Dans le monde sans en être

Faut-il avoir peur du Jésus de l’histoire ?

Visage du Christ Rembrandt Zoom

Des croyants, sincères et convaincus, répètent à l’envi : « Que nous importent les recherches sur le Jésus historique ! Il vit dans mon cœur : c’est suffisant ! Que les historiens y trouvent leur compte, tant mieux! Pour ma part, je n’ai pas besoin de preuves, ni de renseignements supplémentaires ! Les évangiles me suffisent ! » Que répondre à une telle déclaration ?

Visage du Christ Rembrandt

Jésus-Christ n’est pas un mythe

D’abord Dieu s’est révélé au sein de l’histoire. Cette donnée reste fondamentale lorsque nous devons faire face aux critiques qui accusent le christianisme d’être un mythe. Une religion mythique prend appui sur un monde idéal et atemporel, sur des événements qui ont eu lieu avant l’histoire. Rien de tel avec la Révélation judéo-chrétienne. L’alliance de Dieu avec l’humanité s’est réalisée dans le cours du temps réel, au sein d’un peuple particulier, avec toutes les contingences propres à la vie des sociétés.

Dieu n’intervient pas en effet dans un monde idéal mais dans notre monde à nous, au sein duquel ne s’empressent ni monstres mythologiques ni demi-dieux, mais des hommes de chair et de sang. Un monde aussi imparfait que le nôtre aujourd’hui ! La Révélation chrétienne n’est pas affaire de spéculation métaphysique non plus. Dieu reste le sujet de la Révélation, non une doctrine abstraite.

L’histoire : une sécurité pour croyants imparfaits ?        

Il existe effectivement des croyants pour lesquels les faits historiques sont d’une importance secondaire. Les tenants d’une révélation purement subjective minimisent l’historicité de l’acte salvifique de Dieu. Selon eux l’objectivité historique n’est d’aucun secours pour la rédemption. Au contraire, en ne faisant reposer la foi sur rien d’objectif, ils estiment qu’aucune représentation extérieure, aucune intrusion d’une preuve n’influencera ainsi leur intériorité.

Ces puristes de la foi voudraient lui enlever les fausses sécurités des connaissances objectives de l’histoire, comme on l’avait fait autrefois en lui retirant la sécurité des « bonnes oeuvres ». La foi ne devrait ainsi ne reposer sur rien afin d’être affranchie de toute ingérence qui en atténuerait la radicalité.

Malheureusement cette foi « pure » finit par transformer le Christ en une pure figure mythique dénuée de tout ancrage existentiel et historique, voire en l’« Idée de l’humanité régénérée ». Quel type de salut nous promet dés lors une telle foi ? Ne serions-nous sauvés qu’en idée ?

Avec une telle théorie, le Christ ne représente plus que le symbole de « l’homme nouveau », ou bien un modèle proposé à notre imitation, au lieu d’être notre vie par le don qu’il nous fait de son Esprit, de son corps et de son sang. La perspective d’un rapport direct et amical avec lui s’éloigne. La foi devient un tour de force, au lieu d’être un commerce de personne à personne.

Jésus est plus dérangeant d’avoir existé !

Cependant, nous sommes des êtres historiques. Il n’est pas indifférent que Dieu soit venu nous rejoindre sur le lieu même de nos existences. Le salut ne touche pas uniquement la subjectivité. Dieu sauve l’homme intégral, corps, âme, esprit, notre dimension relationnelle et sociale, ainsi que le temps et le cosmos entier. En plus d’être sauvée elle-même, l’histoire devient le lieu où s’accomplit ce même salut. Le temps humain devient histoire sainte, histoire de la manifestation de Dieu aux hommes, au coeur de leurs existences. Cette dimension  charnelle signe la singularité de la Révélation chrétienne.

Enfin, pour ce qui regarde la radicalité de la foi, le Jésus historique n’est pas moins dérangeant qu’un Jésus tout subjectif qui ne vivrait « qu’en moi ». Son attitude de miséricorde envers tous, telle que nous la relatent les évangiles, nous oblige à un acte de remise de soi tout aussi radical que s’il était une pure Idée dénuée d’ ancrage dans la réalité charnelle. Croire en lui, s’abandonner à lui, lui, un homme comme nous, qui a vécu comme nous, simple Juif du premier siècle, qui ne rejetait personne, libre de tous les préjugés, voilà qui est un peu fort de café !

Avoir peur des recherches historiques, c’est un peu se défier de la réalité de l’Incarnation, du fait que Dieu s’est fait homme. Croire consiste aussi à rechercher la vérité. Sinon radicalité risque au final de rimer avec fantasme.

Jean-Michel Castaing.

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