Dans le monde sans en être

La rentrée des classes avec Charles Péguy

EcoleEn pleine rentrée scolaire et après la nomination de Najat Vallaud-Belkacem au ministère de l’éducation nationale, les débats sur la crise de l’enseignement reviennent sur le devant de la scène. Cette crise de la transmission est bien réelle comme en témoigne de nombreuses réactions, dont le livre de François-Xavier Bellamy Les déshérités  (Nous aurons l’occasion de parler de ce livre prochainement). Mais elle est n’est pas nouvelle et en 1904, Charles Péguy a traité de la crise de l’enseignement dans un texte encore d’actualité : Pour la rentrée. En voici un passage.

« La crise de l’enseignement n’est pas une crise de l’enseignement ; il n’y a pas de crise de l’enseignement ; il n’y a jamais eu de crise de l’enseignement ; les crises de l’enseignement ne sont pas des crises de l’enseignement ; elles sont des crises de vie ; elles dénoncent, elles représentent des crises de vie et sont des crises de vie elles-mêmes ; elles sont des crises de vie partielles, éminentes, qui annoncent et accusent des crises de la vie générales ; ou si l’on veut les crises de vie générales, les crises de vie sociales s’aggravent, se ramassent, culminent en crises de l’enseignement, qui semblent particulières ou partielles, mais qui en réalité sont totales, parce qu’elles représentent le tout de la vie sociale ; c’est en effet à l’enseignement que les épreuves éternelles attendent, pour ainsi dire, les changeantes humanités ; le reste d’une société peut passer, truqué, maquillé ; l’enseignement ne passe point ; quand une société ne peut pas enseigner, ce n’est point qu’elle manque accidentellement d’un appareil ou d’une industrie ; quand une société ne peut pas enseigner, c’est que cette société ne peut pas s’enseigner ; c’est qu’elle a honte, c’est qu’elle a peur de s’enseigner elle-même ; pour toute humanité, enseigner, au fond, c’est s’enseigner ; une société qui n’enseigne pas est une société qui ne s’aime pas ; qui ne s’estime pas ; et tel est précisément le cas de la société moderne. »

Charles Péguy, Pour la rentrée 1904

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