Dans le monde sans en être

Édito : Autorité de commandement ou de compétence ?

Les prophètes et les murs

Il y a 2 000 ans, “Par sa chair crucifiée, il [le Christ] a fait tomber ce qui les séparait, le mur de la haine” (Ep 2, 14).

Il y a 25 ans, saint Jean-Paul II contribuait à faire tomber le mur de Berlin.

Dimanche dernier, le pape François, le front et la main appuyé sur le mur de la honte séparant Israël de la Palestine, priait.

Dimanche dernier encore, en France, quelques 25% des votants ont donné leur voix au FN. Certains prophètes font tomber les murs, d’autres les dressent.

Autorité de commandement, autorité de compétence

h-4-2068467-1273510558Revenons sur cette élection qui donne 24 sièges à un parti rêvant de murs.

La”campagne” (les guillemets s’imposent, hélas) que nous venons de vivre fut l’illustration tragique du mépris des grands partis envers les Français. Il y a un siècle, Charles Péguy distinguait l’autorité de commandement et l’autorité de compétence.

La première pense que sa place suffit à justifier son pouvoir, que d’être l’UMP ou le PS suffit à être légitime dans le champ politique, parce que l’UMP et le PS sont les “grands partis”, que c’est leur place – de droit. Et si c’est leur place, de droit, pourquoi devraient-ils faire preuve d’un investissement sérieux et compétent à chaque nouvelle élection 1nous ne parlerons même de ce qui se passe entre les élections ? Nous sommes les “grands partis”, c’est notre place, répète sans fin l’autorité de commandement. Et si parfois l’autorité de commandement doute un instant d’elle-même, d’un air tragique, elle s’empresse d’adresser un message à la nation :  “Votez pour nous, car de voter pour nous, c’est normal !“. C’est normal, tout est normal, nous avons des partis normaux, et même un président normal. Les gens normaux voterons pour les partis normaux, c’est normal.

La seconde, l’autorité de compétence, elle, est bien plus discrète. À chaque enjeu nouveau elle remonte ses manches et appelle de nouvelles recrues à se joindre à elle. L’autorité de compétence n’est pas normale, elle n’a pas sa place de droit. Elle n’a pas sa place, elle se fait sa place.

Mais parfois, l’autorité de commandement est trop bien assise, et ce que Péguy n’avait pas dit c’est qu’alors une troisième autorité surgit : l’autorité d’incompétence. Le vote de dimanche a fait entrer 24 élus FN au Parlement Européen, parti qui ne s’y est distingué, par le passé, que par son absentéisme chronique.

L’autorité de compétence, bien que s’étant pris un sacré coup dans la gueule – bien plus gros coup dans la gueule que celui de l’autorité de commandement dont tout le monde parle – continue de bosser. Elle ne désespère pas, elle se lève chaque matin pour travailler.

L’autorité de compétence recrute, engagez-vous.

Benoît.

Notes :   [ + ]

1. nous ne parlerons même de ce qui se passe entre les élections

4 réponses à “Édito : Autorité de commandement ou de compétence ?”

  1. Nils

    Qui représente (ou exerce ?) cette autorité de compétence ? À quoi voit-on que cette autorité est “de compétence” ?

  2. Benoit

    Contrairement à l’autorité de commandement, l’autorité de compétence n’est jamais assuré de son titre. Il est donc difficile de dire l’autorité de compétence c’est eux ou eux.

    Dans l’UMP et le PS il y a quelques élus qui relèvent très certainement d’une autorité de compétence. Il y en a aussi à l’UDI (‘Fromantin par exemple), mais en écrivant cet édito je pensais surtout à Nous Citoyens à droite et à Nouvelle Donne à gauche.

  3. Loïc

    A la lecture de cette tribune, je suis partagé entre l’étonnement et l’agacement.

    Etonné, d’une part, puisque, depuis leur création, les CL avaient habitué leur lectorat à une qualité et une finesse d’analyse autrement plus élevées.

    Agacer, d’autre part, car même répétée cent fois une inexactitude ou une contre-vérité ne reste qu’une inexactitude ou une contre-vérité.

    Sauf le respect dû à l’auteur de ces lignes, je suis désolé de ce brûlot, sans nuance, à l’égard d’une formation politique importante de notre pays.

    La comparaison du mur est malheureuse, voire déplacée, et j’ai beaucoup de peine à comprendre en quoi être attaché à la liberté, la souveraineté et l’identité d’un pays reviendrait à dresser des murs.

    Utiliser Charles Péguy, dont l’attachement aux valeurs traditionnelles, spécialement à la souveraineté et à la subsidiarité, portées par la droite nationale est réel, pour qualifier, sans justification aucune, le Front national d’autorité d’incompétence est assez dommageable.

    Je ne reviens même pas sur la sempiternelle rengaine de l’absentéisme des euro-députés frontistes, tant il a été démontré que les sources étaient très largement partiales et que l’un des députés les présents dans l’hémicycle comme en Commission, n’était autre que Bruno Gollnisch.

    Je regrette donc une tribune où l’outrance le dispute à l’approximation intellectuelle.

    J’invite son auteur à relire Péguy et à lire Quadragesimo Anno de Pie XI et saint Thomas d’Aquin sur la question de la préférence légitime accordée à ceux qui nous sont naturellement et physiquement proches.

    Alors, je ne doute pas que le mur décrit par l’auteur se transformera en fenêtre.

  4. Andino

    Merci Loïc, je rejoins complètement votre analyse sur la manière dont les CL traitent ces élections. Et je partage votre déception…

    Un chrétien se doit de chercher la vérité, surtout lorsqu’il se pique d’intellectualisme en tenant un blog où l’on réfléchit.
    Chercher la vérité implique qu’on ne prend pas pour argent comptant les idées qui sont dans l’air du temps, ni même celles qui ont été adoptées par de bons chrétiens. Qualifier le FN de parti d’incompétents ou dénoncer les jugements sévères à l’égard des institutions de l’UE font partie de ces idées dans l’air du temps.

    En ce temps d’attente de l’Esprit-Saint, prions pour ne pas avoir peur d’aller au bout de nos réflexions. Même si ça fait mal… Mt 10,34 : “Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive.” Comment comprendre autrement ces paroles du Prince de la Paix?

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