Dans le monde sans en être

Des jupes et des hommes

Tintin en kilt

Alors que le web s’est enflammé ces derniers jours autour de la journée de la jupe, Rafélis en propose une lecture originale et distanciée.

La semaine dernière l’actualité a été marquée par une polémique autour du dossier de presse de l’académie de Nantes à l’occasion de l’action de lutte contre le sexisme intitulée « Ce que soulève la jupe » organisée le 16 mai dans différents lycées par les élèves élus au Conseil Académique à la Vie Lycéenne. Il apparaît qu’un certain amalgame a été fait avec les craintes de certains autour de la « théorie du genre ». Il nous semble important de clarifier le sujet.

L’événement cité précédemment consiste en une journée de soutien à la cause de l’égalité hommes/femmes, comme on pourrait faire une journée contre le racisme ou l’antisémitisme. Il semble que l’initiative vise simplement à montrer qu’on soutient cette cause : « je ne suis pas une femme mais je porte une jupe (symbolisant la féminité) pour montrer que je soutiens les femmes ». Nous pouvons comparer cette initiative au « Ich bin ein Berliner » de Kennedy et cela serait  comme porter une perruque afro pour soutenir les Noirs contre le racisme, une kippa pour soutenir les Juifs contre l’antisémitisme,  etc. Bref, c’est avant tout un geste de solidarité.

La problématique soulevée évoque un certain discours qui ne pense le désir et la séduction que d’un point de vue masculin et qui renvoie toujours la responsabilité de la « tentation » aux femmes et les rend donc coupables du désir de l’homme. Dans certains endroits, comme l’avait montré le film « La journée de la jupe », les femmes ne peuvent plus se vêtir comme elles le souhaitent, mais doivent se couvrir sous peine de se faire agresser et d’en être en plus responsables. Porter la jupe pour une journée de lutte pour l’égalité peut donc simplement être une expression de solidarité pour ces femmes. Quand on pense à l’agression récente dans le métro de Lille et du manque de courage des personnes ayant assisté à la scène, nous pouvons comprendre la nécessité d’une journée de lutte contre le sexisme et le souhait d’un symbole fort.

Il ne s’agit pas là de se « déguiser en femme » comme certains l’ont laissé accroire. Il n’est pas obligatoire de mettre une jupe et il n’est pas question de maquillage. On peut tout aussi bien porter un badge indiquant qu’on soutient cette cause. Ainsi, la jupe portée par dessus sa tenue normale n’aura rien d’un travestissement, mais seulement d’un symbole de solidarité.

La réaction excessive de certains est liée aux craintes portées par la « théorie du genre ». Force est de reconnaître aux tenants du « il n’y a pas de fumée sans feu » que les actions et discours des membres du gouvernement depuis deux ans ont créé ce climat de méfiance voire de suspicion des familles vis-à-vis de l’école. Nous rappellerons seulement une déclaration fameuse de Vincent Peillon, alors ministre de l’Education Nationale : « Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel ».

En revanche, témoigner d’une tendance obsessionnelle et dégainer dès que le mot « genre » est prononcé, ou qu’une action de sensibilisation à l’égalité hommes/femmes est proposée, est non seulement ridicule et décrédibilise ses acteurs, mais également contre-productif puisque cela a pour conséquence de sur-médiatiser des non-événements, d’évacuer la véritable problématique, d’extrémiser les discours et d’attiser les réflexes communautaires.

Nous appelons donc chacun à la mesure, assurés que ces débats passionnés et généralisateurs n’ont pour seul résultat que de cristalliser les rancœurs avec le risque d’une récupération politique par certains extrêmes. Il est aujourd’hui nécessaire de récréer les conditions du dialogue. Pour cela, et à l’exemple du Décalogue culturel 1 Le Saint-Siège et l’Institut Royal des Etudes interreligieuses d’Amman ont appelé la semaine dernière, et on aurait préféré que les réseaux sociaux fassent plutôt le buzz sur cette nouvelle, à la libération immédiate des lycéennes enlevées au Nigeria. Ils ont également proposé un « Décalogue culturel » pour toutes les personnes engagées dans l’éducation des jeunes :

1- Ne jamais renoncer à la curiosité intellectuelle ;

2- Avoir un courage intellectuel au lieu de la lâcheté intellectuelle ;

3- Etre humble et non pas intellectuellement arrogant ;

4- Pratiquer l’empathie intellectuelle au lieu de la fermeture d’esprit ;

5- Respecter l’intégrité intellectuelle ;

6- Garder son autonomie intellectuelle ;

7- Persévérer face à la superficialité environnante ;

8- Avoir confiance dans la raison ;

9- Etre impartial et non pas intellectuellement injuste ;

10- Considérer le pluralisme comme une richesse et non comme une menace.  , nous nous devons tous d’être impartiaux et non intellectuellement injustes ; d’être humbles et non intellectuellement arrogants ; de promouvoir le courage intellectuel au lieu de la lâcheté intellectuelle.

Rafélis

Notes :   [ + ]

1.  Le Saint-Siège et l’Institut Royal des Etudes interreligieuses d’Amman ont appelé la semaine dernière, et on aurait préféré que les réseaux sociaux fassent plutôt le buzz sur cette nouvelle, à la libération immédiate des lycéennes enlevées au Nigeria. Ils ont également proposé un « Décalogue culturel » pour toutes les personnes engagées dans l’éducation des jeunes :

1- Ne jamais renoncer à la curiosité intellectuelle ;

2- Avoir un courage intellectuel au lieu de la lâcheté intellectuelle ;

3- Etre humble et non pas intellectuellement arrogant ;

4- Pratiquer l’empathie intellectuelle au lieu de la fermeture d’esprit ;

5- Respecter l’intégrité intellectuelle ;

6- Garder son autonomie intellectuelle ;

7- Persévérer face à la superficialité environnante ;

8- Avoir confiance dans la raison ;

9- Etre impartial et non pas intellectuellement injuste ;

10- Considérer le pluralisme comme une richesse et non comme une menace.

5 réponses à “Des jupes et des hommes”

  1. Marie Coulon

    Pour ce qui est de moi, je trouve dingue que le rectorat soutienne cette mesure au lieu d’inciter les élèves à travailler, à 15 jours du bac…
    Et très démago que la transgression soit promue par les représentants du pouvoir.
    On se demande contre quoi les jeunes – et les moins jeunes- se révolteront, maintenant. On se demande même si ce genre de “révolte aménagée” ne vise pas à éteindre tout esprit critique et toute volonté de passer à un autre modèle que le modèle libéral libertaire.

  2. Andino

    Bienvenue dans le monde des bisounours, Monsieur Rafélis. Sur le fond, vous avez raison… Si tout était rationnel, intellectuel ou au moins bienveillant, comme la vie serait plus simple! Cette journée de la jupe à l’envers est tout simplement mal venue. La réaction épidermique contre les idéologues du gender est… épidermique! Le problème est bien que cette provocation viennent d’un gouvernement sensé chercher l’apaisement. Et qui en l’occurrence ferait mieux de faire la vérité sur ces fameuses inégalités homme-femme, sur leurs origines, les milieux dans lesquelles elles se perpétuent, etc.
    Alors si vous voulez donner des leçons, cherchez d’abord et toujours d’où vient le mal au lieu de regretter que tous vos “amis” ne soient pas des purs.

  3. Benoit

    Merci Rafélis pour ton article.

    Je partage assez spontanément l’interrogation de Marie Coulon, il est aberrant que l’Académie soutienne ce genre d’initiative.
    Si je ne fais pas un drame de cette journée de la jupe et que je n’y vois pas une manifestation du très secret Lobby Gender, je n’y crois pas non plus que se soit le signe d’une véritable lutte contre le sexisme (si l’on voulait vraiment lutter contre cela, il faudrait s’attaquer au secteur publicitaire, pas aux jupes/pantalons des lycéens) …

  4. claude

    lutte contre les discriminations: bon dos. sur les plaques des morts pour la France, il y a plus d’hommes, les métiers “durs” mineurs étaient plutôt d’hommes, comme quoi la société ancienne ne favorisait pas en tout les hommes. Actuellement, les femmes vivent plus longtemps, à force de lutter contre le sexisme, elles ont de meilleurs résultats que les garçons à l’école. C’est surtout dans les banlieues que les filles peuvent être agressées si elles mettent la jupe, mais ce n’est pas le même débat.Les autorités n’appellent pas les garçons à se travestir: il es juste question d’une jupe un jour ( il faut un début à tout), sauf que presque tout le monde a vu qu’il est suggéré en plus du rouge à lèvres’ non ce n’est pas du maquillage, et des affichettes avec le logo de la république par dans le JDD suggérent le port de collant noirs fins pour les deux sexes. Pour être travesti, il ne doit plus manquer que le soutien gorgepour avoir une poitrine EGALE à celle des filles

  5. Kilted man

    Dans de nombreux pays la jupe est un vêtement masculin: sarongs en Asie, paréos dans les iles du pacifique, kilts en Ecosse et partout ou il ya des celtes (y compris en France).
    On peut adopter ces jupes masculines sans se travestir. Ce n’est pas notre culture? Le blue jean, les baskets et les blousons non plus (ça vient de chez l’oncle Sam).
    Les hommes ont été contraints aux métiers durs? Morts pour la France? En Israel toutes les femmes sont des soldats, il y a des femmes combattantes parmis les pechmergas en Irak.
    Il n’y a pas de métiers d’hommes ou de femmes, il n’y a qu’un certain ordre sociétal mis en place par la bourgeoisie au 19ème siècle et basé sur la ségrégation: des sexes, des couleurs de peau, des apparences physiques, etc…Pour mieux diviser la société, pour que les gens se disputent entre eux aux lieux de s’unir. Diviser pour mieux règner…vous connaissez la suite. Et ça marche regardez tous ces gens q de la manif pour tous dans la rue, en proie à la panique homophobe, je suis sur qu’ils ont tousn des enfants ou neveux, cousins, etc… Au chomage et dans la précarité, voyez-vous ces gens manifester pour tout un chacun aient un vrai boulot et un accès au logement? non, ils ne se préoccupent que d’une question esthétique et vestimentaire. Ils tombent dans le piège que leur tendent les classes dirigeantes: politiques, églises de rome, patronnat, bourgeoisie….

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