Dans le monde sans en être

Régionalisation et subsidiarité

Alors que notre gouvernement annonce dans la précipitation une réforme territoriale visant à la création de 14 régions, et revenant par la même occasion sur la réforme « Raffarin » de 2003, le principe de subsidiarité semble être encore une fois le grand absent de cette mesure. Il est effectivement tout d’abord étonnant que le redécoupage annoncé ne soit pas soumis aux votes des électeurs. Petit rappel : « Le principe de subsidiarité protège les personnes des abus des instances sociales supérieures et incite ces dernières à aider les individus et les corps intermédiaires à développer leurs fonctions. Ce principe s’impose parce que toute personne, toute famille et tout corps intermédiaire ont quelque chose d’original à offrir à la communauté. L’expérience atteste que la négation de la subsidiarité ou sa limitation au nom d’une prétendue démocratisation ou égalité de tous dans la société, limite et parfois même annule l’esprit de liberté et d’initiative. 1Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise, 187 »

Nous ne pouvons donc que promouvoir l’idée d’un régionalisme plus fort, plus autonome qui semble correspondre à l’objectif du principe de subsidiarité. Néanmoins, quel sens aurait un redécoupage abstrait du territoire qui ne prendrait pas en compte les particularités régionales et dans lequel les habitants de ces territoires ne seraient pas impliqués ? Quel cas ferait-on alors de l’histoire et de la culture de ces régions ? Il ne faut d’ailleurs pas oublier que la centralisation jacobine de la Révolution est à l’origine de l’idée d’Etat-Nation et de la promotion d’un pouvoir central unique. Napoléon a ensuite poursuivit cette logique d’uniformisation d’une diversité de peuples, de langues et de coutumes notamment par la création des préfets, l’abandon des patois et autres us.

Redonner aux régions une réelle autonomie s’inscrit donc dans cette idée de subsidiarité et vise à revenir sur un événement historique qui a profondément marqué la France. « En intervenant directement et en privant la société de ses responsabilités, l’Etat de l’assistance provoque la déperdition des forces humaines, l’hypertrophie des appareils publics, animés par une logique bureaucratique plus que par la préoccupation d’être au service des usagers, avec une croissance énorme des dépenses. 2Jean-Paul II, Encyclique Centesimus annus »

De plus, l’identité locale n’est en aucun cas incompatible avec l’identité nationale, on le voit dans d’autres pays européens. Elle est même paradoxalement un profond outil d’enracinement des hommes. Comme le rappelait déjà Alain Peyrefitte : « L’excès de responsabilités du côté de l’Etat entraîne l’absence de responsabilités de la part du citoyen. De cette absence et de cet excès sont justement nées les révolutions ou rébellions dont l’histoire de France est prodigue. Faite pour affronter la crise, la centralisation l’entretient. 3Alain Peyrefitte, Le mal Français »

Ainsi la question n’est pas tant de savoir de combien de régions la France a besoin demain, et l’argument économique avancé nous semble de peu de poids au regard des chiffres évalués par certains experts, il faudrait alors pousser la réflexion plus avant sur les départements mais là n’est pas notre sujet. La question est véritablement de saisir l’opportunité du développement du régionalisme pour mettre en place un principe de subsidiarité effectif et non plus fictif où de véritables niveaux de décision seront enfin gérés au niveau régional. « Il est impossible de promouvoir la dignité de la personne si ce n’est en prenant soin de la famille, des groupes, des associations, des réalités territoriales locales, bref de toutes les expressions associatives de type économique, social, culturel, sportif, récréatif, professionnel, politique auxquelles les personnes donnent spontanément vie et qui rendent possible leur croissance sociale effective. 4Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise, 185 » La régionalisation, intelligemment construite en se fondant sur le principe de subsidiarité, est l’opportunité incroyable de remettre le citoyen au cœur de la prise de décision et de développer un échelon local de démocratie participative. Notre classe politique est-elle prête à abandonner un parisianisme d’Etat afin de promouvoir et de développer les énergies et potentialités en germe dans nos régions ?

Rafélis

Notes :   [ + ]

1. Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise, 187
2. Jean-Paul II, Encyclique Centesimus annus
3. Alain Peyrefitte, Le mal Français
4. Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise, 185

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