Dans le monde sans en être

L’Europe selon Robert Schuman

Schuman

L’Union européenne est peut-être l’organisation la plus mal aimée de l’opinion publique française. Beaucoup d’hommes politiques ne manquent pas de critiquer les “technocrates de Bruxelles”. Nos concitoyens connaissent mal les hommes qui dirigent les institutions communautaires et les élections européennes du 25 mai prochain connaîtront certainement un fort taux d’abstention et de vote contestataire… comme c’est le cas à chaque fois.

L’Union n’est pas exempte de défauts et certaines critiques sont justifiées. Distance, complexité, abondance de normes, le commun des mortels n’y comprend rien, et le droit européen semble plus être une source de contraintes qu’un cadre juridique efficace. Ces reproches récurrents, cet éloignement vis à vis des peuples, nous font souvent oublier que l’Union européenne est garante de la paix en Europe depuis soixante ans.

La situation actuelle nous interpelle et nous pouvons nous demander si Robert Schuman aurait souhaité cette Europe ?

Robert Schuman est le “Père” de l’Europe, c’est lui qui a lancé la construction européenne le 9 mai 1950, alors qu’il était le ministre français des affaires étrangères. Il était aussi une personnalité reconnue pour sa très haute moralité par tous ses contemporains. Nombreux sont les témoignages qui le décrivent comme un homme droit, loyal et ne mentant jamais. Catholique très pratiquant, il avait une profonde vie spirituelle : un procès de béatification est en cours 1Précisons que si l’Église le béatifie, c’est en raison de ses vertus héroïques et non pour ses idées politiques. L’Église laisse à chacun le droit de préférer le parti qu’il veut.. Enfin, Robert Schuman était un démocrate-chrétien convaincu.

Lorrain par sa famille, il est né en 1886 à Luxembourg et il a grandi en territoire allemand. Il a toujours été attaché à la France. Il a connu le sort des populations alsaciennes et lorraines : disputées entre la France et l’Allemagne et profondément françaises. Il est un “homme des frontières”, il a connu le coût de la guerre et son histoire a fait de lui un artisan de paix et un apôtre de la concorde entre les nations.

Mais Schuman se reconnaitrait-il dans les instances actuelles ?

Il est très difficile de répondre à cette question. Faire parler les morts est un exercice périlleux que nous ne tenterons pas ici. Mais nous pouvons tenter d’apporter des éléments de réponse à une autre question : quelle était sa vision de l’Europe ?

Pour définir son idéal européen il faut s’appuyer sur ses écrits. Il a rédigé à la fin de sa vie un petit livre qui reprend le contenu de conférences et d’articles de journaux. Intitulé Pour l’Europe, il décrit son idée du projet européen, et aussi sa vision de la démocratie. Ce texte a été publié en 1963, juste après sa mort.

C’est ce document qui peut nous permettre de comprendre la pensée européenne de Robert Schuman.

Europe et nations

L’Europe de Robert Schuman est-elle une Europe contre les nations ? Se construit-elle à leurs dépends, sans elles, en déconstruisant les États au profit d’un super-Etat et de régions ? Non, Robert Schuman est le partisan d’une Europe des nations, reposant sur elles. Une Europe « supranationale » c’est-à-dire une structure au-dessus des nations, construite par les nations et pour les nations.

Selon lui « Le supranational reposera sur des assises nationales. Il n’y aura ainsi aucun reniement d’un passé glorieux. (…) Il ne s’agit pas de fusionner des États, de créer un super-État. Nos États européens sont une réalité historique ; il serait psychologiquement impossible de les faire disparaître. 2pp. 25-26. » Schuman est donc un partisan de l’Europe des États et non d’une Europe dite « des régions » où les États seraient démantelés au profit de régions européennes de tailles identiques. Son Europe des États est une Europe des nations et une Europe des patries : le patriotisme 3Rappelons que Robert Schuman était un admirateur de Jeanne-d’Arc. Il a été présent à la béatification et à la canonisation de celle-ci. n’est selon-lui pas incompatible avec l’Europe.

« La politique européenne, dans notre esprit, n’est absolument pas contradictoire avec l’idéal patriotique de chacun de nous. Il y a des milliers d’années les premières communautés humaines se sont formées au-delà de la famille, et en se basant sur elles, dans les tribus primitives. Plus tard sont venues s’ajouter les communes, la cité de plus en plus développée ; personne ne songerait à accuser cette évolution d’avoir contrarié le rôle de la famille.  Il en est de même pour toute organisation supranationale qui dépasse la nation, non pour la diminuer et l’absorber, mais pour lui conférer un champ d’action plus large et plus élevé. 4p. 30. »

Mais comment une Europe supranationale peut-elle exister sans contradiction avec les nations du vieux continent ?

Une Europe démocratique

Selon Robert Schuman, ceci est possible à condition que les États et la Communauté européenne aient pour principe la démocratie. L’Europe unie ne suivra donc pas les anciens exemples. Elle ne sera pas une coalition construite autour d’un intérêt commun, forcément  temporaire, comme le furent la triple entente et la triple alliance qui  divisaient l’Europe en deux blocs pendant la première guerre mondiale. « L’Europe contemporaine devra être faite d’une coexistence qui ne soit pas un simple agglomérat de nations rivales, périodiquement hostiles, mais une communauté d’action librement concertée et organisée. 5p. 95. »

« Ainsi la politique étrangère ne sera plus la juxtaposition d’antagonismes qui s’affrontent, mais la conciliation amiable et préventive de divergences qui existent, qui s’avouent et se discutent sans s’exacerber. 6p. 113. »

Son Europe ne sera pas non plus une organisation internationale comme la Société des Nations ou l’ONU : des structures intergouvernementales faibles, sans grande cohérence, loin des peuples et dirigées par une technocratie ; des “machins” comme disait le général de Gaulle.

Enfin, elle ne sera pas un Empire écrasant les peuples à l’ombre de ses ailes. Non, Schuman invente un nouveau modèle d’organisation politique internationale : une communauté supranationale démocratique.

« La communauté européenne ne sera pas à l’image d’un Empire ni d’une Sainte Alliance ; elle reposera sur l’égalité démocratique transposée dans le domaine des relations entre les nations. Le droit de veto est incompatible avec une telle structure qui suppose le principe des décisions majoritaires et exclut l’exploitation dictatoriale de la supériorité matérielle. 7p.  44. »

Une démocratie fonctionnant sur le principe de l’égalité… mais aussi de votes à la majorité sans droit de veto de la part des États 8Il s’agit de votes pris au Conseil de l’Union européenne : instance représentant les États auprès de l’UE. Les décisions de l’UE suivent une procédure complexe où la commission de Bruxelles propose, le Conseil et ensuite le Parlement discutent les projets puis les votent.. C’est ce point qui crée des remous : nombreux sont ceux qui n’imaginent pas qu’une décision de l’Union européenne puisse être prise sans l’aval de son pays. Schuman considère le principe de la majorité, et de l’égalité des États, comme le corollaire d’une Europe unie fonctionnant efficacement. Il considère lui-même que le droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies est une cause de paralysie de l’ONU. Du temps de Schuman, l’URSS utilisait quasi systématiquement son veto et en effet, l’ONU était très faible. Schuman considérait que l’organisation mondiale avait échoué dans sa mission de paix et il reconnaissait que la plupart des actions pacificatrices se faisaient en dehors de l’ONU. “L’échec de plus en plus manifeste de l’ONU exige la réussite de l’Europe. 9p. 108.” disait-il, en considérant que le projet européen pouvait seul garantir la paix du vieux continent.

Mais des sujets essentiels impliquant la souveraineté des États peuvent-ils être soumis à des votes à la majorité ? Robert Schuman se veut prudent : “Je ne crois pas que nous soyons mûrs pour un tel transfert de responsabilités, où une majorité de volontés internationales puisse s’imposer à la volonté nationale dans un domaine où l’existence même d’un pays peut-être en cause. Quel déchaînement de passions et de suspicions serait à redouter ! 10p. 111.

Or, l’idée même d’un gouvernement fédéral et celle d’un parlement fédéral impliquerait, me semble-t-il, un tel pouvoir de décision majoritaire, liant les États fédérés. 11p. 111.

J’estime que ce serait brûler les étapes, s’engager prématurément et imprudemment dans la voie d’un dessaisissement de la souveraineté nationale sur des points d’importance essentielle. 12p. 112.

Schuman n’est donc pas un fédéraliste, du moins il n’est pas partisan d’un fédéralisme s’installant en Europe sur un court délai. Il ne faut pas « brûler les étapes ». C’est un homme d’état prudent, il prend en compte l’histoire de chaque peuple. Un mot revient souvent : psychologie. Il comprend que le projet communautaire peut avoir des conséquences selon la psychologie de chaque peuple 13Ainsi, il réfléchit aux possibilités d’adhésion de différents États selon leur histoire. Il est donc réservé devant la possibilité d’intégration du Royaume-Uni, alors qu’il est convaincu de la réussite de l’intégration de l’Allemagne et de l’Italie, pays à l’unité récente. Il se projette aussi dans l’avenir en envisageant une possible réunification allemande et l’arrivée des pays de l’Est. Cette réflexion sur l’histoire des nations qui rend possible, ou pas, leur entrée dans l’Union est indispensable. Le débat sur l’entrée de la Turquie, ou de la Russie dans l’Union devrait suivre une telle démarche, et elle n’a peut-être pas forcément eu lieu quand on intégré la Grande-Bretagne. Ainsi, Schuman et de Gaulle avaient plus de points communs qu’on le croit : les deux n’étaient pas favorables à l’entrée du Royaume-Uni dans l’Europe….

La démocratie européenne ne se limite pas à des questions de veto. Schuman désire la création d’institutions européennes politiques en lien avec les peuples d’Europe : ” L’intégration économique que nous sommes en train de réaliser ne se conçoit pas, à la longue, sans un minimum d’intégration politique. C’est un complément logique, nécessaire. Il faut que l’Europe nouvelle ait un soubassement démocratique; que les conseils, les comités et autres organes soient placés sous le contrôle de l’opinion publique, contrôle qui soit efficace sans paralyser l’action et les initiatives utiles. L’intégration européenne doit, d’une façon générale, éviter les erreurs de nos démocraties nationales, surtout les excès de la bureaucratie et de la technocratie. La complication des rouages et l’accumulation des emplois ne sont pas une garantie contre les abus, mais sont parfois elles-mêmes le résultat de la surenchère et du favoritisme. L’ankylose administrative est le premier danger qui menace les services supranationaux. 14p. 109.

De tels propos semblent aller à l’encontre d’une Union européenne technocratique et coupée du peuple comme elle paraît l’être aujourd’hui. Certes, l’actuelle Union est sans doute moins caricaturale qu’on nous le présente. Mais le fait est que l’opinion publique en est coupée. Connait-on l’activité de nos députés européens ? Sait-on ce qu’ils votent ? Connait-on les enjeux ? Et connait-on seulement leurs noms ? Le 25 mai prochain nous voterons pour eux, et cette législature sera la première qui aura la tâche de participer à la désignation du Président de la Commission de Bruxelles. C’est un vrai progrès démocratique : mais le savons-nous et voterons nous en conséquence ? Le déficit démocratique de l’UE est encore très important et de grandes réformes seraient à envisager.

Schuman avait fait une suggestion pratique : que les députés européens soient élus le même jour dans toute l’Europe en suivant le même mode de scrutin : “Il est certain que la conscience d’une Europe unie s’accenturait et prendrait davantage corps si elle pouvait s’affirmer périodiquement par un vote à l’échelle européenne. 15p. 110. ” C’est actuellement presque le cas : le vote est sur quatre jours et il y a quelques différences de mode de scrutin. C’est un progrès, mais il est insuffisant. La complexité du fonctionnement des institutions européennes, la longueur et la difficulté d’approche des traités institutionnels, ainsi que la sous-médiatisation des enjeux communautaires, rendent difficile la démocratie européenne. Nous sommes donc loin de l’Europe voulue par Robert Schuman.

Une démocratie « dans le sens chrétien du terme »

Mais il y a un autre aspect de la démocratie européenne selon Schuman : sa vision de la démocratie est une démocratie « dans le sens chrétien du terme ». Dans Pour l’Europe il nous donne une remarquable définition de la démocratie dans sa dimension, et son origine, chrétienne :

« Ce qui caractérise l’état démocratique ce sont les objectifs qu’il se propose et les moyens par lesquels il cherche à les atteindre. Il est au service du peuple et il agit en accord avec lui. Je ne trouve pas de définition plus simple et moins scientifique. Elle rejoint celle du Président Lincoln : « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». 16p. 52. »

Et il ajoute :

« La démocratie doit son existence au christianisme. Elle est née le jour où l’homme a été appelé à réaliser dans sa vie temporelle la dignité de la personne humaine, dans la liberté individuelle, dans le respect des droits de chacun et par la pratique de l’amour fraternel à l’égard de tous. Jamais avant le Christ pareilles idées n’avaient été formulées. La démocratie est ainsi liée au christianisme, doctrinalement et chronologiquement. Elle a pris corps avec lui, par étapes, à travers de longs tâtonnements, parfois au prix d’erreurs et de rechutes dans la barbarie. Jacques Maritain, notre grand philosophe chrétien que nous, Français, avons eu le tort d’abandonner à une université lointaine, au lieu de mettre nous-même à profit son enseignement lumineux, a marqué ce parallélisme dans le développement de l’idée chrétienne et de la démocratie. Le christianisme a enseigné l’égalité de nature de tous les hommes, enfants d’un même Dieu, rachetés par le même Christ, sans distinction de race, de couleur, de classe et de profession. Il a fait reconnaître la dignité du travail et l’obligation pour tous de s’y soumettre. Il a reconnu la primauté des valeurs intérieures qui seules ennoblissent l’homme. La loi universelle de l’amour et de la charité a fait de tout homme notre prochain, et sur elle reposent depuis lors les relations sociales dans le monde chrétien. Tout cet enseignement et les conséquences pratiques qui en découlent ont bouleversé le monde. 17pp. 52-53. »

Mais sa démocratie chrétienne n’est pas un hybride de démocratie et de théocratie car il précise : « Le christianisme n’est pas et ne doit pas être inféodé à un régime politique, être identifié avec une forme quelconque de gouvernement, fût-elle démocratique. 18p. 55. »  Il insiste sur la séparation entre le pouvoir politique et l’Église. Les deux autorités sont séparées, ce qui n’empêche pas l’Évangile de nourrir, d’inspirer et de se trouver à l’origine de la cité démocratique comme Schuman le dit lui-même : « Je conclus avec Bergson que « la démocratie est d’essence évangélique parce qu’elle a pour moteur l’amour. » 19p. 60. ». Robert Schuman voit un tel lien entre démocratie et christianisme qu’il va jusqu’à affirmer : « La démocratie sera chrétienne ou elle ne sera pas. Une démocratie antichrétienne sera une caricature qui sombrera dans la tyrannie ou dans l’anarchie. 20p. 60. »

La société européenne de 2014 est fortement déchristianisée, la société française en tête. Nos dirigeants ne souhaitent même pas une référence aux racines chrétiennes de l’Europe dans ses textes communautaires. Notre démocratie n’est plus vraiment irriguée de valeurs chrétiennes. Pour reprendre une image souvent utilisée, notre démocratie actuelle est comme des fleurs coupées placées dans un vase. Coupée de ses racines chrétiennes, la démocratie est condamnée à faner progressivement, puis à mourir… Est-ce inéluctable ? Je ne sais pas et j’espère sincèrement que Robert Schuman se trompe sur ce point.

Quelle suite donner au projet européen ?

La construction européenne lancée le 9 mai 1950 a donné naissance a une organisation politique totalement nouvelle. Celle-ci a permis à l’Europe de trouver paix et unité : depuis 1945, il n’y a pas eu de guerre entre les nations belligérantes des deux guerres mondiales. Soixante-neuf ans sans guerre, une telle période de paix n’a jamais existé en Europe. Et actuellement une guerre entre les Etats de l’UE est inimaginable. Sur ce point, le bilan de la construction européenne est un succès total.

Mais du point de vue institutionnel, le fossé entre les citoyens et l’UE est immense. Nous avons là un véritable déficit démocratique. C’est un problème et une réflexion de fond s’impose aux citoyens européens et à nos dirigeants actuels et futurs.

La réponse à ce problème dépendra entièrement de nos dirigeants. La bonne volonté et la valeur de ces hommes seront déterminantes, et Dieu sait s’il faut beaucoup de hauteur pour mener à bien un tel chantier.

S’interrogeant sur les résultats et l’avenir du projet européen, Robert Schuman concluait :

Avons-nous  fait jusqu’ici fausse route ? Le résultat dépendra dans une large mesure de la valeur des hommes que nous avons en face de nous, du degré de leur sincérité, de la compréhension que nous pouvons escompter chez eux et chez leurs successeurs 21p 95 .”

Charles Vaugirard

Notes :   [ + ]

1. Précisons que si l’Église le béatifie, c’est en raison de ses vertus héroïques et non pour ses idées politiques. L’Église laisse à chacun le droit de préférer le parti qu’il veut.
2. pp. 25-26.
3. Rappelons que Robert Schuman était un admirateur de Jeanne-d’Arc. Il a été présent à la béatification et à la canonisation de celle-ci.
4. p. 30.
5. p. 95.
6. p. 113.
7. p.  44.
8. Il s’agit de votes pris au Conseil de l’Union européenne : instance représentant les États auprès de l’UE. Les décisions de l’UE suivent une procédure complexe où la commission de Bruxelles propose, le Conseil et ensuite le Parlement discutent les projets puis les votent.
9. p. 108.
10, 11. p. 111.
12. p. 112.
13. Ainsi, il réfléchit aux possibilités d’adhésion de différents États selon leur histoire. Il est donc réservé devant la possibilité d’intégration du Royaume-Uni, alors qu’il est convaincu de la réussite de l’intégration de l’Allemagne et de l’Italie, pays à l’unité récente. Il se projette aussi dans l’avenir en envisageant une possible réunification allemande et l’arrivée des pays de l’Est. Cette réflexion sur l’histoire des nations qui rend possible, ou pas, leur entrée dans l’Union est indispensable. Le débat sur l’entrée de la Turquie, ou de la Russie dans l’Union devrait suivre une telle démarche, et elle n’a peut-être pas forcément eu lieu quand on intégré la Grande-Bretagne. Ainsi, Schuman et de Gaulle avaient plus de points communs qu’on le croit : les deux n’étaient pas favorables à l’entrée du Royaume-Uni dans l’Europe…
14. p. 109.
15. p. 110.
16. p. 52.
17. pp. 52-53.
18. p. 55.
19, 20. p. 60.
21. p 95

10 réponses à “L’Europe selon Robert Schuman”

  1. Y.P.

    effectivement – aujourd`hui nous manquons de Schumans en politique.

  2. Dupré

    Merci. Article intéressant, même pour un non démocrate chrétien comme moi! Je trouve qu’il demeure néanmoins une “insuffisance” (n’y voyez pas du mépris) chez Schuman et ses successeurs démocrates chrétiens sur le régime mixte.

    Une trop grande mise en avant des bienfaits de la démocratie, de l’aristocratie ou de la monarchie chrétienne me laissent toujours rêveurs. St Jean Paul II avait par exemple un grand respect de la démocratie, mais pourtant il avait des mots très durs sur ses excès. Toute source de légitimité peut être très chrétienne (très beau passage de Schuman à ce titre) si l’on reconnaît qu’au delà des hommes il y a Quelqu’un d’autre. De même tout régime est corruptible et surtout temporaire en fonction de son adéquation au bien commun et du contexte historique, géographique, culturel…

    Mais surtout, et c’est mon principal reproche, cet argument de la paix est irritant au plus haut point…comme si l’Europe était la seule cause si elle est seulement une cause première de la paix.

    C’est si facile à affirmer lorsqu’on a une guerre froide jusqu’en 1991 (avec toutes ses conséquences), deux pays en cause dans la plupart des grandes guerres du passé en Europe qui ont la bombe nucléaire (Royaume-Uni et France), un pays traumatisé et saigné par la Guerre (Allemagne), des bases américaines et de l’Otan dans plusieurs pays européens, etc.

    En revanche les pays européens n’aiment pas beaucoup la paix chez leurs voisins: Golfe, Afrique, Serbie, Afghanistan…Je ne suis pas certain que les populations de ces pays soient bien d’accord avec le slogan.

    On pourrait rappeler un parallèle historique de paix durable…la France a mené de nombreuses guerres sous Louis XV et Louis XVI, mais la plupart à l’extérieur de ses frontières, préservant la paix intérieure sur ses territoires. Ca n’a pas empêché la Révolution française.

    Le problème de l’Europe n’est sans doute pas principalement la paix (ou plutôt l’absence de guerre) mais le chômage, la dérégulation financière, les libertés civiles, l’immigration, le respect des souverainetés nationales, la délinquance, la famille, … qui sont ferments de troubles futurs qui pourraient être aussi importants que la Révolution de 1789 et ses excès de 1793!

    Enfin, la paix ne se résume pas à l’absence de conflits, loin de là. C’est “la plénitude de l’ordre tranquille”. Ca ne sert à rien de ne pas avoir de guerre si se préparent des ferments de grands désordres pour les européens dans cet état de non-guerre.

  3. Charles Vaugirard

    @Dupré :

    Concernant le rôle de l’Union européenne sur la paix dans le vieux continent, je vous rappelle qu’il ne s’agit pas seulement d’une absence de guerre. Ce n’est pas une “pax romana” fondée uniquement sur la puissance de quelques Etats. Il y a eu une politique de coopération, réconciliation et d’amitiés entre la France et l’Allemagne (et tous les Etats européens).
    Schuman en parle longuement : il explique que pour parvenir à la paix, il faut d’abord sortir de la propagande guerrière qui était jusque dans les écoles. L’Allemagne n’est plus présentée aujourd’hui comme “l’ennemi héréditaire” de même que l’Angleterre. Ces vieux démons nationalistes sont enfin expurgés des écoles (eh oui on enseignait la haine du “boche” à grand coup de chants patriotiques). Cela est bien fini et c’est grâce à la politique européenne. D’autre part, selon les traités, selon la mise en commun de toutes sortes de compétences, une guerre européenne est impossible. Certes nous ne sommes pas à l’abri d’une guerre civile… aucun Etat ne l’est et l’Europe n’est pas parfaite car c’est notre lot ici bas… seule la Jérusalem céleste sera délivrée du mal.

    Concernant nos voisins, l’UE ne leur a pas déclaré la guerre que je sache. Certes, la paix n’est pas encore mondiale, mais on a déjà réussi ça au coeur de l’Europe et c’est un progrès colossal.

  4. DUPRE

    Je ne nie pas l’influence de l’Europe en tant que facteur de “paix”, mais je dénie fortement qu’elle soit la seule cause de l’absence de guerre en UE depuis sa création et qu’elle en soit la cause première. Qu’elle l’ait accompagné, tant mieux.
    Mais la démarche de réconciliation est d’abord à l’initiative des Etats et de leurs dirigeants.

    Si je suis bien, Schuman rêvait d’une europe politique “chrétienne”, unifiée progressivement, dans un après guerre encore imprégné de christianisme. Mais cette Europe chrétienne est morte.

    Etre une minorité chrétienne active impose selon moi de repenser l’opportunité du dessein de Schuman car il est périmé dans ses bases.

    Il me semble de plus que l’histoire a illustré la difficulté de réunifier l’Europe (il faudrait déjà en connaître les contours comme l’écrivait Rémi Brague!!! Parce que l’Empire romain ce n’est pas l’UE actuelle…). Et c’est normal: l’histoire, la géographie, l’économie, les croyances évoluent et ne permettent pas certains projets.
    – Charlemagne avait un projet chrétien soutenu par la papauté qui n’a pas résisté aux lois de successions
    – la papauté médiévale s’est empêtrée dans sa distinction temporel/spirituel
    – Charles Quint a buté sur la France et les revendications des nations naissantes qu’ont payé ses héritiers espagnols (sans compter la Réforme).
    – Napoléon a eu un projet civilisationnel révolutionnaire et pragmatique vis à vis du christianisme mais son incapacité à arrêter les conflits l’a ruiné.
    – Le communisme universel athée a échoué, tout comme le nazisme avec sa Mittel Europa et ses satellites.

    Les projets universalistes échouent ou ne durent pas, bien qu’ils laissent des traces très grandes et des nostalgies sources de renouvellement mais parfois aussi sources de passéisme.
    – les colonies sont terminées.
    – les grands empires disparaissent
    – les superpuissances ne durent pas (regardez comment les USA tentent de sauvegarder leur primauté : ils n’ont jamais été autant en guerre).

    Personnellement le rattachement au projet de Schuman, pour respectable qu’il soit, me semble périmé du fait du changement de société de ces 60 dernières années.

    Ca n’empêchera peut être pas sa canonisation, mais se servir de celle-ci pour affirmer qu’il a raison politiquement me gêne (en ce cas il faudrait suivre l’optique politique de grands saints médiévaux qui ferait rire aujourd’hui).

  5. Pierre Huet

    ” Il ne s’agit pas de fusionner des États, de créer un super-État. Nos États européens sont une réalité historique ; il serait psychologiquement impossible de les faire disparaître.” disait-il. Mais en même temps et veut tendre vers l’absence de droit de véto. Ce qui conduit au systéme actuel ou chaque pays (je n’aime pas qu’on emploie le terme juridique d’etat, alors qu’un pays c’est vivant) peut voir ses biens les plus vitaux battus en brèche.

  6. Rejet de «One of us» par la Commission européenne : c’est Schuman qu’on assassine ! | Cahiers libres

    […] Schuman voulait une Europe démocratique dont les organes seraient soumis à l’opinion publique… L’opinion publique a alerté la Commission de la question des embryons et la Commission aurait dû saisir le Parlement, dépendant de l’opinion, et le Conseil, dont les gouvernements sont liés à l’opinion. Or, non, la Commission, non élue et déconnectée de l’opinion, a préféré dire non. Un non qu’elle assène en se justifiant de la politique actuelle sur la recherche sur l’embryon, sans même accepter de se remettre en question. Pourtant la cour de justice de l’Union européenne a reconnu un statut à l’embryon, ce qui justifierait une relecture de la politique européenne sur ce sujet … […]

  7. François et l’Europe de Robert Schuman

    […] message à l’Union Européenne. Il est peu loquace sur l’identité de ces Pères fondateurs : Robert Schuman, mais aussi Alcide de Gasperi et Konrad Adenauer. Trois fervents catholiques, et les deux premiers […]

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