Dans le monde sans en être

Béatrice Bourges et la grève de la faim

BBOn ne s’engage pas sans trembler pour traiter un tel sujet … La grève de la faim est une arme politique extrêmement puissante. Relayée par des journalistes avides d’infos sensationnelles, elle bénéficie souvent d’une bonne couverture médiatique. Il s’agit enfin de parler ici d’une femme avec qui nous partageons des convictions communes sur la famille et sur la vie. Mais les questions et les commentaires se font de plus en plus nombreux ; il nous semble de plus en plus difficile de nous taire.

Certes, probablement consciente de la violence que peut avoir l’expression pour nos convictions évangéliques, Béatrice Bourges parle plutôt de « jeûne spirituel ». Mais les médias ne s’y sont pas trompés : elle est entrée en grève de la faim, et ce tant que des députés n’initieront pas une procédure de destitution du Président de la République.

Soyons clairs : cette grève de la faim est choquante, absurde et inutile, pour trois raisons.

Choquante

Madame Bourges a-t-elle pris conseil avant de prendre sa décision ? Son corps n’est pas à elle, c’est elle ! Arrêter de le nourrir, le réduire à être le porte-drapeau d’une cause (même si elle est bonne … ce qu’il faut également discerner), c’est être complice volontaire de ma propre chosification : je ne suis plus quelqu’un, je suis quelque chose !
Je marche le long d’une ligne rouge, je joue avec ma vie, ma santé, mes nerfs, au gré de mon succès médiatique.
Bref, cette action est choquante car elle participe justement de la logique que nous avons combattue toute l’année dernière : la chosification de l’homme. Béatrice, en avez-vous conscience ?

Mon ennemi, mon idole

Absurde

Cette action est aussi absurde. Dans tout combat, il y a un risque : celui d’idolâtrer son adversaire. En d’autres mots, le risque de croire qu’une fois la terre (ou l’Etat) débarrassé de lui, tout ira mieux. Mais que croyons-nous ? Qu’une fois le Président destitué ou remplacé tout ira mieux dans le meilleur des mondes ? Que le Président suivant sera meilleur ? N’avons-nous pas conscience que c’est toute cette civilisation qu’il faut changer ? Qu’il nous appartient de bonifier notre pays, ses écoles, ses médias, sa culture : bref de réenchanter la France ? Cela ne se fera pas en quelques semaine ou quelques mois. Tugdual Derville, qu’on ne peut traiter de tiède, l’a très bien analysé ici.

Inutile

Certains juristes l’ont immédiatement relevé : en appeler à l’article 68 est impossible. La procédure de la destitution n’a pas fait l’objet d’une loi organique. En d’autres termes, elle n’est pas encore complètement entrée dans le corpus législatif. La procédure de la destitution ne peut donc être appliqué … bref, c’est inutile.

Sur les réseaux sociaux, nos adversaires s’en donnent à cœur joie. Béatrice Bourges est raillée sans discontinuer. Notre cause, si belle et si noble dans son altruisme, avait-elle besoin de ce qu’il convient d’appeler par son nom : un coup de folie ?

Ernest F.

2 réponses à “Béatrice Bourges et la grève de la faim”

  1. Aquinus

    Merci pour cette analyse pertinente, bien vue, entre autre sur la question de la chosification du corps.

    Cependant le dernier paragraphe me semble faux : le fait que nos adversaires raillent Béatrice Bourges n’est absolument pas un argument en faveur ou en défaveur de son action. Ou alors arrêtons d’être catholiques, car le fait même d’être catholique est objet de raillerie.

    Amicalement,
    aquinus

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