Dans le monde sans en être

Faut-il brûler le Noé de Darren Aronofsky ?

Noé-Affiche-Darren-Aronosfky

Noé-Affiche-Darren-Aronosfky« Film satanique », « œuvre gnostique », « caricature de la Bible »… La version de l’histoire de Noé que nous propose Darren Aronofsky a le mérite de ne pas laisser indifférents certains commentateurs. Nous pouvons le comprendre en partie : cette adaptation prend quelques libertés avec le texte biblique. Néanmoins, les accusations portées contre ce film sont-elles fondées ?

J’ai vu le film, et après réflexions, nous pouvons parvenir à cette conclusion : le film n’est pas une adaptation de la Bible, mais une œuvre qui s’inspire de celle-ci. D’où des modifications. Mais cette œuvre n’est pas non plus « satanique »,  ni antichrétienne, et peut-être pas gnostique.

Pour comprendre cela, il faut d’abord voir le contenu de ces critiques et ensuite ce qui les réfute au vu du film.

Selon ces critiques, le film ne serait qu’une fable écologique radicale, rejetant l’homme, faisant de Noé un gentil végétarien alors que les méchants seraient carnivores. Satanique, il présenterait Dieu comme cruel, injuste alors que des anges déchus, les Veilleurs, seraient bons et aideraient les hommes. Gnostique, le film montre Noé ,et son père avant lui ,bénissant leurs enfants à l’aide de la peau du Serpent d’Eden enroulé à leur bras comme les tefillin juifs. Ce geste présenterait le Serpent sous un jour positif, comme un initiateur conformément au corpus des sectes gnostiques. Antibiblique, le script du film aurait de grosses contradictions avec la Bible, comme le rôle des Veilleurs, ou encore l’absence des épouses de Cham et Japhet.

Voyons maintenant le contenu du film :

Attention ce qui suit dévoile l’intrigue. Pour le lire, il faut cliquer sur les paragraphes floutés.

Noé raconte le début de la Genèse jusqu’à l’alliance de Dieu avec les hommes, juste après le Déluge. Par des flash-backs, nous voyons la chute d’Adam et Eve, le serpent qui rôde et qui quitte sa peau verte et lumineuse en muant, pour devenir une créature noire, sombre, aux inquiétants yeux rouges. C’est une fois devenu noir que nous le voyons ramper vers l’arbre de la connaissance du bien et du mal, et qu’Eve le suit. Adam quant à lui reste derrière, ramassant la belle peau verte fluorescente. Ensuite, toujours par des flash-backs nous voyons la suite : Caïn tue Abel,  Caïn et ses descendants construisent de gigantesques villes minières très sophistiquées, qui saccagent la nature, pillent les ressources naturelles et finissent par anéantir toute la création. Ces villes modernes ont été bâties avec l’aide des Veilleurs, des anges déchus qui ont désobéi à Dieu pour aider les hommes. Ils ont eu pitié d’eux, bien mal leur en a pris : ils sont restés bloqués sur Terre, enfermés dans des corps de pierre. Ces Veilleurs ont transmis aux descendants de Caïn toutes leurs connaissances de la création. Ils ont communiqué la science à ces hommes, la technique comme le travail des métaux, l’architecture, la botanique…  Les cités des Caïnites sont dominées par la méchanceté des hommes : il y règne violence, haine et aussi famine. La fin des ressources a plongé les hommes dans la misère, ils sont réduits à s’entretuer pour survivre et on croit comprendre qu’ils en sont venus au cannibalisme. Les Caïnites sont sous la domination d’un roi : Tubal-Caïn qui règne en tyran et qui ne cesse de répéter que l’homme est à l’image de Dieu, qu’il doit soumettre la création et qu’ainsi l’homme est tout-puissant et donc l’égal de Dieu… ou comment un despote corrompt et déforme la parole de Dieu à son avantage : il oublie que l’homme est  limité, mortel et qu’il est le gardien de ses frères et de la création.

C’est ce monde corrompu que Dieu veut éliminer. Tout le monde ? Non, il veut sauver sa création pour lui donner un nouveau départ. Sauver les animaux, présentés dans le film comme « innocents », vivants encore comme à Eden, mais aussi Noé et sa famille qui sont justes, pacifiques et… végétariens. Ils ne descendent pas de Caïn mais de Seth.

Cohérences et incohérences bibliques

Jusqu’ici, il y a assez peu d’incohérence avec la Bible. Il y a seulement des ajouts tirés de la littérature juive dite « intertestamentaire », notamment le Livre d’Hénoch qui est un recueil de légendes. Le Livre d’Hénoch 1Disponible dans le commerce dans le recueil “Ecrits intertestamentaires” publié chez la Pléiade. comprend notamment l’Apocalypse de Noé qui raconte les causes du Déluge.

Ainsi, la création de villes par  Cain et les Caïnites est dans la Bible : “Caïn connut sa femme; elle conçut, et enfanta Hénoch. Il bâtit ensuite une ville, et il donna à cette ville le nom de son fils Hénoch. 2Genèse 4, 17 Mais la connaissance des anges déchus donnée aux hommes pour leur civilisation est dans le livre d’Hénoch 3Précision : le Hénoch du livre d’Hénoch n’est pas le fils de Caïn mais un descendant de Seth, “le septième depuis Adam” et père de Mathusalem et arrière grand-père de Noé.. L’un des Veilleurs figurant dans le film se nomme Samyaza et ce nom est indiqué dans le livre d’Hénoch comme celui du chef des Veilleurs. Ce livre donne le nom des principaux anges déchus et il indique le savoir que chacun a donné aux hommes : un savoir non pas magique mais purement technique comme le travail des métaux, des plantes etc. Cette histoire ressemble au mythe de Prométhée : pour avoir donné la connaissance aux hommes, les Veilleurs sont punis. Sauf que le livre d’Hénoch les présente comme des démons qui cherchent à faire perdre les hommes et qui sont complices de leur cruauté. Rien de cela dans le film où les Veilleurs sont tombés à cause de leur compassion pour les hommes… Compassion qui ne reçue aucune gratitude car les Caïnites ont rejeté les Veilleurs après avoir fondé leur empire. Ces anges déchus rejoignent Noé, ils bâtissent l’arche pour lui et ils la protègent des attaques des autres hommes. Cette bonne action réalisée, ils sont pardonnés par Dieu qui les rappelle auprès d’eux… Un fait qui ne figure dans aucun texte et qui est contradictoire avec la théologie juive ou chrétienne concernant les anges. D’où Darren Aronofsky retire cela ? Et ce rôle des anges déchus fait-il de ce film une œuvre satanique ? On peut légitimement être gêné par ce passage, néanmoins, ces Veilleurs ne sont pas présentés comme maléfiques et finalement ils retrouvent Dieu après lui avoir demandé pardon. Même si c’est théologiquement absurde, cela n’en fait pas une œuvre démoniaque, loin de là.

Sur le végétarisme de Noé et l’innocence des animaux, le réalisateur voit juste : au jardin d’Eden tout le monde est végétarien. Il n’existe aucune violence et la carnivorité est en soit un acte de violence. L’homme et certains animaux passent à un régime carné seulement après le Déluge, car ce fait n’est pas une conséquence immédiate de la chute d’Adam et Eve  : “Dieu bénit Noé et ses fils, et leur dit: Soyez féconds, multipliez, et remplissez la terre. Vous serez un sujet de crainte et d’effroi pour tout animal de la terre, pour tout oiseau du ciel, pour tout ce qui se meut sur la terre, et pour tous les poissons de la mer: ils sont livrés entre vos mains. Tout ce qui se meut et qui a vie vous servira de nourriture: je vous donne tout cela comme l’herbe verte. 4Genèse 9, 1-3” 

Ainsi, présenter la famille de Noé et les animaux comme végétariens est cohérent avec la Bible, de même que montrer les descendants de Caïn sombrant dans une folie meurtrière contre tout le créé.

 Le film nous présente la famille de Noé comme étant responsable de  la création et ayant un rôle  de protection vis à vis d’elle. Avant même la construction de l’Arche, Noé  éduque ses enfants à ne couper une fleur que si cela est  nécessaire.  Ce passage est cohérent avec  la Genèse, car Dieu fait de l’homme le “gardien” de la Création tout en ayant le pouvoir de la travailler. 

 La dimension écologique du film n’est pas radicale, nous ne sommes pas dans une œuvre s’inscrivant dans la Deep ecology : un courant écologique voyant l’homme comme un ennemi à faire disparaître de la Terre. Et cela, malgré la deuxième partie du film où le comportement de Noé peut laisser croire cela. 

Quand Noé veut détruire l’homme

 La deuxième partie du film est sans doute la plus dérangeante. Alors que Noé a reçu, par songes, la mission de construire l’Arche, et que celle-ci est terminée, Noé est ravagé par un énorme doute : Dieu veut-il que les hommes soient sauvés ? Selon lui, l’Arche doit abriter tous les animaux, lui et sa famille. Mais deux de ses trois fils n’ont pas de femmes, et Sem est amoureux de la fille adoptive de Noé alors que celle-ci est inféconde. Avec cette famille, il est impossible que l’humanité se perpétue. Dans une telle situation, et devant les supplications de ses enfants, Noé part dans une ville chercher des femmes pour Cham et Japhet. Or ce qu’il voit le plonge dans une profonde désolation qui confinera à la folie : la ville est le théâtre des pires horreurs de la part d’hommes affamés. Violence, parents qui vendent leurs enfants pour un bout de viande, cruauté envers tous (humains et animaux). C’est une vision d’enfer et Noé a une image mentale : il voit une pluie de feu sur cette ville. Cette image mentale est-elle son imagination ou une vision venant de Dieu ? Le film ne  le dit pas. Mais cette scène est importante : plus en amont, Noé dit à son grand-père Mathusalem que Dieu ne détruira pas le monde par le feu, car le feu détruit tout. Au contraire Dieu effacera tout par l’eau, car l’eau nettoie, sépare, elle purifie. Feu et eau n’ont rien à voir, or Noé voit sur cette ville un déluge de feu… ce qui indique que Dieu souhaiterait finalement la destruction totale de l’homme. 

 Cette désolation va le pousser à refuser que Cham et Japhet aient des épouses, condamnant ainsi l’humanité. Or, un miracle va rendre possible la pérennité des hommes : la fille adoptive de Noé, qui était inféconde, est guérie de sa stérilité. Elle tombe enceinte de Sem et met au monde dans l’Arche deux jumelles. Noé va jusqu’à vouloir les tuer, persuadé que Dieu veut la fin de l’homme. Cet épisode n’est pas sans rappeler le sacrifice d’Isaac, mais ce n’est pas un ange qui arrête la main de Noé, car il s’arrête de lui-même. Il ne peut faire une chose pareille. Après cela, il tombe dans une profonde dépression, convaincu d’avoir failli à sa tâche. Il s’en sort grâce à sa fille qui le convainc que Dieu l’a laissé prendre la meilleure décision et qu’il faisait confiance à sa clémence… 

 Un tel passage est totalement antibiblique. Le désespoir de Noé, sa volonté d’éliminer l’homme ne figure pas dans la Bible. Dans la Genèse, Noé accomplit la volonté de Dieu et chacun de ses fils a une épouse, ce qui garantit la pérennité des hommes. 

 Mais alors, pourquoi Darren Aronofsky nous décrit-il cette folie ? Le film est librement inspiré de la Bible, il s’agit d’une fiction. Une telle histoire nous plonge dans le désarroi d’un homme face au mystère du mal. Noé est convaincu que le mal est dans l’homme et qu’en le sauvant, cela recommencera. Cela nous met mal-à-l’aise et ce passage est dur. Mais la conclusion du film dépasse ces épisodes de désespoir : Noé bénit sa famille et il dit « croissez et multipliez ». Sur ces paroles, Dieu envoie une série d’arc-en-ciel en signe d’Alliance. Le film s’achève sur ces mots et ces images. 

 Nous sommes donc très loin d’un film marqué par la Deep ecology car « croissez et multipliez » est une formule détestée des écolos radicaux. Ils considèrent qu’elle est à l’origine de tous nos maux. 

 Ce final est conforme au texte biblique à un point près : “croissez et multipliez” est prononcé par Dieu et non par Noé… 

 Mais cette scène finale a un élément, très discret, qui pose question. 

La peau du serpent d’Eden

 Lorsque Noé bénit sa famille, il le fait en imposant son index gauche sur ses enfants. L’avant-bras gauche et l’index sont recouverts d’une lanière qui ressemble aux tefillin juifs (voir photo). A la différence, que les tefillin sont en cuir alors que dans le film il s’agit d’une peau de serpent. 

Tefillin

Tefillin

 Et pas n’importe laquelle : la peau du serpent d’Eden, une peau luminescente que le serpent a perdu par une mue, juste avant qu’il mène Eve vers l’arbre de la connaissance du bien et du mal, comme nous le voyons dans le film 5Peu après la mue du serpent nous voyons Adam ramasser la peau, alors qu’Eve suit le serpent. La peau est verte fluorescente, alors que le serpent ainsi mué est noir avec des yeux rouges, voir la photo

 Mais pourquoi Noé, et son père avant lui dans une scène au début du film, bénit-il sa famille avec cet objet ? C’est ce passage qui fait dire à certains que c’est une oeuvre satanique ou au moins gnostique. Selon Brian Mattson, qui s’appuie sur Adversus haereses de Saint Irénée, les gnostiques ophites voient dans le serpent un initiateur, une créature qui mène l’homme à la connaissance et donc au salut. Le film serait gnostique à cause de cette peau qui transmet à l’homme une bénédiction. De même le Dieu du film, nommé le créateur, serait mauvais à cause de la cruauté du Déluge ou de sa dureté avec les anges déchus. Et donc ce créateur serait moins un Dieu biblique qu’un “démiurge” gnostique, méchant et mauvais. L’hypothèse est intéressante, mais elle est contredite par l’ensemble du film : le créateur semble en effet sévère, mais c’est la même sévérité que dans la Bible. Cette sévérité n’est pas méchanceté mais plutôt justice en raison des crimes abominables accomplis par les hommes. SerpentQuant au serpent, il est présenté comme le responsable de la chute et les conséquences de la chute sont décrites comme dramatiques : le meurtre d’Abel, la destruction de la création et la cruauté des hommes. Aucune initiation gnostique n’est  montrée dans la tentation du serpent : elle est juste un désastre. Enfin, la scène de la chute d’Adam et Eve est toute en image : le serpent vert lumineux devient sombre. Le symbole est clair : il passe de la lumière aux ténèbres. 

 Mais alors, pourquoi voyons nous une bénédiction avec cette peau si le film n’est pas un éloge du funeste reptile ? Peter Chattaway, un critique-cinéma évangélique canadien avance cette hypothèse : la peau du serpent serait un souvenir matériel de ce que le serpent était avant la chute. Avant de devenir un tentateur (conséquence de sa mue) le serpent était une créature bonne, innocente, comme toutes les créatures d’Eden. Et Dieu vit que cela était bon ! Souvenir du serpent avant la chute, mais aussi souvenir d’Eden : cette peau serait le seul objet ramené du jardin, puisqu’Adam l’avait dans sa main au moment de la chute… Nous pouvons imaginer cela. Néanmoins, si cette explication est bonne (espérons-le), elle ne donne pas grand sens à l’usage de cette peau comme une relique. Darren Aronofsky a-t-il repris cela d’un texte légendaire juif ? Ou encore de la Kabbale ? Ou bien est-ce une pure création de sa part ? Il est difficile de répondre à cette question, et ce passage laisse un délicat point d’interrogation. 

Faut-il voir ce film ?

Le principal intérêt de Noé est qu’il peut inciter à lire le récit biblique. La mise en image de la création du monde est de toute beauté. Aronofsky diffuse ainsi très largement la Genèse en évitant d’être taxé de créationnisme : son athéisme déclaré le mettant à l’abri des fourches caudines des adversaires d’une création de l’univers par Dieu. Et Dieu sait si ce récit est aujourd’hui mal-aimé des médias… Sa diffusion dans un blockbuster est donc un bon moyen de le faire connaître et peut-être de le faire aimer.

Certes, le film s’éloigne de la Bible et certaines parties sont très sombres. Noé n’est pas non plus un chef d’oeuvre à ne pas manquer et certains passages sont délicats. Mais il est une occasion de parler de la parole de Dieu et pour beaucoup de la découvrir. Ce n’est pas le moindre de ses mérites.

Charles Vaugirard

Notes :   [ + ]

1. Disponible dans le commerce dans le recueil “Ecrits intertestamentaires” publié chez la Pléiade.
2. Genèse 4, 17
3. Précision : le Hénoch du livre d’Hénoch n’est pas le fils de Caïn mais un descendant de Seth, “le septième depuis Adam” et père de Mathusalem et arrière grand-père de Noé.
4. Genèse 9, 1-3
5. Peu après la mue du serpent nous voyons Adam ramasser la peau, alors qu’Eve suit le serpent. La peau est verte fluorescente, alors que le serpent ainsi mué est noir avec des yeux rouges, voir la photo

14 réponses à “Faut-il brûler le Noé de Darren Aronofsky ?”

  1. ManuTop

    Aronofsky avait été encensé pour The Fountain qui pour le coup, était une vaste fresque new age récupérant la réincarnation bouddhique dans une fable mielleuse à souhait, autrement dit absolument navrante et insupportable et qui m’avait fait quitté la salle avant la fin. Aronofsky ne verse pas dans le satanique, comme il fallait s’y attendre de la part de certains. La réalité de ce réalisateur est bien plus simple : sa vision spirituelle est faiblarde et indigente, qui confond très souvent le bien et le beau (il est ultra-porté sur l’esthétisme de la violence et des affects, comme dans Pi ou dans son fameux Requiem for a dream), et il reste dans une perspective dualiste et manichéenne qui laisse vraiment sur sa faim (y compris dans son interprétation dans son black Swan)
    Merci pour cette longue analyse, qui exclue donc les qualificatifs excessifs, mais qui me conforte que je me passerai d’aller voir cette nouvelle fr(a)(e)sque.
    Quoi qu’on en pense, en matière de religiosité cinématographique, on sera toujours plus nourri par Pasolini ou Terrence Malick que par Aronofsky ;))

  2. Nils

    Un autre bon film stimulant la réflexion : The Devils, de Ken Russell (1971, UK). Une petite merveille à tous points de vue.

  3. Nelson

    Merci !

    J’avais eu des doutes avant d’aller le voir. Je suis jeune, j’aime les films “épiques”, je craignais simplement d’être choquée par des prises de liberté dérangeantes…
    En sortant j’étais ravie.

    Les points qui m’avaient le plus embêtée étaient le choix anti-humain de Noé, l’absence des femmes de Cham et Japhet, et la peau du serpent pour donner la bénédiction.
    Les deux premiers tombent quand même très bien, ils sont là pour permettre la réflexion. Et ce film répond bien aux interrogations que peuvent soulever les courants de pensée actuels que sont la Deep ecology et la négligence de la Création sous prétexte de la primauté de la société humaine.

    Il me semble que dans la Bible on ne détaille pas beaucoup les émotions de Noé, alors pourquoi ne pas lui permettre le doute? Il a beaucoup moins de bases de réflexions que nous pour comprendre les choix de Dieu. Il n’a eu ni Moïse, ni Jésus pour l’enseigner, ni une parole claire de Dieu pour poser ces actes. Et le film a l’avantage de nous mettre face à des ressentis que nous n’imaginerions pas de nous-même : la cruauté mais aussi la détresse, les cris des hommes sous le Déluge… brrr… Aronofsky nous montre donc un Noé en proie avec ses émotions, ses incertitudes et avec le poids de la mission que Dieu lui a confiée. Et puis un Noé qui finit par mettre en œuvre les desseins de Dieu et par être réconcilié avec sa conscience quand il le fait, cautionné par le signe de l’alliance. Tout bon!

    Certes, j’y suis allée avec mes connaissances bibliques, dont le livre d’Hénoch, avec un a priori positif pour le type de film et les acteurs, et avec toute ma bonne volonté pour essayer d’y voir quelque chose de concordant qui puisse servir de matière pour évangéliser. Mais en tout cas je n’ai pas été déçue !

    Et merci enfin pour l’explication autour du serpent qui me manquait.

  4. Charles Vaugirard

    Merci à tous pour vos commentaires :

    @ManuTop : Il est difficile d’apprécier la vision spirituelle d’Aronofsky. Il est athée de culture juive, intéressé par la Kabbale (ce qui peut expliquer certains aspects du film) et fasciné depuis longtemps par l’histoire de Noé. Je dirais que ce qu’il dit est assez simple et accessible. Ce qui est pas mal car ça permet de toucher un large public. Il est bien sûr moins profond que Mallick et Noé n’est pas “Tree of life”, mais il permet tout de même de diffuser à un très grand nombre une histoire tirée de la Bible. Ca peut avoir des conséquences très positives. D’ailleurs c’est bien parti car le film est en tête au box office.

    @Nils : merci pour l’info, c’est bien noté.

    @Nelson : Je rejoins totalement ce que vous dites. Les libertés prises par Aronofsky peuvent se loger entre les versets du récit biblique.

  5. pepscafe

    Excellente critique, parmi les meilleures que j’ai pu lire !
    Pour ma part, je ne l’ai pas encore vu, pour des raisons de calendrier, mais j’ai tenu à relever les intentions du réalisateur (http://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/04/09/apocalypse-noe-ou-quand-ladaptation-personnelle-dun-episode-biblique-est-pretexte-a-raconter-ses-propres-obsessions/ ). Ta critique m’apporte d’ailleurs d’autres éléments intéressants.

    Sinon, je relève que ce qui est vrai en journalisme dans le traitement de l’information est aussi vrai dans la façon de raconter une histoire(en l’adaptant) : tout est une question d’angle (de point de vue) et de regard. Et ici, quel est le regard du réalisateur-adaptateur sur ce récit de Noé, contenu dans les chapitres 6-9 de la Genèse ? Quel est son regard sur Dieu, l’homme, l’engagement de Dieu par rapport à l’homme ? Qui est valorisé, glorifié, en fin de compte ? La question semble être là.

  6. Charles Vaugirard

    @Pep’s : Merci pour ton commentaire. Ton article est intéressant. La question de l’angle est essentielle. Aronofsky se concentre sur l’homme Noé, dans sa faiblesse, son humanité aux prises avec un monde sombré dans la folie destructrice. Dieu est très discret, mystérieux. On ne l’entend pas parler, sa volonté reste obscure, difficile à discerner… Ce qui est d’ailleurs, je pense, la raison du coup de folie de Noé et de la désolation qui en suit. Noé n’est pas en proie au fanatisme religieux, il est juste ravagé par le désespoir face à l’homme et il croit interpréter la volonté de Dieu en tentant de mettre fin à l’humanité.
    Cette vision n’est, bien sur, pas biblique. Néanmoins elle ne me choque pas dans le sens où, finalement, elle rejoint chacun de nous dans nos doutes, peurs, certitudes, angoisses…
    Enfin, cette vision centrée sur un homme avec ses doutes, ses limites, est très contemporaine. Au temps des 10 commandements de Cecil B de Mille, on voyait de grandes aventures collectives où le héros ne doute pas, où il guide les hommes avec assurance. On était encore dans une époque avec un fort sens patriotique, collectif (voir les films des années 50-60 comme par ex Le Jour le plus long). Aujourd’hui nous sommes dans une époque très individualiste et pour retracer un évènement historique, ou épique, on va davantage se concentrer sur l’intimité du héros, sur son intériorité et donc sur son questionnement, ses doutes, ses peurs, ses convictions aussi. L’angle change selon les temps et les moeurs.

  7. thomas

    Noé est un très bon film. Il ne faut jamais se fier aux critiques faites par des gens trop pris dans leurs idées… Cela serait comme un juge qui applique la loi selon ses sentiments et non selon la loi elle meme. Pour juger d’un film de se genre il faut etre neutre. Evidemment y a des petites choses en plus en moins, différentes de la bible,…. Mais c’est un tres bon film.

  8. pepscafe

    Merci, Charles.
    Par ailleurs, je partage ta dernière analyse, en réponse à mon commentaire.

    Sur ce, bon WE et bon dimanche !

    En Christ,

    Pep’s

  9. Yann-Bleiz

    Bonsoir,

    Merci pour cette analyse qui éclaire bien le film. J’ai une petite question, j’étais agréablement surpris par la façon de raconter les premiers jours de la création, qui doit bien choquer les créationnistes. Par contre, sur le jardin d’Eden, êtes-vous sûr qu’on voit Eve aller prendre le fruit défendu ? J’ai trouvé que c’était vraiment filmé de façon à ne pas laisser voir lequel des 2 prenaient le fruit ?

  10. Joe Carson

    Je penche pour ma part en faveur de l’interprétation de Brian Mattson. Le film est largement gnostique, car il inverse tout. Le marcionisme des gnostiques stipule que le Dieu de l’Ancien Testament est l’archonte Ialdabahoth ou Saklas. C’est un démiurge autrement dit un intermédiaire-créateur. Il est mauvais, jaloux, vengeur. Et une chose que peu d’analystes ont pris en compte c’est l’antinatalisme des gnostiques, qui est très présent dans le film. Noé est antinataliste. Le créateur est nataliste. Ce dernier aime le processeur engendrement-destruction. Si Illa engendre, elle sert le créateur. Si Noé tue ses petites-filles, il sert encore le créateur. C’est le démiurge qui dit « croissez et multipliez, remplissez la terre », c’est-à-dire « reproduisez le mal ; multipliez-vous pour mieux vous entre-tuer ». Le serpent, lui, apporte la connaissance. C’est une figure christique, de même que les Veilleurs qui apportent eux-aussi la connaissance. Le serpent est inversé bibliquement. Les anges déchus également. Mais le démiurge hait la vérité : il aime l’obscurantisme et la servilité matérialiste. C’est pour cette raison qu’il condamne les Veilleurs. Quand les Veilleurs se repentent puis sont sauvés, ce n’est certainement pas par le créateur qu’ils le sont, mais par le vrai Dieu qui est extrêmement lointain dans sa transcendance, selon les gnostiques. Les Sethiens, autrement dit la famille de Noé, ce sont eux qui suivent le serpent christique. Quand la peau s’illumine, c’est pour dénoter la connaissance. Les Caïnites suivent le grand archonte. Celui-ci veut les massacrer par jouissance vengeresse (le talion). Quand Noé veut tuer ses petites-filles, il est tenté par le Créateur, Satan, le Malin. Mais finalement il penche du côté de l’amour, le vrai Dieu. Un passage qui n’est pas expliqué dans la Bible c’est : pourquoi Noé s’enivre-t-il ? Le film, lui, y répond. C’est parce que Noé a été victime d’un complot nataliste impliquant sa femme, Mathusalem et sa fille adoptive, ce qui a eu pour conséquence l’engendrement – au profit de l’archonte bien sûr -. Le créateur a fait l’homme à son image, c’est-à-dire destructeur, haineux, jaloux, haïssant la connaissance. Quand Noé veut tuer ses petits-enfants, il agit à l’image de son créateur qui veut détruire l’humanité. Il est donc tenté par le Malin. Quand les Caïnites attaquent les Veilleurs, ils le font en accord avec le créateur qui déteste la connaissance, la science, la médecine, la botanique et les arts. Les Veilleurs montrent la métallurgie bienveillante aux Caïnites ; ces derniers s’en servent pour s’armer et faire le mal. Au fond, si la belle-fille de Noé est inféconde, c’est bon. Ça ne sert pas l’archonte. Si Cham et Japhet n’ont pas de femmes, c’est également pour le mieux, car qui dit antinatalisme dit fin du règne du Malin, l’archonte régnant par l’entremise de la reproduction biologique et de la lutte darwinienne pour la survie de l’Espèce. Prédation animale homme-femme pour assurer la prochaine génération de prédateurs. Pour les gnostiques, aussi, c’est l’archonte qui dit à Abraham de sacrifier son fils, mais c’est un Veilleur qui arrête sa main. Mais bref, je ne suis pas en faveur du système gnostique, mais je pense que j’ai raison sur toute la ligne concernant le gnosticisme du film.

  11. lissagaray

    Onde de schnock
    Réponse à l’article de Charles Vaugirard : Faut-il brûler le Noé de Darren Aronofsky ?
    Je remercie pour son article excellent qui répond, pour partie à nos doutes quant au film de Darren Aronofsky : Noé. J’ai été tout comme Vaugirard intrigué des libertés prises par l’auteur avec l’ancien testament non que j’en soi un spécialiste de sa lecture ou de son interprétation, mais par ce qui m’apparaissait d’instinct comme un évident partis pris utile à la dramatisation d’un épisode de l’histoire de l’humanité déjà bien chargé dans ce domaine.
    La question centrale du film réside dans l’interprétation de la pensée divine, pensée selon laquelle, Noé et sa famille ne seraient que les accompagnants des animaux et que la race des hommes devrait s’éteindre la mission accomplie. Noé analyse la stérilité de sa belle-fille et l’absence de compagne de ses deux fils Cham et Japhet comme la volonté d’extinction de la race humaine et lorsqu’Ila (la compagne de Sem, fille adoptive de Noé selon Aronofsky) se retrouve enceinte, Noé décide, si ce sont des filles de les exécuter au nom de Dieu.
    Une simple consultation de Wikipédia et de la Bible en ligne, recadre les emprunts et approximation d’Aronofsky. L’ancien testament retrace la descendance de Cham qui n’était pas censé, selon le cinéaste, se perpétrer. Cham, père des peuples d’Afrique est un des quatre fils de Noé (Sem, Japhet sont ses frères) est le patriarche d’une lignée qui compte Koush (père des peuples d’Éthiopie), Misraïm (père des peuples d’Égypte), Pout (père des peuples de Somalie) et Canaan. Il n’est pas inintéressant de relever qu’Abraham est l’oncle de Loth et que lorsque les chemins de ces deux Patriarches se sépareront (Genèse 12:4 à 12:6), Abraham se dirigera vers le Pays de Canaan et Loth vers la cité de Sodome, cité détruite par le même Dieu qui déclarait : Genèse 8:21 : « […] Je ne maudirai plus la terre à cause de l’homme, car l’orientation du cœur de l’homme est mauvaise dès sa jeunesse, et je ne frapperai plus tous les êtres vivants comme je l’ai fait » ; l’erreur est humaine.
    Sans trop s’écarter du sujet, il semblerait que le personnage d’Ila ne soit qu’une pure fiction bien qu’aucun des trois fils de Noé ne soit monté seul dans l’arche : Genèse 6:18 : « Mais j’établis mon alliance avec toi; tu entreras dans l’arche, toi et tes fils, ta femme et les femmes de tes fils avec toi » et Genèse 9:18 et 19 « Les fils de Noé, qui sortirent de l’arche, étaient Sem, Cham et Japhet. Cham fut le père de Canaan…. », ou Genèse 10:1, 2, 6, 21 : « Voici la postérité des fils de Noé, Sem, Cham et Japhet. Il leur naquit des fils après le déluge ». L’adverbe « après » a son importance. Le fait que les enfants de Sem naissent après que l’Arche ait atteint sa destination en fait un élément banal de l’histoire des hommes, contrairement à la vision d’Aronofsky qui en fait un élément déterminant et central puisque la naissance de deux filles rompt le déséquilibre imposé par le Créateur pour que la race humaine disparaisse.
    Quelle a pu être alors l’intention de Darren Aronofsky de faire de la compagne de Sem une femme stérile et de Japhet et Koush des célibataires contraints ? Outre l’inextinguible soif d’action du public auquel la quête d’une épouse offre toutes les possibilités dramaturgiques, rebondissement et cavalcades, un début d’explication réside dans la réduction de la focale. La transposition d’un drame à la portée universelle et morale en un drame familial permettant au spectateur de s’identifier à des personnages, réduits par l’ancien testament aux rôles de faire-valoir, sans se poser la question toujours embarrassante de l’orientation du cœur des hommes (Genèse 8:21). Le film dans ce domaine active les grosses ficelles du manichéisme anglo-saxon, présentant Noé comme l’homme bon (Rousseauiste tout comme son grand-père Mathusalem mix de Yoda et de Siddhārtha Gautama) face à une bande dépenaillée, carnivore, sans doute anthropophage. A cet égard, la figure du Patriarche Noé apparait sous le masque comme une autorité omnisciente et autocrate à laquelle le reste de la troupe doit obéissance et soumission. Le film s’éveille enfin lorsque la progéniture et Madame, grandis par les épreuves et par la menace de ce grand-père devenu ogre, vont commencer à s’opposer. Cette énième parabole de la jeunesse fossoyeuse de ses pères, fait de Noé un homme ringardisé par sa vision d’un monde qu’il ne comprend pas plus que ne le comprenaient ceux qu’il laisse se noyer, qui va enfin faire connaissance avec le doute. Madame Noé retrouve dans son action modératrice dans un premier temps injonctive dans un second le visage de la première épouse d’Adam, Lilith (et oui, c’est un remariage) chassée du Paradis pour avoir exigé de chevaucher Adam. Pour être précis, relevons que Lilith avait été créée de la même glaise qu’Adam, principe de stricte égalité entre homme et femme vite réfuté par le créateur et remplacée par une épouse tirée d’une cote d’Adam, comme une partie assujettie au tout dont elle est issue. La lutte entre homme et femme, sans être centrale dans le film, offre quelques belles joutes encore qu’aux arguments et aux « pourquoi » de Madame, Monsieur a un peu tendance à répondre « parce que » ; comme dans la vraie vie.
    La longue trajectoire d’Aronofsky n’aurait donc d’utilité que l’embourgeoisement d’une légende détournée de sa portée universelle pour en faire, l’eau en plus, l’équivalent d’une pièce de Molière (plus que de Shakespeare) dans laquelle le vieux barbon s’oppose à tout et à tous au nom d’une vision forcément supérieure puisqu’elle n’émane pas de lui, sophisme bien commode pour un schizophrène. Noé, vieux schnock connait la crise de la six centaine (Genèse 7:11 : « L’an six cent de la vie de Noé, […] les sources du grand abîme jaillirent, et les écluses des cieux s’ouvrirent ») et doit affronter sa tribu qui n’est pas contre l’idée de ramer mais qui voudrait bien savoir pourquoi autant de gens flottent autour d’eux.
    Une autre piste de la lecture sous couvert d’Aronofsky réside dans la possible nécessité de dissimuler une partie de sa pensée afin de ne pas effrayer les décideurs financiers et de ne pas provoquer la ire du public et des groupes de pression religieux ou non, Noé étant un personnage commun aux trois religions monothéistes. Faire de ce séide un être perdu de doute, interprétant des rêves imposés contre sa volonté humaniste, des songes de schizophrène paranoïde que lui seul entend et décrypte (comme plus tard Moïse, Abraham et les autres), invite à une écriture en filigrane. Aronofsky est un technicien talentueux. Un coup d’œil à sa filmographie n’incite pas à déceler dans son œuvre des velléités de cinéma d’auteur (mais je ne suis pas non plus un spécialiste d’Aronofsky). D’autres avant lui ont contourné par des images subliminales les foudres de la critique et pour rester dans le péplum biblique, rappelons-nous seulement des retrouvailles viriles de Ben-Hur et de Messala dans le film éponyme de William Wyler. L’interprétation de la scène où les deux amis se livrent à un lancer de javelot bien dur dans un anneau bien rond, ne sautait pas aux yeux de prime abord.
    La dernière piste, la plus solide du point de vu de la morale auquel ce film n’échappe pas est la présence du personnage de Tubal-Caïn, Genèse 4:22 : « Tsilla, de son côté, enfanta Tubal-Caïn, qui forgeait tous les instruments d’airain et de fer ». Celui-ci déclare à deux reprises que les hommes ont été créés par Dieu à son image ce qui n’est qu’une demi-vérité (ou un demi-mensonge) puisque c’est l’homme qui a créé Dieu à son image. Aronofsky accroche Tubal-Caïn et le mal qu’il représente à l’arche, créant l’idée d’une perpétuation du mal par-delà la destruction de l’humanité maudite par son Créateur. Ce Dieu flaubertien auquel je faisais allusion, rate à peu près tout ce qu’il entreprend et il faut relever que la seule création qui lui pose des problèmes est celle faite selon sa propre affirmation à son image. Aronofsky semble en jouer, mais le camouflet ne viendra pas de Tubal-Caïn mais des « élus » eux-mêmes. En effet, cette Arche perdue a des airs d’auberge rouge ou de Black Pearl où chacun est déterminé à tuer celui (Noé) qui s’opposera à sa volonté ou mettra en danger son clan.
    Une petite mise en garde mérite toutefois d’éclairer cette lecture enrichie de la genèse et les possibles amalgames et raccourcis peu éclairés par le film, Tubal-Caïn n’est en aucun cas le frère de Noé. Il ne figure pas dans les versets consacrés au déluge. Tubal-Caïn est le petit-fils de Mathusaël, fils de Lamek et 7ème génération depuis Caïn (Genèse 4:22 déjà cité). Noé est le petit-fils de Métoushelah (dit Mathusalem), fils de Lémek et 8ème génération depuis Seth, troisième fils d’Adam et Eve engendré après la mort d’Abel. Le combat fratricide (d’un point de vue symbolique s’entend) entre Tubal-Caïn et Noé, donne une dimension plus psychiatrique que métaphysique à l’histoire. Les deux hémisphères du cerveau du Créateur cherchent à s’entretuer pour la domination. A gauche, l’hémisphère pragmatique, calculateur et technologique à droite l’hémisphère humaniste, idéaliste et poétique. Tubal-Caïn et Noé rejouent le drame originel (Abel tué par Caïn) et cette fois le mal perdra le combat ; mais nous savons que le mal ne meurt pas dans l’Arche. Cette dualité destructrice entre passion et raison est probablement la seule malédiction des hommes. Pour la petite histoire, la scène de la Création d’Adam de la Chapelle Sixtine situe Dieu dans un drapé de velours rouge dont la forme n’est pas sans rappeler celle d’un cerveau humain. Quand on vous dit que les symboles sont de partout.
    En définitive, Noé est un film subversif où ni Noé, ni les siens n’ont besoin de fuir l’humanité pour devenir humains et où Tubal-Caïn se trompe lorsqu’il clame qu’on est un homme lorsqu’on tue un homme. Tous les emprunts de personnages, les à peu près chronologiques, les querelles familiales, les projets d’infanticide, de parricide, les petits arrangements théologiques… n’ont d’utilité que de mettre le Patriarche devant le choix Cornélien de la désobéissance au Père éternel, culminant dans l’affirmation : « J’AI DECIDE de ne pas tuer ». Noé devient un homme parce qu’il désobéit à Dieu et suit son libre arbitre en décidant de ne pas tuer les deux fillettes qu’Aronofsky a eu tant de mal à accoucher dans le foutoir de sa Genèse revisitée : « Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà, De ta Genèse ? » En fait, l’humanité détruite, gaspillée, l’a été, selon le cinéaste, pour laisser place à une seconde humanité dont les êtres éclairés s’engagent sur la voix de la rédemption en empruntant le chemin du meurtre de Tubal-Caïn par Cham et de la désobéissance à Dieu tout comme la première tentative avait emprunté le chemin de la désobéissance d’Adam et du meurtre d’Abel par Caïn. L’histoire contemporaine est remplie de ces opprimés qui deviennent par un revers de situation oppresseurs sous le regard désormais indifférent de leur Créateur. Dans cette acception, Noé d’Aronofsky est à voir parce qu’il s’agit d’un film noir, désespéré qui nous dit ce que nous savons déjà et ce que la Bible révélait sans surprise, Genèse 8:21 : « […] l’orientation du cœur de l’homme est mauvaise dès sa jeunesse […] ».

  12. ed

    Le floutage est mal geré ! Véritable torture de lire cet article sur mobile, un simple avertissement en début d’article n’aurait il pas suffit ?

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