noms d’oiseaux entre les tenants de thèses opposées.

    Voila, j’espère cette fois ci avoir été un peu plus clair. Je sais que je succombe parfois à la tentation d’être l’avocat du diable. J’en suis désolé car je participe alors à l’énervement de la conversation, énervement que par ailleurs je déplore.

    Nous avons tous nos petites faiblesses. Veuillez donc me pardonner et reprenons donc cette conversation sur le fond. Le débat sur le genre et, au delà, sur les liens entre science et métaphysique sont bien plus intéressants à mes yeux.

    Cordialement toujours, M.

  37. Elke

    « …les genres, tels que nous les définissons dans notre société française actuelle, insérée dans la vaste civilisation occidentale, n’ont rien d’absolu »
    Je n’ai aucun problème avec ça. Et alors ? Est-ce si bouleversant ?

    « Il y a de multiples exemples dans les études sociologiques et ethnologiques qui viennent contredire, voire invalider la vision occidentale actuelle du rôle social des sexes, ce qu’on appelle le genre. »

    Qu’ils les relativisent, oui, mais je trouve curieux de vous entendre dire qu’un genre serait valide ou invalide…

    Toutes les cultures du monde, passées et présentes, viennent en deux variantes, un genre féminin et un genre masculin.

    Nous, qui sommes des gens d’ici et de maintenant, transmettons à nos enfants la culture que nous avons, et les genres qui vont avec. Nous ne pouvons d’ailleurs pas faire autrement. Nous pouvons leur -enseigner- qu’il existe d’autres cultures, et d’autres genres, et qu’ils ont beaucoup à nous apprendre ; mais nous ne pouvons pas -transmettre- autre chose que ce que nous avons nous-même reçu. Sans doute pouvons-nous refuser de transmettre. Instiller chez les jeunes enfants, avant même de leur avoir transmis leur culture d’origine, une attitude de doute systématique sur la valeur de cette culture au prétexte qu’elle est historiquement et socialement située (ce qui est vrai), les encourager à en prendre le contre-pied comme si c’était une libération … ce n’est pas une démarche d’ouverture, d’enrichissement ou d’esprit critique. On peut craindre que ce soit plutôt une démarche anti-culturelle.

    On peut dire que notre culture nous contraint, dans la mesure où nous n’avons pas d’autre choix que d’appuyer sur elle nos comportements et nos pensées. Ce que nous croyons individuel, personnel, est bien souvent profondément influencé par la culture dont nous venons. Pour autant, la situation d’une personne sans culture serait encore bien pire, bien plus contrainte, plus restreinte. Celui qui a reçu une culture précise, complexe, enracinée… est d’autant mieux armé pour, ensuite, la questionner, se l’approprier, s’y opposer peut-être, et rencontrer d’autres cultures.

    N’est-ce pas pareil pour le genre ? Je suis une femme d’ici et de maintenant, j’ai reçu le genre féminin d’ici et de maintenant. Oui, cela informe mes comportements et mes pensées. Mais est-ce vraiment une aliénation, un formatage ? Ne serait-ce pas plutôt un substrat, un socle, un héritage ?

    Notre masculinité et notre féminité d’aujourd’hui, en tant que constructions culturelles, sont des cultures, justement, entières, riches, complexes, subtiles, qui nous viennent d’une histoire millénaire. Ce ne sont pas juste des stéréotypes débiles, des clichés, des injonctions binaires…

    Je m’étonne souvent de ce que, dans un certain discours médiatico-populaire, on présente comme les « partisans » du genre ceux qui en ont justement la vision la plus négative. Les études de genre voient dans le dit genre un processus de pouvoir, un rouleau compresseur qui impose des normes et des stéréotypes, délimite des cases étroites, et punit les déviants. Les « anti », en fait, sont dans une attitude de confiance, voire même de célébration, vis-à-vis des formes de genre qui sont les nôtres (ce qui n’implique pas forcément de mépriser les autres formes).

    C’est peut-être la limite de la comparaison entre genre et culture. Il ne semble pas exister de personnes qui soient, par nature, incapables de se couler heureusement dans la culture de leur époque et de leur pays. En tout cas, je n’ai pas connaissance de la problématique. Mais pour les genres, on nous dit que de telles personnes existent, et qu’il faut leur accommoder une place, dans un souci bien compréhensible de rendre leur vie vivable.
    Mais comment peut-on être « par nature » dans l’impossibilité d’adopter harmonieusement un genre… si celui-ci est strictement culturel… ? Est-ce qu’on n’aurait pas fait que déplacer l’essentialisme… ?

    J’espère que je vous aurai intéressé !

    Très cordialement
    Elke

  38. MFolschette

    @Elke,

    « Est-ce si bouleversant ? » → Apparemment oui, pour des gens comme F. Barjot, qui considèrent que sous prétexte que c’est multi-millénaire alors ça doit être intangible.

    « Toutes les cultures du monde, passées et présentes, viennent en deux variantes, un genre féminin et un genre masculin. » → C’est faux, la preuve en est de l’existence de queers dans nos sociétés occidentales, ou même d’un « troisième sexe » (qui porte mal son nom) dans d’autres sociétés comme en Inde. (Notez que nous ne parlons pas ici de sexe, même si ça serait tout aussi faux.)

    « Nous ne pouvons pas -transmettre- autre chose que ce que nous avons nous-même reçu » → Encore une fois, difficile d’approuver. Certes, nous sommes tous élevés dans un certain carcan et il est difficile de nous en extraire, mais nous pouvons tout à fait prendre de la hauteur sur bon nombre de choses, à commencer par le sexisme, l’homophobie, l’hétéronormativité, etc., propres à notre société. Et j’insiste une nouvelle fois là-dessus : oui, ces tares sont bien propres à notre société, et non « naturelles », et pourtant elles peuvent (et doivent) être combattues pour assurer un avenir meilleur. Non, la culture n’est ni quelque chose d’intangible, ni quelque chose qu’il est bon de transmettre intégralement et sans réflexion aux générations suivantes.

    Petit aparté : il est amusant de retrouver ici des thèses propres aux « anti-genre » (j’y reviendrai plus tard) sur le « vide culturel » dont risquent de souffrir des générations élevées « sans repère de genre ». Mais je suis certain qu’entre un enfant élevé avec un regard critique par rapport au genre (et donc qui verra notamment d’un mauvais œil toute l’homophobie propre à notre société) et celui qui aura été élevé de façon « traditionnelle » (avec des préceptes homophobes), c’est bien ce dernier qui va souffrir le jour où il découvrira son homosexualité ou celle d’un proche. N’allez pas me faire croire que le doute n’est pas un gage de stabilité émotionnelle ici.

    « Mais est-ce vraiment une aliénation, un formatage ? Ne serait-ce pas plutôt un substrat, un socle, un héritage ? » → Les deux ne sont pas incompatibles. Les Noirs américains ont longtemps hésité avant de revendiquer les mêmes droits, car ils avaient intégré le racisme d’État.

    « histoire millénaire », blablablka → NON. Ce n’est pas un argument. L’esclavage a été légal pendant des millénaire durant l’Antiquité ; est-ce un argument pour dire qu’il est souhaitable ?

    « Les études de genre voient dans le dit genre un processus de pouvoir, un rouleau compresseur qui impose des normes et des stéréotypes, délimite des cases étroites, et punit les déviants. » → C’est effectivement le cas, les preuves en sont les persécutions à l’encontre de tous ceux qui sortent des deux cases que notre société a arbitrairement définies comme les seules envisageables (sans les avoir définies totalement, mais c’est une autre histoire). Il va sans dire que les homosexuel⋅le⋅s, les trans, les bi⋅e⋅s, les queers et plus généralement les femmes et hommes qui ne se confortent pas aux standards de beauté en souffrent. Je suis certain que les petites filles en surpoids et les petits garçons qui n’aiment pas le sport, pour ne citer qu’eux, vivraient mieux sans ce fardeau du regard et du jugement d’autrui.

    « Les “anti”, en fait, sont dans une attitude de confiance, voire même de célébration, vis-à-vis des formes de genre qui sont les nôtres » → Tout à fait ! Vous mettez d’ailleurs le doigt sur quelque chose de très douloureux pour les « anti-genre » : ce sont en fait paradoxalement les premiers à défendre ce concept. C’est d’ailleurs une preuve qu’ils l’ont compris totalement de travers. Cette ironie est pointée du doigt depuis au moins un an (globalement depuis que le genre fait débat), mais visiblement elle n’a choqué personne parmi les « anti-genre », malheureusement peu réceptifs. La seule prise de conscience date d’il y a une semaine avec quelques articles de blog comme celui-ci.

  39. Manuel Atréide

    @ Elke,

    Rapidement, je vous livre une pensée : notre culture est fort ancienne et comporte un certain nombre de structures sociales. L’une d’entre elles est le questionnement permanent sur la validité de nos choix et, éventuellement, la remise en cause de certains traits anciens pour mieux adapter notre société.

    Nous ne sommes pas une simple société traditionnelle, nous avons aussi en héritage une pensée philosophique, notamment le “courant des lumières” qui nous amène collectivement à nous repenser en permanence. Cette discussion sociale fait parti de ce que nous sommes. La culture française, européenne et occidentale a intégré cette capacité à ne pas considérer que le passé est immuablement valable pour tous les temps.

    La définition sociale des femmes et des hommes, le genre tel que nous le définissons fait partie de ces traits sociaux que nous examinons et faisons évoluer.

    C’est aussi cela, la culture dont vous vous réclamez.

  40. Elke

    @ Manuel Atréide.

    Certes… j’y pensais moi-même aujourd’hui, c’est vrai que je peux donner l’air de défendre le fixisme culturel. On ne peut transmettre que la culture qu’on a reçu, et non pas une autre… mais ça ne veut pas dire que la culture ne change pas. Chacun a le droit et même le devoir d’inventaire, de relecture, et, oui, les cultures changent, les genres aussi, y compris du fait d’un certain volontarisme individuel et collectif. Tant mieux.

    Il me semble pourtant que le projet qu’on nous propose aujourd’hui est d’un autre ordre. On nous dit que le genre est culturel, mais on ne s’en tient pas là : il est un processus de pouvoir, d’oppression des femmes et des minorités, qu’il convient de subvertir, de casser. Il s’agit d’arriver à un état nouveau de l’humanité, et pas seulement de poursuivre et d’orienter le développement continu qui existe déjà. Le projet d’un certain mouvement féministe et queer radical, c’est bien de rompre une transmission, pas seulement de l’orienter dans un certain sens.

    Comme je suis de ceux qui croient que ces genres sont, sous leur multiplicité de formes, adossés à un trait essentiel de l’humanité qui est la dualité des sexes, je suis très convaincue que cette rupture échouera. Racontez ce que vous voulez aux enfants dès la maternelle pendant trois générations, faites toute l’ingénierie sociale possible et imaginable, usez même de la violence si vous voulez, on verra ressurgir, peut-être sous des formes radicalement nouvelles (mais c’est anecdotique) le dialogue essentiel de l’homme et de la femme. Peut-être l’humanité doit-elle en passer par cette expérience. Soit. Nous attendrons l’éclaircie.

    Toujours cordialement,
    Elke

  41. Elke

    @MFolschette

    Je suis désolée, je suis dans l’incapacité de vous répondre, tant j’ai l’impression que vous ne me lisez pas.
    Cordialement aussi,

  42. MFolschette

    @Elke,

    Je suis désolé que vous ayez cette impression alors que je prends le temps de citer des passages de vos commentaires et d’y répondre précisément.

    Puisque vous avez rompu la conversation, j’abandonne à mon tour. Je ne perds pas espoir que vous compreniez votre méprise avec le temps, et je regrette que ça ne soit pas suite à notre discussion.

    Adieu.

  43. Manuel Atréide

    @ Elke,

    vous combattez donc avec la dernière énergie une initiative qui, selon vos propres mots, “échouera” d’elle même et sans besoin d’une intervention extérieure.

    Attitude paradoxale, non ?

    Vous y voyez l’expression d’un extrémisme qui usera de tous les moyens, y compris la violence pour parvenir à un résultat nul. J’avoue avoir du mal à voir un quelconque extrémisme – ou une quelconque violence – dans le fait d’enseigner que le rose n’est obligatoirement une couleur féminine et le bleu obligatoirement une couleur masculine.

    Mais, chacun a son point de vue. Je suis plus enclin à laisser se dérouler l’expérience et voir ce que cela donne. Le modèle actuelle ne me semble pas si parfait que je doive le défendre bec et ongles.

    Mais ce n’est que mon point de vue. Pas une vérité.

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