Dans le monde sans en être

[Edito] Des régions et des hommes

Carte-Regions-infog-annonce12-defLe Président a tranché. D’un coup de crayon, je n’ose dire d’épée, il a divisé par deux, ou presque, le nombre de nos régions.

Le projet était annoncé il y a deux mois par Manuel Valls lors de son discours de politique générale. Mais le Premier ministre avait affiché un calendrier long, jusqu’au 1er janvier 2017, prévoyant des discussions entre les élus régionaux afin que nos collectivités puissent se marier librement. Or le Président a écrasé l’accélérateur : les présidents de régions ne conteront plus fleurette, il n’y aura point de fiançailles, ce sera un mariage forcé décrété par l’Elysée.

On peut rester perplexe devant une telle décision, et surtout, nous pouvons nous poser quelques questions : pourquoi un tel empressement à regrouper les régions ? Et surtout quel est le but de ces fusions ?

Une région n’est pas juste une zone délimitée sur une carte. Ce n’est pas non plus une ligne dans le Code général des collectivités territoriales. C’est une terre, avec des hommes, une histoire, une culture, une identité, une activité économique, sociale, politique. Délimiter une région ne peut se faire à la légère, sans consulter ses habitants, sans réfléchir aux conséquences de ces actes. Une telle décision ne peut être brutalement accélérée, c’est impossible et cela ne peut conduire qu’à un échec cuisant.

Mais aussi, ce qui surprend est le but de ces fusions. Pourquoi créer des superrégions ? On parle de “taille critique” comme si les régions actuelles étaient trop petites. On évoque la “compétitivité” des régions dans la mondialisation et l’Europe… On évoque cela, oui, sans pour autant nous montrer sur une carte la taille des autres régions d’Europe… Régions qui sont souvent de la même taille, parfois plus petites, très rarement plus grandes. L’argument de la taille critique n’aurait-il aucun sens ? J’en ai bien peur…

Mais surtout comment défendre la fusion de régions quand on envisage la suppression des départements ? Ont-ils conscience que cela va creuser le fossé entre régions et citoyens ? Ont-ils conscience que cela va blaser encore plus l’électeur, qui n’y comprendra rien et qui se trouvera au milieu de régions informes, impersonnelles, aux élus distants et invisibles ?

Une semaine après le choc des européennes, avait-on besoin d’un tel recul démocratique ?

Charles Vaugirard

7 réponses à “[Edito] Des régions et des hommes”

  1. Henry le Barde

    Bon billet, où je te rejoins notamment sur l’absence totale de principe directeur.

    Juste une remarque (tu ne seras pas surpris, on en a déjà parlé sur FB !) : “On parle de “taille critique” comme si les régions actuelles étaient trop petites. On évoque la compétitivité” des régions dans la mondialisation et l’Europe… On évoque cela, oui, sans pour autant nous montrer sur une carte la taille des autres régions d’Europe”
    Superficie moyenne des Lander vs. régions : 22000 km2 vs. 24000 km2. Certes. Mais population moyenne des Lander vs. Régions: 5,1 millions vs. 2,8.

  2. Charles Vaugirard

    @ChristianPolitica : Merci !

    @HenryLeBarde : Merci pour ton commentaire et ta précision. Concernant le cas Allemand, il faut aussi prendre en compte l’origine des Lander. Ce sont des régions historique, anciennes, qui ont pour certaines existé sous la forme de royaumes ou de principauté avant l’unité allemande. La Bavière est le meilleur exemple : taille importante, fortement peuplé, mais à l’existence très ancienne. Ce n’est donc pas une construction artificielle dans un but de compétitivité.
    Et cette cohérence culturelle est sans doute une force pour la Bavière.
    En France, certains terroirs ont une identité forte : Construire une structure politique locale autour de ces identités peut être un atout pour faciliter la démocratie locale.

  3. Vieil imbécile

    À propos de la “taille critique”… j’ai eu récemment une conversation avec un maire d’un village d’un peu plus de 100 habitants. Il justifiait sa décision de rejoindre une intercommunalité en raison de cet eldorado de taille critique. Les 9 000 habitants de cette nouvelle structure (un EPCI qui en plus lève l’impôt sans exiger une baisse d’impôt correspondante dans les communes… imaginons ça au niveau européen 🙂 ) allaient permettre de l’atteindre. Le piquant est qu’une troisième personne intervint dans la discussion car elle engageait le même chantier autour de Versailles, toujours pour cette notion de taille critique. Versailles, 85 000 habitants… C’est ça l’avantage de la notion, elle permet de grossir toujours plus !

    Dans le monde de l’entreprise, il se dit que 2/3 des fusions sont destructrices de valeur. Je l’ai moi-même vécu. Un regroupement est toujours satisfaisant sur le papier, n’importe quel consultant de base est à même de le démontrer. En pratique cet éloignement des racines est plus souvent destructeur, car le principe de subsidiarité (tout ce qui peut être fait au niveau inférieur DOIT être fait au niveau inférieur) est remplacé par le principe de supersidiarité : tout ce qui peut être fait au niveau supérieur doit être fait au niveau supérieur. Et là on a le secret de la démotivation, de la déresponsabilisation et de la plongée en cauchemar administratif.

  4. Charles Vaugirard

    @Vieil Imbécile : Merci pour ton commentaire très juste, et surtout merci de parler de subsidiarité ! Ce principe est en effet le grand absent du débat sur la réforme territoriale (du moins il est trop peu évoqué) alors que c’est essentiel.

  5. Le Spirituel D'abord

    Je te rejoins vraiment sur cette réflexion. Le problème selon moi véritablement est de fonder cette réforme sur un enjeu économique, au mépris de l’homme, de son territoire et de sa culture. C’est pareil pour le projet européen, on constate que le seul fondement économique, sans projet de société, ne peut pas tenir.
    J’en parle plus largement ici : http://www.lespiritueldabord.com/humeur/territoires-deformes/

  6. Marco

    Le problème de la France ce n’est pas les régions. On se trompe de combat. Ce n’est même pas les départements, même s’il faut les revoir. Le problème c’est le mille feuille administratif qui mélange tout, qui rend invisible la gouvernance et qui devient un gouffre financier. Il y a trop de strates.
    Nous avons trop de communes, 36 000. Au lieu de les réduire ont a mis en place les intercommunalités. Cela a rajouté dans la confusion. D’après une récente étude réduire à 5 000 le nombre de nos communes nous permettrait d’économiser 10 milliards.
    Pour ma part je propose de les réduire à 9 000 sur la base des intercommunalités, en priorité en urbain. Dans le rural il convient de maintenir le même tissu sauf pour les communes trop petites et très peu peuplées.
    Je ne propose pas la disparition des départements (à l’exception des deux de l’Alsace), ni des régions (à l’exception des deux Normandie). Mais que l’on revienne au conseiller territorial, présent dans le département et au niveau de la région.
    Il y a trop d’élus locaux ( plus de 400 000) pour un coût de 1.6 milliards. Par contre renforçons les assemblées locales délibérantes.

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