Dans le monde sans en être

Edito : Notre République

republique_francaiseIl est un mot qui déclenche de nombreuses passions et parfois certaines interrogations. Il s’agit de “République”.

Tous les débats qui agitent le pays depuis plus d’un an : mariage pour tous, idées issues des “gender studies”… et plus globalement la vision du politique qu’exprime le gouvernement Ayrault nous ramène à cette notion de “République”. Nos dirigeants se présentent comme des Républicains passionnés, et toutes ces mesures iraient dans le sens de “l’égalité républicaine”. Ainsi, selon eux, s’opposer à ces réformes n’irait pas dans le sens de la République, et ce serait même une forme “d’intégrisme religieux”.

Vincent Peillon, ministre mais aussi philosophe, se veut le chantre d’une “religion républicaine”. Il le dit dans son livre La Révolution française n’est pas terminée : “La laïcité elle-même peut alors apparaître comme cette religion de la République recherchée depuis la Révolution.” 1La Révolution française n’est pas terminée, Vincent Peillon, éd. Seuil, 2008 (ISBN 2020985209), p. 162 Manuel Valls, quant à lui, considère que les manifestants de la Manif pour tous sont “antirépublicains”…

Donc, le laïcisme, les convictions pro mariage pour tous, la défense des idées issues des “gender studies” seraient des indicateurs d’une bonne conscience républicaine ? En sommes-nous arrivés là ?

Un tel climat pourrait pousser certains d’entre nous dans un profond rejet de la République voire les rendre nostalgiques d’un ancien régime bienveillant envers les chrétiens. Ne faisons pas cette erreur. La République de Peillon et de Valls est certes proche de celle du petit père Combes et de certains conventionnels de 1793, mais elle n’a rien de commun avec la plupart des républicains des deux derniers siècles. Pourquoi ? Parce qu’il y a cinq Républiques, et que ces républiques ont connu une multitude de tendances et de courants différents. Hollande, Peillon et Valls passeront, comme les anticléricaux de 1905 ont passé.

En regardant l’histoire, nous voyons que notre pays a vu des chrétiens soutenir la République et contribuer à sa construction. En 1848, le bienheureux Frédéric Ozanam, accompagné de Lacordaire et de milliers de chrétiens, a soutenu la nouvelle République. Ozanam, qui était monarchiste dans sa jeunesse, avait compris que la monarchie était désormais impossible et qu’il nous incombait de participer à l’édification de la démocratie. L’histoire lui a donné raison, l’espoir d’une restauration est belle et bien morte. Qu’on le regrette ou non, la République est désormais “le réel”. Pour que ce régime ne se retourne pas contre le bien commun, il convient alors de participer pleinement à son fonctionnement. C’est ce à quoi le pape Léon XIII nous appelait dès 1891. Certains chrétiens l’ont bien compris, et leur engagement a porté de nombreux fruits : dans la Résistance, des chrétiens ont contribué à bâtir la République de la Libération. Rassemblés, en partie, au sein du MRP, ils ont été les acteurs majeurs de la IVème puis du début de la Vème République. Ces régimes ont permis au pays de se reconstruire. Et surtout : nulle trace d’anticléricalisme dans ces Républiques à leur commencement. Beaucoup d’entre eux se reconnaissant dans Frédéric Ozanam mais aussi dans Charles Péguy : intellectuel militant, républicain, dreyfusard, philosophe et chrétien. Péguy était la référence première des résistants chrétiens et, parmi eux, du général de Gaulle.

Ne laissons pas la République à Peillon et Valls ni aux fantômes hideux de 1793 et 1905. Notre République louée par Ozanam, pensée par Péguy et défendue dans les maquis vaut beaucoup mieux que cela : elle est cet idéal de liberté, d’égalité et de fraternité, qui est l’avènement temporel de l’Evangile comme le disait Frédéric Ozanam.

Charles Vaugirard

Notes :   [ + ]

1. La Révolution française n’est pas terminée, Vincent Peillon, éd. Seuil, 2008 (ISBN 2020985209), p. 162

6 réponses à “Edito : Notre République”

  1. Andino

    Quel manque d’imagination!
    Alors, il y a seulement la vieille monarchie et la sainte République républicaine?
    L’une a chassé l’autre, et ceux qui ne sont pas républicains sont des nostalgiques idéalistes…

    1/ Aucun régime n’est éternel, hormis le Royaume des Cieux mais qui n’est pas de ce monde. Donc la république passera. Dans 10 ans, dans 100 ans ou dans 1000 ans, mais elle passera.

    2/ Les chrétiens qui furent républicains ne sont pas saints parce que républicains… Ils nous montrent juste que tout n’est pas à jeter dans la république. Ou n’était pas à jeter dans la république qu’il ont connu. Attention au sophisme!

    3/ La République est bien une idéologie. Elle s’est imposé plus ou moins violemment, plus ou moins rapidement, avec plus ou moins de force selon les temps et les gouvernements, mais toujours dans le même sens, celui d’une autonomie de l’homme sans référence, sans racine, sans ancrage spirituel et sans garde-fou moral. Coupées de leur ancrage dans l’Evangile, les valeurs très évangéliques de liberté, égalité et fraternité sont devenues folles.

    4/ L’histoire de France, et en particulier les périodes de crise qui révèlent la nature profonde du peuple, ou les évolutions institutionnelles, nous montrent que les Français veulent un chef de l’Etat qui incarne la nation et le pouvoir. On a longtemps laissé les hasards de l’hérédité le choisir (encore qu’on s’arrangeait pour mettre du sang de qualité dans la famille royale), mais aujourd’hui on préfère le hasard des urnes. Et on s’étonne davantage de la médiocrité de celui qui incarne la nation que de la nullité du gouvernement.

    5/ Mais je confonds déjà république et démocratie. Principe politique et forme des institutions. La République est une idéologie, et elle privilégie la désignation des gouvernants par un système de type électoral. S’y opposerait un régime porté par une autre doctrine politique, philosophique et morale. C’était le cas de la monarchie française, mais c’est aussi le cas des républiques islamiques. Qu’on le veuille ou non, il faudra choisir! Je préférerais une doctrine chrétienne qu’une doctrine républicaine.
    La monarchie, c’est le gouvernement d’un seul. Avec un régime aussi présidentiel que le nôtre, on y est. S’y opposerait la démocratie. La vraie. Celle où le peuple peut manifester son intelligence et sa volonté. Je doute que mettre un bulletin de vote tous les ans suffise. Il n’y a pas d’intelligence sans référence, sans mémoire, sans logique. Il n’y a pas de volonté sans effort et sans coeur. Ce qui manque globalement dans notre façon de participer à la vie politique. Les manifestations du printemps dernier ont au contraire montré une vraie intelligence et une vraie volonté.

    6/ La seule conclusion à cette réflexion, qui ne peut être tranchée en quelques lignes, c’est qu’il faut imaginer autre chose que l’impasse politique dans laquelle nous sommes.

  2. Charles Vaugirard

    Merci de votre commentaire. D’abord je n’ai jamais dit qu’il n’y avait que la vieille monarchie ou la “sainte” République. Cet édito fait avant tout écho aux conversations actuelles et à certains antagonismes : oui il y a encore le rêve d’une monarchie idéalisée chez certains catholiques. Je ne porte pas de jugement sur ceux qui y croient, mais je rappelle juste que c’est irréaliste.

    Je tiens à répondre à certains de vos points :

    2/ Vous dites : “Les chrétiens qui furent républicains ne sont pas saints parce que républicains… ” Attention aux raccourcis, là encore je ne dis pas que l’Eglise les a béatifiés (Ozanam est bienheureux) pour cause d’adhésion à la République. Mais cela signifie qu’un chrétien peut très bien adhérer à la République et que l’Eglise ne s’oppose pas à ce régime (ni à la monarchie). Mieux : on peut être engagé pour la République et devenir un saint, ce choix politique n’est donc pas si mauvais que ça… Pour notre vie politique actuelle, il peut être instructif de regarder ces figures et de s’en inspirer pour guider nos choix, nos attitudes et nos idées. Je précise qu’Ozanam est un des précurseurs de la doctrine sociale de l’Eglise comme l’a dit Jean-Paul II dans son homélie de béatification.

    3/ “La République est bien une idéologie.” Non. La République est un régime, une forme de gouvernement, c’est tout. Il existe une multitude de Républiques dans l’histoire de l’humanité, certaines sont explicitement chrétiennes : la République d’Irlande, les Républiques italiennes du Moyen-Age et de la Renaissance par exemple. D’autres sont bienveillantes envers les Eglises chrétiennes : République d’Allemagne, Pologne etc. Ces quelques exemples nous montre aussi une diversité des Républiques, une variété de leur histoire, de leurs principes fondateurs… Non, ce n’est pas une idéologie, mais quelque chose de divers et complexe, et si en France nous avons connu 5 Républiques ce n’est pas sans raison. Si certains hommes politiques ont une vision idéologique de la République c’est leur point de vue, leur affaire, pas celle de la majorité des gouvernements depuis plus d’un siècle, ni celle de ceux qui ont écrit les constitutions de 1946 et 1958. Ne donnez pas autant d’importance à l’actuel gouvernement : il est bien le seul à défendre cette idéologie et il est le gouvernement le plus impopulaire de la Vème République…

    Enfin, concernant la rupture entre les valeurs de la République et le christianisme, c’est hélas un fait lié moins au régime qu’à une situation générale de déchristianisation. Mais en effet, ces valeurs deviennent folles, à nous chrétiens de les remettre dans le bon sens. Regardez du côté de nos voisins européens : il y a beaucoup de monarchies, qui sont d’ailleurs des démocraties, et que se passe-t-il ? Elles ont elles aussi leur cortège de lois “sociétales”, elles les ont même eu bien avant nous et la Belgique est en ce moment en train de préparer une loi sur l’euthanasie des mineurs. La Royauté a-t-elle empêché cela ? Non. Même quand le monarque désapprouve ces lois il ne peut rien faire. L’exemple de Baudoin, le roi des Belges, est frappant : son abdication de 48 heures, très courageuse, n’a pas pu empêcher la loi sur l’avortement de passer, et son successeur n’a pas pu arrêter la série noire des autres lois “de société”.

    4/ “L’histoire de France, et en particulier les périodes de crise qui révèlent la nature profonde du peuple, ou les évolutions institutionnelles, nous montrent que les Français veulent un chef de l’Etat qui incarne la nation et le pouvoir.” Certes, nous avons une culture de l’homme providentiel. Mais comme vous dites c’est au moment des crises très graves que ces hommes apparaissent. Cela ne veut pas dire forcément que les Français veulent un monarque héréditaire, l’émergence d’une forte tête peut apparaître dans n’importe quel régime.

    6/ “c’est qu’il faut imaginer autre chose que l’impasse politique dans laquelle nous sommes.” Oui il faut faire preuve d’imagination… mais aussi de réalisme et partir du “réel”. Actuellement, une restauration monarchique est impossible, aucun autre régime politique radicalement différent ne semble poindre (vous avez un projet ?). La République est assez stable et permet d’assurer une certaine sécurité. Certes il faut des réformes et la démocratie peut évoluer et s’approfondir. Il y a une vraie réflexion à mener, mais elle se fera en partant des réalités du pays.

  3. Edito : Notre République - Cahiers libre...

    […] Il interest des Nations United MOT QUI déclenche DE Nombreuses Passions et Parfois certaines interrogations. Il s'agit de "République". Tous les débats Qui agitent le PAIE DEPUIS PLUS D'UN AN: mariage pour Tous, IDEES question des «études de genre »… Et plus globalement la vision du politique qu'exprime le Gouvernement Ayrault Ramène Nous à cette notion de "République". …  […]

  4. Benoit

    République ou Monarchie ?

    Pour ma part, je suivrai Péguy, je suis républicain sans hésiter, mais je préfère mille fois un royaliste authentique à un républicain politicien.

    Dans la confrontation République-Monarchie, Péguy invitait à toujours mener un combat loyal. Il disait que le problème principal vient du fait que l’on oppose la politique républicaine à la mystique royaliste ou la mystique républicaine à la politique royaliste. Alors que pour un combat loyal, il faut respecter les ordres : opposer mystique à mystique ; la politique à la politique. Ce qui est noble à ce qui est noble ; ce qui est bas à ce qui est bas.

    (Point vocabulaire : chez Péguy, Mystique = authentique ; et Politique = bas jeu de pouvoir)

  5. Charles Vaugirard

    @Benoit : Je dirais même que si on compare certaines mystiques monarchiques à certaines mystiques républicaines il y a certaines ressemblances. Par exemple, le gaullisme peut être perçu comme une synthèse de ces deux mystiques.

    Après, la République est le produit d’une histoire. Au XIXéme siècle la monarchie a fini par disparaitre. Elle est devenue “impossible” selon beaucoup d’acteurs de cette époque. Méfiance des Bourbon envers le suffrage universel (mauvais choix), méfiance envers les institutions issues de l’Empire, proximité de Charles X avec les ultras, divisions de la France, vieilles blessures… la restauration de 1815 a été un échec. Leur seconde chance avec le comte de Chambord en 1871 n’a rien donné : le refus catégorique du drapeau tricolore par le prétendant a enterré définitivement toute chance de restauration. Histoire révélatrice d’une blessure profonde suite à la Révolution.

    Devant cette réalité, il reste la République : une “chose publique” qui est à nous. Investissons là pour servir le bien commun.

  6. Andino

    Je crois qu’il faudrait surtout commencer par clarifier les termes pour éviter un débat qui a du mal à rompre avec celui du XIXe siècle jusqu’à la fin de l’Action Française…
    En ayant pris le temps de la réflexion, le mot république a cinq acceptions. Entretenir la confusion entre ces différents sens permet de condamner à peu de frais les opposants de son acception idéologique.
    La république est d’abord une idée philosophique sur la légitimité du pouvoir et de la souveraineté. En république, la souveraineté n’est pas la propriété d’une personne, elle est un bien commun du peuple. En ce sens, elle se situe non face à la monarchie mais face à la royauté (même si les royalistes disent toujours monarchie, eux aussi ils brouillent les cartes).
    Le mot république est également employé régulièrement comme synonyme de démocratie, autrement dit un système politique qui permet au peuple de se gouverner. Ce qui est assez cohérent si la souveraineté est la chose publique. En ce sens, elle s’oppose à la monarchie (pouvoir d’un seul) ou à l’aristocratie (pouvoir des meilleurs). Il me semble que nous subissions aujourd’hui une oligarchie (pouvoir de quelques-uns) beaucoup moins démocratique que ne l’était la royauté!
    La république est encore, en France en tout cas, une idéologie, une croyance, qui fait de l’homme son propre dieu, affranchi des religions, maître de tout, donc parfaitement souverain. Si l’homme est dieu, il faut un culte pour célébrer sa divinité: les élections et peut-être davantage encore la sacralisation de la loi qui vient de la représentation nationale ont incontestablement cette fonction… Cette république, à laquelle M. Peillon met une majuscule, nous donne le mariage républicain (et même des baptêmes républicains, il faut savoir que ça existe!) et la laïcité républicaine qui a du mal à rompre avec l’anti-cléricalisme.
    La république suivante est une morale, celle des “valeurs républicaines”. Cette morale ne découle même pas de l’idéologie, c’est la dérive de la morale chrétienne et des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité (dont l’origine est incontestablement chrétienne), et elle sert juste à jeter l’anathème sur les adversaires de l’idéologie républicaine. Le chrétien est pris à son propre jeu car la morale républicaine emploie les mêmes mots que la morale chrétienne…
    La république enfin est un système, celui des partis politiques et des grands médias qui se disent tous républicains, même le FN qui subit le “front républicain”. Tous ces partis se partagent un gâteau, d’indemnités et de pouvoir. Ils ont “confisqué” la démocratie et organisent une mise en scène permanente de plus en plus déconnectée du pays réel mais dont la com’ est très professionnelle. Il n’est pas question de remettre en cause la république!

    Alors oui, je l’avoue, je ne me sens pas très républicain…

Laisser un commentaire

Les balises HTML usuelles sont autorisées. Votre email ne sera pas publié.

Abonnez vous aux fil des commentaires RSS