Dans le monde sans en être

Evolution des événements de Maïdan

Je me suis arrêté dans l’article précédent sur l’idée, ou le constat, d’une influence continue de la Russie sur l’Ukraine, consistant pour beaucoup dans le soutien du pouvoir criminel en Ukraine. Je vais maintenant continuer la chronologie et l’analyse des événements sur Maïdan dans un contexte plus large. Victor Yanoukovitch a gagné les élections présidentielles en 2010, entre autres grâce au soutien russe, mais aussi à cause de la concurrence de Youlia Tymochenko. Cette candidate exerçait le pouvoir de Premier ministre avant les élections de 2010 et menait une politique parfois imprudente, ce qui a découragé près de 7 % de l’électorat de voter pour elle. Ils ont finalement voté contre les deux candidats. Cet électorat était considéré pour la plupart comme anti-Yanoukovitch en 2010 mais n’a pas vu en Tymochenko une candidate convenable. Cela a permis à V. Yanoukovitch, appuyé très fortement par la propagande russe 1Malgré ses séjours en prison à l’époque soviétique pour des délits non pas politiques mais bien criminels (accusé de vol, d’agression et probablement de viol) « Ma famille était très pauvre et je rêvais de m’affranchir de cette pauvreté », confiait récemment Viktor Ianoukovitch (Yanoukovitch – dans ma rédaction, Y.P.), 53 ans, qui pourrait succéder au président ukrainien sortant Léonid Koutchma, malgré la colère de la rue. Né en 1950 dans une famille ouvrière du Donbass, dans l’est du pays, il perd successivement sa mère et son père avant l’âge de 6 ans. Son enfance est difficile. Les médias ukrainiens ont largement raconté le passé de ce géant de près de deux mètres, décrit comme un homme à poigne dénué de finesse. Adolescent, Viktor Ianoukovitch fréquente les bas-fonds et devient … », Alain Guillemoles, « Dossier », La Croix, http://www.la-croix.com/Archives/2004-11-26/Dossier-_NP_-2004-11-26-223168 [26.11.04]. , de devenir Président de l’Ukraine, gagnant devant Tymochenko de quelques pour cents seulement. Il a ensuite exercé le pouvoir en modifiant la constitution de manière inouïe 2La Constitution a en effet été changée, par l’intermédiaire de la cour constitutionnelle, en ignorant l’approbation nécessaire du Parlement, en vue de revenir à la constitution de 2004 qui donnait presque la totalité de l’exécutif au Président. jusqu’en février dernier.

J’ai également, dans l’article précédent, exposé les raisons qui sont à l’origine des manifestations, à savoir une réaction à la politique étrangère incohérente du gouvernement sous la présidence de Yanoukovitch. Ces manifestations, pacifiques pendant près d’un mois et demi, ont rencontré une réaction du pouvoir inappropriée, se résumant à la volonté d’ignorer la crise qui mûrissait en Ukraine. Cette réaction du gouvernement ne pouvait se traduire que par une escalade de la crise.

Je souligne que lors de ces événements le pouvoir cherchait à employer les techniques propagandistes que la « belle époque » soviétique utilisait lors de la provocation des émeutes en Amérique Latine ou en Afrique. C’est pourquoi je ne m’arrête que de manière très brève sur ce qui s’est passé début décembre lorsqu’un groupe de « provocateurs », dirigé par Dmytro Kortchynski (leader de l’organisation « Bratstvo » 3[Bratstvo], en ukr. Братство veut dire la fraternité.) , a cherché, à l’aide d’un chasse-neige, à disperser les policiers et ainsi à débloquer le chemin vers des bâtiments administratifs dans le but de les occuper. Les vrais manifestants et les représentants de l’opposition politique ont rapidement compris que cette activité du groupe Kortchynski n’avait rien de commun avec les manifestations de Maïdan et n’était qu’une pure et simple provocation pour justifier par avance l’emploi de la force par les policiers. D’ailleurs cette méthode d’« électrisation » de la situation a été employée par le pouvoir de Yanoukovitch tout au long des événements sur la place Maïdan mais aussi après et a eu pour résultat l’apparition de clivages réels. Les habitants de certaines régions du sud-est de l’Ukraine ont réellement cru que les « banderistes de Galicie » allaient les envahir et les « nazifier » 4 Soulignons qu’il n’y a pas de partis néo-nazis en Ukraine, alors qu’ils semblent exister en Russie, comme par ex. Comments.ua, « У Чехії викрили осередок російської неонацистської організації”, http://ua.comments.ua/world/229943-u-chehii-vikrili-oseredok-rosiyskoi.html [05.05.2014]. Cf. WotanJugend – INFO, „Молот Национал-социализма”, https://vk.com/wotanjugend [22.07.2008], cf. Алексей Соломин, Алексей Нарышкин, „Неонацизм в России”, Эхо Москвы, http://www.echo.msk.ru/programs/Scenario/1076272-echo/#element-text [13.05.2014]. Le « Secteur Droit » regroupe plusieurs organisations nationalistes mais aucune d’elles ne se réclame du nazisme ni même ne cherche des similitudes avec lui, cf. Петр Шуклинов, Правий сектор. Хто вони і чого добиваються, http://news.liga.net/ua/interview/politics/962960-praviy_sektor_khto_voni_chogo_dobivayutsya.htm [20.01.2014]. … C’est alors que des personnalités comme Petro Porochenko ou Vitali Klitchko se rendirent sur place et neutralisèrent cette action. Mais les dégâts étaient faits – les médias russes ont obtenu cette image et présentèrent cette action provocatrice comme le début de la manifestation de Maïdan en la plaçant dans la chronologie avant même les représailles des manifestants jusque-là pacifiques du 30 novembre. Le deuxième succès de cette provocation fut la justification de l’emploi à venir de la force par la police 5Il faut préciser qu’on informait les policiers que les manifestants sont très agressifs en leurs montrant les images vidéo de cette provocation avec le chasse-neige. . Néanmoins cela n’a pu changer le cours des événements de manière significative mais le bilan des blessés fut plus lourd à cause de cette technique 6 On en accusait déjà à l’époque les services de renseignements russes, pour au moins deux raisons : D. Kortchynski était connu pour son passé au KGB et soupçonné de collaboration avec les services russes, par ailleurs les participants à cette action s’entretenaient uniquement en Russe (parfois même sans accent propre aux Ukrainiens parlant le russe) – étonnant pour les actions spontanées rassemblant un public parlant les deux langues comme c’est courant en Ukraine. Cf. Gazeta.ua, „Учасником сепаратистського мітингу в Одесі виявився неонацист з Росії”, http://gazeta.ua/articles/np/_uchasnikom-separatistskogo-mitingu-v-odesi-viyavivsya-neonacist-z-rosiyi/549044 [25.03.2014]. .

Cet événement écarté, je reviens à la description chronologique de la vraie manifestation de Maïdan. Après près d’un mois et demi de présence sur Maïdan, lors d’un hiver ukrainien où la température descendait certains jours jusqu’à – 20°C, le pouvoir essaya à nouveau de dégager la place principale de Kiev, malgré la présence dans le pays d’importantes personnalités diplomatiques de l’UE et des États-Unis, le 11 décembre 2014 7La tentative de dispersion des manifestants par la force eut lieu le soir du 11 décembre, malgré la présence dans la journée des diplomates représentant la haute diplomatie américaine et européenne, Victoria Nuland et Catherine Ashton. . L’action des forces spéciales fut étouffée à cause des habitants de la ville qui n’hésitèrent pas à se lever pour venir en aide aux manifestants dont la motivation était digne d’étonnement. En pleine nuit la quantité de manifestants doubla sur Maïdan.

Après ce mois et demi, la foule 8Selon certaines statistiques près de 3 millions de personnes prirent part aux manifestations tout au long des quatre mois sur Maïdan à Kiev. Cependant ce qui me paraît le plus important n’est pas le nombre de manifestants (dont on ne peut nier qu’il était important) mais leur statut social, âge, visions politiques, etc., très variés. On ne peut lier ces personnes à un seul parti ou groupe d’âge. L’Institut International de Sociologie de Kiev propose ces données : „Від Майдану-табору до Майдану-січі: що змінилося?”, http://www.kiis.com.ua/?lang=ukr&cat=reports&id=226&page=1 [6.2.2014]. , fatiguée par le froid et dont, non seulement les revendications mais même la présence était consciemment ignorées par le pouvoir, modifia ses exigences. Ainsi devint populaire la revendication de la démission du Président.

Le 16 janvier 2014, les partis au pouvoir, le Parti de Régions ainsi que le Parti Communiste, votèrent à main levée 9 La procédure du vote oblige à voter par la méthode électronique mais ces deux groupes de parlementaires l’ont enfreint parce qu’ils manquaient de voix. , des lois anticonstitutionnelles, pour contrecarrer les exigences des manifestants.

Pour donner une image de ces lois nous pouvons citer deux restrictions exemplaires : les nouvelles lois interdisaient de se déplacer en colonne de voitures, la colonne devant être considérée comme telle à partir de la sixième voiture (à la question comment la police devait définir quelle sixième voiture, par exemple dans un bouchon, sera celle de la colonne, la réponse fut évasive). Autre exemple : il devenait possible aux juges de mener les procès concernant les manifestations sans inviter l’accusé (ou plutôt le suspect) à participer aux assises ou le prévenir du procès ni même de l’accusation contre lui. Autrement dit la police pouvait débarquer chez quelqu’un et l’envoyer directement en prison sans aucun droit à une défense.

Il est possible de citer d’autres exemples de l’esprit anti-démocratique de ces lois, mais pour ne pas nous attarder, revenons à la réaction des manifestants face à de telles lois. Avant cela, précisons aussi que les « tables rondes » tenues auparavant étaient organisées de telle sorte que le pouvoir ne cède rien aux manifestants et à l’opposition, mais dans le but de gagner du temps en présentant l’opposition comme incapable d’obtenir un quelconque succès dans les négociations. De cette façon, le pouvoir cherchait à les discréditer auprès des manifestants pour faire sombrer Maïdan dans l’anarchie. Cette volonté de gagner du temps reposait probablement sur l’espoir de l’aide du « général hiver ». D’autant plus que les provocations précédentes, organisées par le pouvoir ou ses proches, furent maîtrisées par l’opposition et n’avaient pas donné le maximum du résultat attendu.

Au long des trois jours après le vote des susdites lois, les manifestants exigeaient la révocation de celles-ci, mais n’étant pas entendus, leur patience s’évapora. Il faut savoir aussi que la police se mit immédiatement à appliquer ces « lois » illégitimes et, par exemple, arrêtait tous ceux qui portaient un casque. Les forces de l’ordre allaient parfois jusqu’à l’arrestation ou la perquisition chez les membres de la famille du suspect manifestant, au simple motif de l’avoir vu sur la place Maïdan.

Le 19 janvier, la partie la plus radicale des manifestants, plus connue sous le nom de « Pravéï Sektor » (le secteur de la droite ou « Secteur Droit ») 10Maïdan en effet rassemblait toutes les options politiques, des anarchistes aux conservateurs et nationalistes. C’est pourquoi on pouvait voir des prêtres sur la scène aussi bien que les drapeaux noirs des anarchistes. , est passée à l’action. Il faut reconnaître qu’à ce moment-là les manifestants franchirent le pas de la violence. Ils ne cherchaient pas à tuer les policiers mais lorsqu’ils utilisaient des « cocktails-Molotov », ils  risquaient de gravement les blesser 11 J’avoue ne pas approuver de telles méthodes de la part des manifestants, néanmoins, dans une certaine mesure, ceux-ci n’avaient pas d’autre choix pour se faire entendre par un pouvoir qui, non seulement ignorait les citoyens et la crise apparue, mais encore menait une politique étrangère contradictoire, comme je l’avais expliqué dans l’article précédent. . La police en revanche, outre les balles en caoutchouc, tirait à balles réelles et complétait les grenades assourdissantes de pièces en fer pour blesser et tuer les manifestants 12 Les médecins retirèrent des balles de chasse ou des balles pour l’arrêt de moteur des véhicules. Лікарі підтвердили, що одного із протестувальників вбив снайпер, Espreso.tv, http://espreso.tv/new/2014/01/22/likari_pidtverdyly_scho_odnoho_iz_protestuvalnykiv_vbyv_snayper [22.012014]. . Chez les manifestants apparurent ainsi les premiers assassinés à coups de feu 13 Un des manifestants que j’ai rencontré en Pologne où il était soigné après avoir été battu par des policiers au point de lui transpercer le crâne, témoignait que ses exécuteurs étaient payés entre 1500-3000 dollars pour le corps d’un manifestant tué. De même les manifestants « anti-Maïdan » ont été rassemblés par le pouvoir soit pour de l’argent soit par la menace de perdre des postes administratifs. En revanche le fait que les manifestants de Maïdan étaient tous payés 50 dollars par jour, comme je l’ai entendu dire par certains Français, est peu probable. Les self-défense de Maïdan ont pu être payés car ce sont des professionnels, de même que les participants à l’« Auto-Maïdan » (des manifestants mobiles dans leur propres voitures dont le but était de bloquer les forces de l’ordre et les voyous pour protéger les autres manifestants) ont pu être remboursés pour leurs frais d’essence. En tout cas les manifestants ordinaires que je connais suffisamment bien pour leur faire confiance sur un sujet aussi délicat, n’étaient pas payés. Je reviendrai probablement sur ce sujet dans la suite de la série. .  L’enquête après le changement du pouvoir en Ukraine a démontré comment la police collaborait avec des voyous qui utilisaient des armes blanches et des armes à feu contre les manifestants 14 Parfois ces voyous se révélaient être des policiers déguisés et parfois à l’inverse les voyous étaient déguisés en policiers, et les uns provoquaient les autres. Ces provocations pouvaient aller jusqu’à l’assassinat pour l’exemple. Le but était de donner des raisons à la police pour employer la force. Le pire est que les cibles choisies pouvaient être les policiers les plus consciencieux. . On apprit assez vite que ce sont des forces pro-pouvoir qui produisirent les premières victimes, entre autre assassinées par balles. Certaines personnes disparues furent retrouvées et avouèrent avoir été torturées. Deux de ces victimes, un actuel ministre Dmytrii Boulatov et un journaliste Ihor Loutsenko, purent échapper à la mort 15 Les survivants aux tortures pensent qu’ils furent torturés par les forces spéciales de la police, ou d’autres organes de l’ordre, en tout cas par des professionnels. Dmytro Boulatov (actuel ministre du sport) précisait qu’il fut enlevé par des spécialistes, probablement d’origine russe, reconnus par leur accent spécifique à la Russie en russe, qui se distingue généralement de l’accent en russe des Ukrainiens. Une autre victime Ihor Loutsenko affirme avoir été aussi torturé par des professionnels, cf. ТВі, « Знак оклику! »: Смертельний калібр, або Чим стріляв “Беркут” на Грушевського? » http://tvi.ua/new/2014/02/04/znak_oklyku_smertelnyy_kalibr_abo_chym_strilyav_berkut_na_hrushevskoho [04.02.2014]. . Abandonnés dehors en plein hiver, ils surent trouver un abri et faire savoir où ils se trouvaient aux amis qui les recherchaient. D’autres ne survécurent pas aux tortures. On retrouva ainsi le corps d’un autre manifestant – un professeur de Lviv torturé à mort dans la banlieue de Kiev. Aujourd’hui près de 160 personnes sont encore portées disparues 16 Cf. Олена Максименко, „Зранені Майданом. Кількість постраждалих під час революції не піддається обліку”, Тиждень, http://tyzhden.ua/Society/106659 [8.04.2014]. .

Il faut ajouter à la liste des atrocités commises par le régime de l’ex-président Yanoukovitch le fait d’avoir employé des jets d’eau sur les manifestants par temps d’hiver. Suite à de telles pratiques le nombre de morts et de blessés augmenta de manière significative.

Mais le pire allait venir entre le 18 et le 20 février. A cette date (18.02.2014), il était convenu au Parlement de révoquer la totalité des lois antidémocratiques et anticonstitutionnelles ainsi que de revenir à la Constitution de 2004. Le retour à cette constitution aurait permis d’amoindrir le rôle du président en conférant une grande partie des pouvoirs au Parlement 17 Ces changements, lors du grand scandale des fraudes électorales commises par l’équipe du candidat V. Yanoukovitch, volant ainsi la victoire à V. Youchtchenko, sont connus en France sous le nom de Révolution orange. Celle-ci consista en une réaction similaire à celle du Maïdan d’aujourd’hui, suite à un million de faux bulletins électoraux et des votes illicites. Voici comment la presse française avait décrit ses débuts : « 31 octobre 2004 : premier tour de l’élection présidentielle en Ukraine, les deux candidats sont au coude-à-coude. Des observateurs de pays de l’Est font état de « sérieuses irrégularités ».1er novembre : l’Union européenne « regrette » le manque de démocratie en Ukraine. 6 novembre : les partisans du candidat de l’opposition, Viktor Iouchtchenko (Youchtchenko dans ma rédaction, Y.P.), accusent la commission électorale de manipulation. 50 000 d’entre eux manifestent à Kiev.12 novembre : le président russe Vladimir Poutine se rend en Ukraine. C’est sa deuxième visite de soutien à Viktor Ianoukovitch en quinze jours.21 novembre …”, « Dossier », La Croix, http://www.la-croix.com/Archives/2004-11-30/Dossier-_NP_-2004-11-30-223355 [30.11.04]. . D’ailleurs ce transfert du pouvoir avait été effectué en 2004, mis en place en 2005 et c’est seulement en 2010, sans passer par le Parlement mais en manipulant la Cour Constitutionnelle, que V. Yanoukovitch s’était restitué un pouvoir quasi total 18 Арсеній Яценюк, „Янукович здійснив держпереворот. Рада має повернути Конституцію-2004”, Українська Правда, http://www.pravda.com.ua/news/2014/02/16/7014014/ [16.022014]. . Pour cela l’ordre constitutionnel de l’Ukraine avait changé, de manière illégitime, de parlementaire et présidentiel à présidentiel et parlementaire. C’est pourquoi le retour à la Constitution de 2004 19 La constitution de 2004, en cours de 2005 à 2010, était le fruit d’un compromis entre l’équipe de V. Yanoukovitch et celle de V. Youchtchenko, suite à la Révolution orange. C’est aussi lors de ces événements que la population ukrainienne découvrit que V. Yanoukovitch est entré en politique par les milieux criminels. Son lobby devint trop puissant pour remettre en cause la légitimité de ce candidat, essentiellement parce qu’il bénéficiait d’un énorme soutien de la Russie. Soutien que la Russie n’hésitait pas à montrer en engageant une guerre énergétique ou commerciale contre l’Ukraine dans les moments de crises politiques… C’est à dire qu’à chaque fois que la société et l’opposition cherchaient à écarter V. Yanoukovitch, la Russie haussait les prix du gaz ou interdisait la vente de produits ukrainiens sur son territoire pour des prétextes inventés. Or l’industrie ukrainienne est très orientée vers le marché russe. En échange du succès sur son marché, la Russie cherchait à dominer la situation politique en Ukraine en pliant ce pays à sa politique, largement plus que ne le feraient par ex. les USA si craints en France. De plus, l’union douanière que la Russie organise avec les ex-membres de l’URSS, contribue, non seulement à la reconstitution de l’URSS (avec pour conséquence une nouvelle Guerre Froide), mais aussi à monopoliser le marché des pays ex-membres de l’URSS et avoir un droit de veto « commercial » dont Moscou disposerait à sa guise. Cf. Alain Guillemoles, Alla Lazareva, Gazprom. Le nouvel empire, Paris 2008, passim, cf. Serhii Minin, « Економічні війни України та Росії », Pressja, http://pressja.wsiz.pl/%D0%B5%D0%BA%D0%BE%D0%BD%D0%BE%D0%BC%D1%96%D1%87%D0%BD%D1%96-%D0%B2%D1%96%D0%B9%D0%BD%D0%B8-%D1%83%D0%BA%D1%80%D0%B0%D1%97%D0%BD%D0%B8-%D1%82%D0%B0-%D1%80%D0%BE%D1%81%D1%96%D1%97/ [06.02.2014]. aurait permis le rétablissement de la légitimité du pouvoir et une stabilisation de la situation politique, voire même de résoudre la crise. L’opposition le comprenait aussi bien que les manifestants. Le pouvoir en revanche faisait tout pour que ce retour ne puisse pas s’opérer. Les manifestants, conscients de la fragilité de la situation, voulaient soutenir l’opposition et arrêter le boycott de cette question par les partis au pouvoir, par une marche pacifique devant le Parlement ukrainien. C’est alors que les policiers, prévenus de cette marche, prévenus également qu’elle serait pacifique, mais sous tension depuis des semaines et eux-aussi mis à l’épreuve par les provocateurs agissant au nom du pouvoir parmi les manifestants 20 Je soutiens néanmoins la version que ces événements furent planifiés par le pouvoir. Les policiers pour la majorité étaient simplement instrumentalisés, bien que le nombre de policiers corrompus en Ukraine a toujours été grand. , passèrent tout de même à l’action. Ils laissèrent passer la colonne pour l’encercler ensuite et séparer le « corps » de la « tête ». Après l’encerclement des manifestants et les premières bagarres engagées, les forces de l’« ordre » passèrent à l’attaque et ouvrirent le feu, avec des balles en caoutchouc et parfois des balles réelles. Les manifestants répondirent par des pierres et des « cocktails-Molotov » – une bataille de rue commença.

Déjà depuis le 16 janvier plusieurs personnes avaient été battues jusqu’à la mort même si elles n’opposaient pas de résistance ; cependant le 18 février la police se fit connaître par un emploi particulièrement violent des matraques. Même lorsque les manifestants étaient allongés par terre, on leur retirait leurs minces protections et continuait à les battre, parfois jusqu’à la mort. Aucune comparaison n’est possible avec les CRS français. J’ai eu également l’occasion, travaillant en France en tant qu’agent de sécurité, de les voir en action mais je n’ai jamais aperçu chez les CRS français la volonté, non seulement d’arracher les protections des manifestants allongés sans résistance, mais encore moins de les battre à mort. L’Ukraine avait déjà connu l’enlèvement par la police de certaines personnes mais avant la présidence de Yanoukovitch, les Ukrainiens n’avaient jamais vu des représailles aussi massives contre la population.

A la suite de ces actions, surtout celles du 18 et 19 février, le nombre de blessés s’éleva à plusieurs milliers (les données officielles et officieuses varient de beaucoup) 21 Vid. note 16. .

Le soir du 18 février, les manifestants réussirent à se regrouper de nouveau sur la place Maïdan et reconstruisirent une ligne de barricades alors que les anciennes étaient prises par la police. Les forces de l’ordre se complétèrent à leur tour de quelques blindés et armèrent certains policiers avec des armes d’assaut (y compris des mitrailleuses). Entre le soir du 18 et le matin du 20 février, la police renouvela ses attaques sur les barricades, produisant de nouveaux blessés essentiellement parmi la population civile, et pourtant sans succès final des actions. Les forces de l’ordre, au cours de leurs attaques, brûlèrent le bâtiment des syndicats qui était le point de repli des manifestants mais perdirent plusieurs jets d’eau et au moins deux blindés, incendiés par les « cocktails-Molotov ». La vidéo, parmi les plus regardées 22 Cf. http://www.youtube.com/watch?v=A_TAr-MbhEM [18.02.2014], cf. http://www.youtube.com/watch?v=mrAtuUrG66Y [18.02.2014], http://www.youtube.com/watch?v=FqkI3gQWDjg [19.02.2014]. en cette fin février sur youtube, présentait la destruction d’un blindé par les manifestants à Kiev.

Néanmoins rien ne peut être comparé avec le matin du 20 février 2014. Jusqu’à ce jour les forces de l’ordre n’utilisaient leurs armes que de manière dissimulée et relativement rare. Ce matin-là et jusqu’en milieu d’après-midi, les forces de l’ordre fusillèrent des manifestants 23 L’enquête montre qu’il y avait deux équipes de tireurs qui en quelques heures assassinèrent près de 80 personnes parmi les manifestants, cf. Лідія Гудущан, « Сорок днів загибелі « Небесної сотні », Espreso.tv, http://espreso.tv/new/2014/03/30/sorok_dniv_zahybeli_nebesnoyi_sotni [30.03.2014], cf. ТСН, „Нове шокуюче відео розстрілу майданівців снайпером: активісти падають і вмирають”, http://tsn.ua/politika/nove-shokuyuche-video-rozstrilu-maydanivciv-snayperom-aktivisti-padayut-i-vmirayut-336113.html [23.02.2014] (Attention vidéo pour des personnes aux nerfs forts et avec un lexique non-conventionnel), on entend aussi une voix en anglais, probablement celle d’un ex-militaire belge qui vint soutenir les manifestants). Cf. Site officiel du Ministère de l’Intérieur de l’Ukraine, http://24tv.ua/home/showSingleNews.do?mvs_oprilyudnilo_nove_video_rozstrilu_lyudey_na_maydani_video&objectId=428889 [03.04.2014].

Au début, certains croyaient que les coups de feu venaient principalement des tireurs d’élite, mais comme le révéla l’enquête conduite après le changement de gouvernement (cf. Арсен Аваков – Ministre de l’intérieur, Юрій Луценко – l`ancien Ministre de l’intérieur, Валентин Налевайченко Chef du Service de Sécurité Ukrainienne…, « Шустер Лайф », http://www.youtube.com/watch?v=83U5mMODMNQ [04.04.2014]), la plupart des victimes de la fusillade était blessée par les « kalachnikovs » (fusil d’assaut d’invention soviétique, adapté au calibre 5.45, principal armement dans un grand nombre d’armées d’Europe de l’Est, Asie, Afrique) et seulement près de 20-30% par les tireurs d’élite (utilisant comme arme principale des fusils de Dragounova, calibre 7.62). Mais effectivement, c’est la précision des tirs qui conduisit les manifestants à penser aux chasseurs d’élite comme la source principale des tirs, or en réalité ceux qui tirèrent sur les manifestants furent pour la plupart les membres du détachement exécutif des forces spéciales de la police (détachement exécutif de « Berkout », semblerait il, présent dans la rue (avec les rubans jaunes). Ce peloton ne pouvait être activé que dans le cadre d’une opération anti-terroriste qui n’était pas annoncée pourtant au publique et qui, me semble-t-il, n’avait pas lieu d’être, dans la mesure où les manifestants dans la rue ne s’armaient pas d’armes à feu. Très probablement, ce début de l’opération antiterroriste était destiné à provoquer une panique chez la masse des manifestants, mais elle n’eut qu’un succès dramatique sans parvenir à ses fins. Cette opération ne devait pas avoir lieu car les manifestants cherchaient à être entendus et ne voulaient pas vraiment recourir aux armes ; autrement ils n’auraient pas attendu aussi longtemps et n’auraient pas stoppé D. Kortchynsky avec ses provocateurs le 1er décembre 2013. Il suffisait simplement à V. Yanoukovitch de renvoyer le gouvernement pour calmer la foule et de se présenter avec des excuses dès le début du mois de décembre, au lieu d’ordonner une charge des manifestants par la police… qui n’étaient armés que par des matraques et des boucliers. Les images que présentent les vidéos accessibles sur internet ne présentent pas de chronologie, mais relatent parfaitement l’horreur du moment. Les témoins précisent que la fusillade fut bien organisée par les forces de l’ordre, même si le bureau du procureur recherche encore les coupables. C’est la raison pour laquelle ce sujet devint parmi les plus spéculés par les médias. Mais précisons bien : si les manifestants sur Maïdan cherchaient à faire un coup d’État armé, ils ne seraient pas restés dehors dans le froid pendant plus de trois mois car ils pouvaient obtenir suffisamment d’armes pour produire un tel coup, sans rencontrer une résistance énorme de la part des policiers ukrainiens. J’admets que parmi ces policiers, il existait diverses catégories de personnes, dont certaines prenaient au sérieux leur devoir et d’autres n’étaient que des mercenaires. Mais il est rare de voir des personnes sacrifier leur vie pour défendre un président suspect alors que la possibilité de ne pas le faire existe. Rappelons-nous finalement que l’armée ukrainienne, malgré les ordres reçus et le commandement pro-Yanoukovitch, ne participa pas de manière significative à la lutte contre les manifestants, mis à part les forces dépendant du Ministère de l’Intérieur, qui elles-aussi s’évacuèrent dès que l’occasion se présenta.

Malgré la fusillade le nombre de manifestants ne diminua pas, au contraire il augmenta le soir même. Les personnes, au lieu de perdre leur conviction et motivation, en gagnèrent. Cela changea la nature de Maïdan. Ce changement de nature résultait de l’évolution progressive d’une manifestation pacifique qui tenait tête aux coups de froid et de la police, en premiers germes d’une vraie résistance. « Samooborna » de Maïdan (self défense de Maidan) apparut au départ, ou plutôt s’auto-créa, à partir des volontaires, entre autres des ex-policiers ou militaires. Son but était principalement de maîtriser la délinquance et le trouble que pouvaient semer les provocateurs ou les personnes en marge de la société sur la place occupée par les manifestants, et de contenir l’agression de la police. Petit à petit elle vécut une évolution ; ses compétences et sa structure s’élargirent et elle devint une potentielle armée de résistants divisée en régiments et dirigée par des commandants désignés.

Le 19 et le 20 février, ces régiments constituaient une certaine puissance, sans pour autant exercer un vrai recours à la force. Ils se contentaient de défendre les manifestants et la place occupée par eux contre les policiers et les voyous au service du pouvoir de Yanoukovitch. Ces derniers n’hésitaient pas à battre et tuer les gens (même les policiers) pour ensuite accuser les manifestants de Maïdan. C’est un point important pour comprendre que les manifestants n’étaient pas des terroristes armés, entraînés d’avance ou ayant un plan de coup d’État préparé par les « espions américains », comme cherchaient à le présenter certains médias (essentiellement pro-Poutine). Le Kremlin d’ailleurs cultive depuis de longues années ce mythe du « méchant Occident » conspirant contre la Russie, pour créer un climat de paranoïa qui permet de justifier toutes les mesures, commodes pour le pouvoir en place, et peu commodes pour la population russe, qui malheureusement fait trop confiance à la télévision.

En réalité, les manifestants, dans ces circonstances de continuels dépassements de la loi par le pouvoir (déjà bien avant le Maïdan) dont le point culminant fut le mensonge sur les perspectives de la politique étrangère, agissaient dans le cadre du droit et de l’ordre constitutionnel bien plus que la police.

Pour mettre en tort les manifestants, les médias pro-Poutine furent obligés de modifier la chronologie même des événements sur le Maïdan et montrèrent les événements de début décembre comme ceux du commencement du Maïdan, ce qu’ensuite Dmitriy Kisielev 24 Dimitry Kisielev, un journaliste russe des milieux de la droite controversée, connue pour son antisémitisme et sa xénophobie. Ce personnage s’est fait remarquer par son conformisme au pouvoir et devint une excellente source de désinformation à l’échelle mondiale. Pour lui libérer une possibilité de manœuvre, le Kremlin fusionna les principales agences de presse sous l’égide de Русское Информационное Агенство, plus connu du public comme RIA ou RIA novosti et laissa cette agence sous la direction de D. Kisilev, cf. Артем Кречетніков, „Реформа “РИА Новости” – відповідь Майдану?”, ВВС, Москва, http://www.bbc.co.uk/ukrainian/politics/2013/12/131210_ria_novosti_maydan_hk.shtml, [10.12.2013]. présenta comme une petite erreur sans importance.

Il était important de rappeler les points principaux de cette chronologie, car les médias, essentiellement russes, montraient les hommes cagoulés et armés en se « trompant » de dates et parfois d’événements. En réalité les armes et les « cocktails- Molotov » n’apparurent chez les manifestants à Kiev que vers la mi-janvier et uniquement en réponse aux représailles démesurées de la police et de ses complices – les « titouchki ». Les manifestants apportèrent des armes à feu, souvent légalement enregistrées, principalement après la fusillade du 20.02.2014. De plus ils ne passèrent pas vraiment à la résistance 25 Il y avait certaines personnes qui essayaient de s’opposer aux « snipers » et qui étaient effectivement armées, mais de telles personnes étaient peu nombreuses et faisaient plutôt l’exception que la règle. Oleksandr Muzytchko (Олександр Музичко, connu aussi sous le pseudo Sahsha Bilyj) notamment, ancien combattant en Afghanistan (étant en service militaire dans l’armée soviétique) et en Tchétchénie (du côté tchétchène), faisait partie du « Secteur Droit ». .

L’aveu de V. Yanoukovitch, entre autres lors de la conférence de presse à Rostov 26 V. Yanoukovitch, conférence de presse à Rostov sur le Don (Russie), ТСН, http://tsn.ua/politika/divitsya-onlayn-pres-konferenciyu-yanukovicha-v-rostovi-na-donu-337214.html [28.02.2014]. , qu’il courrait des risques pour sa vie est peu crédible. Même si on peut retrouver les traces des coups de feu sur son véhicule présidentiel, cela ne veut pas dire pour autant qu’on a vraiment cherché à attenter à la vie du Président (!). D’autant plus que personne ne s’attaquerait à un véhicule présidentiel et donc blindé avec une arme à feu ordinaire en espérant un résultat effectif. Je me propose d’analyser d’autres mythes semblables dans l’article suivant.

Yaroslav Ponomarenko

Notes :   [ + ]

1. Malgré ses séjours en prison à l’époque soviétique pour des délits non pas politiques mais bien criminels (accusé de vol, d’agression et probablement de viol) « Ma famille était très pauvre et je rêvais de m’affranchir de cette pauvreté », confiait récemment Viktor Ianoukovitch (Yanoukovitch – dans ma rédaction, Y.P.), 53 ans, qui pourrait succéder au président ukrainien sortant Léonid Koutchma, malgré la colère de la rue. Né en 1950 dans une famille ouvrière du Donbass, dans l’est du pays, il perd successivement sa mère et son père avant l’âge de 6 ans. Son enfance est difficile. Les médias ukrainiens ont largement raconté le passé de ce géant de près de deux mètres, décrit comme un homme à poigne dénué de finesse. Adolescent, Viktor Ianoukovitch fréquente les bas-fonds et devient … », Alain Guillemoles, « Dossier », La Croix, http://www.la-croix.com/Archives/2004-11-26/Dossier-_NP_-2004-11-26-223168 [26.11.04].
2. La Constitution a en effet été changée, par l’intermédiaire de la cour constitutionnelle, en ignorant l’approbation nécessaire du Parlement, en vue de revenir à la constitution de 2004 qui donnait presque la totalité de l’exécutif au Président.
3. [Bratstvo], en ukr. Братство veut dire la fraternité.)
4. Soulignons qu’il n’y a pas de partis néo-nazis en Ukraine, alors qu’ils semblent exister en Russie, comme par ex. Comments.ua, « У Чехії викрили осередок російської неонацистської організації”, http://ua.comments.ua/world/229943-u-chehii-vikrili-oseredok-rosiyskoi.html [05.05.2014]. Cf. WotanJugend – INFO, „Молот Национал-социализма”, https://vk.com/wotanjugend [22.07.2008], cf. Алексей Соломин, Алексей Нарышкин, „Неонацизм в России”, Эхо Москвы, http://www.echo.msk.ru/programs/Scenario/1076272-echo/#element-text [13.05.2014]. Le « Secteur Droit » regroupe plusieurs organisations nationalistes mais aucune d’elles ne se réclame du nazisme ni même ne cherche des similitudes avec lui, cf. Петр Шуклинов, Правий сектор. Хто вони і чого добиваються, http://news.liga.net/ua/interview/politics/962960-praviy_sektor_khto_voni_chogo_dobivayutsya.htm [20.01.2014].
5. Il faut préciser qu’on informait les policiers que les manifestants sont très agressifs en leurs montrant les images vidéo de cette provocation avec le chasse-neige.
6. On en accusait déjà à l’époque les services de renseignements russes, pour au moins deux raisons : D. Kortchynski était connu pour son passé au KGB et soupçonné de collaboration avec les services russes, par ailleurs les participants à cette action s’entretenaient uniquement en Russe (parfois même sans accent propre aux Ukrainiens parlant le russe) – étonnant pour les actions spontanées rassemblant un public parlant les deux langues comme c’est courant en Ukraine. Cf. Gazeta.ua, „Учасником сепаратистського мітингу в Одесі виявився неонацист з Росії”, http://gazeta.ua/articles/np/_uchasnikom-separatistskogo-mitingu-v-odesi-viyavivsya-neonacist-z-rosiyi/549044 [25.03.2014].
7. La tentative de dispersion des manifestants par la force eut lieu le soir du 11 décembre, malgré la présence dans la journée des diplomates représentant la haute diplomatie américaine et européenne, Victoria Nuland et Catherine Ashton.
8. Selon certaines statistiques près de 3 millions de personnes prirent part aux manifestations tout au long des quatre mois sur Maïdan à Kiev. Cependant ce qui me paraît le plus important n’est pas le nombre de manifestants (dont on ne peut nier qu’il était important) mais leur statut social, âge, visions politiques, etc., très variés. On ne peut lier ces personnes à un seul parti ou groupe d’âge. L’Institut International de Sociologie de Kiev propose ces données : „Від Майдану-табору до Майдану-січі: що змінилося?”, http://www.kiis.com.ua/?lang=ukr&cat=reports&id=226&page=1 [6.2.2014].
9. La procédure du vote oblige à voter par la méthode électronique mais ces deux groupes de parlementaires l’ont enfreint parce qu’ils manquaient de voix.
10. Maïdan en effet rassemblait toutes les options politiques, des anarchistes aux conservateurs et nationalistes. C’est pourquoi on pouvait voir des prêtres sur la scène aussi bien que les drapeaux noirs des anarchistes.
11. J’avoue ne pas approuver de telles méthodes de la part des manifestants, néanmoins, dans une certaine mesure, ceux-ci n’avaient pas d’autre choix pour se faire entendre par un pouvoir qui, non seulement ignorait les citoyens et la crise apparue, mais encore menait une politique étrangère contradictoire, comme je l’avais expliqué dans l’article précédent.
12. Les médecins retirèrent des balles de chasse ou des balles pour l’arrêt de moteur des véhicules. Лікарі підтвердили, що одного із протестувальників вбив снайпер, Espreso.tv, http://espreso.tv/new/2014/01/22/likari_pidtverdyly_scho_odnoho_iz_protestuvalnykiv_vbyv_snayper [22.012014].
13. Un des manifestants que j’ai rencontré en Pologne où il était soigné après avoir été battu par des policiers au point de lui transpercer le crâne, témoignait que ses exécuteurs étaient payés entre 1500-3000 dollars pour le corps d’un manifestant tué. De même les manifestants « anti-Maïdan » ont été rassemblés par le pouvoir soit pour de l’argent soit par la menace de perdre des postes administratifs. En revanche le fait que les manifestants de Maïdan étaient tous payés 50 dollars par jour, comme je l’ai entendu dire par certains Français, est peu probable. Les self-défense de Maïdan ont pu être payés car ce sont des professionnels, de même que les participants à l’« Auto-Maïdan » (des manifestants mobiles dans leur propres voitures dont le but était de bloquer les forces de l’ordre et les voyous pour protéger les autres manifestants) ont pu être remboursés pour leurs frais d’essence. En tout cas les manifestants ordinaires que je connais suffisamment bien pour leur faire confiance sur un sujet aussi délicat, n’étaient pas payés. Je reviendrai probablement sur ce sujet dans la suite de la série.
14. Parfois ces voyous se révélaient être des policiers déguisés et parfois à l’inverse les voyous étaient déguisés en policiers, et les uns provoquaient les autres. Ces provocations pouvaient aller jusqu’à l’assassinat pour l’exemple. Le but était de donner des raisons à la police pour employer la force. Le pire est que les cibles choisies pouvaient être les policiers les plus consciencieux.
15. Les survivants aux tortures pensent qu’ils furent torturés par les forces spéciales de la police, ou d’autres organes de l’ordre, en tout cas par des professionnels. Dmytro Boulatov (actuel ministre du sport) précisait qu’il fut enlevé par des spécialistes, probablement d’origine russe, reconnus par leur accent spécifique à la Russie en russe, qui se distingue généralement de l’accent en russe des Ukrainiens. Une autre victime Ihor Loutsenko affirme avoir été aussi torturé par des professionnels, cf. ТВі, « Знак оклику! »: Смертельний калібр, або Чим стріляв “Беркут” на Грушевського? » http://tvi.ua/new/2014/02/04/znak_oklyku_smertelnyy_kalibr_abo_chym_strilyav_berkut_na_hrushevskoho [04.02.2014].
16. Cf. Олена Максименко, „Зранені Майданом. Кількість постраждалих під час революції не піддається обліку”, Тиждень, http://tyzhden.ua/Society/106659 [8.04.2014].
17. Ces changements, lors du grand scandale des fraudes électorales commises par l’équipe du candidat V. Yanoukovitch, volant ainsi la victoire à V. Youchtchenko, sont connus en France sous le nom de Révolution orange. Celle-ci consista en une réaction similaire à celle du Maïdan d’aujourd’hui, suite à un million de faux bulletins électoraux et des votes illicites. Voici comment la presse française avait décrit ses débuts : « 31 octobre 2004 : premier tour de l’élection présidentielle en Ukraine, les deux candidats sont au coude-à-coude. Des observateurs de pays de l’Est font état de « sérieuses irrégularités ».1er novembre : l’Union européenne « regrette » le manque de démocratie en Ukraine. 6 novembre : les partisans du candidat de l’opposition, Viktor Iouchtchenko (Youchtchenko dans ma rédaction, Y.P.), accusent la commission électorale de manipulation. 50 000 d’entre eux manifestent à Kiev.12 novembre : le président russe Vladimir Poutine se rend en Ukraine. C’est sa deuxième visite de soutien à Viktor Ianoukovitch en quinze jours.21 novembre …”, « Dossier », La Croix, http://www.la-croix.com/Archives/2004-11-30/Dossier-_NP_-2004-11-30-223355 [30.11.04].
18. Арсеній Яценюк, „Янукович здійснив держпереворот. Рада має повернути Конституцію-2004”, Українська Правда, http://www.pravda.com.ua/news/2014/02/16/7014014/ [16.022014].
19. La constitution de 2004, en cours de 2005 à 2010, était le fruit d’un compromis entre l’équipe de V. Yanoukovitch et celle de V. Youchtchenko, suite à la Révolution orange. C’est aussi lors de ces événements que la population ukrainienne découvrit que V. Yanoukovitch est entré en politique par les milieux criminels. Son lobby devint trop puissant pour remettre en cause la légitimité de ce candidat, essentiellement parce qu’il bénéficiait d’un énorme soutien de la Russie. Soutien que la Russie n’hésitait pas à montrer en engageant une guerre énergétique ou commerciale contre l’Ukraine dans les moments de crises politiques… C’est à dire qu’à chaque fois que la société et l’opposition cherchaient à écarter V. Yanoukovitch, la Russie haussait les prix du gaz ou interdisait la vente de produits ukrainiens sur son territoire pour des prétextes inventés. Or l’industrie ukrainienne est très orientée vers le marché russe. En échange du succès sur son marché, la Russie cherchait à dominer la situation politique en Ukraine en pliant ce pays à sa politique, largement plus que ne le feraient par ex. les USA si craints en France. De plus, l’union douanière que la Russie organise avec les ex-membres de l’URSS, contribue, non seulement à la reconstitution de l’URSS (avec pour conséquence une nouvelle Guerre Froide), mais aussi à monopoliser le marché des pays ex-membres de l’URSS et avoir un droit de veto « commercial » dont Moscou disposerait à sa guise. Cf. Alain Guillemoles, Alla Lazareva, Gazprom. Le nouvel empire, Paris 2008, passim, cf. Serhii Minin, « Економічні війни України та Росії », Pressja, http://pressja.wsiz.pl/%D0%B5%D0%BA%D0%BE%D0%BD%D0%BE%D0%BC%D1%96%D1%87%D0%BD%D1%96-%D0%B2%D1%96%D0%B9%D0%BD%D0%B8-%D1%83%D0%BA%D1%80%D0%B0%D1%97%D0%BD%D0%B8-%D1%82%D0%B0-%D1%80%D0%BE%D1%81%D1%96%D1%97/ [06.02.2014].
20. Je soutiens néanmoins la version que ces événements furent planifiés par le pouvoir. Les policiers pour la majorité étaient simplement instrumentalisés, bien que le nombre de policiers corrompus en Ukraine a toujours été grand.
21. Vid. note 16.
22. Cf. http://www.youtube.com/watch?v=A_TAr-MbhEM [18.02.2014], cf. http://www.youtube.com/watch?v=mrAtuUrG66Y [18.02.2014], http://www.youtube.com/watch?v=FqkI3gQWDjg [19.02.2014].
23. L’enquête montre qu’il y avait deux équipes de tireurs qui en quelques heures assassinèrent près de 80 personnes parmi les manifestants, cf. Лідія Гудущан, « Сорок днів загибелі « Небесної сотні », Espreso.tv, http://espreso.tv/new/2014/03/30/sorok_dniv_zahybeli_nebesnoyi_sotni [30.03.2014], cf. ТСН, „Нове шокуюче відео розстрілу майданівців снайпером: активісти падають і вмирають”, http://tsn.ua/politika/nove-shokuyuche-video-rozstrilu-maydanivciv-snayperom-aktivisti-padayut-i-vmirayut-336113.html [23.02.2014] (Attention vidéo pour des personnes aux nerfs forts et avec un lexique non-conventionnel), on entend aussi une voix en anglais, probablement celle d’un ex-militaire belge qui vint soutenir les manifestants). Cf. Site officiel du Ministère de l’Intérieur de l’Ukraine, http://24tv.ua/home/showSingleNews.do?mvs_oprilyudnilo_nove_video_rozstrilu_lyudey_na_maydani_video&objectId=428889 [03.04.2014].

Au début, certains croyaient que les coups de feu venaient principalement des tireurs d’élite, mais comme le révéla l’enquête conduite après le changement de gouvernement (cf. Арсен Аваков – Ministre de l’intérieur, Юрій Луценко – l`ancien Ministre de l’intérieur, Валентин Налевайченко Chef du Service de Sécurité Ukrainienne…, « Шустер Лайф », http://www.youtube.com/watch?v=83U5mMODMNQ [04.04.2014]), la plupart des victimes de la fusillade était blessée par les « kalachnikovs » (fusil d’assaut d’invention soviétique, adapté au calibre 5.45, principal armement dans un grand nombre d’armées d’Europe de l’Est, Asie, Afrique) et seulement près de 20-30% par les tireurs d’élite (utilisant comme arme principale des fusils de Dragounova, calibre 7.62). Mais effectivement, c’est la précision des tirs qui conduisit les manifestants à penser aux chasseurs d’élite comme la source principale des tirs, or en réalité ceux qui tirèrent sur les manifestants furent pour la plupart les membres du détachement exécutif des forces spéciales de la police (détachement exécutif de « Berkout », semblerait il, présent dans la rue (avec les rubans jaunes). Ce peloton ne pouvait être activé que dans le cadre d’une opération anti-terroriste qui n’était pas annoncée pourtant au publique et qui, me semble-t-il, n’avait pas lieu d’être, dans la mesure où les manifestants dans la rue ne s’armaient pas d’armes à feu. Très probablement, ce début de l’opération antiterroriste était destiné à provoquer une panique chez la masse des manifestants, mais elle n’eut qu’un succès dramatique sans parvenir à ses fins. Cette opération ne devait pas avoir lieu car les manifestants cherchaient à être entendus et ne voulaient pas vraiment recourir aux armes ; autrement ils n’auraient pas attendu aussi longtemps et n’auraient pas stoppé D. Kortchynsky avec ses provocateurs le 1er décembre 2013. Il suffisait simplement à V. Yanoukovitch de renvoyer le gouvernement pour calmer la foule et de se présenter avec des excuses dès le début du mois de décembre, au lieu d’ordonner une charge des manifestants par la police…

24. Dimitry Kisielev, un journaliste russe des milieux de la droite controversée, connue pour son antisémitisme et sa xénophobie. Ce personnage s’est fait remarquer par son conformisme au pouvoir et devint une excellente source de désinformation à l’échelle mondiale. Pour lui libérer une possibilité de manœuvre, le Kremlin fusionna les principales agences de presse sous l’égide de Русское Информационное Агенство, plus connu du public comme RIA ou RIA novosti et laissa cette agence sous la direction de D. Kisilev, cf. Артем Кречетніков, „Реформа “РИА Новости” – відповідь Майдану?”, ВВС, Москва, http://www.bbc.co.uk/ukrainian/politics/2013/12/131210_ria_novosti_maydan_hk.shtml, [10.12.2013].
25. Il y avait certaines personnes qui essayaient de s’opposer aux « snipers » et qui étaient effectivement armées, mais de telles personnes étaient peu nombreuses et faisaient plutôt l’exception que la règle. Oleksandr Muzytchko (Олександр Музичко, connu aussi sous le pseudo Sahsha Bilyj) notamment, ancien combattant en Afghanistan (étant en service militaire dans l’armée soviétique) et en Tchétchénie (du côté tchétchène), faisait partie du « Secteur Droit ».
26. V. Yanoukovitch, conférence de presse à Rostov sur le Don (Russie), ТСН, http://tsn.ua/politika/divitsya-onlayn-pres-konferenciyu-yanukovicha-v-rostovi-na-donu-337214.html [28.02.2014].

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