Dans le monde sans en être

Edito : empêcher que le monde se défasse

Celui qui est désigné doit marcher. Celui qui est appelé doit répondre. C’est la loi, c’est la règle, c’est le niveau des vies héroïques. (Charles Péguy)

Veilleurs Paris« Vivons-nous pour être heureux ? » Ainsi s’interrogeait hier une partie de notre jeunesse bachelière. Je me garderais bien de répondre ici… Je note toutefois qu’à l’heure où l’on nous promet l’abolition des limites humaines, de l’industrie procréative aux perspectives transhumanistes, en passant par le combat contre l’inégalité de nos corps sexués 1Gaultier Bès, Nos limites, l’idée que l’on se fait de la quête du bonheur semble bien relative. « Echapper à notre finitude, tel semble bien l’obsédant espoir de notre temps », constate amèrement Gaultier Bès dans Nos limites, essai dont nous faisions échos dans nos pages la semaine dernière (lire ici).

La bougie contre l’aboulie

Ils sont nombreux avec lui à dénoncer cette situation et l’excès d’individualisme dans notre société, essuyant insultes et sarcasmes en retour. Tant pis : face au combat qu’il estime juste, « un homme ne peut pas vivre véritablement sans être un citoyen et sans résister. L’indifférence, c’est l’aboulie 2Aboulie : affaiblissement de la volonté, entraînant une inhibition de l’activité physique et intellectuelle – Larousse., le parasitisme et la lâcheté, non la vie », écrivait Antonio Gramsci, auteur communiste souvent cité lors des soirées organisées par les Veilleurs. Alors, contre l’aboulie… la bougie ? C’est ce que proposent ces derniers depuis plus d’un an maintenant. Et le mouvement perdure : de nouvelles veillées mensuelles sont déjà annoncées pour l’année prochaine. Forcément, ça énerve… Parce que dans un monde de « progrès », le conservatisme subversif 3Formule empruntée a Henrik Lindell, journaliste pour La Vie, intervenant sur le thème des veilleurs lors de la soirée du 13 juin, organisée par les Cahiers libres et la librairie Téqui. n’a pas voix au chapitre. Parce que les veilleurs sont sociologiquement marqués, ce qui semble, au vue des critiques qui fusent, un argument suffisant pour exiger qu’ils se taisent. Parce qu’ils préfèrent lire proses et poèmes devant cinquante personnes dans la rue, plutôt que de distribuer des leçons de morale en 140 caractères aux internautes. Parce qu’ils défendent des valeurs familiales en citant Aragon ou Gramsci, plutôt que Jean-Paul II…

On pourrait trouver bien d’autres raisons. La principale reste qu’ils osent inviter leurs participants à se poser en garde fou de nos rois, à rappeler à César qu’il n’est pas Dieu et qu’il ne peut toucher au sacré 4Formule empruntée à Gaultier Bès, lors du même événement. Pas étonnant de voir repris, dans Nos limites, le discours d’Albert Camus recevant le prix Nobel de littérature, en 1957 : « chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ».

Petit bachelier qui a trimé sur la joie, comprends-tu que le monde a besoin de toi ? Sois fier et lève la tête. Moque-toi des sarcasmes, même de ceux qui suivront ces quelques mots, et marche droit. Accepte de perdre tes yeux dans les étoiles, si c’est pour mieux guider tes pas. « Puisqu’ici il n’y a qu’au combat qu’on est libre, de ton triste sommeil, je t’en prie, libère-toi ! » 5Damien Saez, Jeunesse lève toi

Joseph Gynt

Notes :   [ + ]

1. Gaultier Bès, Nos limites
2. Aboulie : affaiblissement de la volonté, entraînant une inhibition de l’activité physique et intellectuelle – Larousse.
3. Formule empruntée a Henrik Lindell, journaliste pour La Vie, intervenant sur le thème des veilleurs lors de la soirée du 13 juin, organisée par les Cahiers libres et la librairie Téqui.
4. Formule empruntée à Gaultier Bès, lors du même événement
5. Damien Saez, Jeunesse lève toi

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