Dans le monde sans en être

Edito : Notre couronne

couronneA tout roi, il faut une couronne. D’or, sertie de pierres pour ceux d’en bas. De joncs, sertie d’épines pour Celui d’en haut. Le sacre de Dieu eu lieu à l’aurore du Vendredi saint. Tout devait s’accomplir et Jésus le savait. Les soldats tressèrent une couronne d’épines qu’ils posèrent sur sa tête, et ils le revêtirent d’un manteau de pourpre. Jusqu’à Lui, on ne se gaussait guère des rois. Le voilà paré pour son chemin de croix.

Il lui avait fallu naitre homme pour connaitre sa mort humaine. Il lui avait fallu un corps d’homme et, sur son front d’homme, une peau si tendre aux pénétrantes épines, pour que tout s’accomplisse. Et tout s’est accompli. La mort, puis la résurrection. Et l’ascension. Ne restaient physiquement sur terre, après les trois jours d’accomplissement, que ses apparats de Roi, témoins de fer et de bois de Son Incarnation.

Puisqu’il s’agit de témoigner, des générations de chrétiens se sont transmises entre elles ces marques temporelles du sacrifice de tout temps. Leurs écrits en témoignent à partir du IVème siècle. De Jérusalem, la Sainte couronne fut déplacée à Constantinople. C’est là que saint Louis la trouva, en 1239, et la sauva des mains de prêteurs sur gage, contre bon dédommagement.

Elle est aujourd’hui conservée à Notre-Dame de Paris, dans le reliquaire – pourpre comme un manteau de roi – voulu par Mgr Lustiger. Placée sous la garde statutaire des Chevaliers du Saint-Sépulcre, les fidèles peuvent venir la vénérer chaque vendredi de Carême.

Le week-end prochain, elle quittera exceptionnellement le trésor de la cathédrale pour être exposée à la Sainte-Chapelle, écrin de pierre conçu pour elle, puis à Poissy. Là même où, il y a tout juste 800 ans, fut baptisé saint Louis.

Ce n’est peut-être qu’un peu de bois entouré de fils d’or. C’est, quoi qu’il en soit, un peu de bois entouré de fils d’or. Mais qui porte seize siècles de prière fervente de la Chrétienté. Voilà de quoi suppléer aux scientifiques doutes à son encontre. Voilà, surtout, une invitation à arpenter la via dolorosa. A quitter nos atours de rois comme le fit jadis saint Louis en procession, pour approcher de la croix. A entrer plus profondément dans le mystère de la Passion, qui nous valut la Résurrection. Ce véritable couronnement.

“Chrétiens, souvenons-nous que le chrétien suprême

N’a légué qu’un seul mot pour prix d’un long blasphème

A cette arche vivante où dorment les leçons ;

Et que l’homme, outrageant ce que notre âme adore,

Dans notre coeur brisé ne doit trouver encore

Que ce seul mot : Aimons !” 1Alphonse de Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses

Joseph Gynt

Notes :   [ + ]

1. Alphonse de Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses

2 réponses à “Edito : Notre couronne”

  1. JG

    Bravo !

    Juste une petite coquille, en passant : “saint Louis l’a trouva, en 1239, et l’a sauva”…

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