Dans le monde sans en être

Résurrection ou réincarnation ?

Non, la résurrection de la chair, ce n’est pas pareil que la réincarnation !

Devant l’engouement toujours croissant suscité par la théorie de la transmigration des âmes et de la réincarnation, beaucoup de chrétiens sont tentés de troquer leur foi en la résurrection contre cette croyance issue de l’hindouisme ou du bouddhisme. Effet de mode ? Difficulté à assimiler l’article de foi relatif à la résurrection de la chair ? Désir de se donner une seconde chance ? Je n’essaierai pas de fournir ici une explication à cet engouement. Je me contenterai de marquer les différences entre ces deux conceptions de la vie après la mort, ou plus globalement de la vie qui interviendra à la fin du monde (pour ce qui touche la résurrection de la chair).résurrection des morts

Un enjeu pastoral majeur

Rappelons au passage que cet effort de discernement est tout à fait primordial pour une raison très simple: on estime que près de 40 % de la population en Occident croit en la réincarnation ! Alors que son lieu de naissance est l’Inde. D’autre part, un nombre croissant de chrétiens estime que ces deux conceptions sont similaires. Afin de tirer au clair cette confusion, disons-le d’emblée: non, la résurrection de la chair qui interviendra à la fin des temps, ce n’est pas pareil que la réincarnation.

Avec la réincarnation, on passe d’un corps à un autre corps en fonction des mérites de sa vie antérieure. Plus on a démérité, plus on se réincarne dans un corps vil. La destinée de chaque individu est déterminée par ses actes en ce monde. Mais ce processus ne connaît pas de fin. Si bien que les actes antérieurs collent indéfiniment à la peau de leurs auteurs ! Pas de rémission possible, sinon dans l’anéantissement de l’individualité dans le Grand Tout ! Car contrairement à une idée reçue, pour les religions ou les sagesses d’Extrême-Orient, la réincarnation n’est pas un idéal. Elle est plutôt un destin assez pénible. Le véritable but consiste donc à s’en délivrer.

Cinq différences fondamentales

Cinq différences majeures existent entre la résurrection de la chair du christianisme et la réincarnation.

1. La première concerne l’unicité de la vie. Nous n’avons qu’une vie pour nous décider, décider de notre destinée éternelle. La foi en la résurrection, c’est un appel au sérieux de la vie. Nous n’aurons pas d’existence de rechange ! Il y aura peut-être la séance de rattrapage du purgatoire. Toutefois, même pour ce qui est du purgatoire, ce sera notre unique existence terrestre qui en décidera. Après notre existence, plus moyen d’acquérir de mérites  ! Aussi nos actes ici-bas ont-ils un poids d’éternité.  Alors que la multiplicité des existences liée à la réincarnation peut nous faire croire en une fatalité. Une fatalité découlant du  précédent stage de notre âme dans le corps de notre existence d’avant. « Bah, si je suis si nul, c’est à cause de ma vie antérieure ! » En croyant à l’unicité de cette vie, nous récusons par contrecoup toute fatalité. Ma vie n’est grevée d’aucune hypothèque liée à une existence antérieure. J’en décide librement. Au départ je n’ai aucun passif à apurer.

2. Qui dit existence unique dit personne unique. La valeur de nos personnes tient au fait qu’elle sont uniques, irremplaçables. Dans la réincarnation au contraire, j’ai, ou plutôt je « suis », plusieurs personnes. En revanche si je suis appelé à ressuscité avec le corps qui a été le mien sur cette terre, cela signifie que  je suis une seule personne, et une personne unique, sans double ni avatar. Cette dignité de la personne tient aussi au fait qu’elle engage sa liberté une fois pour toutes. En effet la haute valeur de la liberté de l’homme consiste pour lui à se prononcer définitivement. Comme dans le mariage ou les voeux religieux. La liberté, c’est le pouvoir donné à l’homme de se décider irrévocablement. Nous nous décidons nous-mêmes, et définitivement. Sinon, nous resterions des gamins, ou des vibrions, ballottés à tout vent de nos impulsions ou de nos prurits.

3. La troisième différence tient à la conception du corps. Dans la réincarnation, le corps n’est qu’une enveloppe extérieure de peu d’importance. Je change de corps au fur et à mesure des transmigrations de l’âme. J’ai le corps d’un papillon, d’un chien, d’un homme, ainsi de suite. Croire à la résurrection des corps, c’est croire au contraire que c’est avec mon corps actuel que je ressusciterai, même s’il sera différent qu’il ne l’est actuellement. Toutefois ce sera le même. Dans le judéo-christianisme, il n’y a pas mépris du corps. C’est avec mon corps que  je vivrai éternellement. Rien de tel avec la réincarnation. La foi chrétienne récuse le dualisme corps-âme. La personne est l’unité indissoluble d’une âme et d’un corps. La première est d’ailleurs la forme du second.

4. Quatrième différence: la réincarnation fait reposer le salut sur l’effort de l’homme quand le christianisme considère que le salut est d’abord donné par Dieu. La réincarnation se transforme insidieusement en moralisme, et génère beaucoup de culpabilité. Tandis que la morale chrétienne est fondée sur un don, sur la grâce – ce qui ne nous dispense pas de rester responsables, de répondre de nos actes.

5. Enfin, alors que le christianisme promeut le plus grand épanouissement possible pour chaque individualité, que notre insertion dans le Corps du Christ, loin de subordonner l’individu au Tout, accroît plutôt la dilatation des virtualités de la personne, en faisant ressortir son unicité, le but de la réincarnation consiste au contraire en la plongée dans le Grand Tout. En effet, il s’agit de mettre fin au cycle des désirs en dissolvant l’individualité dans l’indistinct, la divinité primordiale. Grande  différence avec l’eschatologie chrétienne, qui nous fera vivre avec les trois personnes de la Trinité, et sans que nos personnes en soient anéanties ni absorbée dans l’âtman (entité qui, dans l’hindouisme, représente le Soi absolu par lequel je suis un avec la divinité suprême, Brahman, et donc agent de l’effacement de mon ego).

La réincarnation est un terrible pessimisme, non seulement sur la vie du monde après la mort, mais déjà sur la vie d’ici-bas. En effet, en finir avec notre incarnation dans un corps afin d’éteindre tout désir, reste le principal objectif des deux religions principales qui la professent.

Pour conclure, je n’ignore pas qu’il existe différentes écoles, tant dans l’hindouisme que dans le bouddhisme, et que toutes ne se reconnaîtraient pas dans ces schémas, volontairement simplifiés. Mais je ne fais ici que livrer des éléments d’ensemble en vue d’un discernement, que le lecteur pourra approfondir s’il le désire.

Ainsi, il appartient à tous les baptisés de désillusionner leurs frères, croyants ou pas, au sujet de cette confusion entre résurrection et réincarnation. Il ne s’agit pas discréditer une sagesse, mais simplement de discerner les enjeux anthropologiques et eschatologiques (touchant les fins dernières) liés à ces deux conceptions différentes du salut individuel et collectif.

Jean-Michel Castaing

3 réponses à “Résurrection ou réincarnation ?”

  1. Alain

    Comment alors concilier les mérites et les punitions obtenus par les uns et les autres avec les différences des conditions de vie, de santé, d’intelligence, d’environnement socio-culturels que connait l’humanité ? Que dire des hommes et femmes de la préhistoire dont l’intellect était incapable – sauf démonstration contraire – de saisir les concepts de la morale, de salut et de rachat des fautes ? Et des enfants qui n’ont pas le temps de faire l’expérience de leur vie d’adulte ? Et si la résurrection de tous se fait comme il est dit ”à la fin des temps”, comment sera-t-il possible de faire tenir sur notre planète mère, déjà exsangue, les 106 à 108 milliards d’habitants qu’elle a porté depuis l’origine de l’humanité, c’est à dire 15 fois plus qu’à l’heure actuelle ? Ne peut-on considérer plutôt qu’il existe bien un cycle de naissance et de mort, rendant en cela hommage à des siècles de recherche spirituelle des maitres orientaux, dont Siddhartha Gautama, dont on ne peut aussi facilement balayer d’un revers de la main les acquis, parallèlement donc à la révélation du salut par le Christ, qui agirait elle aussi comme un accélérateur d’évolution vers la spiritualisation de l’être humain ?

    Même si je reconnais les bienfaits sur le plan personnel de mon retour à la pratique du catholicisme après de longues périodes de doutes et de recherches, ce sont des questions qui me paraissent légitimes, d’autant que je sais la place qu’elles occupent dans la réflexion personnelle des membres du clergé .

    Bonne continuation, cordialement,
    Alain

  2. Benoît

    je vous transmets la réponse de l’auteur :

    “Il est nécessaire de partir du postulat suivant : Dieu est infiniment bon et intelligent. En conséquence de quoi il intègre dans son jugement ce que nous appelons les “circonstances atténuantes”. Un enfant qui aura été élevé en étant conditionné, spirituellement et moralement, par des personnes véhiculant des propos malsains, ou donnant un exemple déplorable par leurs actes, sera jugé moins sévèrement qu’un autre qui aura été plus favorisé sous ce rapport.
    En ce qui concerne notre terre, il faut bien voir que le monde de la Résurrection est un monde différent du monde. “Voici que je fais toutes choses nouvelles” dit Dieu dans l'”Apocalypse”. Il s’agit d’une nouvelle création. Nous serons transfigurés, nous aurons des corps spirituels. Dans ce monde-là, nos catégories spatiales, nos schèmes de pensées courants sont obsolètes. C’est un Royaume transcendant. Voilà pourquoi le plus petit dans le Royaume, est pourtant plus grand que le plus grand des enfants nés de la femme, Jean-Baptiste (dixit Jésus).
    Enfin, la religion chrétienne accueille tout ce qui est grand, noble et bon dans les autres religions.”

  3. chaboz michel

    La résurrection du Christ après Pâques ne pourrait-elle s’assimiler à une réincarnation à l’âge adulte, en attendant la véritable résurrection quarante jours après à l’Ascension, puisqu’il nous est dit qu’une résurrection ne peut avoir lieu dans un corps de chair “terrestre” ? Je ne sais pas si l’Eglise a quelque chose à dire sur le fait que le Christ est ressuscité tout habillé. Il y a donc là des vêtements créés ex-nihilo.

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