Dans le monde sans en être

Pour la vie

Embryon à 8 semaines de grossesseDimanche 19 janvier a eu lieu la Marche pour la Vie. Elle a rassemblé près de 40 000 personnes. Ce grand rassemblement annuel a eu lieu dans une circonstance particulière : les députés socialistes ont déposé ces jours-ci un amendement consacrant la loi sur l’avortement en droit de la femme.

L’avortement va donc devenir un droit. Un droit de la femme inconditionnel dans les limites du délai imparti… et tous ceux qui pourraient proposer à la femme un autre choix, seront accusés de commettre un délit d’entrave sanctionné par la loi.

Les députés socialistes à l’origine de cet amendement vont très loin : ils enterrent l’antique loi de 1975 qui voyait dans l’avortement une exception justifiée par la détresse de certaines femmes enceintes. La loi Veil était certes éminemment discutable, elle autorisait la mort du foetus, mais elle avait la prudence de fixer un cadre légal à un acte considéré comme moralement mauvais. Cette loi s’est détricotée avec le temps : remboursement partiel puis total, allongement du délai, et surtout évolution des mentalités : l’idée même de droit à l’avortement s’est répandue. Les militants “Pro-choix” ne proposent pas d’autre choix que l’IVG. Les médecins évoquent l’interruption médicale de grossesse quand ils parlent du dépistage de la trisomie 21, sans pour autant parler de la possibilité de garder l’enfant et de l’aider à se construire…

L’acte d’avorter est banalisé, il est auto-justifié. Pis, une idéologie complètement folle est en vogue : celle du projet parental. Dans l’émission “C dans l’air” du 13 février 2007, le gynécologue Israël Nisand a tenu des propos que toute personne ayant un minimum de bon sens récuserait :

“Sur la définition de la vie, chez les chats et les chiens il suffit que les gamètes mâles et femelles se rencontrent pour que ça donne un chiot ou un petit chat. Dans l’espèce humaine, il y a la parole d’amour d’une femme qui dit : ce processus biologique qui se passe dans mon ventre, je vais en faire un être humain, c’est-à-dire je vais lui parler, c’est-à-dire qu’elle l’adopte.”

Toute l’idéologie du projet parental est là. Selon ses défenseurs, procréer un être humain implique une volonté, un désir de la mère… Niant ainsi le processus naturel 1 infographie "Pour la vie" qui fait qu’une personne est une personne indépendamment d’une volonté abstraite qui peut disparaître comme elle est apparue. En quoi la procréation humaine serait-elle différente de celle d’autres mammifères ? Comment la volonté humaine pourrait-elle décréter qu’un foetus en gestation ne serait pas humain alors que cette réalité n’est pas niée pour “les chats et les chiens” ? Rien de scientifique dans ce raisonnement, juste de l’idéologie.

Et surtout un mensonge auquel ses promoteurs semblent croire et c’est cela qui est inquiétant.

Mais ce mensonge est tellement pratique : en niant l’humanité d’une personne on peut l’éliminer sans problème.

Notons que cela entraîne certaines incohérences. Dans cette même émission de “C dans l’air”, la secrétaire générale du mouvement français pour le planning familial dénonce les médecins qui font des commentaires pendant une échographie de datation 2Echographie dans le but de dater le début de la grossesse, en montrant “ça ce sera la petite main, et ça le petit pied”… Elle qualifie cela d’inhumain et de pervers. Mais cette militante pro-choix n’est pas cohérente : soit il s’agit d’un être humain et c’est effectivement douloureux de se rendre compte que l’on va l’éliminer; soit ce n’en est pas un, et dans ce cas-là, on devrait pouvoir regarder l’échographie sans s’émouvoir plus que cela. En dénonçant les médecins commentant l’aspect du foetus, ne reconnaît-elle pas involontairement que celui-ci est une personne vivante et que l’échographie permet aux femmes et aux hommes d’en prendre conscience ?

La transformation d’une loi d’exception en un droit sanctuarisé par un délit d’entrave est grave car il empêche tout prise de conscience, toute prudence vis-à-vis d’un acte grave qui en aucun cas ne peut être anodin.

Banaliser l’avortement, le rendre aussi ordinaire qu’une opération de l’appendicite fait oublier la réalité de l’acte mais surtout cela consacre une indifférence vis-à-vis de la femme qui avorte : la société se moquera de la détresse qui l’a conduit au Centre IVG, la société se désintéressera des conséquences de son acte, puisque c’est un “droit”, la société ne cherchera pas à savoir si ce tas de cellule était une personne, ni à consoler la femme endeuillée.

Ériger l’IVG en un droit sacré revient à consacrer l’indifférence.

Le dimanche 19 janvier n’a pas été seulement la marche pour la vie. C’était aussi la journée mondiale des migrants. Nous pourrions dire la journée mondiale de ces milliers d’hommes et de femmes qui traversent les mers dans de frêles esquifs qui sombrent trop souvent. Des naufrages dans l’indifférence générale.

Le pape François a appelé cela la “mondialisation de l’indifférence”.

La société de l’indifférence a décidé de mentir sur la réalité de l’avortement et ainsi laisser des femmes et des bébés dans l’indifférence.

La mondialisation de l’indifférence oublie trop souvent des milliers de migrants se noyant en mer près de Lampedusa.

La cause des victimes de l’avortement est la même que celle des migrants. C’est la cause de la vie, de l’amour du plus faible, de celui qui ne récolte que l’indifférence. C’est la cause de la fraternité qui est le principe de notre République.

François nous parle souvent de Lampedusa, mais il a aussi récemment dénoncé l’avortement comme une “horreur” et il a soutenu la Marche pour la vie. Le Pape nous appelle ainsi à construire une civilisation de l’amour contraire à la culture de mort et à la société de l’indifférence.

Écoutons son appel.

 Charles Vaugirard

Notes :   [ + ]

1.  infographie "Pour la vie"
2. Echographie dans le but de dater le début de la grossesse

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