Dans le monde sans en être

L’Eglise doit elle élargir les cercles de son dialogue ?

Benoit, en commentaire de ce billet, rappelait très justement que « le plus intéressant dans les blogs se joue dans les commentaires ». Et j’ai voulu commenter derrière lui. J’ai ensuite pu vérifier une autre règle « un commentaire trop long devient un billet».   Je réponds donc ici à Manuel Atréide.

620px-Passages_d'outremer_Fr5594,_fol._19r,_Concile_de_Clermont[1]

« S’il m’arrive de critiquer l’Église, ce n’est pas dans le ridicule dessein de la réformer. Je ne la souhaite pas parfaite, elle est vivante. » Bernanos 1“S’il m’arrive de mettre en cause l’Eglise, ce n’est pas dans le ridicule dessein de contribuer à la réformer. Je ne crois pas l’Eglise capable de se réformer humainement, du moins dans le sens où l’entendaient Luther et Lamennais. Je ne la souhaite pas parfaite, elle est vivante. Pareille au plus humble, au plus dénué de ses fils, elle va clopin-clopant de ce monde à l’autre monde ; elle commet des fautes, elle les expie, et qui veut bien détourner un moment les yeux de ses pompes, l’entend prier et sangloter avec nous dans les ténèbres. Dès lors, pourquoi la mettre en cause, dira-t-on ? Mais, parce qu’elle est toujours en cause. C’est d’elle que je tiens tout, rien ne peut m’atteindre que par elle. Le scandale qui me vient d’elle m’a blessé au vif de l’âme, à la racine même de l’espérance. Ou plutôt, il n’est d’autre scandale que celui qu’elle donne au monde. Je me défends contre ce scandale par le seul moyen dont je dispose en m’efforçant de comprendre. Vous me conseillez de tourner le dos ? Peut-être le pourrais-je, en effet, mais je ne parle pas au nom des saints, je parle au nom de braves gens qui me ressemblent comme des frères. Avez-vous la garde des pécheurs ? Eh bien, le monde est plein de misérables que vous avez déçus. Personne ne songerait à vous jeter une telle vérité à la face, si vous consentiez à le reconnaître humblement. Il ne vous reprochent pas vos fautes. Ce n’est pas sur vos fautes qu’ils se brisent, mais sur votre orgueil. Vous répondrez, sans doute, qu’orgueilleux ou non, vous disposez des sacrements par quoi l’on accède à la vie éternelle, et que vous ne les refusez pas à qui se trouve en état de les recevoir. Le reste ne regarde que Dieu. Que demandez-vous de plus, direz-vous ? Hélas ! nous voudrions aimer.” Georges BERNANOS, Les Grands Cimetières sous la lune in Essais et écrits de combat, Paris, Gallimard, 1971, coll. “Bibliothèque de la Pléiade”, p. 426.

L’Eglise n’est pas une démocratie, car la démocratie a pour but d’organiser la cité, et non le salut des âmes. 

On reproche souvent à l’Eglise sa conception étroite du dialogue. La critique faite à l’institution et à sa hiérarchie, pointe du doigt une déconnexion de la réalité et un dialogue restreint au cercle de ceux qui sont dans la ligne du parti. On en appelle donc à une dialogue élargi au-delà de ce cercle, pour avoir des avis différents, des paroles différentes et finalement un progrès de l’Eglise. Une gestion plus “démocratique” de la vie de l’Eglise, en quelque sorte.

Une parole différente est intéressante. C’est sûr. Nécessaire même. Très bien. Beau constat. On est tous d’accord là-dessus. Bon. Et une fois qu’on l’a dit on fait quoi ?

L’enseignement de l’Eglise a la particularité de s’appuyer sur une source, la parole, qui s’exprime sous deux formes : l’écriture et la tradition. La nuance est importante, puisqu’elle fait l’objet d’une constitution dogmatique entière, Dei Verbum, pendant le concile Vatican II. La religion chrétienne, n’est pas une religion « du livre », c’est une religion de la parole. Et cette parole a été transmise par la rencontre entre le Christ et chacun de ses disciples. Ces disciples font connaitre ensuite le Christ pour permettre à d’autre de faire cette rencontre. Et à partir de toutes ces rencontres, on tire un enseignement, imparfait, que l’on peut appeler la tradition.

Petit rappel : la tradition est historiquement arrivée avant la bible. Oui, les apôtres n’avaient pas un livre avec les évangiles sous la main, aussi étonnant que cela puisse paraître au premier abord. Mais si on y réfléchit un peu, c’est tout à fait logique : avant que les Evangiles soient écrits et diffusés, les premières communautés chrétiennes ont survécu sans livre. Et comment ont-elles fait ? Elles se sont appuyées sur les témoignages des gens qui ont connu le Christ, les disciples qu’il a enseignés. Et ces mêmes disciples ont ensuite transmis l’enseignement.

La tradition est ce que l’Eglise se transmet depuis près de 2000 ans. Et les transmissions se faisant par des hommes, elle est imparfaite. Mais malgré tout, cela reste un corpus précieux. Sans cela, l’enseignement du Christ n’est qu’un ensemble de paroles sur un bout de papier, interprétables à tort et à travers.

Or, la tradition, l’enseignement de l’Eglise, ce n’est pas un savoir inné. On ne naît pas en connaissant l’intégralité de l’enseignement de l’Eglise. Et c’est le rôle des théologiens (entre autre) de l’étudier. Le père Moingt, avant d’être théologien, a dû passer par quantité d’années de travail et d’étude. Sa légitimité pour discuter la théologie est établie. Et tout le problème est là : légitimité.

Discussion. Ok. 100% d’accord. Mais que ce soit fait avec des personnes qui connaissent le sujet. Assez rapidement, tout le monde a un avis sur tout. Mais de là à dire que tous les avis se valent, il y a un pas que je ne franchirai pas. Non, tous les avis ne se valent pas. Pour une raison toute simple : si on ne connait pas un sujet, on risque tout simplement de complètement passer à côté des enjeux et d’asséner des contre-vérités avec fermeté. L’avis d’une personne persuadée que l’Eglise n’a pas de pensée en terme d’écologie est-il réellement pertinente si on lui demande ce qu’elle pense de l’Eglise et de l’écologie ? Non. Son discours ne montrera qu’une chose : l’Eglise communique mal, le reste sera à côté de la plaque.

Il est donc nécessaire d’abord, de dialoguer avec des personnes qui connaissent le sujet. Et si d’autres personnes ne connaissant pas le sujet veulent dialoguer, c’est excellent. Mais il faut d’abord passer par un peu de formation. Il faut parler de sujets que l’on connait un peu, et éventuellement accepter une parole d’autorité quand elle est légitime, au moins jusqu’à ce qu’on puisse légitimement la contester. S’il a pu y avoir des abus dans cette autorité, il n’en demeure pas moins que la nécessité de connaître le sujet demeure.

Faire parler des personnes homosexuelles sur l’homosexualité est une chose intéressante, elles connaissent le sujet, de façon subjective certes, mais elles au moins,elles connaissent ce sujet. Faire parler les catholiques sur leur perception de l’Eglise et sur leur vie de foi, est une chose intéressante, ils connaissent le sujet, de façon subjective certes, mais eux au moins ils connaissent ce sujet. Mais pas n’importe quel sujet : leur perception de l’Eglise et leur vie de foi. C’est entièrement autre chose que l’enseignement de l’Eglise. Leur perception de l’Eglise et leur vie de foi, ce sont des réalités subjectives, qui, éventuellement, sont influencées par une transmission défaillante de l’enseignement de l’Eglise.

Ensuite, une fois que l’on a trouvé des gens qui connaissent un peu le sujet, il faut des gens qui souhaitent la même chose que l’Eglise. L’Eglise n’est pas une démocratie. Le souci de l’Eglise n’est pas le vivre ensemble, la progression des droits fondamentaux ou la gestion de l’Etat. Le souci de l’Eglise est le salut des âmes. S’il est clairement démontré que le vivre ensemble, la progression des droits et la bonne gestion de l’Etat concourent au salut des âmes, l’Eglise s’en servira comme moyen, mais pas comme fin.

En termes de salut des âmes, le gros du travail a déjà été fait : un type vraiment extra est mort et ressuscité sur la croix, pour nous pécheurs. Ce qu’il nous reste à faire : le suivre. Ce même type bien a dit “ je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi.” A partir de là, ce que dit l’Eglise ne peut pas être conçu comme ce que dit un homme politique, un lobby ou je ne sais quelle faction.

L’Eglise se fiche d’être dans l’air du temps ou pas. L’Eglise se fiche de ne pas être moderne. Elle est là depuis 2000 ans, elle réfléchit sur l’humain depuis 2000 ans, donc ce n’est pas 3 sondages biaisés qui vont la faire changer d’avis. Son souci, je me répète, est le salut des âmes. Si elle change sa façon de faire les choses, si elle change sa manière d’aborder un sujet, c’est dans ce but. Et elle est prête à discuter avec ceux qui ont ce même souci, avec tous les hommes de bonne volonté.

Enfin, l’Eglise est tournée vers Dieu. Dès lors, la réflexion qui la traverse ne peut être coupée d’une vraie vie spirituelle, profonde et vivante. Les catholiques et les hommes de bonne volonté qui veulent réformer l’Eglise doivent comprendre ces impératifs. C’est aussi pour cela qu’il est difficile d’avancer dans le dialogue. Qui peut prétendre avoir une vie de foi parfaite ? C’est un peu pour cela que la théologie a longtemps été le fait des seuls hommes d’Eglise. Alors que la théologie n’est pas, et ne doit pas être, la propriété des clercs.

L’Eglise a beau être sainte, elle n’en est pas moins, mystérieusement, faite de pécheurs. Elle est composée d’êtres qui souffrent, selon le mot de Francis Spufford, de la “propension humaine à faire foirer les choses” (“Human Propensity to fuck things up” dans Unapologetic). Donc elle a conscience que ce qu’elle dit sur certains sujets est imparfait.

Pour reprendre Benoit (encore) : “Dans l’enseignement de l’Église, le purement « dogmatique » est très faible (le credo et ses suppléments bonus), le reste est une immense source bouillonnante (qu’on appelle la tradition) avec laquelle on cherche à avancer. Alors il y a des synthèses doctrinales (rassemblant les positions médianes et majoritaires : c’est le superbe Catéchisme de l’Église Catholique), mais une fois le CEC lu, en guise d’introduction, il faut plonger dans la lecture des Pères, et puis surtout (surtout, mais aussi, évidemment – évidemment – déjà avant d’ouvrir son CEC) lire les Écritures. Ensuite tout est OPEN !”

Il y a donc beaucoup de travail à faire. Mais pas n’importe comment. Le rythme de l’Eglise n’est pas le rythme de la politique. C’est pour cela par exemple qu’un sondage qui tente de faire valoir que 90% des catholiques sont pour l’avortement est une absurdité. On tend ce sondage (mécanisme dont on connait les biais), pour montrer que l’Eglise doit changer. Mais si l’Eglise est contre l’avortement, c’est parce qu’elle considère qu’une vie humaine commence dès sa conception, et que dès lors, l’impératif du  6e commandement : “Ne commets pas d’homicide”, doit s’appliquer ici aussi.

L’Eglise ne fait pas un concours de popularité. Ce n’est pas à nous de juger le choix de ces 90%, clairement pas. Le rôle de l’Eglise est d’essayer de comprendre ce qui les a amenés à vouloir sacrifier une vie pour un autre impératif (quel qu’il soit, là n’est pas le sujet). Le rôle de l’Eglise est ici d’accompagner ces personnes et de leur parler de l’amour de Dieu, pas de changer pour faire plaisir. C’est, il me semble, le propos de Pneumatis, quand il écrit “que celui qui a des couilles, qu’il entende”.

Quand on dit à un enfant : ne mets pas ta main dans le feu, ça brûle, c’est parce qu’on sait que ça brûle, et que s’il le fait, l’enfant se fera mal. Et le fait que 90% des enfants approuvent le fait de mettre sa main dans le feu, ne changera rien à cette réalité : le feu, ça brûle, mettre la main au feu, ça fait mal. Et pour l’avortement c’est pareil : l’avortement est une source de douleur, tant pour la mère que pour l’enfant. L’un et l’autre méritent qu’on les accompagne dans leurs blessures, pas qu’on les juge. Il y a certaines choses dans l’enseignement de l’Eglise, qui risquent de demeurer, malgré une position clairement contre l’air du temps.

Entre ces vérités dogmatiques, et les points “open”, il y a une zone grise, dans laquelle le dialogue peut se faire. L’écologie, l’homosexualité, le transhumanisme, le divorce et autre, sont autant de sujets qui méritent une plus ample réflexion. Pas parce que la vérité a changé, mais parce que ce qui semblait suffire à une époque ne suffit plus. Ce qui semblait aller de soi à une époque ne va plus de soi. Ce qui pouvait être dit à une époque sans blessure ne peut plus l’être, quelles qu’en soient les raisons. Et c’est là qu’on attend tous les hommes de bonne volonté. Et si les “cercles” de dialogue de l’Eglise sont aussi restreints, c’est surement aussi que peu de gens prennent le temps nécessaire pour y participer en se pliant à tous ces impératifs.

Bien sûr, tout cela, c’est la théorie. En pratique, il y a encore du travail à fournir pour que tout se fasse vraiment. Mais on avance. L’Eglise avance lentement, certes, mais elle avance. Les discours du pape François, tout en restant très clairs sur certaines questions brûlantes, n’en demeurent pas moins une invitation à ce dialogue. Et si, à un niveau plus local, des invectives et des attaques sont à déplorer, ce n’est pas le fait de l’Eglise dans son ensemble. Encore une fois, son but est le salut des âmes.

L’évangélisation est ce dialogue avec le monde pour le salut des âmes. Et c’est à nous, chrétiens, de faire de notre mieux pour ne pas tout faire foirer.

Fol Bavard

Notes :   [ + ]

1. “S’il m’arrive de mettre en cause l’Eglise, ce n’est pas dans le ridicule dessein de contribuer à la réformer. Je ne crois pas l’Eglise capable de se réformer humainement, du moins dans le sens où l’entendaient Luther et Lamennais. Je ne la souhaite pas parfaite, elle est vivante. Pareille au plus humble, au plus dénué de ses fils, elle va clopin-clopant de ce monde à l’autre monde ; elle commet des fautes, elle les expie, et qui veut bien détourner un moment les yeux de ses pompes, l’entend prier et sangloter avec nous dans les ténèbres. Dès lors, pourquoi la mettre en cause, dira-t-on ? Mais, parce qu’elle est toujours en cause. C’est d’elle que je tiens tout, rien ne peut m’atteindre que par elle. Le scandale qui me vient d’elle m’a blessé au vif de l’âme, à la racine même de l’espérance. Ou plutôt, il n’est d’autre scandale que celui qu’elle donne au monde. Je me défends contre ce scandale par le seul moyen dont je dispose en m’efforçant de comprendre. Vous me conseillez de tourner le dos ? Peut-être le pourrais-je, en effet, mais je ne parle pas au nom des saints, je parle au nom de braves gens qui me ressemblent comme des frères. Avez-vous la garde des pécheurs ? Eh bien, le monde est plein de misérables que vous avez déçus. Personne ne songerait à vous jeter une telle vérité à la face, si vous consentiez à le reconnaître humblement. Il ne vous reprochent pas vos fautes. Ce n’est pas sur vos fautes qu’ils se brisent, mais sur votre orgueil. Vous répondrez, sans doute, qu’orgueilleux ou non, vous disposez des sacrements par quoi l’on accède à la vie éternelle, et que vous ne les refusez pas à qui se trouve en état de les recevoir. Le reste ne regarde que Dieu. Que demandez-vous de plus, direz-vous ? Hélas ! nous voudrions aimer.” Georges BERNANOS, Les Grands Cimetières sous la lune in Essais et écrits de combat, Paris, Gallimard, 1971, coll. “Bibliothèque de la Pléiade”, p. 426.

6 réponses à “L’Eglise doit elle élargir les cercles de son dialogue ?”

  1. Manuel Atréide

    @ l’auteur,

    ce billet est passionnant car il me permet de comprendre – peut être ! – un peu mieux la pensée d’un homme de foi.

    L’église n’a cure des modes et des sondages ? C’est vrai. Une institution vieille de 2000 ans qui dit que son but est de sauver les âmes se moque totalement du parfum à la mode, elle travaille sur le long terme.

    L’église n’est pas une démocratie ? L’église catholique romaine n’est plus une démocratie, mais elle est loin de représenter la seule expression du christianisme et aux temps archaïques, cette religion n’avait pas structuré une forme de pouvoir aussi hiérarchisée que ce que nous vivons maintenant. J’en veux pour indice cette citation que je tire de Wikipédia et qui correspond au dictionnaire étymologique que j’ai mais sur lequel (vu sa forme papier), je ne peux faire un lien :

    “Le mot « évêque » provient du mot gallo-roman *EPISCU1, forme raccourcie du mot latin episcopus, lui-même adapté du grec Eπίσκοπος / episkopos qui veut dire « surveillant », c’est-à-dire modérateur, tuteur, responsable d’une organisation ou d’une communauté” ( http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89v%C3%AAque#.C3.89tymologie ). La transformation de l’évêque de responsable à leader s’est faite progressivement et doit beaucoup à la fusion progressive du christianisme dans la société et les institutions romaines.

    Cela dit, l’église est maintenant une structure hiérarchique à la structure très verticale, c’est un fait. La démocratie n’a plus maintenant qu’une place réduite.

    Mon accord avec toi s’arrête cependant là.

    Etant dans un commentaire, je vais ne pas trop m’étendre. J’ai donc deux choses à te dire. Tout d’abord, malgré les restrictions que tu mets au dialogue avec l’église, tu rates ton but : Joseph Moingt, de par sa formation et l’activité de toute une vie est sans doute totalement légitime à parler avec l’institution et dire ce qu’il dit :
    – théologien, il a été pleinement formé,
    – membre de l’église, il connait son sujet,
    – à 99 ans, son expérience lui confère une forme d’autorité qu’il serait malavisé d’écarter d’un revers de main.

    L’autre chose est la suivante : tu pars, me semble-t-il, du postulat que l’église a une parole pour tous les sujets et que cette parole a toujours la même valeur et le même poids. tu auras pourtant du mal à faire parler Jésus de transhumanisme et tu auras du mal à faire croire que la parole d’un concile a la même portée que celle de Christ. Idem pour l’homosexualité : Jésus n’en dit – selon les évangiles – pas un mot et à part une épitre de Saint Paul est un passage dans le lévitique, la Bible est remarquablement muette sur ce sujet. Même le passage sur Sodome et Gomorrhe est flou sur ce point. Le péché est-il l’homosexualité, le viol ou l’impiété ?

    En revanche, Jésus évoque Sodome et Gomorrhe, à titre de comparaison :

    “lorsqu’on ne vous recevra pas et qu’on n’écoutera pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds.

    Je vous le dis en vérité : au jour du jugement, le pays de Sodome et de Gomorrhe sera traité moins rigoureusement que cette ville-là.” (Mt 10:14 & 10:15)

    Je te laisse méditer sur ces deux versets, ils disent quelque chose de fort.

    Un dialogue trop restreint, trop corseté, trop enfermé dans des règles me semble totalement contradictoire avec la volonté d’universalité de l’église catholique romaine. Cette volonté n’a pour but, en fait, que de préserver l’institution de ce que tu perçois comme des outrages. A mes yeux, si la forme doit avoir une certaine structure pour que le dialogue soit constructif, la pensée doit être libre. Et, après tout, une discussion serrée ne présente pas beaucoup de dangers à une institution deux fois millénaires.

    En revanche, je vois un danger poindre et j’en terminerai avec cette reflexion : dans un monde qui a beaucoup changé et dans un pays où désormais, le catholicisme est minoritaire, la tentation des fidèles de protéger leur église est logique mais elle les conduit à adopter une mentalité d’assiégés. Or, l’église n’est pas une forteresse où se regroupent les purs, elle est ouverte aux quatre vents et accueille tout un chacun. Le pape François, avec son discours sur la périphérie, ne dit pas autre chose, je crois.

    Oubliez donc collectivement un peu votre dignité blessée et vos blessures d’orgueil. Invectives et attaques n’en sont parfois que dans vos oreilles. En revanche, la tentation de l’entre soi est un danger mortel pour vous, fidèles. C’est, à mon avis, le sens profond du propos du père Moingt.

    J’espère ne pas avoir été trop rude, tout en laissant tout de même quelques aspérités dans ce texte, histoire de te faire réagir. Après tout, une bonne disputatio n’est pas un exercice de cirage de pompes. Et pardonne mon tutoiement, j’ai du mal à vouvoyer un « fol bavard » ! 😉

    Cordialement, M.

  2. Fol Bavard

    Merci d’avoir pris la peine de répondre, puisque c’est en partie à toi que répondais ce commentaire. Je me permets également de te tutoyer, c’est plus simple comme ça et je suis ravi que mon pseudo facilite la chose.

    Sur le fait que l’Eglise ne soit pas la seule expression du christiannisme, j’en conviens. Mais elle a le mérite de pouvoir, par la succession apostolique, se placer en héritière de l’enseignement des apotres et dans leur continuité. L’aspect fondateur de la tradition rend cette filiation nécessaire.

    Sur le père Moingt, j’avais marqué plus haut que sa légitimité de théologien est établie, ce qui à mon sens rejoint ce que tu dis, meme si tu semble penser qu’il y a là un désaccord. Mais peut-etre me suis-je mal exprimé.

    Sur le fait que la parole de l’Eglise ait toujours le meme poids sur tous les sujets, il semble qu’ici encore je me soit mal exprimé. Quand je parle de zone grise, c’est justement pour dire que cette parole n’est pas toujours dogmatique, n’a pas toujours la meme force. Par ailleurs, évidemment que Jésus n’a pas parlé de transhumanisme, mais cela n’implique pas que l’Eglise n’ait rien à dire sur le sujet. Derrière le transhumanisme se dessine des problématiques plus intemporelles comme la dépendance aux choses matérielles, le sentiment de toute puissance, et le rapport à la faiblesse, qui ont été abordés par le Christ. Notre époque n’a pas inventé l’eau tiède, elle a simplement changé la façon de la faire couler.

    Sur l’homosexualité, il y a trop de blessures issues de ce que peut dire l’Eglise pour que le message délivré actuellement soit juste. Après, qu’est ce qui doit etre ajusté ? Je n’en sais rien, et je confesse mon incompétence sur le sujet. C’est justement pour ça que je dis que le dialogue peut ici etre utile, à condition de comprendre et d’accepter de discuter dans le meme but que l’Eglise, à défaut de quoi le dialogue sera infructueux.

    Sur les deux versets que tu cites, les paroles du Christ sont très dures : ceux qui refusent d’écouter l’enseignement du Christ quand on leur en donne témoignage, seront traités plus durement encore que Sodome et Gomorrhe. Ici ce ne sont pas les disciples qui sont visés, mais les destinataires. Pour autant, nous sommes responsables de nos frères. Dès lors, nous devons pouvoir adapter notre mesage pour qu’il soit audible.

    Sur le dialogue trop restreint, je suis d’accord avec toi que le danger est l’entre-soi, la sclérose et la citadelle des purs. Il me semble d’ailleurs, que c’est la beauté du christiannisme, d’accepter que nous sommes au contraire le rassemblement des bras-cassés aves chacun notre Hptftu (cf mon Billet et l référence à unapologetic).

    Néanmoins, j’espère que tu comprends pourquoi j’accorde plus de poids à un concile qu’à un sondage. Que la parole du Christ soit plus forte que celle des éveques, sans doute (encore faut il s’accorder sur le contenu de cette parole), mais celle des éveques, surveillant et arbitres, est elle plus forte que celle des fidèles.

    En conclusion, si la forme du dialogue mérite d’etre mille fois changées pour etre adaptée à chaque interlocuteur, le fond lui, peut difficilement varier (le contenu réel de se fond étant lui aussi à déterminer, cf les propos de Benoit).

    Sur les blessures d’orgueil et autre, on se soigne, mais on est humains. Cela prend du temps. Mais cette conversation est, à petite échelle, de bonne augure.

  3. Benoit

    Merci Fol pour ce papier auquel j’adhère à 100%, merci Manuel pour ta fidélité dans la lecture et le commentaire.

    D’abord il me semble qu’on a ici dépassé la question de l’article du père Moingt ; il ne s’agit plus de sa critique sur des points précis mais d’une question plus large sur la possibilité et les conditions du dialogue dans l’Église.

    Pour l’histoire de l’Église (des Églises), je vous rassure l’évêque est toujours episkopos, gardien, protecteur, surveillant. Tout comme d’ailleurs l’episkopos avant d’être episkopos est d’abord presbiteros qui littéralement veut dire « ancien » et qui est traduit en français par presbyte (ou pus souvent prêtre). Le Gardien avant d’être Gardien est donc Ancien c’est-à-dire ayant une certaine sagesse (un savoir).

    La répartition des rôles a évoluée au fil du temps, et il est vrai que la modernité a favorisée une grande centralisation du pouvoir et une tendance hiérarchique.
    Mais
    1. Ce mode de gestion n’est pas un dogme mais relève simplement d’un choix de gestion. Ce mode de gestion est donc susceptible de changer ; la preuve Vatican II, Benoit XVI puis François favorisent une vision plus synodale de l’Église dans une sorte de retour au mode de gestion du premier millénaire. Cette réforme de la gestion est d’ailleurs un point clé pour le dialogue oecuménique avec les Orthodoxes (en effet, ils (ce « ils » seraient certes à préciser) reconnaissent la primauté de Pierre, mais n’accepte pas la manière dont elle est mise en oeuvre depuis 1000 ans).
    2. Cette hiérarchie concerne la “gestion” de l’Église (le pôle exécutif si vous voulez), elle n’empêche en rien le dialogue. Les évêques sont entourés des flopées de conseils thématiques composés de laïcs.
    3. Et surtout il faut dépasser la question de la gestion immédiate de l’Église et penser à une réflexion dialoguée sur le fond des sujets; et pour celà, c’est clair, l’enjeu premier est la formation. Non pas qu’il faille ingurgiter le dogme avant de pouvoir parler, mais qu’il faille plonger aux sources : Écritures et Père de l’Église notamment. Bref le dialogue pour aller profond ne peut pas se contenter de s’établir avec les contemporains , il faut dialoguer aussi avec ceux qui nous ont précédés. Oser le dialogue c’est donc aussi nécessairement oser la lecture, l’étude, …

    La gestion temporelle des choses de l’Église est (et sera) toujours à reformer, le moyen sera toujours le même : la charité (entendez l’amour – « agapê »).

  4. Procedit

    Merci pour ce très bon article.

    Au sujet de la hiérarchie de l’Eglise, je souhaite juste répondre @Manuel et ajouter @Benoît qu’il me semble (j’écris sous réserve d’un avis historique et théologique autorisé) qu’elle existe bien dès les premiers temps de l’Eglise et qu’elle ne concerne pas seulement la gestion de celle-ci.

    Il y a Pierre, évidemment, puis les apôtres et les hommes qu’ils laissent en charge de telle ou telle communauté. Certaines fonctions comme la gestion des ressources sont données à des diacres (cf Etienne).

    Les places de chacun dans les communautés primitives ne sont donc pas interchangeables non seulement dans l’organisation concrète (temporelle) des communautés mais aussi dans le culte rendu à Dieu.
    La hiérarchie dans les fonctions sacrées est sans doute formalisée plus tardivement mais est présente dans les premières communautés comme elle était présente au sein du Temple.

  5. Manuel Atréide

    # FB et Benoit,

    rapidement : ce simple échange, enrichissant en ce qui me concerne, montre à quel point le dialogue est nécessaire. Nous avons du mal à nous comprendre malgré une bonne volonté évidente et, je crois, du mal à nous entendre. Nous écouter.

    C’est une des choses qui me frappe le plus en ce moment, dans les relations entre certaines minorités et cette autre minorité que sont les catholiques français : nous avons tous tellement l’habitude de “savoir” ce que pensent les gens d’en face, nous avons tellement peur de prendre le risque de tendre la main et de subir une rebuffade que nous campons sur nos aventins respectifs.

    Je suis conscient que nous avons des choses dures à nous dire de chaque coté. Que ces choses font peur. Mais il n’y a pas que cela et nous avons aussi – c’est une intuition – pas mal de bonnes surprises à partager.

    Bref, parlons et écoutons. Ce n’est pas un si mauvais début et franchement, ça changera de notre comportement des années passées.

Laisser un commentaire

Les balises HTML usuelles sont autorisées. Votre email ne sera pas publié.

Abonnez vous aux fil des commentaires RSS