Dans le monde sans en être

Euthanasie : rien ne la légitime

Fin-de-vieOn vous explique qu’une personne diminuée,  physiquement ou intellectuellement, perd son temps ici-bas puisque de toute façon elle n’est pas heureuse, car elle ne peut plus consommer. Il vaut mieux abréger ce calvaire de non-jouissance matérielle. Cette personne n’est plus utile non plus, d’ailleurs. Et la soigner, ça coûte. A l’Etat. Si l’enjeu est bien évidemment économique (qu’il est difficile de se rendre à l’évidence !), il reste que l’argument de la compassion est sincère, pour des gens qui ne conçoivent le bonheur que comme une consommation sans entrave, sans aucune limite. On leur apprend depuis toujours, que le bonheur est matériel, qu’il n’est rien d’autre qu’un état de jouissance absolue. Alors à quoi bon s’accrocher, quand on ne peut plus prétendre au bonheur consumériste ?

Et pourtant il paraît que l’homme n’est pas qu’une machine, et il vaudrait mieux qu’on nous dise : ne considérez pas le temps vécu dans la faiblesse, et même dans la souffrance, comme du temps perdu. Considérez plutôt qu’il est différent, et d’une intensité spirituelle exceptionnelle. Quel plus beau temps, spirituellement parlant, que celui de l’approche de la mort ? Loin de vouloir l’écourter, il faut l’enrichir. Ajouter de la vie aux jours lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie, disait le cancérologue Jean Bernard.  Ce même Jean Bernard qui était le premier président du Comité consultatif national d’éthique. Ironie de l’histoire.

Quelle traduction pour ce souci d’accompagnement ? Comment s’y prendre ? En faisant ce qu’aucun Etat ne se résigne à faire : développer les soins palliatifs, grands oubliés du débat. Les intéressés comme les membres du corps médical qui côtoient des malades en fin de vie vous le diront : on peut passer de l’envie d’en finir à la rage de vivre en quelques instants. Un sourire, un regard, une discussion peuvent être littéralement foudroyants. Sauf qu’aujourd’hui, encore bien peu de gens se penchent sur la question, et sûrement pas dans les hautes sphères de l’Etat.  Et pourtant.

Pourtant voilà l’enjeu : accompagner au lieu de vouloir évacuer ce temps primordial de la fin de vie, briser l’isolement, briser l’incompréhension et le manque de communication. Et à ceux qui diront que cet accompagnement à un prix, vous pourrez répondre qu’une discussion, qu’un peu d’intérêt constituent bien souvent le meilleur des remèdes. Bien des malades peuvent en témoigner, la souffrance intérieure rejoint la souffrance physique. Telle patiente présente des souffrances physiques  inexpliqués, et voilà qu’une visite organisée avec sa famille y met fin. Tel patient isolé souffre sans vouloir n’en parler à personne, et voilà qu’une discussion avec  un membre du corps médical évacue des questionnements longtemps enfouis et améliore son état de santé. Si des soucis persistent, on peut penser qu’un patient suivi, d’un point de vue physique et psychologique (une présence peut suffire), n’aura plus envie d’en finir.

Alors, qui est le plus humain, le plus digne ?

Heront

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