Dans le monde sans en être

Résistance et Démocratie-chrétienne

Le général de Gaulle descendant les Champs-Elysées le 26 août 1944. A sa gauche, Georges Bidault.

Le général de Gaulle descendant les Champs-Elysées le 26 août 1944. A sa gauche, Georges Bidault.

Suite de la série sur l’histoire de la Démocratie-chrétienne.

La deuxième guerre mondiale est une période charnière pour la Démocratie-chrétienne française. C’est au sein de la Résistance que les démocrates-chrétiens vont se rassembler et préparer la création d’un grand parti qui verra le jour à la Libération.

Pourquoi ? Parce que les démocrates-chrétiens se sont engagés dès le début dans la Résistance. Les différents journaux, cercles, partis démocrates-chrétiens s’étaient opposés aux idéologies fascistes et nazies dès le début des années 30. Ils avaient suivi de près l’activité de ces régimes et étudiés en profondeur leurs idées. Par exemple, le journal l’Aube était parmi les opposants les plus virulents aux accords de Munich en 1938. Georges Bidault a écrit un éditorial mémorable à ce sujet.

Cet antifascisme de la première heure a fait que les démocrates-chrétiens ont tout de suite participés à la mise en place de la Résistance. Plusieurs futurs grands noms de la démocratie-chrétienne d’après guerre apparaissent :

Edmond Michelet, qui a lancé un appel à la Résistance le 17 juin 1940 à Brive-la-Gaillarde en Corrèze. Il a été un des cadres du Réseau Combat et a connu la déportation à Dachau. Il appartenait aux « Nouvelles équipes françaises » et il présidait l’association des Amis de l’Aube.

André Colin, qui a appelé à poursuivre le combat à la radio à Beyrouth (où il était affecté) le 22 juin 1940. Il a occupé des responsabilités importantes au sein de la Résistance intérieure. Il était le Président de l’ACJF (action catholique de la jeunesse française).

Maurice Schumann, qui a rejoint le Général de Gaulle à Londres. Il a été le porte-parole de la Résistance extérieure sur Radio Londres. Il était surnommé « la voix de la France libre » et on lui doit la célèbre formule « les Français parlent aux Français ». Il est issu de la Jeune République et de la CFTC. Il écrivait avant guerre dans les revues Sept et Temps Présent.

Pierre-Henri Teitgen, grand juriste, un des responsables du Réseau Combat. Issu du Parti Démocrate Populaire.

François de Menthon, un des cadres de la résistance, issue de l’ACJF.

Georges Bidault, célèbre éditorialiste de l’Aube (journal suspendu pendant l’occupation), il est devenu un des responsables du réseau Combat et a succédé à Jean Moulin à la tête du Conseil National de la Résistance en 1943. Il était donc un des chefs de la Résistance intérieure.

Tous ces hommes étaient relativement jeunes et avaient réussi à mobiliser à leurs côtés un très grand nombre de chrétiens, notamment des jeunes issus de l’action catholique. L’ACJF qui regroupe les JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), JEC (Jeunesse étudiante chrétienne), JAC (Jeunesse agricole chrétienne), sans être explicitement politisée était parvenue à guider des jeunes chrétiens vers la Résistance notamment par le bien des JCC (Jeunes chrétiens combattants). Le journal de la JEC, les Cahiers de notre jeunesse, a d’ailleurs été interdit par le gouvernement de Vichy. Le journal contenait certains articles susceptibles de dissuader les jeunes de partir au STO (Service du travail obligatoire)…une de ses plumes les plus engagées était l’étudiant Lyonnais Gilbert Dru. Démocrate-chrétien convaincu, celui-ci compte parmi les inspirateurs du futur MRP. Son destin s’est tragiquement achevé en 1944 avec son exécution à Lyon sur la place Bellecour. Louis Aragon lui a co-dédié son poème « La Rose et le Réséda »

La Résistance a donc rassemblé non seulement les démocrates-chrétiens d’avant guerre mais aussi toute une jeunesse catholique séduite par cette famille de pensée qui s’était élevée contre le nazisme et contre le régime de Vichy.

Bien sur tous les catholiques n’étaient pas dans la Résistance et tous les résistants chrétiens n’étaient pas démocrates-chrétiens. Les catholiques proches de l’Action française ont, pour beaucoup d’entre eux, résisté (malgré la sympathie de Charles Maurras pour le maréchal Pétain). Mais aussi beaucoup de catholiques ainsi que la hiérarchie ecclésiastique n’était pas défavorable à Vichy, comme la majorité des Français…Des évêques ont tout de même rendu service à la Résistance. Le sujet est vaste et complexe…et la question est parfois douloureuse. Mais ce que nous pouvons dire est que beaucoup de résistants étaient catholiques et parmi eux il y a eu un grand nombre de démocrates-chrétiens.

Ce grand mouvement démocrate-chrétien au sein de la Résistance, ce rassemblement des jeunes chrétiens en son sein, sa puissance au sein de la France Libre, la sympathie profonde du Général de Gaulle envers elle, tout a contribuer pour que la Démocratie-chrétienne française soit prête à se constituer en un puissant parti politique à la Libération.

Un puissant parti, certes, mais sous quelle forme, sous quelle identité ? La genèse de ce qui allait devenir le Mouvement Républicain populaire n’a pas été évidente car différentes conceptions se sont confrontées : celle d’un « travaillisme à la française » de centre-centre-gauche, et celle d’une Démocratie-chrétienne plus resserrée sur ses valeurs spirituelles et qui aurait pu prendre la forme d’un « parti conservateur intelligent ».

A suivre

Charles Vaugirard

4 réponses à “Résistance et Démocratie-chrétienne”

  1. Pinpoint

    Vous ne mentionnez pas les cahiers de témoignage chrétien et le père jésuite Pierre Chaillet?

  2. Charles Vaugirard

    @Pinpoint : Merci pour votre question. Mon article se concentre davantage sur les démocrates-chrétiens dans la Résistance que sur la résistance spirituelle. C’est pour cela que je ne les ai pas mentionnés.

    Ceci dit, les Cahiers du Témoignage chrétien sont une tres belle oeuvre de résistance, et en effet ils auraient mérité une mention.

  3. Pinpoint

    A la rigueur, il s’agirait plutôt qu’un mouvement de gauche chrétienne plus que de démocratie chrétienne mais je pensais que le mouvement des “cahiers de témoignage chrétien” était issu de cette mouvance démocrate-chrétienne qui s’est développée dans l’entre deux-guerre notamment sa tendance de gauche, la ligue de la jeune république.

    PS: puisque je vous ai sous la main, quel livre me recommanderiez-vous concernant la démocratie-chrétienne tant sur sa doctrine que sur son histoire (et pas seulement française)?

  4. Le MRP et la Vème République | Cahiers libres

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