Dans le monde sans en être

Et si on parlait de la Démocratie-chrétienne ?

Alcide De Gasperi, Konrad Adenauer et Robert Schuman. Trois Démocrates-chrétiens.

Alcide De Gasperi, Konrad Adenauer et Robert Schuman. Trois Démocrates-chrétiens.

La Démocratie-chrétienne est une grande famille de pensée politique. Depuis sa création en 1848, elle a inspiré de nombreux mouvements et de nombreux hommes politiques de par le monde. Actuellement, des démocrates-chrétiens sont au pouvoir dans certains États comme par exemple l’Allemagne. Née en France, la Démocratie-chrétienne a pourtant eu assez peu de succès dans sa terre natale, et elle n’a pas eu de grand parti de gouvernement comparable à la CDU Allemande ou à la Démocrazia cristiana italienne. La seule exception a été le MRP 1Mouvement Républicain Populaire qui a eu une vie assez courte entre 1945 et 1963. Le reste du temps, elle n’a été représentée que par de petits mouvements. Le dernier en date est le Parti Chrétien-Démocrate qui est le seul à s’en réclamer même s’il ne représente pas tous les démocrates-chrétiens.

Pourquoi en parler aujourd’hui ? Notre époque connaît des changements sociétaux importants, et l’Eglise nous invite à nous engager dans la Cité. Pour que cet engagement soit pertinent, il est indispensable de se tourner vers l’histoire et d’étudier les précédentes expériences des chrétiens en politique. La Démocratie-chrétienne est un bon exemple car elle a tenté de faire vivre la doctrine sociale de l’Eglise au sein de la Cité sans pour autant être un parti confessionnel. Les fondateurs de la Démocratie-chrétienne ont même été les précurseurs de cette doctrine sociale. 2Comme l’a reconnu Jean-Paul II dans l’homélie de la béatification de Frédéric Ozanam

Mais surtout, la Démocratie-chrétienne s’est construite à l’époque où le monde moderne est apparu : la première moitiée du XIXe siècle a été le théâtre de la sécularisation de la société, de la constitution de nouvelles classes sociales, de la révolution industrielle. La révolution de 1848, quand s’est constituée la première Démocratie-chrétienne, a vu la généralisation du suffrage universel 3Certes exclusivement masculin… avec les premières élections des députés et du Président de la République. La vie politique que nous connaissons aujourd’hui en était à ses débuts, et les premiers démocrates chrétiens étaient déjà présents pour mettre en oeuvre une action politique d’inspiration chrétienne. Leur exemple rejoint donc directement notre vie de citoyen, d’autant plus qu’un des fondateurs de cette famille de pensée, Frédéric Ozanam, a été béatifié. Cela donne à son exemple une profondeur indéniable même si cela n’engage pas l’Eglise dans cette option idéologique.

La Démocratie-chrétienne n’a, en effet, aucun monopole. De nombreux autres courants ont compté ou ont été fondés par des chrétiens. Certains ont même été en franche opposition avec les mouvements Démocrates-chrétiens… Mais la Démocratie-chrétienne a été la famille de pensée la plus importante et celle qui se référait le plus expressément à la doctrine sociale de l’Eglise.

Je vais donc tenter d’aborder en plusieurs articles quelques questions autour de la Démocratie-chrétienne : sa définition, ses précurseurs, son origine, les différentes tentatives de création de mouvement, l’histoire de son plus grand parti en France : le Mouvement Républicain Populaire. Nous verrons la fondation du MRP et les raisons de son échec. Enfin nous étudierons les relations entre Gaullisme et Démocratie-chrétienne et nous verrons si cette famille de pensée a encore une pertinence au XXIe siècle.

Chaque vendredi, un épisode de la série sera publié sur les Cahiers Libres. Rendez-vous vendredi prochain pour le premier opus.

Charles Vaugirard

Notes :   [ + ]

1. Mouvement Républicain Populaire
2. Comme l’a reconnu Jean-Paul II dans l’homélie de la béatification de Frédéric Ozanam
3. Certes exclusivement masculin…

10 réponses à “Et si on parlait de la Démocratie-chrétienne ?”

  1. Andino

    Excellente initiative de parler de démocratie chrétienne, ça nous promet un débat stimulant.
    Pour ma part, je suis toujours partagé entre admiration et indignation, admiratif de voir des chrétiens s’engager en politique dans la forme que la modernité a donné aux institutions politiques, et indigné de les voir accepter que les principes qui guident leur action soient coupés de leur Source. Quand on voit la CDU, on peut se demander ce qu’elle a encore de réellement chrétien. Et pourtant, la culture protestante allemande permet sans doute davantage qu’une famille de pensée vive sans lien charnel avec ce qui l’inspire.
    Je pense qu’au XXIème siècle en France, aussi décalé que cela puisse paraître, il sera efficace de revendiquer son appartenance à l’Eglise quand on fait de la politique, parce que l’Eglise sait où elle va, ce qui n’est plus le cas de nos contemporains. Au XIXème siècle, l’appartenance à l’Eglise était un sujet de division, tandis que les principes chrétiens étaient encore présents dans la culture sociale. Les choses se sont inversées. On ne va pas à la messe, mais on suit attentivement ce qui se passe au Vatican!
    Les chrétiens doivent réinvestir la politique, mais ils doivent le faire en tant que chrétiens et ils acquerront progressivement du crédit parce qu’ils sont chrétiens, pas simplement parce qu’ils ont de bonnes têtes de bourgeois respectables…

  2. Charles Vaugirard

    Merci ! L’action politique des chrétiens est le grand enjeu actuel. Le monde a grandement besoin d’un témoignage chrétien.
    Faut-il agir “en tant que chrétien” ou “en chrétien” ? Je ne sais pas. Mais au-delà du distingo conçu par Maritain (et souvent très mal compris), je suis d’accord avec vous qu’il ne faut plus se dissimuler. Assumons notre foi devant le monde, témoignons, agissons en cohérence avec nos convictions. L’Histoire a souvent démontré que les chrétiens assumés et cohérents étaient très respectés des non-croyants. C’est le cas de Robert Schuman (surnommé le Père Schuman) qu’Edgar Faure avait qualifié de plus haute autorité morale de la République. Faure n’était guère calotin, mais il avait de l’admiration pour le vrai chrétien. N’ayons donc pas peur d’être nous-même !

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