Dans le monde sans en être

Noël : rejoindre les marges de l’Eglise

NoelComme le Fils du Père, aller jusqu’aux périphéries du monde

         En ce temps de Noël, où Dieu est descendu dans notre misère, il devient plus que jamais opportun de s’interroger sur les « marges » de l’Eglise que le pape François nous invite à rejoindre. De même que le Fils de Dieu, quittant la maison paternelle où régnait l’indicible bonheur de l’amour échangé entre lui, le Père et l’Esprit, est venu habiter chez nous où la discorde le dispute à la pauvreté matérielle et psychologique, de même les chrétiens, à la suite de leur Seigneur, ne vivront jamais l’esprit de Noël sans aller rejoindre leurs frères qui se sont éloignés de la maison de Dieu, l’Eglise, ou bien qui vivent aux confins du monde.

         Mais qui sont-ils ces « hommes de la marge », ces personnes qui se tiennent « à la périphérie » ? En fait, les chrétiens ne les aperçoivent pas tous à la même place. Comme midi, chacun les voit à sa porte. Pour les uns ces sont ceux que frappe la misère la plus noire: sans-domicile, sans travail, itinérants sans feu ni lieu, mendiants occasionnels ou permanents. Pour d’autres ce sont les hommes qui ont déserté l’Eglise à la suite de différends portant sur les moeurs ou sur des situations maritales ou affectives qui les mettent en porte-à-faux, à tort ou à raison, par rapport à l’enseignement du Magistère: séparés, divorcés remariés, ou plus simplement personnes scandalisées par des comportements peu évangéliques constatés au sein de l’institution.

                   Les pauvres sont à nos portes

         Il existe d’autres contrées à explorer pour rester fidèle au Christ Jésus qui a fait ce si long voyage de la maison paternelle jusqu’à nous. Par exemple le grand continent des non-croyants, des mal-croyants, des mé-croyants, des agnostiques. Ne sont-ils pas légion dans notre Occident sécularisé? Est-ce une raison de ne pas s’en soucier en ce temps de Noël? Si la foi est un trésor, ne sont-ils pas alors parmi les plus pauvres d’entre nous? N’oublions pas non plus les malades sans espérance, les prisonniers, les handicapés. Cette personne « de la marge », elle se trouve parfois tout près de nous. L’éloignement géographique ou sociologique n’est pas un critère déterminant en cette matière. Il n’est pas donné à tous de partir à l’extrémité du monde pour secourir les malheureux des bidonvilles des mégapoles tentaculaires. La « périphérie » peut habiter l’immeuble de votre résidence. Libre à chacun d’ouvrir les yeux sur la pauvreté polymorphe qui l’entoure.

         Il n’est pas interdit non plus de se pencher sur les personnes sans joie, plus nombreuses qu’on ne le croit. Individus qui ont cru pouvoir faire leur bonheur dans leur coin, seuls, qui ont donné dans le panneau de l’individualisme contemporain, et qui, sans bien comprendre pourquoi, se retrouvent au final à ne plus aimer rien ni personne. C’est dur à supporter quelqu’un sans joie. Dur à rejoindre. Pourtant le Christ est venu pour lui aussi. Enfin, la marge de l’Eglise, ou de la société, ce sont également tous les indésirables de la vie: foetus « non conformes », personnes en fin de vie, handicapés.

         On peut encore citer les idolâtres de toute sorte, prisonniers de pseudo-divinités qui leur ont ravi la liberté: sexe, argent, pouvoir.

         Comme on le voit, les périphéries de l’Eglise sont un continent très vaste. Si vous avez l’impression de « manquer de pauvres », ouvrez vos yeux! Vous ne resterez pas démunis bien longtemps. Que la grâce de Noël nous fasse découvrir nos frères et  soeurs qui peuplent cette contrée sans joie afin de leur porter la Bonne Nouvelle, même si ce n’est pas toujours avec des mots.

Jean-Michel Castaing

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