Dans le monde sans en être

Sans dents, mais pas sans dignité

De toute polémique, l’homme peut extraire une vérité. Mme Trieweiler a écrit un bouquin qui a nourri l’actualité médiatique et a permis à bon nombre de Français de découvrir une nouvelle expression, les « sans-dents », expression pour le moins cruelle désignant les personnes pauvres.

Savoir si le Président de la République l’emploie réellement ou non n’est vraiment pas mon propos. Mais il est une vérité qui ne doit échapper à personne dans cette histoire : la France multiplie les pauvres.

Selon une enquête 1http://www.20minutes.fr/economie/1440923-20140911-francais-detestent-pauvres, les Français ne seraient pas plus exemplaires que leur Président (il paraît que nous avons les politiques que nous méritons…) et n’aimeraient pas spécialement les pauvres. Mais les raisons seraient compréhensibles. Trop de foyers modestes peinant à joindre les deux bouts et les classes moyennes croulant sous les différentes taxations étatiques et charges en tout genre, il est vrai qu’il devient difficile de trouver des aides pécuniaires pour les personnes les plus démunies. Qui plus est, les Français regardent d’un œil jaloux les différentes aides sociales que l’Etat met à disposition des personnes modestes. Bref, le contexte économique est aussi déprimant qu’un jour de pluie en hiver.

Cependant, cette question nous concerne tout particulièrement, nous bons catholiques.

Dans l’ordre de la charité, il est demandé à tout chrétien de subvenir à ses besoins propres (se nourrir, s’habiller, etc.), à ceux de ses prochains selon son état (son époux, son épouse, ses enfants, sa famille, etc.) puis à ses frères humains selon ses moyens. Le pauvre est un prochain et un frère que nous n’avons pas le droit d’oublier. Se dépouiller du surplus et donner à ceux qui ont moins, surtout quand il nous en coûte, n’est-ce pas là le devoir de tout chrétien ?

 La pauvreté est une misère matérielle « qui frappe tous ceux qui vivent dans une situation contraire à la dignité de la personne humaine » nous dit le pape François, et il est de notre devoir de « soigner ces plaies qui enlaidissent le visage de l’humanité ». 2Message du pape François pour le Carême 2014, 4 février 2014

« Je voudrais une Eglise pauvre pour les pauvres » nous disait le pape au début de son pontificat. Lui qui a choisi St François d’Assise comme saint patron sait que Dieu nous demande de jeter un regard particulier de miséricorde sur les pauvres.

Il ne faut pas oublier que nous serons juger à la fin des temps sur la charité dont nous aurons fait preuve ici-bas. Rappelons-nous les paroles de l’Evangile dans Saint Matthieu 25, 31-46 ; le Sauveur nous le dit bien:

 Il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres : il placera les brebis à sa droite, et les chèvres à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite :

Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! (…)

Amen, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (…)”

Alors il dira à ceux qui seront à gauche :

Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité (…)

Amen, je vous le dis, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.” 

Certes, nous devons toujours essayer de voir un second niveau d’interprétation dans l’Ecriture Sainte, selon un sens plus spirituel et surnaturel. Mais n’oublions jamais le sens très littéral que le Verbe donne à ses paroles. Le Christ nous demande expressément de prendre soin de ceux qui n’ont rien, des pauvres, des étrangers, des malades, des prisonniers. Des crucifiés de la vie qui attendent la miséricorde de ceux qui ont reçu.

Le 4 octobre 2013, en la fête de St François d’Assise, le pape François rencontrait des pauvres, chômeurs et immigrés aidés par Caritas, à Assise. Dans son message, le souverain pontife rappelle une vérité essentielle:

 Pour tous, pour notre société également qui donne des signes de fatigue, si nous voulons nous sauver du naufrage, il est nécessaire de suivre la voie de la pauvreté, qui n’est pas la misère — celle-ci est à combattre — mais savoir partager, être plus solidaire de ceux qui sont dans le besoin, se fier davantage à Dieu et moins de nos forces humaines.

Le 4 octobre de cette année, les Cahiers Libres fêteront leur premier anniversaire. Pour l’occasion, nous organisons une conférence sur le saint patron de nos cahiers, le bienheureux Frédéric Ozanam, à laquelle tous nos lecteurs sont conviés.

Quel rapport me dirait vous ?

Frédéric Ozanam fut l’un des fondateurs de la Société de Saint-Vincent-de-Paul dont le but est d’assister et soulager les pauvres tout en réaffirmant, par cette action, leur dignité humaine. A ce sujet, Ozanam écrit 3F.Ozanam, lettre à F.Lallier, 5 novembre 1836 cette phrase qui semble terriblement d’actualité :

La question qui agite aujourd’hui le monde autour de nous (…) est une question sociale ; c’est la lutte de ceux qui n’ont rien et de ceux qui ont trop ; c’est le choc violent de l’opulence et de la pauvreté qui fait trembler le sol sous nos pas.  

Faire découvrir cet homme à nos lecteurs, voilà le but de cette conférence. Si l’on vous parle de Frédéric Ozanam, peu d’entre vous sauront quelle est son œuvre intellectuelle, ses essais, ses écrits d’historien. Mais beaucoup savent, sans même connaître l’homme, qu’il est associé à l’histoire de la SSVP. Son œuvre pour les pauvres, son action concrète pour ceux qui n’avaient rien, voilà son plus bel héritage -et par là, son titre de reconnaissance.

Alors, chrétiens, ne détournons pas les yeux sur ces pauvres que nous croisons tous les jours dans le métro, dans les rues, sur nos parvis. Oui, ils sont sales. Ils sentent mauvais. Ils sont différents. Ils ont même l’air fou. Ils nous dérangent. Mais si nous ne voyons pas un frère à aider en chacun d’eux comme le Christ descend sauver notre propre misère, alors nous ne valons pas mieux que de petits présidents condescendants.

Ayssalène

Notes :   [ + ]

1. http://www.20minutes.fr/economie/1440923-20140911-francais-detestent-pauvres
2. Message du pape François pour le Carême 2014, 4 février 2014
3. F.Ozanam, lettre à F.Lallier, 5 novembre 1836

2 réponses à “Sans dents, mais pas sans dignité”

  1. Charles Vaugirard

    Merci pour ce bel article.

    L’exemple de Frédéric Ozanam est on ne peut plus pertinent avec la situation actuelle. Le fossé entre élite et pauvres est bien réel comme l’atteste de nombreuses études.
    Ozanam s’est engagé auprès des pauvres, lui qui faisait parti de l’élite intellectuelle et de la bourgeoisie moyenne. Son engagement auprès des pauvres était “de terrain” : il allait les visiter chez eux, dans les faubourgs. La conséquence : une vraie connaissance des problèmes sociaux de son temps, ce qui l’a poussé à agir en politique en 1848 et à écrire sur la question sociale. Cette action a eu pour conséquence une inspiration de ce qui allait devenir plus tard la doctrine sociale de l’Eglise, comme le dit Jean-Paul II en 1997 qui l’a qualifié de “précurseur de la DSE”.
    Donc, comme Ozanam : “allons aux pauvres”, aidons les, visitons les, connaissons les… c’est le meilleur moyen de résorber le fossé entre élites et pauvres.

  2. Le Mée

    Effectivement un très bel article. J’adhère complètement et je vais le diffuser…Je partage aussi le commentaire de Monsieur Vaugirard. Mon épouse est technicienne de l’intervention sociale et familiale. Dans son travail, même dans notre campagne du centre Bretagne, la misère est de plus en plus présente. Il y a une véritable dégradation du lien social. Nous nous interrogeons beaucoup…J’avoue que l’expression prier pour les pauvres est souvent au rendez-vous dans les prières universelles du dimanche à la paroisse, mais franchement parfois je trouve que sa sonne creux et ça m’agace!…Je provoque souvent nos prêtres sur ce thème et parfois je le reconnais, je ne suis pas tendre! Enfin, c’est lié à mon histoire…Ayant travaillé comme volontaire au Liban pour les Pères Lazaristes, je reste très attaché à la Sainte personne de St Vincent de Paul. Il m’est impossible de passer à Paris sans faire une visite à Monsieur Vincent…Depuis 2000, je suis un petit artisan d’art en tournage sur bois. Je rame de plus en plus dans mon activitécar je n’ai jamais été un bon commerçant. Je préfére donner et partager! J’envisage de plus en plus de partagé ma passion du bois avec nos frères et soeurs les plus pauvres. Ouvrir une petite fenêtre sur le beau dans leurs coeurs tel est mon souhait de plus en plus. De toute façon, il va falloir apprendre à vivre sobrement et heureux!

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