Dans le monde sans en être

N’ayons pas peur d’afficher nos accords avec l’Eglise

“N’ayons pas peur d’afficher nos désaccords avec l’Eglise”, ainsi titre un “entretien du dimanche” du Progrès. Le théologien jésuite Joseph Moingt, âgé de 99 ans, était interrogé et il en est sorti un message qui ne nous a pas laissé de glace.

“Il est un drame. Et ce n’est pas le manque de prêtre. Il est que les fidèles n’ont pas la parole.”  Et pour remédier à ce drame il avance une proposition : “Des laïcs -hommes ou femmes- peuvent être chefs de leur communauté, en accord avec les prêtres et les évêques. Il est primordial de laisser les communautés de laïcs prendre des responsabilités.”

Sa proposition est intéressante, géniale même, sauf… qu’elle est mise en oeuvre depuis longtemps. Regardez les communautés comme l’Emmanuel, Sant’Egidio, Communion et Libération ou encore les Focolari. Elles sont toutes des communautés de laïcs dirigées par des laïcs. Et elles ont des responsabilités importantes dans l’Eglise : évangélisation, participation à la vie paroissiale, apostolat auprès des plus démunis. Leurs actions sont importantes, et elles ont un très grand nombre de membres. Il existe beaucoup de communautés comme celles-ci. Elles sont récentes car elles doivent beaucoup au concile Vatican II.

L’Eglise est aujourd’hui bien loin du cléricalisme. Aujourd’hui nous sommes entrés dans un âge où les laïcs sont des acteurs à part entière de l’Eglise. Il est dommage de continuer de soutenir que c’est l’inverse, car ce n’est pas exact.

Plus loin, Joseph Moingt dit : “Il y a tant à faire pour éviter que notre société se déshumanise. S’occuper des pauvres, des exclus, prendre position dans les débats publics.” Là encore il semble oublier le travail des millions de catholiques laïcs engagés, responsables d’organisations caritatives, d’ONG chrétiennes. Le Secours catholique, la Société de Saint de Vincent de Paul, l’Ordre de Malte 1qui existe depuis le Moyen-âge, le CCFD, l’OCH, l’Arche de Jean Vanier, et tant d’autres. Certes, il y a encore énormément à faire pour que le monde soit meilleur et c’est bien pour cela que l’Eglise nous appelle sans cesse à “construire la civilisation de l’amour”.

Et justement, si les catholiques se bougent autant c’est grâce au message de l’Eglise. Alors pourquoi Joseph Moingt nous invite à ne pas avoir peur d’afficher nos désaccords avec l’Eglise ?

Pour qu’il puisse y avoir un désaccord construit et pertinent, il faut d’abord connaître la position de l’Eglise. Nous faire connaître le magistère, c’est le rôle des théologiens. Joseph Moingt soutient que ceux-ci ont plutôt vocation à “faire bouger l’institution” et à “être les porte-paroles des laïcs”… Je ne peux être d’accord : si les laïcs ne connaissent pas le magistère, ses nuances, ses subtilités, ils porteront sur celui-ci un jugement inexact… bref nous aurons de tristes malentendus dans l’Eglise.

Etre en désaccord n’est pas forcément un problème. Ce qui est un problème c’est de critiquer ce que l’on ne connaît pas et ainsi émettre des jugements qui seront forcément erronés.

En matière de morale sexuelle par exemple, qui connaît la théologie du corps ? En matière de doctrine sociale de l’Eglise, qui connaît le discours sur l’écologie ? Une personnalité progressiste regrettait récemment le “silence” de l’Eglise sur l’écologie. Ce silence n’existe pas, l’Eglise a eu des positions fortes sur l’environnement ou sur des sujets comme les OGM ou le changement climatique. C’est un triste exemple de malentendus qui peuvent exister.

Le désaccord, construit, argumenté sur des bases solides, et réelles, est non seulement un droit… mais il est un devoir. Ce ne sont pas des théologiens rebelles qui le disent : c’est le code de droit canonique. Le canon 212 § 3 dispose que “Selon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des moeurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes.” Eh oui, les brebis du Bon pasteur ne sont pas des moutons de Panurge. Le droit de désaccord est aussi un devoir, à condition que cela se fasse dans le respect des personnes et sur une base intellectuelle solide. Le devoir de désaccord est trop important pour être fait à la légère.

Etre en désaccord n’est pas un problème… mais on peut aussi être… d’accord avec l’Eglise. Et il ne faut pas avoir peur d’afficher nos accords avec elle. Etre libre ne se limite pas à dire non à l’autorité. Le chrétien n’est pas un adolescent dominé par un esprit de contradiction lançant fièrement un “non” dès que le curé ouvre la bouche.

Etre libre c’est aussi librement dire oui à l’Eglise. Eglise qui n’est pas seulement une institution humaine, mais qui est avant tout le corps mystique du Christ. Nous sommes tous ensemble le corps du Christ, nous avons chacun une responsabilité. Les laïcs ont cette belle vocation d’être l’avant-garde au coeur du monde. Politique, société civile, monde du travail, famille, ce sont les laïcs qui ont en charge ces composantes de la société. Et c’est pour cela que l’Eglise elle-même nous envoie en mission au coeur de la société. Jean-Paul II ne dit pas autre chose dans son exhortation apostolique Christifideles laici

“Comme le Samaritain de l’Évangile : nous avons vu la société gisante hors de son chemin” disait Frédéric Ozanam, un laïc catholique que Jean-Paul II a béatifié aux JMJ de 1997 à Paris. Ozanam n’a pas passé son chemin, il s’est penché vers la France de 1848 qui connaissait une profonde misère. Une misère sociale dans les faubourgs, une misère spirituelle avec l’anticléricalisme et les débuts de la déchristianisation. Il a fondé une des premières organisations caritatives de laïcs, la société de Saint Vincent de Paul. Elle compte aujourd’hui un million de bénévoles dans le monde. C’est l’une des plus importantes ONG en nombre de bénévoles. Ozanam a aussi été engagé en politique en 1848, et il fut un intellectuel engagé avec le journal l’Ere nouvelle. Ozanam a été le précurseur de la doctrine sociale de l’Eglise et de Vatican II.

En envoyant les jeunes “construire la civilisation de l’amour” Jean-Paul II nous a donné Ozanam en exemple d’engagement des laïcs. Il est dommage que le père Joseph Moingt ne mentionne pas cet exemple, ni tous les autres. Il est dommage que des catholiques progressistes n’aient pas vu les merveilles de l’Eglise.

Je suis tout à fait libre de ne pas être d’accord avec l’Eglise et de le dire… Mais je suis aussi libre d’afficher mon plein accord avec le message qu’elle délivre aux fidèles laïcs : être le samaritain se penchant vers la société gisant sur le chemin, être missionnaire dans le monde… sans en être.

Charles Vaugirard

Notes :   [ + ]

1. qui existe depuis le Moyen-âge

15 réponses à “N’ayons pas peur d’afficher nos accords avec l’Eglise”

  1. Meneldil Palantir Talmayar

    Il est quand même dommage de sous-entendre que ceux qui ne sont pas d’accord avec l’Église sont pour la plupart des gens qui ne connaissent pas son enseignement ; sous-entendu qui s’exprime parfaitement dans une des phrases finale selon laquelle il “est dommage que des catholiques progressistes n’aient pas vu les merveilles de l’Église”.

    Si vous croyez qu’avec une meilleure connaissance de l’enseignement de l’Église, les catholiques en désaccord, et plus en encore le reste de la société, seraient davantage en accord avec elle, je crains que vous ne soyez dans le déni. Ainsi, je connais bien l’enseignement de l’Église en matière d’écologie, et je le trouve très insuffisant. De même, je connais la théologie du corps, et je la trouve faible, intellectuellement fragile, souvent incohérente ou peu argumentée. Le désaccord n’est pas un désaccord de méconnaissance, c’est avant tout un désaccord sur le fond.

  2. Charles Vaugirard

    Merci pour votre commentaire.

    Je me rejouis que vous connaissiez l’enseignement de l’Eglise. Je n’ai pas dit que connaître l’enseignement fait tomber immédiatement d’accord avec la doctrine de l’Eglise. Je regrette juste une méconnaissance de nos contemporains et qui se retrouve dans certaines critiques. Maintenant, une fois que l’on sait de quoi on parle, que l’on connait l’enseignement en question, rien n’empêche d’être en désaccord.

    Mais je pense aussi qu’il faudrait aussi regarder positivement les choses. Vous dites que l’enseignement sur l’écologie est insuffisant. Moi je trouve qu’il est excellent et qu’il gagne à être connu. Certes, il est en construction, il est très loin d’être achevé, c’est d’ailleurs pour cela que François va écrire une encyclique sur ce sujet. Mais on ne peut pas dire, comme certain, que l’Eglise a un “trop long silence” là dessus… c’est juste faux. Je vous renvoie au message pour la paix de 1990, ce texte est intégralement écologiste, c’est on ne peut plus clair.

  3. schlegel

    J’ai lu avec intérêt ce texte. Je respecte entièrement, croyez-le, votre position, mais sincèrement, le malentendu, involontaire ou volontaire, par rapport à Joseph Moingt est total. Il parle des communautés catholiques ordinaires, paroissiales si vous voulez, et non pas des mouvements et des ONG, ni des communautés spirituelles de volontaires, créées dans la seconde moitié du XX° siècle, parfois par des laïcs et avec des laïcs à leur tête, et reconnues par l’Eglise. Son reproche, je suppose, serait que précisément ces communautés et mouvements, qui font un énorme travail spirituel et caritatif dans l’Eglise et hors l’Eglise, n’ont strictement rien à dire quant au gouvernement de l’Eglise, aux orientations à prendre, aux réformes à faire… Sur des sujets qui importent à Moingt et à ceux qui se reconnaissent en lui (mettons: égalité des femmes et des hommes dans l’Eglise, ordination sacerdotale – et déjà, pour commencer, “diaconale” – des femmes, prêtres mariés, théologie du corps que vous évoquez, présence de laïcs dans le gouvernement de l’Eglise – Curie romaine mais aussi conférences épiscopales, avec voix active, etc. ), non seulement les mouvances spirituelles que vous citez n’ont rien à dire, mais les laïcs qui les dirigent sont les soutiens inconditionnels de l’existant… Inversement et par ailleurs, leur reconnaissance tient à leur obéissance et leur alignement inconditionnel sur la théologie et la politique de l’Eglise. Je ne dirais pas qu’ils sont plus cléricaux que les clercs, puisque chacun rejette sur l’autre l’accusation de “cléricalisme”, mais disons que souvent, l’évocation même des réformes évoquées ci-dessus leur paraît indue, bassement contestataire, sans intérêt, illégitime, peut-être “catho de gauche” suranné, vaguement soixante-huitarde, dépourvue de spiritualité, etc. Je n’en dirai pas plus, c’est trop rapide, et naturellement vous avez le droit de le contester, mais je pense que vous comprenez mes réserves sur votre interprétation de Moingt. Sur l’écologie, il faut quand même reconnaître que en dehors du texte de 1990 que vous rappelez très justement, l’Eglise n’a produit aucun texte majeur – elle qui en produit tant – jusqu’à présent… Et on a évidemment aussi le droit d’être en accord avec l’Eglise. J’ose penser que les chez les “bons catholiques”, que vous représentez un peu, me semble-t-il, le problème n’est tout de même pas, en général, le désaccord et la contestation… Mais on a aussi le droit d’être un “bon catholique”!

  4. Incarnare

    Merci Charles Vaugirard !! pour cette réponse brillante et nécessaire à Joseph Moingt.

    J’ajoute à celle-ci que dire que “les fidèles n’ont pas la parole” ne manque pas de sel, à l’heure où l’Eglise mène sa plus grande consultation ouverte, en vue du synode sur la famille.

    @Schlegel : somme toute, il faudrait être d’accord avec ce que Moingt n’a pas dit, mais dont il faut supposer qu’il le pense ? Que n’a-t-il pas commencé par un éloge des congrégations, communautés et mouvements, si c’était le fond de son argument !
    Moins clairvoyants que vous peut-être, nous sommes de notre côté réduits, pour le comprendre, à nous appuyer sur ce qu’il a dit plutôt que ce qu’il n’a pas dit.

  5. Benoit

    Mais fait, c’est quoi l’enseignement de l’Église ?

    c’est ” en premier lieu ce que j’avais moi-même [pas moi hein ! Saint Paul bien sur] reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu’il a été mis au tombeau, qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures” ( 1 Co 1, 1-4)

    Dans l’enseignement de l’Église, le purement “dogmatique” est très faible (le credo et ses suppléments bonus), le reste est une immense source bouillonnante (qu’on appelle la tradition) avec laquelle on cherche à avancer. Alors il y a des synthèses doctrinales (rassemblant les positions médianes et majoritaires : c’est le superbe Catéchisme de l’Église Catholique), mais une fois le CEC lu en guise d’introduction il faut plonger dans la lecture des Pères, et puis surtout (surtout, mais aussi, évidement – évidement – déjà avant d’ouvrir son CEC) lire les Écritures.

    Ensuite tout est OPEN !
    Je pense que voir dans l’Église une mère rigide nous contraignant au dogmatisme c’est ne rien connaître au dogme (et oui, le dogme est tout sauf dogmatique !); bon, certes, je ne dis pas que la mère n’est pas pas un peu lente à la détente parfois (souvent, de temps en temps, au choix). Elle l’a été avec les communautés nouvelles, elle l’est encore avec les paroisses, avec les mouvement de jeunes, … Oui, il y a du cléricalisme, mais le cléricalisme ne fait pas partie de l’enseignement de l’Église (même dans le CEC il n’y a pas d’entrée à “cléricalisme”, zut alors).

    Alors oui, il y a des choses à changer (il y en aura toujours, rassurez vous), mais en fait… je crois qu’on est déjà sur le bon chemin !

    Oui, oui, je suis optimiste. Oui je sais bien que dans la réalité par exemple alors que beaucoup de jeunes prêtres voudraient des formes de vie communautaire, peu d’évêques comprennent ce désir (parce qu’ils sont vieux, d’une génération) … oui c’est vrai … mais vous savez c’est la même chose dans ma famille, il y a des trucs que mes parents ne comprendrons jamais (enfin, je parle en général, car ma maman et mon papa en fait ils sont hyper branchés, maman si tu me lis : bisous !)

    Donc oui il y a beaucoup à faire (et mon expérience au Brésil m’a fait voir combien en France on est à la traine en ce qui concerne l’engagement et la formation des laïcs), mais non le problème c’est pas l’enseignement de l’Église.
    Peut-être même que l’enseignement de l’Église, c’est la solution…

    peut être même que ce qu’on attend des théologiens, c’est qu’ils nous parlent des Écritures.

    Bref, le problème ce n’est pas ce qui dit la mère, c’est son caractère… mais son caractère c’est nous (et oui : les qualités de l’Église c’est de Jésus, les défauts c’est de nous – /!\ ceci est un grave raccourcie ecclesiologique, mais ce n’est tout de même pas faux –)

    —–

    Pour ce qui est de l’engagement des laïcs en France, il me semble que le vrai problème c’est qu’on l’a conçu sous le mode du clérica, du coup il y a un réel problème de cléricalisme des laïcs (pensez à ce moment douloureux où à 16 ans vous avez annoncé au responsable d’aumônerie de 63 ans que vous vouliez créer un groupe de prière) …
    L’exemple des communautés nouvelles (et sur ce point de la relation laïcs/ prêtres je pense tout particulièrement à la communauté de l’Emmanuel) est surement une voie beaucoup plus intéressante que celle emprunter en France dans les paroisses depuis 50 ans (attention, évidement il faudrait un jugement plus fin, voir les conditions de l’époque, …certes certes certes, mais parlons pour aujourd’hui : aujourd’hui (c’est mon cas) on peut faire 16ans de caté sans jamais entendre une annonce explicite et fondée bibliquement du Kérygme cf. http://cahierslibres.fr/2013/10/considerations-kerygmatiques-sur-la-pastorale-francaise/ )

    (c’est un commentaire fleuve, manquant de nuances, mais bon… de temps en temps (souvent) ça ne fait pas de mal)

  6. schlegel

    Il n’y a pas besoin d’approuver ce que dit Moingt, au contraire, on peut le critiquer tant qu’on veut (je pense que les communautés de laïcs dont il parle sont des utopies). Encore faut-il entendre ce qu’il dit, et je pense que Charles Vaugirard passe à côté de sa question. Si je puis me permettre (sans mettre en cause la sincérité de sa réponse), il répond (et d’ailleurs vous aussi) comme un évêque, voire comme le pape : “Mais regardez donc tout ce que les laïcs font, regardez comme on leur donne la parole et, aubaine supplémentaire, en plus on vient de leur demander ce qu’ils pensent de l’état de la famille…”. Si cela vous suffit pour les laïcs dans l’Eglise, très bien. Je ne fais pas de la désobéissance ni de la contestation une vertu en soi… Peut-être que l’interview, rapide, manque de clarté, mais, même si ça déplaît, Moingt est l’un des grands théologiens français vivants, et si vous l’ignoriez, oui, je pense que vous manquez peut-être sinon de clairvoyance du moins de connaissances. Si vous voulez savoir ce qu’il dit de façon simple, lisez La plus belle histoire de Dieu, Seuil, 3° partie qui l’a fait connaître à beaucoup de “simple laïcs”.

  7. Antoine Francois B

    Merci pour cet article qui, au-delà de la polémique avec le père Moingt me semble faire écho au synode sur la famille et aux différents commentaires dont il fait l’objet.
    Sur le commentaire de Benoît : Je suis d’accord avec lui que tout est OPEN a priori, mais à la lumière de l’Evangile un certain nombre de choses se referment assez nécessairement. Comme le dit St Paul, tout est permis mais tout ne convient pas.
    Ce qui nous ramène doucement à la question du cléricalisme : Il me semble que ce dernier ne concerne (malheureusement) pas que le responsable d’aumônerie recroquevillé sur son pouvoir : je cléricalise dès que je privilégie les règles à l’amour de mon prochain.
    D’où une difficile ligne de crête : Comment l’Eglise (pas seulement le magistère, mais nous tous) peut-elle à la fois expliquer à nos frères qu’à la lumière de l’Evangile tout ne convient pas ET dans le même temps leur montrer 1) qu’elle brûle d’amour pour eux 2) la bonne nouvelle du kerygme 3) qu’il reste de la place dans les églises ?
    Le bon côté des lignes de crêtes, c’est qu’on y est près de Dieu. J’ai une grande confiance dans l’Esprit Saint qui nous a donné ce pape (et tous les précédents) et je n’ai aucun doute sur le fait qu’il conduira l’Eglise sur ce chemin escarpé.
    Amicalement,
    Antoine François B
    PS : Et à demain

  8. Manuel Atréide

    Joli texte Charles,

    mais je crois que tu es passé à coté du sujet. Les propos de cet homme de 99 ans ne visent pas son absence d’actions ou de doctrine, mais ses insuffisances. Prenons quelques exemples :

    “Mais l’Eglise travaille avec les fidèles laïcs !

    Oui, mais avec des personnes choisies, pour être sûre d’avoir la parole qu’elle veut entendre : voilà le problème !”

    la vraie question à laquelle tu ne réponds pas, ce n’est pas l’existence ou non de mouvements dirigés par des laïcs, mais sur l’opportunité d’avoir, par le biais des laïcs, une parole différente, une pensée qui vient alimenter, perturber, interroger, bref, vivifier la pensée de l’institution. L’Eglise est-elle si parfaite qu’elle peut se passer d’un tel exercice ? J’aimerais t’entendre sur ce sujet.

    “Je crains que les gens ne continuent de quitter l’Eglise en silence. Il faut les comprendre : dire « amen » à tout, c’est de la croyance, pas de la foi. La foi a besoin de se dire, sinon elle meurt !”

    La doctrine de l’Eglise (que tu cites abondamment) est complexe, fournie et très longue, elle est sans doute mal enseignée, tu as raison. Mais là encore, le propos n’est pas là. Interroger, discuter, contester, c’est un travail parfois très sain dans un groupe. Il amène de nouvelles idées, il permet de trouver de nouveaux arguments pour renforcer les principes. Il permet surtout de se rendre compte que parfois, sans avoir tort, on est à coté de la plaque par rapport un monde qui nous entoure.

    A contrario, ne laisser aucune place à la discussion renforce le sentiment d’unité du groupe mais au prix d’un rétrécissement de ce groupe : seuls les plus fidèles restent, les autres s’en vont, lassés par le silence qui leur est imposé ou par le sentiment de n’être pas assez bons pour en faire partie.

    “Les catholiques partici­pant à ces rassemblements – et c’est leur droit – défendent des « valeurs » de société et la « civilisation », comme si l’Eglise était la seule à pouvoir parler d’humanité.”

    C’est une des choses qui m’a le plus marqué durant tous ces débats autour de la réforme du mariage : cette incapacité à admettre que les gens d’en face avaient eux aussi des valeurs, une morale, une humanité. Cette critique ne s’adresse pas qu’aux adversaires de la réforme – ce débat n’a donné la parole qu’aux extrémistes – mais l’incapacité non seulement des laïcs, mais aussi de certains prélats de tenir un discours respectueux m’a profondément choqué. Je n’avais jamais entendu autant de propos niant mon humanité ainsi que celle de mes frères et soeurs LGBT (non ce n’est pas un gros mot ni le symbole d’un complot anti-chrétien). L’impact, non des propos tenus, mais de la vision des français homosexuels, bisexuels ou transgenre laissera une trace profonde chez nous et nombre de jeunes et moins jeunes LGBT traversent en ce moment une période dure tant la violence du rejet a été forte.

    “Le monde n’écoutera que des chrétiens qui expriment une foi libre, personnelle. Nous voyons des évêques qui se mettent à parler libre­ment quand ils prennent leur retraite”

    Honnêtement, Charles, tu ne peux pas te contenter de répondre “Etre libre ne se limite pas à dire non à l’autorité. Le chrétien n’est pas un adolescent dominé par un esprit de contradiction lançant fièrement un “non” dès que le curé ouvre la bouche.” La liberté qui n’offre qu’un seul choix, qui ne respecte qu’une seule réponse possible n’est plus une liberté. C’est un commandement.

    Tu as raison, on peut librement être en accord avec l’Elgise. Mais ce n’est pas ce que dit, là encore, Joseph Moingt. Il souligne que la liberté au sein de l’institution n’est parfois qu’une façade et que certains attendent d’en être sortis pour la récupérer. Cela ne te pose pas de problèmes de voir que certains des hommes qui dirigent ton église pensent ne pas pouvoir dire ce qu’ils pensent ? Cela ne te choque pas de voir un évêque publiquement conspué pour avoir osé dire que l’opposition à la réforme pouvait mener à un catholicisme intransigeant et qu’il s’en inquiétait ? Mgr Dagens, évêque d’Angoulême a été l’objet d’une quantité invraisemblable d’insultes, de mises en cause personnelles et de calomnies juste pour avoir rappelé une position médiane. Cette critique là est possible mais pas une autre ? Seul le “plus purement disant religieux” est permis ?

    Le synode d’octobre sur la famille va être l’occasion de voir à quel point la discussion est possible au sein de l’Eglise. Au vu de ce que j’ai lu, les positions des fidèles sur les questions des valeurs morales et sociétales sont très fortement tranchées. Pourra-t-il y avoir discussion ou tout le monde sera-t-il “prié” de rentrer dans le rang ? Si discussion il y a, l’Eglise saura-t-elle à un moment faire une synthèse et offrir une position capable de rassembler ?

    Le geste du pape a été audacieux. Il est aussi risqué. Il devra naviguer entre le chaos d’une liberté de parole non ordonnée et le silence d’une discussion interdite. Quand je te lis, Charles, je me dis que pour le moment, tu n’aides pas beaucoup ton église et ta foi à trouver le chemin. Je le regrette.

    Cordialement, M.

  9. schlegel

    Merci Manuel. J’ai appris des choses, sur la forme et le fond, dans votre texte.

  10. Benoit

    Décidément, la règle selon laquelle le plus intéressant dans les blogs se joue dans les commentaires se confirme.

    Les différentes contributions sont très intéressantes et justes. Pour tout vous avouer, lorsque j’ai commenté l’article je n’avais lu que l’article de Charles mais pas celui du père Moingt. (Grosse erreur oui). Je viens donc de prendre le temps de lire l’article du père Moingt et à part sa définition du théologien ( 😉 )il n’y a pas grand chose de contestable et il pose même de bonnes questions sur la place des laïcs.

  11. FolBavard

    @Manuel : Je voulais répondre en commentaire, mais il s’avère que c’était trop long. Une réponse viendra sous forme de billet dans la semaine.

  12. NB

    Bonsoir,

    Comme le précise J.-L. Schlegel, les propos de J. Moingt, que j’ai interviewé durant une heure trente, concernaient bien les communautés paroissiales – les intéressés ne s’y sont pas trompés d’ailleurs, puisque depuis sa publication dans nos colonnes, cet entretien est largement diffusé et commenté dans de très nombreuses paroisses un peu partout en France, d’après les retours – eux aussi nombreux – que j’en ai par e-mail.

    Je précise que cet article, synthèse de notre long échange, a été relu avant publication par Joseph Moingt, et que ce dernier n’a strictement rien modifié à mon texte, pas plus qu’il n’a jugé utile de faire la moindre précision.

    C’est donc que les choses étaient parfaitement claires dans son esprit. De mon point de vue, elles l’étaient aussi. Peut-être eût-il été utile de lui faire préciser “communautés paroissiales”, afin de lever tout doute dans l’esprit de ceux qui ne sont pas familiers de son oeuvre. Dont acte!

    Pour le reste : tant mieux si la discussion s’engage, tant mieux s’il y a accords et/ou désaccords publiquement exprimés. A cela se mesure la vitalité d’une société démocratique… ou d’une institution.

    Notre rôle, comme journalistes, consiste à aller chercher des interlocuteurs pour leur donner la parole, et à faire vivre le débat de manière contradictoire, sans parti pris ni complaisance.

    C’est ma conception du métier, dans le domaine des religions, comme dans d’autres. Et c’est pour cela que j’ai pris l’initiative de solliciter ce théologien, alors que venait d’être publié le livre “Le Déni”, par lui préfacé.

    Ce que dit Joseph Moingt n’est certainement pas “parole d’Evangile” : c’est une base utile au débat; son analyse génère le débat, et non des polémiques stériles. En cela, elle me paraît infiniment précieuse.

    Merci à votre blog de contribuer à nourrir aussi ce débat de façon riche, argumentée et respectueuse.

    Nicolas Ballet

  13. Charles Vaugirard

    Monsieur Ballet,

    Je vous remercie pour votre commentaire et pour les utiles précisions que vous apportez à la discussion.

    Il est certain que nous mesurons la vitalité d’une institution à l’énergie de ses discussions. Et l’Eglise est bien vivante tant les chrétiens aiment discuter entre eux ! Et elle est surtout vivante de la foi qui nous anime quels que soient le style et les opinions que nous pouvons avoir !

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