Dans le monde sans en être

“Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu ?”

Questce quon a fait au bon dieu

Questce quon a fait au bon dieuDéjà sept semaines qu’il est sorti et plus de 8 millions de spectateurs… pour une critique de Qu’est ce qu’on a fait au Bon Dieu, c’est certes un peu en retard. Nombre de lecteurs auront déjà vu le film et pu se faire leur propre avis sur sa qualité, son positionnement face au racisme et les raisons d’un tel succès. Pour ceux jusque là épargnés par l’engouement populaire comme pour ceux qui y reviennent à tête reposée, il est probablement temps maintenant d’analyser comment ce film a répondu à la question qu’il mettait en son centre, celle des représentations. Qu’est ce que cette comédie franchouillarde qui a l’air bien sympatoche, mais avouons-le, qui ne transpire pas d’emblée le swag, peut nous apprendre par son regard porté sur les étrangers, la religion ou les rapport hommes/femme ?

Il y a 25 ans, on avait déjà compris que c’était très drôle de faire vivre le choc de la différence culturelle à une famille bourgeoise catholique de province dans La vie est un long fleuve tranquille. Déjà un gros succès populaire à l’époque, et les Le Quesnois martyrisés par ces prolos de Groseille avaient marqué les représentations et trouvé leur place de famille catholique typique dans l’imaginaire collective. Le temps passe, et on peut remarquer que la chose ne se reproduit pas très souvent. On s’imaginait aisément comment Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? pourrait en faire autant avec sa famille Verneuil. Deux parents tout aussi bourgeois et catholiques, sont confrontés au départ de leurs quatre filles vers la ville où elles épousent des étrangers. Le gendre qu’elles rencontrent est musulman, juif ou chinois mais pas catholique et les parents Verneuil dépriment. Une lueur d’espoir soudain, la petite dernière trouve un catholique… mais un peu trop noir et pour les Verneuil c’est le mariage de trop.

Choisir comme ressort de comédie de s’appuyer sur les représentations racistes, la formule est risquée mais peut payer. Elle a le mérite en général d’offrir des personnages plus humains grâce à leurs imperfections, et de nous faire profiter de ce plaisir essentiel de nous moquer de notre prochain. Le risque, c’est d’être accusé d’entretenir ce que l’on dénonce. Ici, reconnaissons-le, cela marche plutôt bien au départ : On est invité à moquer gentiment cette famille où tout le monde est raciste et en prend pour son grade. Les gendres en effet, des français d’origines étrangères tous bien intégrés ne sont pas pour autant ouverts à trop de diversité dans leur monde, et chacun aime reproduire ses communautarismes. Le film ne s’embarrasse pas de révélation, il préfère se baser sur ce que son public sait déjà. Et cela ne va pas beaucoup plus loin, la faute d’une part à une réalisation assez paresseuse qui ne s’attache pas trop à diriger ses acteurs, d’autre part à un scénario qui finit par enchaîner jusqu’à la répétition ses gags sans même jamais soigner ses dialogues. Au final, passé la couleur de la peau et les origines, les différences traditionnelles se résument à d’anecdotes subtilités culinaires et les personnages deviennent relativement interchangeables : on se contente de remplacer un cliché de l’étranger fraîchement débarqué par celui de l’enfant d’immigré tout aussi réducteur.

Tolérance et accueil inconditionnel

On peut observer le même constat du côté de la religion. Malgré le titre, ce n’est pas le sujet du film, mais juste un prétexte facile à des blagues. L’arabe ne mange pas de porc mais il boit du vin car « je ne suis pas un intégriste ». Halal, casher et laqué ça revient au même. Le #GrosPrêtreCool est dans le film, mais il ne vous donnera pas forcément des envies de baptême. La religion c’est la tradition, tout le monde la suit et on n’y réfléchit pas. Un moment de confession marque le milieu du film quand le patriarche Christian Clavier avoue « Vous n’étiez pas les gendres idéaux… » Et pourtant si, car ces étrangers qui sont venus voler leurs filles ne sont pas tant des étrangers. Tous les personnages, quelle que soit leur couleur, voient la société de la même manière, partagent les mêmes valeurs familiales, sont de droite, mettent l’argent et le travail au-dessus, et tiennent à défendre les traditions sans pour autant les comprendre. Pas catholiques, mais pas non plus différent du modèle des parents. Les Verneuil se demandaient « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? ». Il les a à la bonne, il ne leur a pas demandé d’aimer des gens très différents d’eux.

D’une manière générale, on devrait se méfier d’un film qui prêche la tolérance, car ce terme est piégé. On parle de tolérance quand on ne veut pas parler d’un véritable accueil inconditionnel. C’est sous couvert d’apaisement que l’on impose de nouvelles normes à peines moins étroites que les anciennes, pas plus libératrices que les représentations racistes qu’elles chassent. Il faut aussi savoir reconnaître qu’un film échoue à condamner une discrimination, quand il en banalise une autre. Car quand il s’agit de sexisme dans le film, la discrimination n’est plus moquée, elle passe pour ordinaire. Chez les Verneuil si les hommes sont grande gueule et racistes, les femmes qui n’en pensent pas moins s’abstiennent et viennent arrondir les angles. Une caution de modernité posée comme un cache-misère : les quatre filles ont un travail. C’est bien normal, même pour des familles traditionnelles en 2014. Et pourtant, ce travail, à quelque exception près, n’a pas d’influence sur l’histoire alors que leurs hommes parlent du leur. Ce sont toujours les hommes qui parlent travail et argent, qui imposent leur culture et les seuls d’ailleurs qui ont aussi le droit de se détendre, jouer aux boules de neige ou aller à la pêche. Et le constat sur la société est le même, tous les personnages secondaires qui n’ont qu’un rôle fonctionnel, (boulanger, boucher, banquier, psy, wedding planner et bien d’autres…) sont des hommes.Cette représentation inégalitaire, qui quand on la dénonce vient se cacher derrière l’excuse qu’hommes et femmes sont complémentaires dans le couple (peut-on d’ailleurs imaginer femme célibataire ?). Que si les femmes ne sont pas autorisées à faire comme les hommes, c’est pour mieux célébrer le génie féminin, leur douceur, leur beauté, leur sens de la mesure et du service.

Si une telle représentation de la famille qui ne nous apprend rien rencontre un tel succès populaire aujourd’hui, c’est signe qu’elle ne dérange pas, voire que beaucoup ont du s’identifier. Et probablement que le racisme, tout comme le sexisme ordinaire sont aussi le quotidien de beaucoup. Mais combien est-il dommage de supposer que l’on ait pu penser qu’il s’agissait d’une famille française typique, représentative des catholiques, de la province, ou même comme s’en réclame le père de famille Verneuil des derniers gaullistes. Car si c’est le cas le constat est bien triste si on ne sait leur trouver que des valeurs de ce temps plutôt que des valeurs évangéliques. Dans leur actes, quel dommage de ne trouver ni l’accueil, ni la charité, la confiance en Dieu ou l’acceptation de la différence.

Au risque de les vexer et avec toutes mes excuses aux catholiques réactionnaires de droite qui se sont identifiés aux personnages du film, je pense qu’ils ne font pas les meilleurs sujets de comédie. Quelque part, les catholiques dans leur ensemble et leur diversité sont DÉJÀ drôles. Ils peuvent être excessifs, bonne poire, mystiques ou coincés, et ils sont encore PLUS humains et attachants quand ils comprennent les traditions qu’ils transmettent et que leur vie religieuse se voit. Qu’on nous fasse des comédies sur les drogues psychédéliques qui tournent dans les JMJ, sur les femmes qui tombent amoureuses de gros prêtres rencontrés dans les trains, ou sur le désespoir d’une famille accro à la messe tridentine quand un de ses enfants tourner charismatique, mais par pitié, ne nous contentons pas des regards trop rapides. Même quand cela passe par le rire, le sentiment de ridicule, apprenons à regarder plus loin que le cliché pour apprécier le détail.

L’apôtre du Swag

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