Dans le monde sans en être

Pentecôte : l’Esprit Saint à l’oeuvre

PentecôteUnité et diversité

A Pentecôte, en descendant sur les apôtres, l’Esprit Saint les rend capables de s’exprimer en autant de langues qu’il existe de nations sous le soleil, de telle sorte que le salut soit annoncé à l’ensemble de la création. L’Alliance s’ouvre alors à tous les peuples. La bonne nouvelle de Pâques se prolonge en direction de l’universalité de la rédemption acquise par Jésus.

Cependant, une troisième merveille divine survient à l’occasion de cet événement fondamental : l’ universalité du salut s’accomplit dans le respect des différences. La rédemption est une, acquise par un seul : Jésus-Christ. De plus, elle s’adresse à tous.  Enfin, dernier tour de force de la part de Dieu, elle  respecte les idiomes de chacun ! Et cela grâce à l’acteur principal de la fête de Pentecôte qui clôture, accomplit, porte à la perfection le cycle pascal : l’Esprit Saint.

Dés lors, une question se pose : ce que l’Ecriture nous révèle de l’Esprit à l’échelle des nations, est-il possible de le transposer à celle de nos personnes individuelles ? Autrement dit l’Esprit Saint respecte-t-il en chacun de nous ses particularités ? Est-ce qu’il bâtit l’Eglise comme un tout monolithique, uniforme, ou bien favorise-t-il les singularités ? La communauté qui naît sous sa mouvance est-elle un bloc monochrome, ou bien une polyphonie ? Saint Paul a déjà répondu à ces questions. Pour lui, il existe plusieurs charismes dans l’Eglise, mais c’est toujours le même Esprit à l’oeuvre. Unité et diversité vont donc de pair dans l’édification du corps ecclésial.

La vocation propre à chacun, son unicité, découle non seulement de l’Incarnation (le Verbe se faisant l’un de nous, un singulier, unique), mais aussi de l’Esprit Saint. Toute créature existe avec sa temporalité propre. Et l’Esprit Saint  assume en chacun de nous la signification positive et constitutive de cette  temporalité singulière, irréductible à toutes les autres, même si nous habitons le même monde (exister, c’est toujours co-exister).

Chef d’orchestre et soliste à la fois

Si l’Esprit singularise nos temporalités, cela tient à ce que dans le mystère éternel de la Trinité, il est la Personne divine qui sauvegarde la différence infinie du Père et du Fils. En premier lieu, dans l’intimité du Dieu un et trine, il est d’abord ce mystérieux Troisième, autre que le Père et le Fils. Ensuite, étant le lien de leur amour, il constitue à la fois leur unité et comme leur altérité personnifiée. En effet le véritable amour respecte l’autre dans sa différence. Il n’est jamais fusion, absorption. De même l’Esprit est l’unité et la différence du Père et du Fils.

Cette particularité de l’Esprit Saint se retrouve au niveau de nos existences particulières. L’Esprit permet en effet à chacun de nous d’accomplir sa vocation propre dans sa différence. Aussi, dans l’Eglise, est-il facteur d’unité tout en respectant la singularité de chaque membre individuel. Il construit le Corps du Christ comme un grand architecte, et dans le même temps il se manifeste au plus intime de nos personnes, sans grand éclat ni bruit assourdissant. Chef d’orchestre et soliste à la fois !

Joindre le Ciel et la terre

Sur un autre plan, plus global, l’Esprit Saint participe à la Révélation du salut universel en opérant la jonction de notre monde avec le monde de Dieu. De même qu’il est le lien d’amour du Père et du Fils dans l’éternité intra-divine, de même constitue-t-il le lien personnel de l’éternité de Dieu et de la temporalité du monde créé. Il sauvegarde la différence des deux ordres (du créé et de l’incréé), en même temps qu’il en opère l’union.

On retrouve encore une fois ici cette loi qui veut que ce qui se manifeste dans le temps soit le reflet de ce qui est éternel. Or, dans l’éternité, comme nous le disions plus haut, l’Esprit est à la fois la différence et l’union du Père et du Fils. Sa fonction sera donc similaire dans les rapports du monde divin au monde créé : différence et union.

C’est ainsi que la Révélation de Dieu relève autant de l’immanence (Il s’est fait l’un de nous en Jésus-Christ) que de la transcendance (c’est par son initiative qu’il vient à nous, et le reste de l’histoire se chargera de nous faire comprendre que  ses « pensées ne sont pas nos pensées », ses « chemins ne sont pas nos chemins » (Is 55,8) ). Immanence et transcendance : union et différence. L’Esprit est à la fois Celui qui porte le Verbe dans le sein de la Vierge (voie d’immanence) et simultanément Celui qui pousse le Fils, et avec lui toute la création, à rejoindre le Père (voie de transcendance).

Immanence d’un salut pour chacun. Transcendance d’un salut universel. L’Esprit Saint, tout comme l’enfant de Noël, nous révèle un salut à la fois de chez nous, et venant simultanément de Dieu. En effet le salut ne pouvait pas être universel sans être dans le même temps propre à chacun, sinon nous ne représenterions plus que des clones pour Dieu.

Tous les enfants du monde peuvent avec raison s’identifier au nourrisson de Bethléem. Cependant cet enfant est le Fils unique de Dieu. Singularité de sa filiation divine et universalité de sa condition humaine. Singularité d’un être humain, un parmi nous ; universalité d’un salut qui touche tous les hommes. Cette tension entre les deux pôles de l’universalité et de la singularité est la raison pour laquelle, à Pentecôte, l’Esprit Saint s’adresse à toutes les nations, tout en faisant parler les Apôtres dans la langue de chacun.

Ainsi « les deux mains du Père » (Saint Irénée), le Fils et l’Esprit, agissent-ils de concert afin de marquer de leur sceau la dimension à la fois personnelle et universelle de la Révélation divine.

Jean-Michel Castaing

Laisser un commentaire

Les balises HTML usuelles sont autorisées. Votre email ne sera pas publié.

Abonnez vous aux fil des commentaires RSS